L'USS Intrepid (CV-11) est un porte-avions de classe Essex de l'United States Navy. Mis en service le , il est le quatrième navire de l'US Navy à porter ce nom. Il participa à la Seconde Guerre mondiale dans le théâtre du Pacifique, ainsi qu'à la guerre du Viêt Nam. En outre, il fut navire récupérateur pour les missions spatiales des programmes Mercury et Gemini de la NASA.
Désarmé, il est actuellement navire musée dans le port de New York à l'Intrepid Sea-Air-Space Museum.
Construction et lancement
L'USS Intrepid fut lancé le par Newport News Shipbuilding & Dry Dock Co., Newport News, en Virginie, le cinquième porte-avions de classe Essex. Il fut parrainé par l'épouse du vice-amiral . Le , il fut mis en service et envoyé dans les Caraïbes pour une série de test et la formation de l'équipage.
Au début de décembre, le navire intégra la United States Pacific Fleet et prit la direction de l'océan Pacifique depuis la base navale de Norfolk en passant par le canal de Panama où, le , il s'arracha des fixations entraînant une petite fuite dans la coque. Réparé provisoirement à Balboa, il rejoignit la base navale de San Francisco afin de subir une réparation complète en cale sèche.
Seconde Guerre mondiale Les Îles Marshall
Le , l'USS Intrepid partit de la base navale de San Francisco pour Hawaï. Il arriva à Pearl Harbor le et se prépara pour l'invasion des îles Marshall, prochain objectif dans la stratégie du saute-mouton mise en place par l'US Navy. Six jours plus tard, il quitta Pearl Harbor avec les porte-avions et . Le , il fit un raid sur les îles à l'angle nord-est de l'atoll de Kwajalein et appuya l'attaque jusqu'à ce que toute opposition ait disparu. Au , les raids avaient détruit les 83 avions japonais basés sur l'île de Roi-Namur. Les premiers débarquements furent effectués sur les îlots voisins. Au matin de ce jour-là, les avions de lIntrepid mitraillèrent l'île Ennuebing jusqu'à dix minutes avant que les premiers Marines atteignent les plages. Trente minutes plus tard, cet îlot, qui protégeait le flanc sud-ouest de Roi-Namur, fut sécurisé, permettant de mettre en place de l'artillerie pour soutenir l'assaut sur Roi-Namur. Le , son travail dans la capture des îles Marshall désormais terminé, il se dirigea vers les îles Truk, l'importante base japonaise logistique et opérationnelle dans le centre de la Micronésie.
thumb|Voile temporaire sur l'USS Intrepid à la suite du torpillage déformant son gouvernail. À l'aube du , au sein de la Task Force 58, il arriva inaperçu aux îles Truk. - : les trois groupes coulèrent deux destroyers japonais et tonnes de la marine marchande dans les deux jours d'attaques presque continues lors de l'opération Hailstone. Le raid de porte-avions démontra la vulnérabilité de Truk et réduisit ainsi grandement son utilité pour les Japonais. Dans la nuit du , une torpille aérienne frappa lIntrepid en dessous de sa ligne de flottaison, inondant plusieurs compartiments et déformant son gouvernail. En lançant ses moteurs bâbord à pleine puissance et arrêtant ses moteurs tribord, le navire garda à peu près le bon cap. L'équipage déplaça l'ensemble des avions sur le pont avant, afin d'augmenter son voile d'avant pour favoriser l'aide au pilotage. Le , les vents violents furent trop puissants pour ce système de direction improvisé, amenant la proue du navire à pointer vers Tokyo. À ce moment, l'équipage fabriqua une voile de fortune faite de bois, de filets de fret et de toile pour augmenter encore son voile d'avant, permettant ainsi à lIntrepid de tenir son cap .
Le , lIntrepid atteignit Pearl Harbor. Après des réparations temporaires, il fit route le vers la base navale de San Francisco. En , il fut prêt à reprendre du service et partit pour deux mois d'opérations hors de Pearl Harbor, puis aux îles Marshall.
Palaos et mer des Philippines
thumb|left|L'avion d'un kamikaze se désintègre après avoir heurté l'USS Intrepid le . Le , les avions de lIntrepid frappèrent les positions japonaises dans les Palaos, se concentrant sur les aérodromes et les emplacements d'artillerie de Peleliu. Le , la Task Force 58 se dirigea en direction de l'ouest vers le sud des Philippines, et les deux jours suivants, les avions de lIntrepid frappèrent des aérodromes sur Mindanao. Du , ils effectuèrent des raids sur les bases japonaises dans la mer de Visayan. Le , lIntrepid retourna aux Palaos pour soutenir les Marines face aux Japonais cachés dans les grottes et les mangroves sur Peleliu. Lorsque les combats s'enracinèrent et virèrent à l'homme-à-homme, il retourna aux Philippines pour préparer le débarquement. Ses avions frappèrent à travers tout le pays, mais également Okinawa et Formose, afin de neutraliser les menaces aériennes japonaises à Leyte.
Le , les avions de lIntrepid effectuèrent des missions de soutien lors du débarquement de Leyte. La marine japonaise, s’efforçant désespérément de conserver les Philippines, convergea vers le golfe de Leyte et l'opposition avec la marine américaine se déroula lors de la bataille du golfe de Leyte du 23 au . Le au matin, un avion de lIntrepid repéra le navire amiral Yamato du vice-amiral Takeo Kurita. Deux heures plus tard, des avions de lIntrepid et de l' bravèrent l'intense DCA pour lancer une offensive sur la force centrale des Japonais. Lors de cette attaque qui dura une journée entière, ils coulèrent le cuirassé Musashi et endommagèrent son sister-ship le Yamato, ainsi que les cuirassés Nagato et Haruna, et le croiseur lourd Myōkō. Cette nuit-là, la troisième flotte de l'amiral William F. Halsey se dirigea au nord pour intercepter la force mobile japonaise, repérée au large de la pointe nord-est de Luçon. Au lever du jour, les avions décollèrent pour attaquer les navires japonais au cap Engaño. Un avion de lIntrepid frappa le porte-avions léger Zuihō. Puis les bombardiers américains coulèrent son navire jumeau le Chitose, et un avion de lIntrepid ou de l' frappa d'une torpille le porte-avions Zuikaku, coupant ses communications et entravant sa direction.
thumb|Enterrement en mer pour les victimes d'un kamikaze.
L'avion en feu d'un kamikaze s'écrasa sur l'un des canons de lIntrepid, tuant dix hommes et en blessant six. L'avarie fut rapidement maîtrisée et permit au porte-avions de reprendre les opérations aériennes. Le , peu après midi, une importante force aérienne japonaise frappa les porte-avions. En cinq minutes, deux kamikazes s'écrasèrent sur lIntrepid, tuant six officiers et cinq membres d'équipage, sans toutefois endommager sa propulsion où entraîner son retrait du combat, et en moins de deux heures le feu fut éteint . Le lendemain, il retourna à San Francisco où il arriva le pour les réparations.
Okinawa
À la mi-, lIntrepid fut de retour et se dirigea vers l'atoll d'Ulithi. Le , ses avions envoyèrent des frappes puissantes contre les aérodromes de Kyūshū. Le matin, un bimoteur japonais G4M explosa à seulement de lIntrepid, envoyant une pluie d'essence en feu et de pièces d'aéronefs incendiant le pont du hangar, mais que les équipes de secours éteignirent rapidement. Les avions se joignirent aux attaques sur les restes de la flotte japonaise ancrée à Kure, endommageant 18 navires ennemis, y compris le cuirassé Yamato et le porte-avions Amagi.
Les porte-avions se tournèrent ensuite vers Okinawa, pour participer à l'assaut amphibie le plus important de la guerre du Pacifique lors de la bataille d'Okinawa. En chemin, les avions attaquèrent les îles Ryūkyū pour affaiblir les ouvrages défensifs ennemis les 26 et . Le , l'invasion débuta et lIntrepid effectua des missions de soutien contre des cibles sur Okinawa et des raids contre les aérodromes japonais aux alentours de l'île. Le , au cours d'un raid aérien, un avion japonais plongea sur le pont d'envol de lIntrepid abîmant le moteur et une partie du fuselage droit, tuant huit hommes et en blessant 21. En moins d'une heure l'incendie fut éteint, et seulement trois heures après l'accident les avions pouvaient à nouveau débarquer sur le navire. Le lendemain, il se retira pour atteindre San Francisco pour subir des réparations entre le et le . Le , il arriva à Eniwetok où, le , il reçut comme message de "cesser ses opérations offensives". Après des arrêts à Okinawa, Jinsen en Corée et Taku en Chine, lIntrepid arriva aux îles Mariannes. Dans le cadre de l'opération Magic Carpet, il rapatria les troupes américaines dans leur pays. Le , il arriva à San Pedro en Californie.
Après-guerre
thumb|left|180px|Vue du pont d'envol de l'USS Intrepid en 1945, 1955 et 1959. LIntrepid fut déplacé à San Francisco le et placé dans la flotte de réserve du Pacifique. En , il fut brièvement remis en service afin de gagner le chantier naval de Newport News en Virginie. Pendant deux ans, le programme de modernisation pour les porte-avions de classe Essex fut appliqué à lIntrepid afin de l'équiper d'un pont d'envol renforcé, de nouveaux brins d'arrêt et de catapultes à vapeur . Reclassifié en tant que CVA-11 (Attack Aircraft Carrier), le porte-avions fut à nouveau en service en . Après des tests en 1955 dans la baie de Guantánamo, lIntrepid quitta la Naval Station Mayport, en Floride, pour deux déploiements en Méditerranée avec la . Le , il se dirigea vers le chantier naval New York Navy Yard pour un nouveau programme de modernisation jusqu'en , afin de le doter d'un pont d'envol oblique . En , il quitta les États-Unis pour participer à l'opération Strikeback, un exercice naval organisé par l'OTAN. Entre 1958 et 1961, lIntrepid alterna les déploiements en Méditerranée avec des opérations le long de la côte est des États-Unis et des exercices dans les Caraïbes. Le , il est reclassifié en tant que CVS-11 (Antisubmarine Aircraft Carrier).
Navire de récupération pour la NASA
Dans le cadre de la guerre froide et de la course à la Lune lancée avec l'Union soviétique, le Department of Defense Manned Space Flight Support Office (DDMS) coordonne de 1958 à 1975 l'action du département de la Défense en soutien au programme lunaire habité de la NASA. Ce soutien comprend la récupération des astronautes et de leurs capsules, dévolue aux porte-avions, ainsi que les communications spatiales, le transfert d’informations et le soutien médical.
Après des exercices d'entraînement, lIntrepid fut choisi comme navire principal de l'équipe de récupération de l'astronaute Scott Carpenter et sa capsule spatiale Mercury-Atlas 7 . Le , peu avant midi, Carpenter réalisa son amerrissage dans l'Atlantique, mais manqua le point d'atterrissage de , en dehors de la portée radio de la flotte de secours. Un avion de recherche fut en mesure d'identifier la capsule après quelques minutes et informa les unités de sauvetage à bord de lIntrepid. Deux hélicoptères avec du personnel médical, des responsables de la NASA, des photographes et des nageurs de combat à bord, décollèrent et se dirigèrent à sa rescousse. Carpenter, qui avait grimpé dans son radeau de sauvetage dans l'intervalle, put, après trois heures, être finalement récupéré et emmené au porte-avions.
De 1962 à 1964, lIntrepid fit partie de la flotte de l'Atlantique dans son rôle de porte-avions anti-sous-marins.
thumb|La capsule Gemini 3 ramenée à bord de l'USS Intrepid. Au début de 1965, l'équipage de lIntrepid commença les préparatifs en vue de sa prochaine opération de récupération pour la NASA. Dans la matinée du débuta le premier vol habité d'un véhicule du programme Gemini, Gemini 3, avec les astronautes Virgil Grissom en tant que commandant et John Young en tant que pilote. Après trois orbites et près de cinq heures de vol, l’amerrissage se déroula à environ de lIntrepid. Un hélicoptère de la Navy récupéra les astronautes et les amena au porte-avions pour un examen médical et un débriefing. Plus tard, l'engin spatial fut récupéré et apporté avec les astronautes à Cap Kennedy .