Le ras Mekonnen Welde Mikaél (guèze : ራስ መኰንን ወልደ ሚካኤል, ) ( - ), également connu sous son nom de cavalier Abba Qagnew (guèze : አባ ቃኘው) est un homme politique et militaire éthiopien. Il est le père de Teferi Mekonnen, plus connu sous le nom de règne d'Haïlé Sélassié.

Durant toute sa carrière, Mekonnen travaille en collaboration avec son cousin, Menelik II, négus du Choa puis neguse negest de l'Empire ; ces deux hommes constituent, selon l'historien officiel S. Pierre Pétridès, « Les constructeurs de l'Éthiopie du ».

Né dans le royaume du Choa, en Éthiopie, et descendant de la noblesse éthiopienne, il prend part à l’âge de aux campagnes de Menelik II. Il participe notamment à la conquête du Hararghe dont il devient gouverneur jusqu'à son décès. Par là, il assure le contrôle sur toute la région de l'Ogaden et constitue un vaste glacis de protection sur la façade orientale de l'Empire éthiopien. Il dote la région d'infrastructures administratives et réussit à assurer une cohabitation entre les nouveaux habitants de Harar, de confession chrétienne orthodoxe, et la population locale musulmane.

Représentant l'Éthiopie lors des négociations du traité de Wouchalé (1889) conclu avec les Italiens, il conduit dans les années suivantes une série de réformes économiques et financières afin de préparer le pays à la première guerre italo-éthiopienne. Au cours de celle-ci, déclenchée en 1895, il mène les troupes éthiopiennes aux premières victoires d'importance à Amba Alagi et Mekele, puis participe à la bataille d'Adoua () qui termine le conflit par une victoire éthiopienne.

De retour au Hararghe, il participe à partir de 1897 aux expéditions vers l'ouest de l'Éthiopie. En 1901, Mohammed Abdullah Hassan lance une campagne contre les populations de l'Ogaden qui refusent de suivre son insurrection contre la présence britannique. En dépit du soutien britannique, la contre-offensive menée par Mekonnen ne parvient pas à soumettre le mouvement.

En 1902, il assiste à Londres au couronnement d’Édouard VII puis se rend en France en juillet où il est reçu par le président Émile Loubet et participe aux festivités du .. Les années suivantes, il organise, en coordination avec le Royaume-Uni, une nouvelle expédition militaire contre Mohammed Abdullah Hassan sur l'Ogaden.

Le , alors qu'il part en direction d'Addis-Abeba, Mekonnen meurt à Kulubi. Organisée à Addis Abeba, la cérémonie du teskar, à laquelle assistent personnes, est présidée par Menelik II.

Jeunesse et débuts politiques thumb|Tenagne Werq Sahle Selassié, mère de Mekonnen Mekonnen Welde Mikaél naît le à Derefo Maryam, une ville du district de Gola, dans le royaume du Shewa. Petit-fils du Négus Sahle Selassié par sa mère, Tenagne Werq Sahle Selassié et fils du Dejazmach Welde Mikaél, général et gouverneur des districts de Menz et de Doba, Mekonnen est également cousin germain de Menelik II. Dès son plus jeune âge, un tuteur se charge de l'éduquer « selon la coutume des princes » ; on lui enseigne à manier les armes, à galoper, à jouer au begena ainsi qu'aux échecs. Parmi les nombreux livres qu'il étudie, on peut citer le Fetha Negest, un code juridique dont il commence la lecture à quatorze ans.

En 1866, Welde Mikaél présente son fils à Menelik II, Negus du Choa (Shewa), avec les paroles suivantes : « Voici mon fils et le fils de votre tante. Je le place entre vos mains. S'il vous plaît, laissez-le grandir avec vous, dans votre palais ». Le souverain shewan confie à son jeune cousin des missions généralement accomplies avec succès lui permettant d'entrer en contact avec le monde politique. Ces collaborations entre Mekonnen et Menelik ne sont que les premières d'une longue série ; durant toute leur carrière, les deux hommes travaillent ensemble et deviennent, selon les termes de Pétridès, « les constructeurs de l'Éthiopie du ». Progressivement, la relation de travail se transforme en véritable amitié et en 1876, Menelik élève Mekonnen, âgé de , à la dignité de Balambaras.

thumb|left|Mekonnen à Rentré pour de bon dans la vie publique, il assiste désormais aux conseils de guerre tenus par Menelik II. Comme l'exige l'usage shewan, c'est le plus jeune, en l'occurrence Mekonnen, qui s'exprime prioritairement. Ses avis, « sagaces et circonspects », attirent l'attention des autres dignitaires et lui valent respect et confiance. En 1881, il devient un des trésoriers du palais. Plus tard, il est nommé gouverneur du Wabari, un petit district à l'ouest d'EntotoDavid Hamilton Shinn et Thomas P. Ofcansky, Historical Dictionary of Ethiopia, Scarecrow Press, 2004, .

En dehors des Conseils, Mekonnen passe le plus clair de son temps avec ses soldats auxquels il fournit les meilleurs équipements venus d'Europe. Sa troupe compte progressivement près de hommes et participe aux campagnes de l'armée shewane commencées en contre les Oromos de Temouja. Il se retrouve en tête de colonne et parvient à repousser ses ennemis au-delà de l'Awash. En , il prend part à la première grande expédition du Shewa contre les Arsis Oromos ; il atteint le lac Ziway et s'arrête au mont Chilalo. La campagne s'avère plus longue que prévu en raison des attaques incessantes, de jour comme de nuit, auxquelles il résiste en faisant preuve « de sang-froid et d'initiative ». Mekonnen et ses troupes participent également à la guerre contre le Godjam, déclenchée vers et remportée le , par les Shewans lors de la bataille d'Embabo. En 1886, il contribue au succès de la seconde campagne contre les Arsis Oromos, refoulés au-delà du lac Ziway.

La prise de Harar et la nomination au poste de gouverneur La conquête militaire du Hararghe

thumb|upright=1.5|De 1882 à 1886 et en 1887, Mekonnen participe aux campagnes shewannes au sud-est d'Addis-Abeba ainsi que vers Harar.

En 1887, lorsque le Choa envisage de partir à la conquête du grand Est et notamment de la Hararghe, la carrière politique de Mekonnen va véritablement décoller.

En 1885, la ville de Harar sort de dix années d'occupation égyptienne et les Italiens souhaitent combler ce qu'ils appellent un « vide ». Par ailleurs, l'arrivée au pouvoir d'Abd Allah II ibn Ali Abd ash-Shakur vers 1884/1885 a provoqué l'inquiétude des Européens présents sur place ; le nouvel émir a la réputation d'être intolérant voire fanatique. Afin de devancer les Italiens, Menelik II lance la campagne en 1886 ; à ses soldats s'ajoutent les hommes de Mekonnen. Les forces shewannes traversent l'Awash en novembre et en , elles s'installent à proximité de Harar.

Le , la bataille de Chelenqo est déclenchée, rapidement les troupes de Menelik prennent l'avantage et la colonne de Mekonnen détruit l'artillerie de l'ennemi ; en vingt minutes, les Shewans remportent la victoire. Le jour suivant, ils encerclent Harar, l'émir s'enfuit de nuit et le , une partie de l'armée entre dans la ville. Le lendemain, Menelik charge Mekonnen de réquisitionner le matériel militaire ; il saisit cartouches, obus chargés, 4 canons Krupp et de nombreux fusils. Enfin, le , après l'avoir élevé à la dignité de Dejazmach, Menelik nomme son cousin gouverneur du Hararghe. En outre, une garnison de hommes chargée de défendre la ville est placée sous ses ordres. Il lui confie la lourde tâche de pacifier une province et une capitale plongées dans le « chaos ».

Premiers mois à la tête du Hararghe

À , le nouveau Dejazmach se retrouve à la tête du Hararghe, une province aux frontières non tracées, où la police, l'administration et la justice sont quasi inexistantes. De plus, les populations souffrent des raids des Issas, des Danakils, des Somalis et des Oromos et le commerce pâtit de la carence d'infrastructures. La situation paraît tellement désespérée que Menelik II aurait envisagé de quitter la province ; l'objectif initial, réussir une expédition lucrative, a été atteint. Toutefois, la crainte d'une arrivée anglaise maintient les quelques troupes shewannes sur place. L'édification d'une armée plus importante constitue la priorité de Mekonnen. Sa troupe passe de à pour atteindre soldats. À la tête de ses hommes, il parcourt la province et commence le processus de pacification afin de désarmer les rebelles locaux. Travailleur acharné, Mekonnen conduit des réformes financières et assure la protection des classes populaires. Pendant ses nombreuses expéditions, Mekonnen reçoit souvent l'appui de quelques clans somalis ; en échange, il les autorise à exercer un certain pouvoir local, tout en restant sous ses ordres.

Mekonnen doit également faire face à la sensible question de la foi puisque après des siècles d'enfermement sur elle-même : Les premiers Européens arrivent après la conquête égyptienne de 1875 ; parmi eux, Arthur Rimbaud (en 1880), le Père Taurin Cahagne (un missionnaire français arrivé en 1881) et le Père Jarosseau en 1884., la ville de Harar est gouvernée par un chrétien orthodoxe. Mekonnen est, par nature, un homme « répugnant à la violence, au fanatisme et aux solutions de force » et respectueux de l'Islam. Il s'inscrit ainsi dans la tradition éthiopienne de tolérance religieuse. Il a lui-même grandi parmi des missionnaires catholiques dont l'Italien Guglielmo Massaia et le Français Monseigneur Taurin auquel il déclare durant un entretien :

La population est définitivement rassurée lorsque Mekonnen annonce publiquement :

Pendant douze mois, le Hararghe vit un important bouleversement : le commerce est en pleine croissance, l'activité agricole reprend et la situation sanitaire de la capitale s'améliore. Beaucoup de chrétiens viennent s'installer dans la capitale où ils créent une nouvelle classe dirigeante ; ce changement social ne crée aucune tension au sein de la population locale qui tire profit du développement économique. Sous Mekonnen, Harar devient le point de relais majeur sur la route commerciale entre Obock et le Shewa. Toujours en attente du départ éthiopien, les Italiens cachent mal leur agacement et envoient l'ingénieur Robecchi-Bricchetti recueillir des renseignements. Durant son séjour à Harar de 1888 à , il rencontre le gouverneur, dont il garde une impression positive. Tout comme l'ont fait auparavant la France et la Grande-Bretagne auparavant, il conclut que la province, solidement contrôlée par les Shewans, ne peut faire l'objet d'une conquête future. Mekonnen, trop concerné par les graves changements s'annonçant au nord de l'Empire éthiopien, se préoccupe peu de ces questions.

Le soutien à Menelik en 1889 Inquiet de la conquête du Hararghe par les forces de Menelik, le Negusse Negest Yohannes IV prépare son armée afin de marcher vers le Shewa. Menelik parvient à réunir environ guerriers dont ceux de Mekonnen. Le chroniqueur Gebre Selassie rapporte l'« émerveillement »Gebre Selassié, Chronique du règne de Ménélik II, cité dans des généraux et commandants de l'armée shewanne en voyant ces soldats disposant d'un bon armement et dotés d'un sens de l'organisation. L'affrontement n'a finalement pas lieu. Yohannes IV doit repartir vers le nord, lutter contre les Mahdistes. Il perd la vie le , des suites de blessures après la bataille de Metemma.