vignette|Lecture de cartes de tarot de Marseille. Le tarot dit « de Marseille » est un ensemble de cartes à enseignes (ou couleurs) « latines » qui ont la particularité de posséder une cinquième suite de vingt-deux cartes décorées d'images allégoriques spécifiques. Depuis la fin du , il est associé à la taromancie (cartomancie utilisant le tarot). L'appellation « tarot de Marseille » est utilisée par Papusqui présente, dans Le Tarot des Bohémiens (1889), au chapitre IX, les diverses formes du tarot : « Le Tarot italien, celui de Besançon, celui de Marseille sont les meilleurs sans contredit que nous possédions aujourd'hui », puis elle est popularisée à partir de 1930 par Paul Marteau qui choisit d'intituler son tarot destiné au marché de la cartomancie Ancien Tarot de Marseille.
Le type dit « tarot belge à couleurs latines » (ou « Rouen-Bruxelles ») a coexisté en France (avant de passer en Belgique) au . (Le « Tarot bruxellois », indiqué par une source allemande de 1772Hannoversche Anzeigen, 96. Stück, 30 nov. 1772 cité par P. Endebrock, Spielkarten in Hannover, Hanovre, 2009, ., désigne les tarots à couleurs françaises faits à Bruxelles).
Le tarot dit « de Besançon » est une variante du tarot de Marseille, née probablement à Strasbourg au début du et où deux cartes, la Papesse (atout II) et le Pape (atout V), sont remplacées - en général par Junon et Jupiter ; peut-être ces deux cartes étaient-elles jugées blasphématoires ou bien peut-être voulait-on gommer la référence à la papauté. Sa production à Besançon tout au long du (et alors qu’on n’en faisait plus à Strasbourg) lui a valu ce nom, lui aussi connu de Romain Merlin et Papus.
Motif des cartes Le motif dit de Marseille est caractérisé par différents aspects communs aux tarots qu'on regroupe sous ce terme : L'ordre des 22 atouts numérotés en haut de la carte avec leurs noms en bas de la carte (avec de légères variations dans la graphie) ; Des cartes numérales à enseignes italiennes. + Enseignes Tarot de Marseille Variante Épée Coupe Denier Bâton Plaisance 50x100px 50x90px 70px 50x100px
Les deux types du « Tarot de Marseille » Thierry Depaulis a démontré qu’il y avait deux variantes du « Tarot de Marseille » : le type I et le type IIThierry Depaulis, « The ‘Tarot de Marseille’ – Facts and Fallacies (I) », The Playing-Card, vol. 42, , juil.-sept. 2013, p. 23-43, et (II), The Playing-Card, vol. 42, , oct.-déc. 2013, p. 101-120.. Plusieurs détails, parfois bien visibles, distinguent ces deux types : Sur l’atout IV (l’Empereur), le Type I affiche un 4 en chiffre arabe devant la tête de l’Empereur, le Type II n’affiche rien ici. Atout VII (le Chariot – souvent écrit le Charior) : le chariot est pourvu d’un dais dont la retombée est comme une frange godronnée, qui n’est autre qu’un dais à bord ondulé simplifié, tandis que dans le Type II le dais est pourvu d’une sorte de rideau de scène relevé, ce qui le rend plus théâtral. Atout XV (le Diable) : dans le Type I, le Diable a un visage humain sur son ventre et ses ailes sont hautes, tandis que dans le Type II son ventre est vide et ses ailes sont plus petites. Atout XVIII (la Lune) : dans le Type I, la Lune est vue de face ; dans le Type II, elle est vue de profil, en croissant. Atout XXI (le Monde) : c’est là l’un des changements les plus significatifs : dans le Type I, une figure quelque peu androgyne aux cheveux longs se tient au centre de la mandorle, debout sur ses deux jambes, habillée d’une sorte de pagne de feuilles et d’une cape et munie d’un court bâton, évoquant par là un Christ de pitié ou un Ecce homo sans la couronne d’épines, tandis que, dans le Type II, c’est une jeune femme nue, dansant, sa jambe gauche repliée ; elle est simplement « vêtue » d’une longue écharpe (rouge), ses seins et ses hanches arrondies sont bien marqués ; elle est nettement plus « attractive » que le personnage maussade du Type I. Dans le Type I, l’écharpe du valet de coupes vient recouvrir la coupe qu’il porte, comme s’il s’agissait d’un ciboire recouvert de son pavillon ; dans le Type II, l’écharpe ne recouvre pas la coupe (un calice ?) dont on voit l’ouverture. Le Fou est appelé LE FOL dans le Type I, tandis que dans le Type II il est nommé LE MAT. Les cavaliers sont nommés chevalier dans le Type I, cavallier (plus tard cavalier) dans le Type II. Il y a d’autres détails qui distinguent les deux types, mais ceux-là sont les plus importants. Les tarots « de Marseille » de type I appartiennent au (tarots de Nicolas Rolichon, Philippe Vachier, Jean Noblet) ou au début du (tarots de Jean Dodal, Jean-Pierre Payen, Jean Payen, etc.), tandis que les tarots « de Marseille » de type II ne paraissent pas antérieurs à 1700, le plus ancien portant date étant celui de Pierre Madenié à Dijon, daté 1709. Les tarots « de Marseille » de type II sont généralement mieux dessinés et mieux gravés que ceux de type I, qui apparaissent plus grossiers. Ils semblent refléter ou souci d’amélioration graphique, peut-être en accord avec l’esprit du .
Le tarot dit « de Besançon » est clairement issu du type I du « Tarot de Marseille », mais s’en distingue non seulement par la substitution de figures nouvelles aux atouts II et V, mais aussi par un as de coupes rond et godronné, comme un ciboire, et un diable velu, sans visage humain sur le ventre.
+ Jeu de cartes de tarot de Marseille (1890) 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Valet Cavalier Dame Roi Denier 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px Coupe 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px Épée 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px Bâton 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px 50px
Les exemples connus de tarots de Marseille effectivement faits à Marseille sont essentiellement plus tardifs : François Chosson, Nicolas Conver, Jean Tourcaty pour en citer quelques-unsCartes à jouer et Tarot de Marseille, Alors-hors-du-temps, 2004.. Les tarots marseillais à proprement parler présentent entre eux des similarités plus particulières (visage de profil sur la carte de la Lune, dessin du Chariot, etc.).
Tarot de Besançon et tarots révolutionnaires Le tarot de Besançon est une variante du tarot « de Marseille » de type I (voir plus haut), née probablement à Strasbourg au début du Désormais, Thierry Depaulis, The Cardmakers of Alsace 1441-1870, The International Playing-Card Society, 2023 (IPCS Library ) : voir le chapitre « The ‘Tarot de Besançon’, an ‘ecumenical’ Tarot », p. 164-174.. Transplanté à Besançon vers 1800 par Jean Jerger, né à Kehl (Allemagne) et formé en Alsace, il y est devenu une sorte de spécialité localeThierry Depaulis, Maîtres cartiers strasbourgeois, Le Vieux Papier, 1989, ., fabriquée exclusivement à Besançon à partir du début du .
Il reprend une structure identique au tarot « de Marseille », à l'exception de deux atouts, la Papesse (II) et le Pape (V) qui y sont habituellement remplacés respectivement par Junon et JupiterException faite par exemple du tarot de Louis de Laboisse, « À la Perle orientale », à Strasbourg, vers 1715-20, repris plus tard à Colmar par Blanck et Tschann, circa 1780, qui remplace ces deux figures par Le Printemps et L'Hyver (sic). T. Depaulis, 'Maîtres cartiers strasbourgeois, ., vraisemblablement pour éviter toute controverse ayant trait à la religion. L'as de coupe adopte une forme plus arrondie que dans le tarot « de Marseille ». L'Ermite y est parfois nommé le CapucinC'est le cas dans le tarot de Besançon de J. Jerger..
Parmi les cartiers qui ont créé ou commercialisé des tarots de Besançon, on retient Pierre Lachapelle (Strasbourg, 1725), Nicolas-François Laudier (Strasbourg, 1746Thierry Depaulis, Tarot, jeu et magie, 1984, ), Sebastian Heinrich Joia (Augsbourg, vers 1725-1730), Johann Christoph Hes (Augsbourg, vers 1750), Andreas Benedictus Göbl (Munich, vers 1770), Josef Rauch Miller (Salzbourg, vers 1780), J.-B. Benoist (Strasbourg, vers 1810), J. Jerger (Besançon, début ), Lequart (Paris, vers 1880)Giordano Berti, Tarot in german countries from 16th to 18th century, Bologne, OM Edizioni, 2019, p. 18-25.
À la Révolution, des versions du tarot laïcisées ont été faites, basées sur le tarot « de Besançon », par exemple les figures de l'impératrice ou de l'empereur ont été remplacées par la Grand-mère et le Grand-père, l'Ermite devenant le Pauvre, pour respecter les consignes de l'an II sur les jeux de cartesLe Musée Français de la Carte à Jouer en expose notamment un exemple fait à Strasbourg par Carey..
Tarots dits Belges de Rouen et Bruxelles, aussi appelés cartes de Suisse Ce sont des tarots à enseignes latines produits en Belgique au , mais dont les plus vieux exemples connus sont français, de Rouen (tarot d'Adam C. de Hautot visible au musée français de la carte à jouer). Ils apparaissent parfois, curieusement, désignés comme cartes de SuisseThierry Depaulis, Tarot, jeu et magie, Bibliothèque nationale, 1984, page 80., et si leur motif rappelle par certains aspects le tarot de Jacques Viéville et par d'autre le portrait bolonais, leur origine reste mystérieuseibid..
Dans le tarot Belge (à ne pas confondre avec les tarots animaliers belges de la fin du ), le Fou (ici, Fol) est parfois numéroté XXII. En outre, comme dans le tarot dit de Besançon, la Papesse (II) et le Pape (V) sont remplacés par d'autres figures, ici respectivement par l'Espagnol - Capitaine Fracasse (souvent estropié en Esragnol - Capitano Eracasse) et Bacchus (Bacus). Le Bateleur (I), écrit Bateleux, Le Diable (XV), La Foudre (XVI) et La Lune (XVIII) reprennent des motifs semblables à ceux du tarot du Français Jacques Viéville (à moins que ce ne soit le contraire). Le Monde reprend un motif similaire au tarot anonyme de Paris du .
Utilisation en cartomancie et héritage ésotérique Il est généralement admis que les cartes qui sont à l'origine du tarot de Marseille, tout comme le tarot de Marseille lui-même, ont été créées dans le but d'une utilisation ludiqueMichael Dummett, The game of tarot, Londres, Duckworth, 1980.. L'hypothèse qui jouit du plus large consensus chez les chercheurs est celle de Michael Dummett qui affirme que tous les usages modernes du tarot en cartomancie ont leur source chez Antoine Court de Gébelin et Louis de Fayolle, comte de Mellet (‘M. le C. de M.’)Ronald Decker, Thierry Depaulis et Michael A. E. Dummett, A wicked pack of cards: the origins of the occult Tarot, Londres, Duckworth, 1996 ..
Il faut attendre la fin du pour entendre parler avec certitude de cartomancie utilisant le tarot de Marseille, avec Antoine Court de Gébelin - même si certains auteurs présentent des indices qui feraient remonter l'usage divinatoire du tarot à des dates antérieurescf. l'article cartomancie..
Les cartes du tarot sont appelées lames majeures et mineures ou arcanes majeurs et mineurs par les ésotéristes et les occultistes à partir de 1863Thierry Depaulis, Tarot de Paris, André Dimanche, Marseille, 1984 : « c'est à Paul Christian (Jean-Baptiste Pitois 1811-1877) que nous devons l'emploi des termes lames et arcanes […] pour désigner les cartes de Tarot » (L'Homme rouge des Tuileries, Paris, 1863)..
Aujourd'hui, les auteurs de la tendance occultiste, hermétiste ou ésotérique prêtent au tarot divers usages : chemin initiatique, préservation d'une tradition (alchimique par exemple), tarot divinatoire sans forcément remettre en question son origine historique ou sa date d'apparition.
Les cartes du tarot dit « de Marseille » Les atouts