Le contenu de cet article se limite à la partie de la syntaxe du roumain s'occupant de la phrase simple. Il traite des spécificités des types de phrases, des fonctions syntaxiques et de l'ordre des mots en roumain, par rapport aux caractéristiques de la phrase simple française.
Caractéristiques des divers types de phrases simples
La phrase déclarative se caractérise par une intonation descendante si elle commence par le verbe (Vine deseară « Il/Elle vient ce soir »), et d'abord ascendante, puis descendante, si elle commence par un terme ayant une autre fonction syntaxiqueSection d'après Avram 1997, . : Petre vine deseară « Petre vient ce soir ». Son verbe peut être à plusieurs modes : l'indicatif pour exprimer un fait réel : les exemples ci-dessus ; le conditionnel : pour exprimer un souhait : Aș bea o bere « Je prendrais bien une bière ». pour exprimer la possibilité de réalisation d'une action ou d'un état, réalisables dans le présent ou dans le futur (N-aș face așa ceva « Je ne ferais pas ça »), iréelles dans le passé : Mai bine aș fi plecat « J'aurais mieux fait de partir » ; le présomptif pour le doute, l'hésitation, l'incertitude ou la supposition : O fi sosit deja « Il/Elle sera déjà arrivé(e) ». le subjonctif pour exprimer les mêmes nuances : Să fi fost ora 10 « Il pouvait bien être 10 heures ».
La phrase interrogative totale, celle qui attend une confirmation ou une infirmation, ne se distingue de la proposition déclarative que par son intonation ascendante, à la différence du français, où elle comporte trois variantes : Petre vine deseară? « Petre vient ce soir ? / Est-ce que Petre vient ce soir ? / Petre vient-il ce soir ? ». La phrase interrogative partielle est marquée, comme en français, par un mot interrogatif, toujours placé en premier en roumain, mais elle non plus n'a qu'une seule variante : Cui îi dai cartea? « À qui tu donnes / À qui est-ce que tu donnes / À qui donnes-tu le livre ? / Tu donnes le livre à qui ? » À la rigueur, toute interrogation peut être renforcée par l'adverbe interrogatif oare, qu'on peut équivaloir à « est-ce que » ou à « je me demande si » : Oare Petre vine deseară? « Je me demande si Petre vient ce soir » ; Oare cui i-am dat cartea? « À qui est-ce que j'ai bien pu donner le livre ? » Le mode du verbe de ce type de phrase peut être : l'indicatif : Când pleci? « Quand pars-tu ? » ; le conditionnel, pour poser une question concernant un souhait (Ai veni cu mine? « Est-ce que tu viendrais avec moi ? ») ou une possibilité : Ți-ai fi închipuit așa ceva? « Aurais-tu imaginé une chose pareille ? » le subjonctif, pour poser une question concernant une possibilité : Cum să călătoresc? « Comment devrais-je voyager ? » (litt. « Comment que je voyage ? ») ou pour exprimer le doute, l'hésitation, l'incertitude ou la supposition : Ce defect să aibă? « Quel défaut pourrait-il/elle bien avoir ? » le présomptif, pour exprimer le doute, l'hésitation, l'incertitude ou la supposition : O fi găsit casa? « Aura-t-il/elle trouvé la maison ? »
Le verbe de la phrase impérative est principalement : à l'impératif : Pleacă de aici! « Va-t'en d'ici ! » ou au subjonctif : Să pleci de aici! (litt. « Que tu t'en ailles d'ici ! »), mais peut aussi être, plus rarement, à d'autres modes : à l'indicatif futur : Ai să pleci de aici! « Tu t'en iras d'ici ! » ; à l'infinitif : A se agita înainte de întrebuințare « Agiter avant emploi » : à la forme appelée « supin »Le supin existait en latin mais, parmi les grammaires des langues romanes, seule la grammaire roumaine le prend en compte en tant que mode à part, bien qu'il ne soit pas formellement pareil à celui du latin. Il dénomme l'action, le plus souvent celle à accomplir : Am ceva de făcut « J'ai quelque chose à faire ». : De evitat drumurile de țară « Éviter les chemins de campagne ».
La phrase exclamative roumaine ne présente aucune particularité par rapport à celle du français.
Dans la phrase négative, le verbe est nié au moins par le mot négatif nu : Nu cred « Je ne crois pas » ; Încă nu am mâncat « Je n'ai pas encore mangé ». Sa variante phonétique est n-, utilisée dans la parole rapide devant les mots commençant par une voyelle : Încă n-am mâncat. Nu peut être secondé par un ou deux autres mots négatifs, tels un pronom ou un adjectif indéfini négatif : Nu invit pe nimeni « Je n'invite personne » ; Nu invit pe nimeni niciodată « Je n'invite jamais personne ».
Particularités des fonctions syntaxiques
L'expression des fonctions syntaxiques en roumain présente des ressemblances avec celle du français, mais il y a aussi des différencesSection d'après Avram 1997, ..
Le sujet
Comme en français, le sujet peut être exprimé par un nom (Tata muncește « Papa travaille »), par divers pronoms (El muncește « Il travaille », Acela muncește « Celui-là travaille »), par un numéral (Al doilea muncește « Le deuxième travaille »), ou par un verbe à l'infinitif (A munci e obligatoriu « Travailler est obligatoire »). À la différence du français, le sujet peut également être exprimé par la seule désinence du verbe : Muncește « Il/Elle travaille ».
Quand c'est un nom ou un pronom qui exprime le sujet, il est presque toujours au nominatif, mais il y a des exceptions : Le pronom relatif, qui est au cas grammatical demandé par le verbe de la proposition principale dont il est le complément, peut être en même temps le sujet de la proposition relative subordonnée à cette principale : Dau cartea cui (datif) vrea s-o citească « Je donne le livre à qui veut le lire ». Il y a des sujets exprimant une quantité, précédés d'une préposition. Leur cas est l'accusatif : Au venit peste o sută « Plus d'une centaine sont venus ». Lorsqu'il y a deux sujets coordonnés, le deuxième peut être à l'accusatif : Ne-am dus acolo ea și cu mine « C'est elle et moi qui y sommes allés ».
Le prédicat
L'une des particularités du roumain est que le prédicat peut être exprimé non seulement par un verbe, mais aussi par certaines interjections exprimant une action : Haide odată! « Allez, viens ! » (dit avec irritation), Na și ție! « Tiens, toi aussi ! » (en accompagnement du geste de remettre quelque chose).
L'attribut exprimant le possesseur
Ce genre d'attribut s'exprime en roumain par un nom ou un pronom au cas génitif, précédé de l'article al/a/ai/ale, appelé « possessif » ou « génitival », accordé en genre et en nombre avec l'objet possédé. Exemples : Camionul este al întreprinderii « Le camion est à l'entreprise » ; Mașina este a unei colege « La voiture est à une collègue » ; Câinii aceștia sunt ai lui « Ces chiens sont à lui » ; Bibliotecile sunt ale tuturor « Les bibliothèques sont à tous ».
L'épithète
L'épithète s'accorde non seulement en genre et en nombre, mais aussi en cas avec le nom auquel elle est subordonnée : un bărbat frumos, « un bel homme », bărbați frumoși « de beaux hommes », al femeii frumoase « de la belle femme ».
Le complément d'objet direct
Comme en français, le complément d'objet direct peut être exprimé par un nom (Văd trenul « Je vois le train »), un pronom (Îl văd « Je le vois ») ou un numéral (Văd două « J'en vois deux »), mais aussi par un verbe au gerunziu (Am auzit vorbindu-se despre asta « J'en ai entendu parler ») ou au participe avec la préposition de (N-am terminat de citit cartea « Je n'ai pas fini de lire le livre »). Il peut aussi être exprimé par un infinitif, mais beaucoup plus rarement qu'en français ; en roumain standard, seulement avec le verbe a putea « pouvoir » : Pot urca « Je peux monter ». Cette construction est le synonyme syntaxique de a putea + proposition subordonnée COD : Pot să urc.
Le COD est parfois utilisé avec la préposition pe, d'autres fois sans préposition. Par exemple :
On emploie avec pe les noms propres de personnes et d'animaux : Am văzut-o pe Maria « J'ai vu Marie », Îl fluier pe Lăbuș « J'appelle Lăbuș (nom de chien) (en sifflant) ». Il en est de même pour les noms communs de personnes s'ils sont définis : L-am văzut pe băiat « J'ai vu le garçon »Ici le COD est déterminé de façon définie, même si l'article défini est absent., mais Am văzut un băiat « J'ai vu un garçon », sans pe. On utilise également pe pour les pronoms (sauf certains pronoms indéfinis), même s'ils se réfèrent à un inanimé : Chemați-l pe el « Appelez-le, lui » ; Îl vreau pe acela « Je veux celui-là » ; Ți-l dau pe al meu « Je te donne le mien » ; Pe care îl vrei? « Lequel veux-tu ? » ; Le vreau pe toate « Je les veux toutes ».
Pe est proscrit avec les noms communs ou propres d'inanimés munis d'article défini ou indéfini : Citesc ziarul « Je lis le journal », Au trecut Mureșul « Ils/Elles ont franchi le Mureș ».
Il est plus fréquent en roumain qu'en français d'exprimer deux fois un même COD : d'une part par un nom, un pronom démonstratif, un pronom possessif, un pronom interrogatif ou un pronom indéfini, d'autre part par un pronom personnel atone s'y référant. Celui-ci anticipe ou reprend le COD proprement dit.
Il est obligatoire de reprendre le COD lorsqu'il est mis en relief par son placement en tête de phrase, dans les cas suivants : Le COD est muni de l'article défini : Cartea am citit-o « Le livre, je l'ai lu ». Dans la plupart des cas où le COD est précédé de la préposition pe : Pe tine te aștept « C'est toi que j'attends ». Le COD est déterminé par un adjectif possessif, un adjectif démonstratif, l'adjectif indéfini fiecare « chaque », un mot pourvu de l'article possessif al/a/ai/ale, un numéral ordinal, un numéral cardinal avec article démonstratif, un adjectif qualificatif au superlatif relatif : Aceeași întrebare mi-am pus-o și eu « La même question, je me la suis posée moi aussi », Cele două caiete le-am pierdut « Les deux cahiers, je les ai perdus ».
La reprise est à éviter dans le cas de la plupart des COD sans pe (indéfinis) : Mere n-am mâncat « Des pommes, je n'en ai pas mangé ».
La reprise est possible, sans être obligatoire : dans le cas du COD avec un article indéfini : O excepție (o) constituie subiectul « Une exception est constituée par le sujet ». dans le cas du pronom démonstratif à valeur neutre : Asta să nu (o) crezi! « Ça, ne le crois pas ! ».
L'anticipation est obligatoire lorsque le COD suit le verbe, étant exprimé par un pronom personnel, possessif ou démonstratif (sauf celui à valeur neutre) précédé de pe : Mă așteaptă pe mine « C'est moi qu'il/elle attend », O aleg pe asta « C'est celle-ci que je choisis », L-am luat pe al tău « C'est le tien que j'ai pris ».
L'anticipation est à éviter dans le cas du COD sans pe : Citesc cartea « Je lis le livre », Citesc o carte « Je lis un livre », Citesc cărți interesante « Je lis des livres intéressants ». Bien que muni de la préposition pe, le COD exprimé par les pronoms oricine « n'importe qui », altcineva « quelqu'un d'autre », cineva « quelqu'un, nimeni « personne » n'est pas non plus anticipé : Primesc pe oricine « Je reçois n'importe qui », Nu primesc pe nimeni « Je ne reçois personne ».
Le complément d'objet indirect
Le complément d'objet indirect prépositionnel exprimé par un nom, un pronom tonique ou un numéral est le plus souvent à l'accusatif : Vorbește-mi despre Paul « Parle-moi de Paul » ; Mă gândesc la tine « Je pense à toi » ; Am vorbit cu trei dintre ei « J'ai parlé à trois d'entre eux ». Ce type de COI peut aussi être à d'autres cas, régis par leurs prépositions : au génitif (S-au revoltat contra/împotriva dictaturii « Ils se sont révoltés contre la dictature ») ou au datif (Am reușit datorită/grație/mulțumită mamei « J'ai réussi grâce à ma mère »).
Le correspondant roumain du COI d'attribution français avec la préposition « à » est le nom ou le pronom au datif sans préposition. Dans son cas aussi, il y a reprise ou anticipation par un pronom personnel atone. Sont à mentionner les cas de figure suivants : Il faut presque toujours reprendre le COI d'attribution placé devant le verbe : Fratelui meu i s-a dat o șansă « À mon frère, on lui a donné une chance ».