thumb|Instruments traditionnels des Andes équatoriennes exposés au Musée de la Banque Centrale, à Cuenca. La musique andine tire ses origines de la musique des peuples de langue quechua, aymara et d'autres peuples de la cordillère des Andes. Ce terme est souvent utilisé comme synonyme du style musical typique de l'Altiplano des Andes centrales et des régions limitrophes. Ce style est caractérisé par des mélodies en même temps allègres et nostalgiquesJoie teintée de mélancolie (et réciproquement) : ceci est d'ailleurs souvent le cas pour plusieurs musiques traditionnelles populaires comme le blues, les musiques brésiliennes ou cubaines, et d'autres encore, très suggestives, évocatrices des hautes altitudes où elles sont nées, interprétées avec des flûtes de roseau (canne) spécifiques, des percussions diverses et des charangos.

Mais l'expression "musique andine" peut aussi englober non seulement cette musique, mais aussi d'autres styles et formations instrumentales présents tout au long de la géographie andine au sens large. Cette zone comprend la Bolivie, le Pérou, l'Argentine, l'Équateur, le Chili, la Colombie et le Venezuela. De plus la harpe des Andes partage certaines mélodies avec la harpe paraguayenne, ou arpa latina, limitrophe de la Bolivie.

Définition et histoire

Ainsi le terme de musique andine, ou celui de musique des Andes qui lui est parfois préféré, présente une certaine ambiguïté d'acception, risquant d'entraîner une confusion conceptuelle bien mise en évidence par le musicologue équatorien Mario Godoy AguirreVoir notamment son article ici : . Voir aussi une recension de quelques-unes de ses publications ici .. D'autant que, malgré ce que suggère son nom, la caractérisation de la musique des Andes ne saurait être seulement géographique. Toujours est-il que le vocable de musique andine recouvre des réalités très diverses comprenant de nombreux courants musicaux bien différents.

La musique autochtone et son métissage En effet, soit il désigne strictement la musique autochtone des Andes, celle qui est jouée dans les communautés villageoises (ayllu) amérindiennes, qui est l'héritière des musiques locales précolombiennes festives, ou cérémonielles et religieuses, ou encore rituelles accompagnant et rythmant quasi quotidiennement les travaux des champs et les activités pastoralesSur les aspects historiques et culturels de cette musique, consulter l'article Quena, notamment la section Dimension mythique et symbolique de l'instrument. Sur le rôle cosmogonique de cette musique, voir l'article El cóndor pasa, section Connexions entre les mondes. Sur la survivance possible des musiques incaïques et préincaïques on pourra encore consulter l'article consacré au célèbre thème d'El cóndor pasa, notamment la section La « musique Inca » et ses survivances sous le « palimpseste » du thème d’El Cóndor pasa. Mais aussi l'article du Wikipédia en espagnol : . Ainsi que l'ouvrage de référence sur ce thème, par les époux d'Harcourt : « La musique des Incas et ses survivances » (Paris, 1925). Mais aussi, à lire en ligne, les études suivantes, inspirées par l'ouvrage précédent : , et un résumé de Marguerite Béclard d'Harcourt elle-même, pour les hispanophones : . Au temps précolombiens, et même pré-incaïques, cette musique présentait déjà une grande diversité (dont témoignent les anciens chroniqueurs, particulièrement Guamán Poma de Ayala), malgré des tendances unificatrices par la multiplication des échanges, dont la moindre ne fut sans doute pas la synthèse culturelle que tenta d'opérer, pendant un peu plus d'un siècle, le Tahuantinsuyu (l'empire inca).

De plus cette même musique, aujourd'hui, parfois qualifiée d'"originaire", présente toutefois aussi un certain degré, variable, de métissage avec les formes musicales apportées par les Espagnols lors de la Conquête et pendant la période coloniale, notamment avec la musique ancienne et la musique baroque espagnoles. En témoignent l'évolution de l'instrumentarium amérindien, avec l'invention par les Indiens de nouveaux instruments tout à fait originaux mais inspirés par les instruments européens importés, comme le charango, le wakrapuku(wakrapuku : aérophone fait de cornes de vaches emboîtées, d'une forme proche de celle du cor de chasse)., le mohoceño ou la harpe andine par exemple, ainsi que les modifications apportées aux instruments anciens, comme l'évolution de la kena pour s'adapter à de nouveaux types de mélodies, glissant progressivement de la gamme pentatonique à la gamme diatonique par l'adjonction de trous de jeu supplémentaires modifiant son accordage. En témoignent aussi des traces de musique ancienne européenne chantée avec des paroles en quechua dès le , et plus encore des partitions comme celle du Hanacpachap cussicuinin, un chant de procession et d'adoration à la Vierge dans le rituel catholique péruvien du et première polyphonie publiée en quechua, qui présente une mélodie et une harmonie caractéristiques de la musique sacrée de la Renaissance, mais avec un rythme typiquement andin inspiré des musiques précolombiennesCette pièce, Hanacpachap cussicuinin, aurait été écrite et composée par un musicien amérindien vers 1610, puis transcrite et publiée par le frère franciscain Fray Juan Pérez Bocanegra en 1631 ; la partition a été enregistrée par Jordi Savall, avec son ensemble La Capella Reial De Catalunya et Hespèrion XXI, dans son disque Villancicos y danzas criollas (réf. : voir note suivante), dont on pourra écouter l'extrait concerné ici : . Autres enregistrements : par l'ensemble Elyma avec la Schola Cantorum Cantate Domino dirigés par Gabriel Garrido dans l'album Corpus Christi à Cusco chez Phaia Music en 2017 : ; et aussi par SAVAE (le San Antonio Vocal Arts Ensemble) dans l'album Angelic Voices Chill Pill (25 Tracks of Soothing Sacred Choral Vocals) chez Chill Pill Music en 2014 : ; ainsi que par l'ensemble La Chimera, mêlant instruments andins autochtones et instruments anciens, avec le kéniste Luis Rigou, Barbara Kusa, Eduardo Egüez et l'ensemble Coral de Cámara de Pamplona dans leur disque Misa de Indios, Label : La Música (2014), extraits ici :, et ici : ..

Ces témoignages préludent à la constitution d'un véritable courant de musique ancienne et baroque andine à partir du , qu'illustrent par exemple plusieurs disques du célèbre musicien (gambiste entre autres), chef d'orchestre et musicologue catalan Jordi SavallVoir notamment les CD dont on pourra écouter des extraits aux liens suivants : Villancicos y danzas criollas de la Iberia antigua al Nuevo Mundo (« Villancicos —chants de Noël espagnols traditionnels— et danses créoles de l'Ibérie antique au Nouveau Monde », Label Alia Vox, 2004. El Nuevo Mundo, Folías Criollas (« Le Nouveau Monde, Folias Créoles »). Label Alia Vox, 2010. Bailar Cantando Fiesta Mestiza En Peru (« Danser en chantant la Fête Métisse au Pérou », Codex Trujillo, 1788. Label: Naïve Classique, 2017. On pourra en écouter de plus larges extraits ici : , ici : , et ici : . ; mais aussi les recherches et plusieurs enregistrements parmi ceux du chef argentin Gabriel Garrido avec son ensemble ElymaGabriel Garrido avec son ensemble Elyma, notamment ces disques aux titres explicites : « Chavarria - Fiesta Criolla (Fête baroque pour la Vierge de Guadalupe - Sucre (Bolivie) 1718 », Label: K.617 (2002), dont on pourra consulter plusieurs extraits enregistrés en direct à Grasse ici : . « Nuevo Mundo (17th century music in Latin America) », Label: Note 1 Music (1992, réédité en 2017), extraits ici :, et ici : . « Corpus Christi à Cusco », Label: K.617, avec des extraits ici :, et ici : . ; ou encore les performances de l'ensemble Los TemperamentosOn pourra les voir en concert dans un répertoire significatif de notre thème, ici en novembre 2017 dans des pièces baroques anonymes retrouvées dans les archives de Chiquitos (Bolivie) : ; et ici en 2016 dans la Suite Navidad Indigena du Codex Martínez Compañón (), en premier Dennos lecencia Señores, en second Niño il mijor : ., groupe international euro-latinoaméricain basé à Brême (All.), celles des Argentins du Grupo de Canto Coral dirigé par Néstor Andrenacci, celles de la Camerata Renacentista de Caracas (Ven.) dirigée par Isabel Palacios, et celles de La Capilla de Indias (Chili) dirigée par Tiziana Palmiero, ou encore celles des ensembles Albalonga, Músíca Fícta de Buenos Aires, Música TempranaMúsica Temprana, ensemble argentin et hollandais comme son directeur artistique : Adrián Rodríguez Van der Spoel, et spécialisé dans le répertoire Renaissance et Baroque d'Amérique Latine ; voir leur site officiel ici : ., La ChimeraLa Chimera, ensemble international (Italie, Argentine, France) et baroque de violes de gambe fondé en 2001 par Sabina Colonna Preti en Italie, bientôt rejoint par le théorbiste argentin Eduardo Egüez, puis par les argentins Luis Rigou, kéniste, et Barbara Kusa, soprano baroque ; le répertoire de La Chimera mêle aujourd'hui musique ancienne et musique du monde, instruments anciens (violes, théorbe, violons baroques...) et instruments autochtones des Andes (kena, charango) ou d'ailleurs (bandonéon, kora, balafon, kalimba...) ; voir le site officiel de La Chimera ici : , et la fiche biographique de Barbara Kusa ici : ..

Ces musiques, dites aussi autochtones, appartiennent lorsqu'elles sont montagnardes au vaste domaine des musiques traditionnelles et de l'ethnomusicologie, ou ressortissent, lorsqu'elles sont plus métissées dans l'horizon colonial, au domaine de la musicologie comparée.

L'influence de l'Afrique Dès ces mêmes et , le Brésil surtout mais aussi l'Amérique hispanique ont connu une importation massive d'esclaves noirs, car les besoins de main d’œuvre servile sont grands, tant pour la culture de la canne à sucre que pour le travail des mines, mais aussi à cause de l'effondrement démographique « catastrophique de la population indienne, sous le choc de la conquête et des épidémies, [...] notamment dans les Caraïbes où la population indienne avait quasiment disparu, [...] et [à cause de] la promulgation par la Couronne d'Espagne de lois interdisant la servitude des Indiens. ». Cette arrivée des africains dans le sous-continent d'Amérique Latine, venant surtout des côtes de Guinée, du Congo et de l'Angola, « où les "réserves humaines" semblaient inépuisables » explique « l'importance des Noirs bantous, surtout au , dans le peuplement des Amériques ». Mais elle explique aussi les apports des musiques et des rythmes d'Afrique à l'univers musical des pays Andins, créant de nouveaux courants musicaux comme les musiques afro-péruvienne (représentée par la chanteuse Susana Baca par exemple) afro-colombienne (représentée par la chanteuse toto la momposina par exemple) et afro-bolivienne (la Saya dont la Lambada est issue), et donnant naissance à de nouveaux instruments de musique inspirés de la musique africaine, notamment de nouveaux idiophones comme le cajón, la quijada, le güiro, et le marimba (inspiré du balafon africain), ainsi qu'à de nouvelles danses comme la Morenada bolivienne, ou le Tondero et le Lando péruviens..

Le néo-folklore