Henri Marthe Sylvie Rolin, né le à Gand, en Belgique, et mort le à Paris, est un avocat, diplomate, sénateur, président du Sénat, ministre, ministre d'État, juge puis président de la Cour européenne des droits de l'homme, président de l’Institut de droit international, professeur à l'Université Libre de Bruxelles et homme d'état belge.
Famille Rolin
La famille des de Belgique descend de Nicolas Rolin (1376-1462), chancelier des ducs de Bourgogne.
Henri Rolin Ne pas confondre avec Henri Eugène Auguste Marie Rolin, son homonyme plus âgé. est originaire d'une branche de cette famille établie à Gand et comptant de nombreux juristes: Son arrière-grand-père était (1774-1819), avocat réputé, professeur de droit moderne et recteur de l'université de Gand. Son grand-père était Hippolyte Rolin (1804-1888), qui fut avocat et eut également une carrière politique: conseiller communal, échevin, président de l'Association libérale de Gand puis ministre des Travaux publics de 1848 à 1850. Son père, Albéric Rolin (1843-1937), était docteur en droit, il fut avocat et bâtonnier au barreau de Gand. Il enseigna également à l'Université de Gand. Il fut membre et président de l’Institut de droit international. Il publia plusieurs ouvrages sur le droit international et le droit moderne et la guerre. Son oncle, Gustave Rolin-Jaequemyns (1835-1902), a créé la revue de droit international et de législation comparée, puis l'Institut de droit international. Il fut également membre de la Chambre des représentants et ministre de l'Intérieur. Son cousin, Edouard Rolin-Jaequemyns (1863-1936, fils de Gustave Rolin-Jaequemyns), fut ministre de l'Intérieur, membre de la Cour permanente de justice internationale et président de l'Institut de droit international. Son beau-frère Alfred Nerincx (1872-1943), fut juriste, professeur à l'Université catholique de Louvain, secrétaire de l'Institut de Droit International, bourgmestre de Louvain et sénateur.
Henri est le sixième d'une famille de huit enfants. Ses frères et sœurs sont: Marguerite Rolin (1882-1968), Germaine Rolin (1883-1965), Hippolyte-Charles Rolin (1885-1914), Louis Rolin (1886-1915), Albéric Rolin (1888-1954), Gustave-Marc Rolin (1892-1918) et Lucie Rolin (1894-1921). Leur mère, Sylvie Borreman (1853-1937), était une femme de caractère qui consacra sa vie à l'éducation de ses enfants. Elle leur inculqua notamment des valeurs comme la solidarité familiale et le sens du devoir. Ils reçurent une éducation chrétienne tout en appartenant à un milieu libéral, ce qui est rare à cette époque.
Première Guerre mondiale Les 5 frères s'engagent dans l'armée dès le début de la guerre. Trois d'entre eux vont mourir au combat : Hippolyte-Charles Rolin, lieutenant, décédé dès les premiers jours, , soldat, mort en 1915 et , capitaine, grièvement blessé à la colonne vertébrale, et presque complètement paralysé. Henri qui appartient à la même unité que son frère depuis le début de l’année, veille sur lui mais son état s’aggrave et il meurt le .
Dans une lettre à ses parents, Henri écrit toute sa douleur avant de s’adresser directement à sa mère en disant « tu ne peux t’imaginer comme je l’ai aimé et admiré vraiment, vraiment autant que vous et autant que si j’avais été son père et sa mère ».
Le , l’armée belge atteint l’Escaut, le lendemain une offensive est prévue. Rolin reçoit un approvisionnement d’obus toxique, son sang ne fait qu’un tour, il se rend chez son commandant, cet ordre est inexécutable pour lui. Pour son supérieur, un ordre est un ordre, et doit être exécuté. Rolin exige un ordre écrit du général qui en prendrait la responsabilité sans quoi il refuserait d’exécuter le tir. Le lendemain, , l’armistice est annoncé, ce qui rend le débat sans objet.
Rolin, blessé à trois reprises, termine commandant du d’artillerie. On dit de lui qu’il se distingue par d’exceptionnelles « qualités d’intelligence et de courage » et est présenté comme un modèle de patriotisme. Il perd la foi mais reste marqué de spiritualité. La mort de ses frères, il l’estime arbitraire par rapport à sa survie.
Des hommages leur sont rendus, notamment avec la à Bruxelles (détruite en 1993). Le titre de Baron est accordé au père par le Roi Albert en 1921. Après la Seconde Guerre mondiale, une promotion de l'école militaire portera le nom Rolin.
Dans une lettre adressée à sa sœur ainée Germaine, il dit combien il est fier du sang que ses parents lui ont donné. Il dit aussi être surpris et heureux par le côtoiement quotidien des gens que cette guerre a fait naître, malgré leurs classes différentes.
Mariage Le , il épouse Thérèse Lambiotte (1898-1988). Elle était la fille de Georges Lambiotte, fondateur, avec ses frères Ludolphe et Auguste, et directeur de l'usine Lambiotte de Prémery (Nièvre). Les Lambiotte possédaient plusieurs usines de carbonisation créées par leur père (grand-père de Thérèse) qu'ils dirigeaient en famille. Paul Hymans fut son témoin de mariage. Ils eurent cinq filles: Claude Rolin, Gabrielle Rolin, Cécile Rolin, Luce Rolin et Sylvie Rolin.
Études et profession Henri Rolin fait ses études à l'athénée de Gand puis à l'Université de Gand. Il obtient son doctorat en droit (ce qui correspond aujourd'hui à un master) le . Son mémoire fut consacré à l'idée du droit dans le Contrat social de Jean-Jacques Rousseau. À noter que l'Université de Gand était francophone lorsque Rolin y a étudié, elle n'est devenue flamande que plus tard.
En 1919, après la guerre et avant l'obtention de son diplôme, il accompagne Paul Hymans à la conférence de Paris qui aboutit au Traité de Versailles. Il découvre avec amertume que tout est rapport de force et non mise en œuvre des principes idéalistes qui l'animent. Inquiet des conditions imposées aux vaincus, il montre une grande lucidité en écrivant à son père "J'ai peur que cette paix ne consacre les droits des vainqueurs, et nous prépare ainsi une nouvelle dernière guerre". Il participe aux travaux préparant le Pacte de la Société des Nations. Comme souvent par la suite, il contribue dans l'ombre à la rédaction de textes que d'autres signeront dans la lumière. Un point important pour lui était la définition des règles de fonctionnement de la SDN. Il veut qu'elle soit un instrument efficace, capable d'instaurer la paix. Encouragé par Paul Hymans, il fonde l'Union belge pour la défense de la société des nations.
En 1924, il participe activement à la préparation du Protocole de Genève, visant à instaurer l'arbitrage obligatoire des conflits par la SDN, voté le , mais qui ne fut pas mis en œuvre, pour non ratification.
thumb|383x383px|Conférence de Locarno. Henri Rolin est de profil à droite. On reconnaitra Mussolini, Stresemann, Chamberlain, Briand et Vandervelde De 1925 à 1926, il est chef de cabinet du ministre des affaires étrangères, Emile Vandervelde (socialiste). A ce titre, il participe à l'élaboration du Pacte de Locarno, signé le C'est Henri Rolin qui, sur une suggestion de son épouse, a proposé la ville de Locarno..
En 1928, il participe activement à l’élaboration du Pacte Briand-Kellogg pour le règlement pacifique des différends internationaux.
Venant d'un milieu libéral progressiste, il devient socialiste, un peu parce qu’on le sollicite mais aussi par fidélité à soi-même plutôt qu’au mouvement libéral qui s’éloigne de ses conceptions politiques. Socialiste très modéré au départ, il se retrouvera à la fin de sa vie, mêlé à des causes plus radicales défendues surtout par les jeunes.
De 1932 à 1968, il est sénateur coopté du Parti Ouvrier Belge (POB) et, plus tard, du Parti Socialiste Belge (PSB).
Deuxième Guerre mondiale
Durant les années 1930, voyant la montée des régimes autoritaires, et les agressions successives (Mandchourie 1931, Éthiopie 1935, Rhénanie 1936, Espagne 1936, Sudètes 1938,...), il lutte en vain pour que la Société des Nations et ses pays membres réagissent en appliquant les sanctions prévues dans les traités. Il prend une position très ferme contre les accords de Munich de 1938.
En Belgique, considérant que le pays serait inévitablement entrainé dans une guerre entre l’Allemagne et la France, il s’oppose à la « politique des mains libres » du gouvernement, qui veut une Belgique neutre et indépendante.
Il devient le conseil juridique de l'empereur Haile Selassie en exil.
Le , il devient membre de la Cour permanente d'arbitrage de La Haye.
Le 10 mai 1940, suite à l'attaque allemande, il rejoint l'armée et fait la campagne des 18 jours. Sous l'occupation, menacé d’arrestation par les Allemands, il part pour Londres en , et rejoint le gouvernement belge en exil, qui le nomme sous-secrétaire d’État à la défense nationale jusqu’en 1942. Par la suite, il aide aux affaires civiles qui préparaient l'arrivée des armées alliées et le retour du gouvernement en Belgique.
En , il est délégué à la Conférence de San Francisco qui mène à la création des Nations unies. Il est nommé président de la première commission (general provision) et à ce titre, coordonne la rédaction de la Charte des Nations unies, où l'on reconnaît ses idéaux dans le préambule ("Nous, peuples des Nations Unies, résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre, ...") et le chapitre I (Les buts des Nations unies) « The Charter of the United Nations, and that Chapter one, that magnificent chapter on the purposes and the people of the United Nations, were written by Henri Rolin, with his own hand » - Philipp Noel-Baker. De 1946 à 1957, il est, à plusieurs reprises, membre de la délégation belge à l’Assemblée générale des Nations unies.
Après-Guerre: politique, droit international et enseignement
Il est brièvement ministre de la Justice en dans un gouvernement socialiste éphémère. De à , il est président du Sénat. Il sera également président de la commission de la justice du Sénat et membre de la commission des affaires étrangères. En 1948, il devient ministre d'État.
Entre 1945 et 1951, il joue un rôle important dans la Question royale, en s'opposant fermement, avec le parti socialiste, au retour au pouvoir du roi Leopold III.
En 1947, il fonde, avec entre autres Charles De Visscher, l'Institut des Relations Internationales, aujourd'hui Institut Egmont.
En 1949, il est délégué de la Belgique à l’Assemblée consultative du Conseil de l’Europe. Il participe notamment, avec René Cassin, à l'élaboration de la Convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée à Rome le . On lui doit la rédaction de l’article de la Convention qui fit de celle-ci un texte comportant non seulement des devoirs pour les États mais encore des droits invocables par les particuliers. La même année, il est élu juge à la Cour européenne des droits de l’homme.
Alors que Jean Van Lierde mène tout au long des années 50 un long combat en refusant le service militaire, Henri Rolin dépose en 1958, avec d'autres parlementaires, une proposition de loi qui mènera en 1964 à la reconnaissance du droit à l'Objection de conscience en Belgique.
En 1952, il défend avec succès l'Iran de Mossadegh, face au gouvernement britannique qui conteste, devant la Cour Internationale de Justice (CIJ), la nationalisation par l'Iran de ses ressources pétrolières (voir ci-dessous).
En janvier-, il joue un rôle clé à la Table ronde belgo-congolaise: alors que le gouvernement belge proposait une autonomie, avec transmission progressive des responsabilités, le front commun congolais voulait l'indépendance totale et immédiate. Rolin considère la chose regrettable mais inéluctable. et résume ce qui deviendra l'accord final en une formule devenue célèbre: "La Belgique doit, le 30 juin, remettre toutes les clés de la maison Congo, et ce sont les Congolais qui décideront de l’usage qu’ils en feront.".
De à , il est vice-président et, de 1968 à 1971, président de la Cour européenne des droits de l’homme.
A la fin de sa vie, il milita contre la guerre du Vietnam, où il estimait la situation des vietnamiens injuste et indigne.