Ernst Theodor Amadeus HoffmannNom de plume pris par l'auteur par admiration pour Mozart. Souvent contracté par ses initiales « E. T. A. Hoffmann » , et ce, dès ses premières publications Fiche sur gallica.bnf.fr, Œuvres complètes de E.T.A. Hoffmann, tome 11 1830 Prononciation en allemand standard retranscrite selon la norme API., né Ernst Theodor Wilhelm HoffmannC'est la raison pour laquelle « E.T.W. Hoffman » est inscrit sur sa tombe. Prononciation API : ou le à Königsberg, en province de Prusse-Orientale, et mort le à Berlin, est un écrivain romantique et un compositeur, également dessinateur et juriste prussien.
Juriste de formation, Hoffmann sert dans l'administration prussienne de 1796 à 1806, puis de 1814 à sa mort. Également dessinateur et peintre, son irrévérence, son indépendance d'esprit et son goût de la satire lui valent à plusieurs reprises de sérieux ennuis auprès de ses supérieurs hiérarchiques, qu'il n'hésite pas à caricaturer.
C'est surtout en raison de son activité littéraire que Hoffmann est célèbre. Connu sous le nom d'« E. T. A. Hoffmann », il est l'auteur de nombreux contes ( en allemand) comme : L'Homme au sable, Les Mines de Falun ou Casse-Noisette et le Roi des souris et de plusieurs romans, dont son œuvre principale Le Chat Murr. Il devient alors, dès les années 1820, l'une des illustres figures du romantisme allemand et il inspire de nombreux artistes, en Europe comme dans le reste du monde. Par exemple, Jacques Offenbach écrit l'opéra fantastique en cinq actes Les Contes d'Hoffmann en s'inspirant de l'univers du romantique allemand.
Également passionné de musique, il abandonne son troisième prénom, « Wilhelm », pour celui d'« Amadeus » en hommage à Mozart, son modèle, et devient critique musical, puis compositeur. Il est ainsi l'auteur de plusieurs opéras, en particulier Ondine, qui est tiré d'un conte de son ami Friedrich de La Motte-Fouqué, ainsi que d'œuvres vocales et instrumentales.
Biographie Sa jeunesse thumb|alt=Photographie en couleurs (entre 1890 et 1905) de la cour du château de Kœnigsberg, près duquel était bâtie la maison natale d'Hoffmann. Autour d'un petit jardin circulaire comportant quelques arbres, se dressent les trois bâtis du château et, à gauche, s'élance un clocher de type gothique surmonté d'une horloge.|La cour du château de Königsberg, près duquel était bâtie la maison natale d'Hoffmann.
Issu d'une famille de pasteurs et d'hommes de loi appartenant à l'ancienne bourgeoisie de robe., fils du pasteur luthérien , (1736-1797)., le père d'E. T. A. Hoffmann est avocat à Königsberg. Poète et compositeur à ses heures, il épouse le sa cousine, Louise Albertine Doerffer (1748-1796)., avec laquelle il a trois enfants : Johann Ludwig, né le et mort après 1822, Carl Wilhelm Philipp, né le et mort dans l'enfance, enfin, Ernst Theodor Wilhelm, né le ., dans une maison de la rue des Français, au pied du vieux château.
En 1778, le couple parental se sépare. Nommé peu après à Insterbourg, en Petite Lituanie, Christophe-Ludwig emmène avec lui l'aîné de leurs enfants ; il meurt dans cette ville le .. Ernst est donc élevé dans la famille de sa mère, une femme malade et d'une excessive nervosité qui meurt d'apoplexie dans la nuit du au Lettre d'Hoffmann à Hippel du , in .. De son père, il n'entend parler que par sous-entendus et cette blessure fait souffrir Hoffmann toute sa vie durant. Trois personnes s'occupent alors de lui : sa grand-mère Doerffer, sa tante Johanna Sophie (1745-1803)., surnommée (ou « petit pied »). et son oncle Otto Wilhelm Doerffer (1741-1811), magistrat célibataire, d'humeur sombre, dévote et solennelle dont Hoffmann devait tracer, dans ses lettres et à travers plusieurs personnages de son œuvre, un portrait sans aménité. Il le surnomme « » (« Oh Weh! »), qui signifie : « oncle quel malheur ! » ou « oncle catastrophe ». Bien qu'il soit épris de musique, cet oncle a ..
thumb|left|alt=Photographie en couleurs datant (entre 1890 et 1905) de l'université Albertina de Kœnigsberg, où étudia Hoffmann. Derrière un bosquet d'arbres et un jardin se découpe la façade blanche du bâtiment principal.|L'université Albertina de Kœnigsberg, où étudia Hoffmann.
En 1781, Hoffmann entre à la , une école luthérienne., où il fait des études classiques. Il apprend également la musique, et notamment l'art de la fugue et du contrepoint, auprès d'un organiste polonais, Christian Wilhelm Podbielski (1740-1792)Detlef Kremer, E. T. A. Hoffmann: Leben-Werk-Wirkung, Walter de Gruyter, 2009, 666 pages, ., qui inspire le personnage d'Abraham Liscot dans Le Chat Murr, et il se révèle un pianiste prodige. Il s'essaie aussi à écrire des poèmes, des romans et à dessiner. Cependant, son milieu, provincial, n'est pas favorable à l'acquisition d'une technique et le jeune homme reste ignorant de toute discipline un peu stricte et étranger aux formes nouvelles qui naissent alors en Allemagne.
Entré à l'université de Königsberg le , l'oncle d'Hoffmann le contraint à étudier le droit dans sa ville natale, même si ce dernier a peu de goût pour ces études. Sa correspondance de jeunesse n'en garde guère l'écho, au contraire de ses lectures, qu'il s'agisse de Voltaire, de Rousseau, de Goethe, de Schiller, de Jean Paul ou de Kotzebue. En musique, il admire Bach, Mozart et les Italiens. ; il ne découvre que plus tard Haydn, Gluck et Beethoven.
En 1786, Ernst se lie d'amitié avec Theodor Gottlieb von Hippel (1775-1843), fils d'un pasteur, écrivain connu et l'un des familiers d'Emmanuel Kant. En 1792, les deux amis se retrouvent à l'université, où ils suivent notamment les cours du philosophe. En 1794, il a une grande passion pour une jeune femme de vingt-huit ans mariée à un négociant de plus de soixante ans, Johanna-Dorothea Hatt, à qui il donne des leçons de musique et qu'il appelle affectueusement « Cora »., en souvenir de l'héroïne des Incas de MarmontelJean Mistler (1950), 43..
Une carrière de fonctionnaire provincial thumb|upright|alt=Dessin à la plume d'Hoffmann le représentant en compagnie de Hippel, comme les personnages mythiques de Castor et Pollux.|Dessin à la plume d'Hoffmann le représentant en compagnie de Hippel, comme Castor et Pollux (lettre d'Hoffmann à Hippel du ).
Dès 1794 et avant l'achèvement de ses études en , son grand-oncle, le conseiller royal Christoph Ernst Voeteri (1722-1795), notaire au service de plusieurs familles nobles de Prusse-Orientale, le prend comme clerc. Hoffmann l'accompagne donc à plusieurs reprises dans ses visites de leurs domaines (épisode qui apparaît dans Le Majorat).. Il est ensuite envoyé en à Glogau, en Silésie, chez son oncle maternel qui est conseiller, Johann Ludwig Doerffer (1743-1803), et chez lequel il travaille pendant deux ans comme auditeur. À la société bourgeoise de Glogau, il préfère la compagnie des artistes locaux. Il fait notamment la connaissance de Johann Samuel Hampe (1770-1823)., Julius von Voß, Franz von Holbein (1779-1855). et Wilhelmine Encke, comtesse de Lichtenau, ancienne maîtresse du roi , à qui il est présenté en .. Bien qu'il soit attaché à la tradition protestante, il choisit ses amis parmi les catholiques.
Embauché pour aider à décorer une église (situation utilisée dans L'Église des Jésuites), il se lie d'amitié avec un peintre italien, Aloys Molinari (1772-1831), qui l'initie aux secrets de son art et lui inspire la nostalgie du Sud, et singulièrement de l'Italie, qui s'exprime dans nombre de ses écrits. Il se fiance aussi avec une cousine, Wilhelmina Doerffer (1775-1853), dite « Mina », et semble se diriger vers un mariage de raison. Toutefois, alors qu'il vient de s'inscrire à l'examen pour l'admission aux emplois supérieurs dans l'administration judiciaire, dans l'été 1798, il apprend que le père de Mina a été nommé conseiller intime à la (cour d'appel) à Berlin. Heureux de quitter Glogau et de suivre sa bien-aimée, il demande le transfert de son poste et s'installe donc dans la capitale.. Il y passe avec succès son examen et devient référendaire à la , puis il prépare l'examen d'assesseur.
Il peint, dessine, compose un opéra-comique, Le Masque, qu'il dédie à la reine Louise (mais que le directeur des spectacles, Iffland, refuse) et fréquente assidûment le monde des revues et des théâtres, qui est assez actif dans ces années-là, bien que le romantisme ait encore ses principaux foyers vivants dans l'Allemagne du Sud, à Iéna entre 1798 et 1806Le romantisme d'Iéna se constitue autour des frères August et Friedrich Schlegel, de Ludwig Tieck et de Novalis. Il se fixe ensuite à Heidelberg à partir de 1804 et autour de Joseph Görres, d'Achim von Arnim, de Bettina et Clemens Brentano.. Le groupe de Berlin ne commence à s'imposer qu'à partir de 1808, avec des figures comme August Wilhelm Schlegel, Adelbert von Chamisso, Friedrich de La Motte-Fouqué, Heinrich von Kleist, Zacharias Werner, Joseph von Eichendorff et Hoffmann.
thumb|left|alt=Caricature d'Hoffmann de sa main, en noir et blanc. Hoffmann est vu de profil, il semble endormi et il dessine à l'aide d'un pinceau sur un petit carnet qu'il tient.|Caricature d'Hoffmann par lui-même.
En , ayant passé avec succès l'examen d'assesseur, il repart en province, à Posen, une importante ville de la région de Grande-Pologne dont la population est mixte, allemande et polonaise, évangélique et catholique. Devenu un bon vivant, Hoffmann se permet de faire toutes sortes d'espiègleries avec ses amis, une bande de jeunes Allemands : ivrogneries et farces se succèdent et Hoffmann dessine des caricatures de ses collègues et de ses supérieurs. Il commence ses deux années à Posen par une grave maladie de foie due à l'abus du punch, sa boisson favorite. Dans la ville de Posen, il jouit d'une manière de célébrité. On fait jouer une cantate qu'il a écrite pour saluer le siècle nouveau et un opéra qu'il a rédigé à partir de Goethe (Badinage, ruse et vengeance), dont n'a été conservé que le titre. Mais son désaccord avec la société bourgeoise s'agrandit.
En 1801, il rompt ses fiançailles avec sa cousine, s'attirant ainsi la réprobation de sa famille. De même, il s'aliène la sympathie de ses collègues et de ses supérieurs hiérarchiques en faisant de cruelles caricatures, qui circulent dans la ville. Il mène alors une double vie, de fonctionnaire et de bohémien. Ces impertinences lui valent d'être envoyé, en pénitence, dans un centre urbain moins important. Le , un arrêté le nomme conseiller à Plock, aux appointements de 800 écus par an.. Mais, entre-temps, il rencontre à Posen la fille d'un fonctionnaire polonais, Maria Thekla Michalina Rorer-Trzynska (1781-1859)..., dite « Rohrer » selon un usage de germaniser les noms, sur laquelle peu de documents existent, mais qu'il épouse le en l'église catholique Corpus-Christi et qui demeurera jusqu'au bout à ses côtés.
thumb|right|alt=Façade de l'église polonaise de Corpus-Christi de Posen et constituée de briques rouges.|L'église Corpus-Christi de Posen où Hoffmann se marie le .