Larbi Benbarek (, Lɛarbi ben-Bárək ; en tamazight : Lɛǎrbi u Mbárək ; variantes : Ben Barek, Ben M'barek), né le à Casablanca et mort le dans la même ville, est un footballeur international français.
Larbi Ben Barek est considéré comme le plus grand joueur du football français émanent du protectorat marocain. Sa carrière est coupée par la Seconde Guerre mondiale, qu'il passe au Maroc. Il est le premier footballeur du protectorat français marocain de renommée mondiale, et dont le transfert dans un club étranger fait l’objet de tractations sur des bases élevées. Il représente en outre l’avènement des footballeurs d’Afrique du Nord dans le football français. Il est l’un des premiers joueurs que la France est allée chercher hors de ses frontières. Surnommé « la Perle noire », il est réputé en raison de sa technique et de son élégance balle au pied. Ben Barek débute en première division marocaine à vingt ans avec l'US marocaine. Recruté par l'Olympique de Marseille en 1939, il termine vice-champion mais n'y passe qu'une saison à cause du conflit mondial. Il retourne jouer pour l'USM où il cumule les titres nationaux. À la sortie de la guerre, il intègre le Stade français et ses joueurs renommés, avec qui il accède immédiatement dans l'élite et retrouve l'équipe de France. Le club parisien le vend ensuite à l'Atlético Madrid où il conquiert les deux premiers titres de champion de l'histoire du club. Fin 1953, il revient à Marseille où il perd en finale de la Coupe de France. Ben Barek met fin à sa carrière professionnelle en 1955 et traverse à nouveau la Méditerranée pour devenir entraîneur-joueur en Algérie, à l’USM Bal-Abbès. Puis il rentre au Maroc devenu indépendant et est appelé à diriger la sélection nationale aux Jeux Panarabes. Il entraîne ensuite quelques équipes à Rabat, Casablanca, Settat et Tanger, puis enseigne le football à Casablanca.
Bien que n'ayant pas de passeport français, Larbi Ben Barek est le meneur de jeu de l'équipe de France de l’immédiat après-guerre. Il joue à dix-sept reprises en Bleu, tous en amical et possède la carrière internationale la plus étalée dans le temps avec quinze ans et dix mois entre ses débuts et sa dernière cape.
Biographie Enfance à Casablanca La date de naissance officielle de Larbi Benbarek est le . .
Fils d’un ouvrier spécialisé dans la réparation des bateaux, il est très tôt orphelin. Son frère aîné Ali devient un véritable modèle après la disparition du père de la famille. Larbi Benbarek dispute dans ses premiers ballons à Casablanca, dans la rue du quartier de la Ferme-Blanche avec ses camarades de classe Abdallah Ben Fatah, Abdelkader Hamiri, Ben Mohamed Kadmiri et Marcel Cerdan. Sa mère et son frère aîné, Ali Ben Taïeb qui subvient aux besoins de la famille, refusent dans un premier temps qu'il joue au football.
À l'âge de 14 ans, il exerce le métier de menuisier dans l’entreprise Avaros Canelle. C'est à cet âge-là qu'il commence à jouer avec Football Club El Ouatane., une équipe amateur de quartier, de 1930 à 1934. Il joue au poste d'inter mais on lui conseille de jouer ailier.
Débuts au Maroc En 1934, à 17 ans, Benbarek fait ses débuts au sein de l'équipe de l'Idéal Club de Casablanca, club de deuxième division marocaine. Lors de son premier match, Larbi affronte l'USM de Casablanca en amical, triple vainqueur du championnat d'Afrique du Nord, et marque deux fois. Larbi refuse les crampons et joue le match en savates. D’abord ailier devenu intérieur puis demi-centre, il aide ensuite activement l'Idéal à remonter au classement et à s'adjuger la en championnat 1934. L'année suivante, en coupe du Maroc, Larbi Benbarek et l'Idéal atteignent la finale, mais s'inclinent de justesse face au RC Marocain. Le lendemain, le journal « Le Petit Marocain » ne tarit pas d’éloges sur Larbi Ben Barek. Il est alors sélectionné pour la première fois avec l'équipe du Maroc, qui affronte la équipe d'Oran mais reste remplaçant.
À l'été 1935, l'Union sportive marocaine le recrute en lui fournissant un travail de pompiste rémunéré vingt francs par jour. Mais le règlement impose à Larbi et son club de le faire jouer en équipe réserve la première année. Pour autant, ses performances lui permettent d'être de nouveau appelé en sélection marocaine pour défier une nouvelle fois Oran (défaite 0-1). Larbi débute véritablement avec l'USM en . Il attire vite l'attention des grands clubs de métropole. Un match amical Maroc-France B disputé en (victoire 4-2) lui vaut ses premiers articles élogieux dans la presse métropolitaine. L'Olympique de Marseille et son entraîneur hongrois József Eisenhoffer viennent alors à Casablanca s'attacher ses services mais les pourparlers n’aboutissent pas.
Lors de la saison 1937/38, il remporta avec l'USM une doublée nationale, championnat et coupe du Maroc, puis dispute la coupe d'Afrique du Nord des clubs champions. Après une victoire aux dépens des Joyeusetés d’Oran (4-1) en demi-finale, le , il dispute la finale face au Jeunesse Bône AC, qui s'impose 3-1 après prolongation sur l'USM. Saison suivante, 1938/39, il refera le même parcours avec son club et il sera détenteur du doublée nationale encore une fois.
Marseille, début en Bleu et retour au Maroc L'Olympique de Marseille s'attache ses services en , après une première offre au début de l'été 1937, tandis que le Red Star est entré en contact avec le joueur. Larbi Benbarek débarque à Marseille le incognito, descendant de la cale du bateau à seulement vingt ans. Positionné avant-centre par l'entraîneur hongrois József Eisenhoffer, il inscrit d'abord huit buts en amical face aux Anglais de Southend. Le , au Vélodrome, Larbi débute officiellement avec l'OM, face au Racing de Paris. Face à Gusti Jordan, demi-centre de l’équipe de France, il marque deux des cinq buts de son équipe (5-2). Les dirigeants du Racing veulent s’attacher ses services mais l'OM refuse l'offre. Larbi descend ensuite jouer au poste d'intérieur gauche aux côtés du Hongrois Kohut, alors qu’Aznar mène l’attaque.
Après seulement trois mois de compétition, l'attaquant est convoqué par Gaston Barreau, le sélectionneur de l'équipe de France en réponse à la demande populaire. Bien que né en protectorat français, Ben Barek n’a pas de facto la nationalité française et n'aurait pas dû être autorisé à jouer par la FIFA, qui tient à ce que les joueurs internationaux aient au minimum un passeport du pays représenté.
Larbi Benbarek débute avec les Bleus le à Naples, lors d’une défaite (1-0) en terrain hostile, face au récent champion du monde italien. Benbarek est sifflé et insulté en raison de son teint de peau tout comme Raoul Diagne, d'origine sénégalaise. Pour sa première, l'attaquant entonne la Marseillaise à tue-tête et renonce aux chaussures à crampons, dont il n'avait pas l'habitude, pour se produire en savates. Larbi Benbarek est considéré comme , dans ces années 1930, où les premiers joueurs nord-africains arrivent sur les terrains d'Europe, ou encore la première grande star du football arabe et africain. Le , le Casablancais enchaîne en Bleu, au Parc des Princes, face à la Pologne (4-0), impliqué sur trois des quatre buts. Il récidive face à la Hongrie avec son premier but international (2-2). Le quotidien l'Auto organise un appel aux lecteurs afin de lui trouver un surnom. Le , Benbarek devient la "perle noire". Le , il contribue au succès de la France sur la Belgique (3-1).
Favori pour remporter le championnat, en juin, l’OM s’incline lors de l’ultime rencontre face à Strasbourg (0-1) et cède le titre au FC Sète. En une saison à l'OM, associé à Emmanuel Aznar, star de l'équipe, le Marocain inscrit douze buts. De retour à Marseille avant l’ouverture de la saison 1939-40, Larbi joue quatre matches amicaux mais le championnat est annulé. Pas français, Larbi Benbarek n'est pas mobilisé en 1939, mais son ascension est stoppée nette par la Seconde Guerre mondiale. upright|vignette|droite|Benbarek et le Maroc en 1942. Il trouve refuge à Casablanca et évolue alors de nouveau à l'US marocaine. . Entraîné par Z. Sigmond, l'équipe gagne quatre championnats du Maroc de suite. En 1942, l'USM et Larbi remportent le Championnat d'Afrique du Nord de l'ULNA.
Lors du conflit européen, avec la sélection d'Afrique du Nord, il affronte la France exilée en 1943 à Casablanca. Benbarek égalise pour son équipe sur un centre de Marcel Cerdan, futur champion du monde de boxe (1-1).
Trois ans au Stade français En , tandis que le conflit mondial prend fin, Casablanca accueille un stage d’entraîneurs sous la direction notamment de Helenio Herrera. Herrera convainc Ben Barek de rejoindre le Stade Français dont le président met en place à Paris une équipe de vedettes. Le Marocain en constitue l'une des pièces maîtresses sous la conduite de l'entraîneur franco-argentin. Son transfert est alors estimé à un million de francs, un record à l'époque. Lors de son passage au Stade français, Larbi Benbarek vit dans un deux-pièces à Boulogne-Billancourt, en face des usines Renault.
L’étendue de son talent lui rouvre la porte des Bleus mais il n'y brille plus avec deux défaites fin 1945 en Autriche et Belgique. Au terme de la saison 1945-1946, où l'équipe bat les records de recette, elle obtient le droit d’accéder en première division. En avril et , il dispute quatre matchs internationaux dont la première victoire française face à l’équipe professionnelle d’Angleterre (2-1).
En championnat de France 1946-47, les adversaires sont d'un niveau supérieur, les résultats en baisse et Ben Barek n'est plus appelé en équipe de France.
En 1948, Benbarek connaît quatre nouvelles capes en Bleu avec deux échecs face à l’Italie (1-3) et à la Belgique (2-4) et deux victoires contre à l’Écosse et la Tchécoslovaquie (4-0). Déçu par le classement moyen de son club, le président du Stade français décide à l’issue de la saison 1947-48 de récupérer sa mise. Il transfère Ben Barek pour huit millions de francs et le gardien Marcel Domingo à l’Atlético Madrid.
Titres avec l'Atlético Madrid En 1949, l'Atlético de Madrid effectue une tournée à Paris puis Reims et repère Larbi Benbarek. Une cour assidue irrite la presse sportive hexagonale qui publie : « On peut vendre la tour Eiffel et l'Arc de triomphe, mais Ben Barek jamais ! ». Benbarek rejoint les Colchoneros pour un montant de transfert de 17 millions de francs de l'époque, ce qui représente le transfert le plus important en ce temps-là en Espagne... Son départ en Espagne est mal vécu en France. À l’époque, une carrière à l’étranger est incompatible avec l’équipe de France car le club refuse de libérer les internationaux étrangers et la fédération est peu encline à payer les aller-retour.
A l’issue de la première saison, l’Atletico est quatrième derrière le FC Barcelone, le Valence CF et le Real Madrid CF. Il boucle ensuite en vainqueur le championnat 1949-50 et remporte un deuxième titre de champion d'Espagne consécutif (1951) et la Copa Eva Duarte de Perón (ancêtre de la Supercoupe d'Espagne) face au FC Barcelone (2-0).
Entre 1949 et 1953, il inscrit plus de soixante buts en 120 ou 122 matches. Avec ses coéquipiers Carlsson et Escudero, ils sont surnommés l'« attaque de cristal ». Larbi seul obtient un nouveau surnom que Perle noire : « le pied de dieu ». Larbi Benbarek demeure l'un des joueurs les plus emblématiques de l'Atletico Madrid, faisant régulièrement son apparition dans les XI de légendes des aficionados.
Fin de carrière à l'OM et record en bleu En , Benbarek revient à l'Olympique de Marseille et dispute la finale de la Coupe de France 1953-54 face à l'OGC Nice de Just Fontaine et s'incline 2-1.