Le Phoque commun (Phoca vitulina), ou Phoque veau-marin, est une espèce de mammifères marins carnivores de la famille des phocidés.
Son espérance de vie peut atteindre pour le mâle, et pour la femelle ; elle varie fortement selon les zones de vie et les sous-populations ou sous-espèces. Sur les sites de reposoir ou d'échouerie, à marée basse, il peut adopter la position caractéristique en « arc » ou en « banane », la tête dressée et les membres postérieurs relevés et serrés ensemble, hors de l'eau, afin de limiter le contact avec le sol humide et froid (banc de sable, rocher, goémon) et permettre son séchageIl adopte aussi cette position sur la banquise ou les bancs de sable pour réduire les transferts thermiques au niveau des zones de leur corps sur lesquelles la couche de graisse sous-cutanée est mince, voire inexistante., retardant ainsi au maximum son déplacement dû à la hauteur d'eau. À marée haute, il peut prendre une position « en bouteille » (à la verticale, la tête à la surface de l'eau, pour se préparer à sa plongée).
Le nom de « veau marin » ne doit pas être confondu avec celui de « veau de mer », qui désigne aussi le requin-taupe.
Dénominations Nom scientifique valide : Phoca vitulina Linnaeus, 1758 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Phoque commun, Phoque veau-marin, Phoque veau marin, Phoque, Phoque des ports, Phoque-veau marin Noms vernaculaires (langage courant) : chien de mer, chien-de-mer, foca comuna (catalan), itsas txakur arrunt (basque), loup marin, loup-marin, loup marin d'esprit, reunig morleue (breton), veau de mer, veau marin, veau-marin
Sous-espèces Cette espèce de phoque était précédemment divisée en cinq sous-espèces de phoques veaux-marins / communs : Phoca vitulina concolor, qui vit sur les côtes islandaises, de l'est du Groenland, et de l'est de l'Amérique du Nord (du Canada jusqu'aux États-Unis). [cette sous-espèce n'est actuellement plus reconnue en tant que telle par la communauté scientifique] Phoca vitulina richardii, qui vit devant le littoral du Pacifique en Amérique du Nord (de l'Alaska au Mexique). Phoca vitulina stejnegeri, qui fréquente les côtes ouest de l'océan Pacifique (îles Kouriles, Kamtchatka, Japon…). [cette sous-espèce n'est actuellement plus reconnue en tant que telle par la communauté scientifique] Phoca vitulina vitulina, qui ne fréquente que les côtes de l'Atlantique (Europe, Amérique du Nord, mer de Barents). Phoca vitulina mellonae, qui est un des rares phoques d'eau douce. Cette sous-espèce est endémique des lacs des Loups Marins. La population est estimée à 500 individus ; elle a été déclarée en voie de disparition par le COSÉPACCOSÉPAC. 2007. Mise à jour – Évaluation et rapport de situation du COSEPAC sur le phoque commun, Phoca vitulina, sous-espèce de l'Atlantique et de l'est de l'Arctique (Phoca vitulina concolor), sous-espèce des Lacs des Loups Marins (Phoca vitulina mellona), au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vii + 44 p.. Cependant, il a été récemment admis que seules trois de ces sous-espèces sont actuellement reconnues : le phoque veau-marin / commun du Pacifique (Phoca vitulina richardii), le phoque veau-marin / commun de l'Atlantique (Phoca vitulina vitulina), et le phoque veau-marin / commun de l'Ungava (Phoca vitulina mellonae). En effet, des analyses génétiques ont montré que la précédente sous-espèce Phoca vitulina concolor est paraphylétique et ne présente pas de différence morphologique significative entre l'Est et l'Ouest Atlantique (i.e. peu de différences avec la sous-espèce Phoca vitulina vitulina). Il a aussi été montré que la précédente sous-espèce Phoca vitulina stejnegeri ne forme pas un lignage séparé de l'ADN mitochondrial (ADNmt) par rapport à la sous-espèce Phoca vitulina richardii, ce qui signifie que celle-ci ne représente pas une sous-espèce valide en l'état actuel, ou que les catégories de sous-espèces doivent être réévaluées.
Description vignette|gauche|Crâne de Phoca vitulina. vignette|Phoque commun à Lismore (Écosse). vignette|Position en arc du phoque commun. vignette|Phoque en baie de Somme.Le mâle mesure de de long pour un poids allant de . La femelle mesure de pour un poids de . Le pelage varie du gris au brun-clair, plus ou moins tacheté. La tête est arrondie avec un net décrochement entre le front et le museau, et des narines en forme de « V ».
Rien n'échappe à un phoque veau marin, grâce à ses vibrisses (« moustaches »). Celles-ci sortent de follicules, des cavités cellulaires contenant environ dix fois plus de terminaisons nerveuses que celles des moustaches d'un rat. Selon Wolf Hanke, spécialiste de la biologie sensorielle à l'université de Rostock, les vibrisses des phoques se sont adaptées sur plus de d'années pour parvenir à interpréter les moindres changements dans les mouvements de l'eau. Les phoques peuvent ainsi détecter les traces d'un objet dans l'eau calme même trente secondes après son passage. Des tests ont révélé qu'ils distinguaient aussi la forme et la taille des objets à l'aide de leurs seules vibrisses.
Il plonge facilement jusqu'à et, si nécessaire, à plus de de fond ; il reste en apnée pendant trois minutes en moyenne, et jusqu'à dix minutes.
Alimentation Le jeune phoque se nourrit du lait de sa mère, très riche. Les individus adultes ont un régime alimentaire généraliste, qui peut se composer d'un large panel de proies (poissons, céphalopodes, voire crustacés), et qui varie en fonction de la disponibilité en proies dans l'environnement (potentiellement variable en fonction des sites d'étude et/ou des saisons). vignette|Phoque veau-marin adulte Le phoque commun est principalement piscivore : il consomme chaque jour entre de poisson (hareng, bar, anchois, merlan, morue de l'Atlantique, plie, sole, saumon, cabillaud). Il consomme volontiers des crustacés (crevettes, etc.), des céphalopodes (calmars, etc.) et d'autres mollusques (jusqu'à par jour quand les proies sont abondantes, pour les gros individus). Il ne mâche pas sa nourriture, mais peut déchiqueter les proies trop grosses à avaler ou difficiles à digérer.
Reproduction La maturité sexuelle est atteinte entre pour les mâles, et plus tôt pour les femelles, entre . Elle semble effective pour la femelle quand elle dépasse le poids de et pour le mâle quand il dépasse les . alt=|vignette|Phoques à Saint-Pierre-et-Miquelon (2018) L'accouplement a plutôt lieu dans l'eau. Un mâle peut s'accoupler avec plusieurs femelles. La saison des amours est double : printemps et début de l'automne. La femelle peut différer de deux mois l'implantation de l'embryon. La gestation dure environ , parfois en raison du phénomène d'implantation retardée. Il n'y a généralement qu'un seul petit (exceptionnellement deux), de ( en moyenne) pour . La femelle met toujours bas sur le rivage. Les petits savent nager et plonger en apnée quelques heures après la naissance. Le mâle ne participe pas aux soins parentaux. L'allaitement dure de 3 à 4 semaines.
Répartition et habitat
Ce phoque, autrefois commun, est encore présent sur le littoral des océans de l'hémisphère nord (Atlantique et Pacifique). Il vit sur le plateau continental, qu'il explore à marée haute à la recherche de proies.
Il accoste à marée basse sur les bancs ou sur les parties émergées des estuaires, appelées « reposoirs » (« échoueries » au Québec), et qu'il utilise également pour se reproduire et muer. La période de mue a lieu en été (juillet à septembre) et peut durer de trois à quatre semaines. On le voit quelquefois dans les ports, et des individus remontent parfois les fleuves.
En France, le phoque commun et le phoque gris sont les deux espèces de phocidés qu'il est possible d'observer régulièrement, sur certaines plages du Nord et du Nord-Ouest, notamment dans la baie de Sommehttps://www.cebc.cnrs.fr/wp-content/uploads/publipdf/2015/VLCN287_2015.pdf, qui constitue sa principale zone de reproduction. En revanche, la présence du phoque marbré est exceptionnelle dans ce pays. La population de phoques communs de la baie de Somme, visible à la pointe du Hourdel, s'est reconstituée après une phase de régression pour devenir la principale colonie de France.. Elle regroupe aujourd'hui plus de 50 % de la population de France métropolitaine.. On peut en voir en baie de Saint-Brieuc. On rencontre également des phoques en Baie d'Authie. La colonie la plus importante en outre-mer de trouve à Saint-Pierre-et-Miquelon.
État de conservation et menaces Globalement, la population de phoque commun est estimée à . L'UICN lui a attribué le statut « En voie de disparition »Thompson, D. & Härkönen, T. (IUCN SSC Pinniped Specialist Group) 2008. Phoca vitulina. The IUCN Red List of Threatened Species. Version 2015.2. Consulté le 20 août 2015.. Toutefois, le statut de certaines sous-espèces, particulièrement Phoca vitullina mellonae, est minime.
Au Québec, la population de la sous-espèce Phoca vitullina mellonae, confinée aux lacs des Loups Marins, est estimée à aussi peu que MPO. 2009. Évaluation du potentiel de rétablissement du phoque commun d'eau douce, Phoca vitulina mellonae (unité désignable (UD) du lac des Loups marins). Secr. can. de consult. sci. du MPO, Avis sci. 2008/062.. En raison de sa population petite et confinée, le COSÉPAC lui a attribué le statut «en voie de disparition» en 2007.
En France, les « pétardage » de munitions non explosées (dont armes chimiques de la Première Guerre mondiale récupérées par les démineurs dans les anciennes zones rouges du nord de la France) ont été interdits en baie de Somme, et la qualité bactériologique de l'eau a été fortement améliorée sur tout le littoral par la construction ou mise aux normes des stations d'épuration.
Néanmoins, si certains polluants comme le cadmium ont fortement régressé en Manche/Mer du Nord, d'autres, dont le mercure, les dioxines et les PCB, qui peuvent affecter la santé des phoques, restent préoccupants. Ces mammifères marins ne sont pas à l'abri d'une éventuelle catastrophe maritime en Manche ou dans le pas de Calais, où le trafic maritime marchand est le plus important au monde.
Le dérangement par un public voulant les approcher de trop près est aussi une source de stress et de fatigue pour l'espèce. Pour cette raison, il est recommandé de ne pas tenter de les approcher à moins de quand ils se reposent sur des bancs ou dans l'estuaire.
Les phoques, comme les dauphins ou marsouins peuvent aussi être piégés par des filets de pêche, actifs ou abandonnés, mais moins facilement semble-t-il que les petits cétacés.
Des phoques ont été victimes de braconnages ces dernières années.
Les changements climatiques, par leur impact sur les ressources alimentaires, pourraient aussi affecter cette espèce.
Interactions avec les activités humaines Une colonie a en Colombie-Britannique, près de l'Alaska, récemment acquis un nouveau comportement (assimilable à de la « surprédation ») en apprenant à utiliser l'éclairage nocturne pour mieux s'emparer des jeunes saumons qui descendent vers la mer.