vignette|Rassemblement spontané à Sydney (2003).
Le conformisme est une attitude très largement étudiée en sciences sociales qui correspond à un comportement qui est en accord avec ce qui est attendu d'un individu ou d'un groupe dans une situation donnée : être conforme veut dire ne pas dévier de la norme admise, ne pas prendre une liberté en agissant de façon différente de ce qui est attendu, socialement.
Il existe différentes formes de conformisme, qui impliquent les individus de manière plus ou moins forte. Celui-ci a des implications dans plusieurs secteurs comme dans la consommation, les goûts musicaux, la mode ou encore l'économie.
Ce principe est considéré comme une condition de stabilité sociale des sociétés industrielles et post-industrielles ; cependant, il a été dénoncé comme une atteinte à la liberté par plusieurs courants de penséeAnarchisme individualisteCynismeNihilisme, et comme un vecteur du mauvais goût par de nombreux mouvements artistiquesDada.
En psychologie, Solomon Asch (1907-1996) explique que l'individu se conforme pour éviter d'une part le conflit entre deux opinions différentes (l'une exprimée par la majorité, l'autre exprimée ou représentée mentalement par le sujet en minorité) et d'autre part, éviter d'être rejeté par la majorité (l'expérience de Asch). Pour Asch, le conformisme correspond à un suivisme, dans lequel le sujet qui se conforme n'adhère pas du tout aux opinions de la majorité.
Terminologie Emprunté de l’anglais « conformity », le mot est dérivé du français, « conforme » et fait référence, au , à la personne qui menait une conduite traditionaliste et qui était en accord avec le contexte et le milieu où elle vivait, celui qui professait la religion officielle.
Il n'existe pas une seule forme de conformisme, mais bien plusieurs. Cette diversité est due aux différents facteurs qui modulent le phénomène. Il faut d'abord prendre en compte les caractéristiques de la cible et celle de la source, le contexte dans lequel la cible et la source interagissent et la relation qu'elles entretiennent.
Les trois formes de conformisme de Kelman C'est à travers la relation qu'entretiennent la cible et la source, que Kelman (1958) a mis en évidence trois formes de conformisme :
Le conformisme par complaisance Celui-ci apparaît dans les relations de pouvoir où il est préférable pour l’individu de se conformer, afin de préserver l’approbation du groupe. Dans ce cas de figure, les croyances du sujet ne sont pas atteintes. Il s’agit d’une influence superficielle. Il souhaite ainsi éviter de se faire remarquer en évitant de donner une réponse allant à l’encontre de l’avis général. Ce type de conformisme prend souvent forme dans des situations de pouvoir.
Le conformisme par identification Dans le cas présent, le conformisme découle du désir de l’individu à vouloir entretenir des relations positives avec le groupe. L’individu veut se faire accepter. Le changement est plus durable et s’exprime même en dehors du groupe.
Le conformisme par intériorisation Lorsque la source est hautement crédibilisée, le sujet intériorise le message dans son système de valeur, La source d’influence est considérée comme experte. Il s’agit ici d’une totale conversion car la norme est intériorisée.
En sociologie Le conformisme est une attitude commune, plus que son opposé ; les gens se comportent généralement tel qu'il est attendu d'eux dans une situation donnée. Il ne s'agit pas d'un biais, mais d'une attitude renforçant la régulation sociale et la cohésion sociale par l'adhésion aux normes sociales, tout en permettant d'anticiper les actions des autres.
Robert K. Merton rajoute quant à lui deux autres formes de conformismes.
Le conformisme d'innovation Lorsqu'un individu accepte les objectifs du groupe mais refuse d'utiliser les moyens socialement légitimes de les atteindre. Par exemple, un individu pourra avoir un comportement criminel pour atteindre richesse et pouvoir.
Le conformisme ritualisme Celui-ci pousserait le sujet à une conformité extrêmement scrupuleuse face aux normes de la société. Selon Merton, il s'agirait d'une adaptation mise en place par la cible pour éviter la frustration. Ce type de conformisme se retrouve particulièrement dans les classes sociales moyennes, car c'est là que l'accent est mis sur la morale.
Expériences célèbres L'expérience de Sherif : effet auto-cinétique C'est à Muzafer Sherif que l'on doit les expériences fondatrices du concept de normalisation. Lors de cette expérience, Shérif exploite l’effet auto-cinétique, une illusion d’optique qui prouve que lorsqu'on observe un point lumineux sans autre point de référence, on a l'impression que le point bouge.
Sherif invite donc des sujets à se prêter au jeu en les installant dans une pièce sombre et en leur demandant de déterminer si le point lumineux est en mouvement ou pas. Dans la première condition, le sujet répond d'abord seul, puis en groupe. Dans la seconde il y répond d'abord en groupe puis seul.
Les résultats ont pu démontrer que lorsque le sujet était dans la première condition (d'abord seul), il se crée sa propre valeur centrale puis converge vers la norme du groupe. Dans la seconde condition, le sujet se base sur la norme du groupe pour répondre individuellement.
Cette expérience suggère donc qu'en cas d'incertitude, l'individu utilise le groupe comme source d'information.
L'expérience de Asch : effet du conformisme
C'est grâce à une tâche de discrimination perceptive qu'Asch a souhaité démontrer l'effet de conformisme. Pour ce faire, un sujet était invité à prendre place dans une salle où se trouvaient déjà sept autres personnes, qui elles, étaient des complices de l'expérimentateur. Aussi, le sujet naïf était placé de façon qu’il se retrouvait être le dernier à répondre aux questions qu'on lui posait.
Dans un premier temps, il montrait aux sujets une image sur laquelle était tracée une ligne. La tâche consistait à retrouver sur une deuxième image, où étaient tracées trois lignes différentes « A, B et C », laquelle était de longueur identique à la ligne tracée sur la première image. La tâche était relativement simple, étant donné que les lignes A et B étaient manifestement différentes.
Les résultats de Asch ont montré que sur l'ensemble des réponses, 30 % étaient conformistes. Cela a donc pu démontrer que même lorsque la réponse parait évidente, il n'est pas exclu que l'individu en donne une mauvaise réponse, pour se conformer à l'avis majoritaire..
À la fin de l'expérience, l'expérimentateur a interrogé les sujets naïfs sur les raisons de leurs réponses conformistes et les a classées de la façon suivante : les réponses de perception : les sujets ont réellement fini par percevoir la ligne A ou B comme une réponse correcte. Leur perception a donc changé ; les réponses de jugement : les sujets étaient persuadés que leur réponse, initiale et non-verbalisée, était la bonne; mais pensaient qu'une majorité aussi unanime, bien que choisissant une réponse a priori absurde et irréaliste, ne pouvait se tromper, tous, en même temps, sur une même réponse. Alors le doute s'immisçait dans le jugement du sujet, au point de préferer accorder sa confiance à l'avis du reste du groupe; les réponses d'action : l'avis de la majorité a été adopté par crainte d'être rejeté, mais le jugement et la perception n'ont pas été affectés.
Plusieurs variations ont été introduites dans cette expérience, ce qui a permis de démontrer que : lorsqu'un second sujet naïf était introduit, le taux d’erreur était divisé par 3 ; lorsque le nombre représentant la majorité (les complices) était inférieur à 3, l’influence baissait ; lorsque le nombre représentant la majorité atteignait 4 ou +, l’influence augmentait.
Cette expérience a donc démontré que le groupe a le pouvoir de nous faire choisir la mauvaise réponse, même lorsque cela est évident.
Variables modératrices Rôle des parents et styles parentaux L'étude des styles parentaux, initiée par la psychologue Diana Baumrind, a permis de mettre en évidence des relations cohérentes entre certains styles parentaux et le conformisme chez l'enfant. Les enfants élevés par des parents dit « autoritaires » (selon la typologie de Baumrind) ont de plus grandes chances d'avoir des comportements de conformisme. D'autres styles parentaux et en particulier les parents décrits comme « démocratiques » encouragent la maturité et le sens critique de leurs enfants.
Rôle des traits de personnalité Les individus seraient-ils prédisposés, par leur caractère, à se conformer ? C'est ce qu'a tenté de démontrer Crutchfield, en comparant le phénomène de conformité chez des hommes d'affaires et des militaires. Les résultats ont mis en avant le fait que les personnes plus conformistes étaient : moins intelligentes, moins perspicaces et créatives que les autres. Aussi, ces personnes avaient un complexe d'infériorité plus important que les autres.
Cependant, ces propos sont à nuancer. Il est en effet difficile de généraliser. Un individu conformiste à certains moments ne l'est pas forcément à d'autres. Le comportement dépend aussi de la situation dans laquelle il se passe.
Worchel et Cooper ont démontré que plus un individu se sent compétent pour effectuer une tâche, moins il se conforme au groupe. Ils ont aussi mis en évidence le fait que les femmes avaient tendance à se conformer plus facilement que les hommes. Ils expliquent cela par le fait que ce genre de comportement conformisme est plus valorisé dans la sphère féminine alors qu'au contraire, c'est le comportement anticonformisme qui remporte plus de succès chez les hommes.
Rôle de la culture Berry a réalisé une expérience du même type que Asch, sur des chasseurs-cueilleurs (Esquimaux de l'île de Baffin) et sur des cultivateurs (Temnes de Sierra Leone). Les premiers, ne pouvant pas stocker de grandes quantités de nourriture, encouragent l'individualisme tandis que les seconds correspondent plutôt à une société collectiviste. Cette étude a permis de démontrer que, selon leur culture, les gens n'accordent pas la même importance au conformisme. En effet, ce phénomène semble moins important dans des sociétés dites individualistes alors que les sociétés collectives semblent, au contraire, l'encourager.
Bond et Smith ont, eux aussi, pu démontrer qu'il existe une relation entre conformisme et culture. En reproduisant l'expérience de Asch dans plusieurs pays, ceux-ci ont pu démontrer que le taux de conformisme est plus faible en Europe qu'aux États-Unis, où il s'avère cependant moins élevé que dans les pays arabes.
Processus responsables Normalisation On confond souvent la normalisation et le conformisme. Il est pourtant important de savoir distinguer ces deux phénomènes d'influence sociale.
Le phénomène de normalisation a lieu lorsque, durant les échanges entre les individus et sur base de l'influence réciproque que chacun exerce sur l'autre, de nouvelles normes communes se créent.
Selon Doise, Deschamps, et Mugny, il faut réunir quatre facteurs pour que de nouvelles normes puissent être crééesW. Doise, J.-C. Deschamps et G. Mugny, La psychologie sociale expérimentale, Armand Colin, Paris, 1978. : aucune autre norme ne doit déjà être établie ; il ne doit pas y avoir de réponses objectives ; les individus doivent se percevoir comme égaux (dans le cas contraire, on parlera de soumission à l'autorité) ; les individus doivent percevoir qu’ils ont un destin commun.
Les résultats à l’expérience de Sherif montrent que lorsque les quatre conditions sont remplies, les individus modifient leur point de vue pour se réunir autour d’une réponse commune.
La normalisation est donc une étape par laquelle passera tout groupe en formation.
Influence informationnelle et normative Sur base de l'expérience de Asch, Deutsch et Gérard ont défini deux types d'influence qui poussent aux conformismes :
L’influence informationnelle