L'Histoire du football en Afrique retrace l’histoire du football sur le continent africain depuis son introduction au début du jusqu'à la période actuelle.

D'abord fortement encadrée par les autorités coloniales, la pratique du football devient peu à peu une tribune d'expression et d'opposition à la colonisation. La décolonisation va alors accélérer le développement du football africain, tant au niveau sportif, qu'au niveau de ses institutions.

Présence coloniale et introduction du football

thumb|Les principaux empires coloniaux, en Afrique, en 1913.

|alt=Carte de l'Afrique coloniale en 1913, en couleur selon les différents empires.

Le football en Afrique fut envisagé différemment selon les territoires et donc selon les pays coloniaux les possédant. Si, dans les colonies britanniques, les autochtones ont rapidement pu accéder à la pratique de ce sport, il n'en fut pas de même dans l'Empire colonial français ; en effet, jusqu'aux années 1920, la pratique du football était réservée aux seuls colons. Cette mise à l'écart des populations autochtones était justifiée par des considérations fortement racistes. À titre d'exemple, le général Jung, commandant des troupes d'AOF, jugeait en 1928, que ce jeu était trop compliqué pour les « nègres » ; toutefois il précise :

Dans l'Empire colonial belge, le football est au contraire fortement pratiqué par les habitants, le ballon rond se trouvant au cœur d'un apostolat catholique. Le football était donc utilisé dans les colonies belges pour favoriser la conversion religieuse des populations autochtones. Le Congo belge est également l'un des premiers territoires à voir la création d'une réelle fédération sportive en direction du football : en 1919, L'ARSC (« Association royale sportive congolaise ») est créée. ; en 1939, l'association compte de football répartis dans 53 patronages. En termes d'infrastructures, le stade de la Reine-Astrid est construit dès 1937, en particulier grâce aux actions du prêtre Raphaël de la Kethulle de Ryhove. Cette forme d'apostolat, qui avait précédemment été développée dans les colonies britanniques par les églises anglicanes, l'est également dans les colonies françaises, par l'église catholique, à partir des années 1920 : l'Association sportive et culturelle Jeanne d'Arc est ainsi créée en 1921 par le Père Lecocq. Néanmoins cette « ouverture » a ses limites et les autorités religieuses cherchent à contrôler la pratique sportive et celle du football en particulier ; quand l'USI (« Union Sportive Indigène »), exclusivement composée d'Africains, est créée en , le Père Lecocq menace les joueurs de l'USI d'excommunication, s'ils venaient à rencontrer la « Jeanne d'Arc ».

Les années 1920 voient tout de même la première équipe africaine participer à un grand tournoi international. En effet, l'Égypte participe aux jeux olympiques de 1924 et y obtient une remarquable . Néanmoins, les commentaires de la presse européenne sont fortement empreint de racisme et de dédain pour cette sélection. À titre d'exemple, même le rapport officiel indique, après la défaite de l'Égypte face à la SuèdeLe juin 1924 ; match pour la médaille de bronze., que :

Si l'essor du « football confessionnel » se poursuit une forme de ségrégation perdure : les « blancs » jouant contre d'autres blancs et les « noirs » contre d'autres noirs. Cette ségrégation trouva son paroxysme dans les colonies italiennes, le comité olympique national italien cherchant à fortement favoriser la pratique du football par les colons : en Érythrée, les (six) équipes « indigènes » furent rassemblées dans une ligue dédiée, de manière à éviter d'éventuelles défaites d'équipes de colons. En Éthiopie, les équipes « indigènes » doivent adopter un nom à consonance italienneÀ titre d'exemple, le club de Saint-George devient le Littoria Wufe Sefer.. Surtout, comme en témoigne Ydnekatchew TessemaPremier grand jouer éthiopien et président de la Confédération africaine de football de 1972 à 1987., les footballeurs locaux devaient parfois jouer pieds nus de manière à épouser l'image de l'Africain, véhiculée par la propagande fasciste. Néanmoins, les années 1930 voient les premiers joueurs africains évoluer dans des stades européens : en France, le Marocain Larbi Benbarek est recruté par l'Olympique de Marseille en 1938 et intègre l'équipe de France, cette même année. Cependant, la presse européenne commente cette nouveauté avec un fort mépris : à l'occasion de la rencontre en amical entre la France et l'Italie le , La Stampa ironise sur le et se réjouit de l'absence dans la sélection italienne.

Le football comme tribune pour l'indépendance Même si une partie de l'activité sportive reste encadrée par les différentes autorités coloniales ou religieuses, le succès grandissant du football voit la création de nombreux nouveaux clubs sur le continent. Pour partie d'entre eux, ceux-ci constituent un objet d'expression nationaliste témoignant d'un désir croissant d'indépendance. Ce phénomène est évidemment à modérer selon les territoires envisagés.

Colonies françaises

Algérie

thumb|upright=1.25|alt=Photographie en noir et blanc d'une équipe de football, de face., avec des personnes debout ou assises.|L'équipe du Mouloudia d'Alger, à sa création, en 1921.

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les premiers clubs musulmans sont créés en Algérie, sportsmen musulmans et nouvelles figures sociales de l’émancipation à la veille de la première guerre mondiale. D'autres clubs musulmans sont créés à Oran, le Mouloudia Club Musulman Oranais est fondé le , il est déclaré le Les clubs sportifs musulmans dans l’Algérie coloniale sur Paris, Presses universitaires de France, Youssef Fatès. Mis en ligne en 1994, le il fusionne avec le Hamidia Club Musulman Oranais (qui a été créé le ) pour devenir le Mouloudia Hamidia Club Musulman Oranais, le , le club deviens le Mouloudia Club Oranais. Un autre club au nom de l'USM Oran est créé le ce dernier va être parmi les clubs les plus importants dans l'ère colonial.

À Alger le Mouloudia Club d'Alger est fondé le . Les trois ligues d'Alger,d'Oran et de Constantine sont créées en 1918. On compte lors de la saison 1923-1924, trente-six clubs dont quatre sont musulmans. Leurs présences rompent l'hégémonie catholique dans ce qui concerne l'encadrement spirituel du sport. À Constantine, la Ligue est créée en 1920 et compte dès sa création quatre associations musulmanes sur vingt-trois clubs. Ces clubs adoptèrent, jusqu'au moins les années 1930, une ligne relativement discrète quant à leurs expressions identitaires. Cependant, pour pallier tout risque de revendications, les autorités françaises cherchent à limiter les rencontres entre européens et musulmans. Surtout, dès 1930, un quota d'au moins trois joueurs européens est imposé pour la composition des équipes musulmanes, puis à cinq joueurs en 1935.

C'est essentiellement à partir des années 1950 que le football sera radicalement utilisé comme tribune, notamment par le FLN. Le , durant la Bataille d'Alger, deux attentats tue dix personnes lors de deux matches de football à Alger, dont celui du Racing Universitaire d'Alger (club d'« obédience coloniale »). Peu de temps après, lors de la finale de la coupe de France 1957 à Colombes, le député Ali Chekkal est assassinéSa position médiane entre Algérie française et indépendance le plaçait dans la liste des « traîtres à la cause ». Il fut assassiné par Mohamed Ben Sadok, membre du FLN. par le FLN.

thumb|upright=1.5|alt=Carte bicolore de l'Asie, l'Afrique et l'Europe.|Carte représentant les pays dans lesquelles l'équipe du FLN (noir) a joué durant sa tournée (bleu foncé).

Durant les années 1950, de nombreux joueurs d'Afrique du Nord, suivant ainsi la voie ouverte par Larbi Benbarek, évoluent dans le championnat français (quarante-cinq joueurs lors de la saison 1957-1958). Certains d'entre eux, comme Mustapha Zitouni évoluent également en sélection nationale française. Le , depuis Tunis, le FLN annonce la création de l'équipe du FLN de football et indique qu'un certain nombre de joueurs ont déjà quitté la métropole pour rejoindre Tunis. L'équipe effectuera une grande tournée à travers le monde ; son impact sur le déroulement de la Guerre d'Algérie reste toutefois difficile à déterminer. À souligner enfin, le déroulement du premier tournoi du Maghreb sur la voie de l'indépendance, en , au stade Chedly-Zouiten de Tunis réunissant la Libye, le Maroc, la Tunisie et l'Algérie (l'équipe du FLN).

Protectorats tunisien et marocain

thumb|alt=Arrêté de couleur jaune pâle, avec un texte en noir.|Arrêté autorisant la création du Club africain, le 4 octobre 1920.

Dans ce protectorat, la Ligue de Tunisie, affiliée à la Fédération française de football (tout comme la Ligue d'Alger évoquée précédemment) est créée en 1921. La période correspond également à la création des premiers clubs musulmans en Tunisie : l'Espérance sportive de Tunis en 1919, le Club africain en 1920, l'Étoile sportive du Sahel à Sousse en 1925 et le Club tunisien à Sfax en 1928. Même si ces créations de clubs témoignent d'une certaine ouverture des autorités françaises, celles-ci gardent une certaine vigilance quant à ces clubs, qui constitueront pour certains d'entre eux, des espaces de « résistance à l'occupant » : par exemple, le Club africain dut, pour recevoir l'agrément de sa création, renoncer aux couleurs envisagées initialement (rouge et blanc), aux emblèmes (croissant et étoile) et même à un premier choix de nom (« Club islamique africain »). L'Espérance sportive de Tunis a ainsi constitué un espace de contestation à la colonisation : ses confrontations qui l'opposèrent au Stade gaulois (incarnant le parti des colons) en témoignent ; Habib Bourguiba, futur président et alors leader du Néo-Destour, se revendiquait alors comme fervent supporter de l'Espérance.

thumb|left|alt=Photographie en noir et blanc d'une équipe de football avec sept personnes debout, et cinq, assises.|Le WAC, en 1940.

Au Maroc, le Wydad Athletic Club, créé le , occupe une place similaire à celle occupée par l'Espérance en Tunisie, en termes de « résistance à l'occupant » ; comme l'Espérance face au Stade gaulois, le WAC avait son opposant « colon » qui était alors l'Union sportive marocaine. Chaque victoire sur cet adversaire représentait alors une entaille dans la domination française du protectorat.

Afrique-Occidentale française

Après la Seconde Guerre mondiale, la pratique du football se fait grandissante : de sportifs en AOF au début des années 1950, ce chiffre passe à à la fin de cette décennie, dont 60 % des effectifs pour le football. De plus, la conférence de Brazzaville de 1944 a pour conséquence d'ouvrir aux Africains des postes de cadre dans l'administration du sport en AOF. Cette accélération du développement du football se concrétise également dans l'organisation des compétitions : en , est créée la Ligue de football d'AOF dont le périmètre ne devait pas initialement excéder la ville de Dakar ; mais dès 1948, la compétition créée en 1947 . et ne réunissant que les quatre districts du Sénégal, devient la Coupe d'Afrique-Occidentale française, réunissant, elle, des clubs extérieurs au Sénégal, venant d'Abidjan, de Conakry ou encore de Bamako. Son succès fut grandissant et le nombre d'équipes participantes passa de seize en 1947, à 280 en 1960. Il illustre également l'ambivalence du football en AOF après le second conflit mondial : à la fois respecter (et reconnaître) la communauté française en participant à cette compétition, mais également renforcer les identités et les particularités des pays dont sont issus les équipes. Ainsi même la loi-cadre Defferre de 1956 (qui accorde une certaine autonomie aux différents territoires), ne met pas un coup d'arrêt à cette compétition ; autre exemple, malgré l'obtention de l'indépendance de la Guinée en 1958, Ahmed Sékou Touré maintient la participation des clubs guinéens à la Coupe de l'AOF en 1959.