Charles de Habsbourg, dit , né le à Vienne (Autriche) et mort le dans la même ville, est roi de Bohême et de Hongrie, archiduc d'Autriche et empereur du Saint-Empire romain germanique de 1711 à sa mort.
Il est également prétendant au trône d'Espagne (1703-1714) sous le nom de Charles III ; roi de Sardaigne (1708-1720) sous le nom de Charles III ; roi de Naples (1713-1734) sous le nom de ; roi de Sicile (1720-1735) sous le nom de Charles IV ; duc de Parme et Plaisance (1735-1740) sous le nom de Charles II.
Famille Charles est le fils cadet de Léopold (1640-1705), empereur élu du Saint-Empire, et de sa troisième épouse, Éléonore du Palatinat-Neubourg (1655-1720).
Son père est le fils de Ferdinand III (1608-1657), empereur élu du Saint-Empire, et de Marie-Anne d'Autriche (1606-1646), infante d'Espagne.
Sa mère est la fille de Philippe-Guillaume de Neubourg (1615-1690), électeur palatin, et d'Élisabeth-Amélie de Hesse-Darmstadt (1635-1709).
Il a pour frère aîné Joseph (1678-1711).
Caractère À l'instar de son père, est un grand mélomane. Musicien passionné au point d'accompagner lui-même au clavecin le castrat Farinelli et d'entretenir de longues conversations avec Antonio Vivaldi lors d'un voyage en Vénétie. Il est, comme ses pairs, passionné par la chasse, activité à laquelle s'adonne son gendre, François-Étienne de Lorraine, grand-duc de Toscane.
Son règne étant marqué par des querelles de successions en Europe, le souverain se soucie particulièrement des procédures juridiques concernant l'héritage.
Amitié intime À l'instar de l'estime que porte son frère envers son précepteur, le comte de Salm, qu'il fait prince et conseiller, Charles a pour gouverneur le prince Antoine-Florian de Liechtenstein (1656-1721), qu'il va faire Premier ministre et pour qui il crée la principauté souveraine de Liechtenstein, le .
Héritier de nombreuses couronnes Second dans l'ordre de succession pour l'ensemble des territoires héréditaires des Habsbourg et la dignité impériale (1685-1700), puis troisième (1700-1701), de nouveau second (1701-1705) et enfin héritier présomptif de son frère aîné 1705 et 1711, la vie du prince est bousculée par les évènements venus d'Espagne et qui inquiètent les Cours européennes depuis des années.
Succession d'Espagne
gauche|200px|vignette|Empire des Habsbourg en 1700. Le , (1661-1700), roi d'Espagne, meurt sans descendance. Avec lui s'éteint la branche aînée des Habsbourgs, celle d'Espagne, qui y régnait depuis 1516. La logique dynastique voudrait que la branche cadette, celle d'Autriche, hérite de tous ses biens. Or, il n'est plus question en Europe de voir rétablir l'Empire immense de Charles Quint (1500-1558), qui aurait eu un monarque unique sur un domaine « où le soleil ne se couche jamais ».
(1638-1715), roi de France et de Navarre, a épousé la sœur aînée du défunt roi tandis que (1640-1705), empereur élu du Saint-Empire, a épousé une sœur cadette. Plusieurs solutions ont été envisagées pour se répartir l'héritage espagnol, du vivant même du roi. Mais aucune n'aboutit. Dans son testament, , convaincu par le parti pro-français à sa cour, désigne pour lui succéder intégralement Philippe de France (1683-1746), duc d'Anjou, petit-fils de .
La guerre de Succession d'Espagne éclate quelques mois plus tard entre Versailles et Vienne du fait que la France, profitant d'une Espagne désormais alliée dynastiquement et politiquement, commence à occuper des places-fortes dans les Pays-Bas espagnols, menaçant les frontières du Saint-Empire.
En , l'empereur entre en guerre pour revendiquer l'héritage de son beau-frère et cousin, d'abord à titre personnel, puis, à partir du , au nom de son second fils, Charles, qui est dès lors proclamé roi d'Espagne sous le nom de « ».
Il est couronné à Vienne, puis se rend en Espagne. Confronté à un royaume déchiré et hostile aux Habsbourgs, le prétendant trouve néanmoins un appui solide dans les territoires péninsulaires de la couronne d'Aragon (Catalogne et Valence, notamment). De plus, il est soutenu dans ses démarches par la Grande-Bretagne, les Provinces-Unies et la Prusse, bientôt rejoints par le Portugal et la Savoie.
En , Charles fait de Barcelone la capitale de son gouvernement, ce qui offre à ses alliés un point d'appui en territoire espagnol, et menace gravement l'autorité de . Le , la prise de Madrid par l'armée portugaise menée par le marquis des Minas, et renforcée par des bataillons anglais et néerlandais commandés par Henri de Massué, lui permet d'être proclamé roi dans la capitale historique espagnole. Mais l'intervention énergique de la France et la défaite de ses alliés à la bataille d'Almansa, qui rétablit sur le trône, ne lui permet pas d'exploiter sa position. La situation particulièrement intense atteint son paroxysme en 1708 quand la France engage des pourparlers de paix mais refuse d'abandonner le royaume d'Espagne aux Habsbourgs.
La même année, Charles devient roi de Sardaigne. Cependant, la position du prétendant reste précaire et n'aboutit pas au renvoi des Bourbons de la péninsule. Au contraire, ceux-ci se redressent dès l'année suivante et repoussent les armées coalisées sur presque tous les fronts.
L'année 1711 marque un tournant crucial. Le , meurt et « » lui succède à la tête des États héréditaires des Habsbourgs, ainsi que sur le trône du Saint-Empire sous le nom de . La Grande-Bretagne, alliée principale jusqu'alors pour affaiblir l'hégémonie française, fait savoir qu'elle ne soutiendra pas un nouveau Charles Quint.
Dès lors, les pourparlers de paix sont engagés, d'autant plus que l'Europe est exsangue. À partir de , les belligérants se rencontrent lors du congrès d'Utrecht afin de régler le conflit par la diplomatie. Les faits d'armes prennent fin seulement l'année suivante.
Le , le traité de Rastatt reconnaît à Philippe V la possession de la couronne d'Espagne et ses colonies, mais l'oblige à renoncer à ses droits au trône de France. conserve le royaume de Sardaigne et reçoit le royaume de Naples, Milan, Mantoue et diverses villes en Allemagne. Mais il se considère encore comme seul roi légitime d'Espagne.
Le , le traité de la Barrière lui donne les Pays-Bas espagnols, devenus Pays-Bas autrichiens, dont il confie le gouvernorat à Marie-Élisabeth d'Autriche (1680-1741), de 1725 à 1740.
Le , est comte de Hainaut à Mons, représenté par le prince de Rubempré.
La maison d'Autriche, devenue branche aînée de la dynastie des Habsbourgs, demeure une puissance européenne de premier ordre, bien qu'elle entame déjà son déclin.
Union et postérité 200px|vignette| en famille par Martin van Meytens. Le , Charles épouse Élisabeth-Christine de Brunswick-Wolfenbüttel (1691-1750). De religion protestante la princesse est d'une grande beauté et possède un caractère affirmé: elle s'oppose d'abord à ce mariage pour ne pas avoir à se convertir au catholicisme (menaçant même de se suicider), avant de se raviser, sous l'influence du père Tönnemann, confesseur de .
Tous deux sont en fait profondément religieux et le couple est très uni, et bien qu'elle n'ait pas même vingt ans, Charles lui cède la régence de ses possessions espagnoles tandis qu'il mène ses troupes au combat. Pendant huit ans, leur union demeure stérile, puis naissent quatre enfants :
Léopold (1716-1716) ; Marie-Thérèse (1717-1780), mariée en 1736 à , duc de Lorraine et de Bar, puis grand-duc de Toscane, élu empereur en 1745 ; Marie-Anne (1718-1744), mariée en 1744 à Charles-Alexandre de Lorraine (1712-1780), gouverneur des Pays-Bas ; Marie-Amélie (1724-1730).
La Pragmatique Sanction La disparition de en Espagne et le conflit engendré pour le contrôle de son héritage ont marqué qui désire éviter pareil sort à ses propres domaines. Son frère aîné, , est mort sans héritiers mâles, et son propre mariage n'a, pour l'heure, donné aucun enfant.
Le , l'Empereur édicte la Pragmatique Sanction qui modifie les dispositions successorales prises par son père, dix ans plus tôt. En premier lieu, le domaine des Habsbourgs devient indivisible. De plus, non seulement les femmes sont déclarées aptes à succéder dans les différents royaumes qu'il possède alors, mais ce sont ses filles à naître, et non celles de son frère aîné, qui auront la primauté dans l'ordre de succession, le cas échéant.
Les nièces de l'empereur, Marie-Josèphe d'Autriche (1699-1757) et Marie-Amélie d'Autriche (1701-1756), qui se retrouvent exclues de tout héritage dès la naissance du premier enfant impérial, doivent prêter serment de respecter l'édit. À leur mariage, leur époux sont soumis à la même exigencePour autant, l'application de la Pragmatique à la mort de Charles déclencha la guerre de Succession d'Autriche..
Les États héréditaires adhèrent à ces dispositions, mais certains, dont la Hongrie, négocient des concessions qui y affaiblissent l'autorité royale.
L'empereur ne s'arrête pas là. Il passe près de vingt ans à obtenir, tant bien que mal, la reconnaissance de son édit auprès des Cours européennes.
D'une guerre à l'autre
Guerre vénéto-austro-ottomane (1716-1718) vignette|Thaler à l'effigie de (1721). Pour ce faire, soutient les actions de ses voisins européens. Ainsi, en , il rejoint la république de Venise, en guerre contre l'Empire ottoman depuis 1714. L'armée impériale, menée par le prince Eugène de Savoie-Carignan (1663-1736), est victorieuse aux batailles de Petrovaradin (), de Timișoara (en) () et de Belgrade (), et repousse les Turcs au Sud des Balkans. Le traité de Passarowitz, signé le , marque la victoire vénéto-autrichienne. Le Sultan cède à l'Empereur le Banat, la Serbie septentrionale (y compris Belgrade), une bande de territoires bosniaques au sud de la Save et l'Olténie valaque. Les Habsbourgs n'ont jamais possédé autant de territoires dans les Balkans.
De cette époque date la première école de génie militaire de Vienne, l'Académie impériale des techniques.
Guerre de la Quadruple-Alliance (1717-1720) vignette|Thaler à l'effigie de , 1740 : Car(olus) VI D(ei) G(ratia) R(omanorum) I(mperator).
En 1717, , déterminé à rétablir l'influence espagnole en Italie, envahit la Sardaigne puis la Sicile, l'année suivante. Le , rejoint , roi de France et de Navarre — alors sous la régence de Philippe d'Orléans (1674-1723), (1660-1727), roi de Grande-Bretagne, et les Provinces-Unies au sein de la Quadruple-Alliance, formée en réaction à cette agression. S'ensuit la guerre de la Quadruple-Alliance, où l'Espagne ressort vaincue.
Le est signée la paix de La Haye. Philippe V est reconnu roi légitime d'Espagne par l'Empereur, mais perd toutes ses possessions en Italie. reçoit le royaume de Sicile, tenu par le duc de Savoie, avec lequel il échange son royaume de Sardaigne. Les royaumes de Naples et de Sicile retrouvent un souverain commun, mais demeurent des vice-royautés inféodées aux directives d'une Cour étrangère.
Guerre anglo-espagnole (1727-1729) En 1725, un rapprochement opportun est opéré depuis l'Espagne. Le roi de France a renoncé à ses fiançailles d'avec une infante d'Espagne, refroidissant les relations entre les deux royaumes. Philippe V, mais surtout sa seconde épouse, Élisabeth Farnèse, aspire à renouer le contact avec l'Autriche, dans un but bien précis : obtenir des territoires en Italie du Nord, notamment ceux dont la reine d'Espagne est l'héritière, pour l'un des infants. En échange de quoi le roi d'Espagne s'engage à respecter les dispositions de la Pragmatique Sanction. L'Empereur signe donc le traité de Vienne, le : ses filles Marie-Thérèse d'Autriche (1717-1780) et Marie-Anne d'Autriche (1718-1744) doivent se fiancer aux infants Charles de Bourbon (1716-1788), héritier d'Espagne, et Philippe de Bourbon (1720-1765), afin de sceller une alliance défensive et offensive.