Le réseau Hector-STATIONER fut un des réseaux de Résistance créés en France par la section F du Special Operations Executive, pendant la Seconde Guerre mondiale.

Autres appellations HECTOR : c'est le nom de guerre de Maurice Southgate. C'est sous ce nom d'HECTOR que le réseau est enregistré par le Bureau Résistance (archives du SHD, Vincennes) STATIONER : c'est le nom de code opérationnel de Maurice Southgate, nom utilisé par la RAF. STATIONER veut dire papetier en français. HECTOR-BUCKMASTER : le nom Buckmaster est celui du chef de la section F à Londres.

Missions Les missions du réseau étaient de type "action" : parachutages, sabotages, armement et encadrement de maquis.

Première phase (janvier - Octobre 1943). Les consignes initiales sont simples : « ennuyer le boche de toutes les façons, avec le minimum de contrariétés pour les Français » ; se garder très soigneusement d'entrer en contact avec des groupements politiques français ; continuer la lutte de ses prédécesseurs (ses aînés en 1942 : Benjamin Cowburn, ...) ; ne pas perdre son temps à faire du renseignement.

Deuxième phase (-). À l'automne 1943, alors que l'action devient de plus en plus nécessaire, il devient très difficile à Maurice Southgate de faire du recrutement nouveau parmi les Français ne faisant pas déjà partie d'une organisation française à tendance plus ou moins politique. Il est toujours mis en face de l'AS ou des FTP. Très ennuyé par cette situation vraiment sérieuse, Maurice Southgate rentre à Londres mi-, pour s'expliquer et solliciter de nouvelles instructions. Pendant son absence, Amédée Maingard et Pearl Witherington poursuivent l'action sur le terrain.

Troisième phase (février-). Après trois mois passés à Londres, lorsqu'il revient en France fin , Maurice Southgate est muni de nouvelles instructions lui demandant d'organiser des maquis en prévision du débarquement, et de faire passer le sabotage au second plan.

Période d'activité Durée : 15 mois. Début : , date du premier parachutage de Maurice Southgate. Fin : , date de l'arrestation de Maurice Southgate.

Protagonistes Responsables L'équipe de direction du réseau était constituée des officiers venant de Londres : Maurice Southgate, alias Hector—STATIONER, chef du réseau (organisateur). Amédée Maingard, alias Samuel—SHIPWRIGHT, opérateur radio du réseau du au ; puis second du réseau à partir du . Jacqueline Nearne, alias Jacqueline—DESIGNER, premier courrier du réseau du au . Pearl Witherington, alias Marie—WRESTLER, deuxième courrier du réseau à partir du . René Mathieu, alias Aimé—MANUFACTURER, opérateur radio du au . Pierre Mattéi, alias Gaétan—HUNTSMAN, premier expert Lysander chargé des terrains d'atterrissage du réseau, du jusqu'à son arrestation (vers) le . Alexandre Schwatschko, dit Albert Shaw, alias Olive—POLITICIAN, deuxième expert Lysander, à partir du . Sur les indications de Benjamin Cowburn, Maurice Southgate s'appuie sur deux chefs de secteur en partageant sa zone d'influence (Châteauroux-Tarbes) en deux : Auguste Chantraine « Octave », au nord ; des groupes de vingt hommes sont constitués dans chacune des villes suivantes : Vierzon, Beauge [?], Villefranche-sur-Cher, Éguzon, La Souterraine, Argenton-sur-Creuse, Dun-le-Poëlier ; Charles Rechenmann « Julien », au sud ; des groupes de cinquante à cent hommes sont constitués dans chacune des villes suivantes : Pau, Tarbes, Lannemezan, Sarrancolin.

Agents Le réseau a compté 47 agents P2 et P1, se répartissant comme suit : 30 agents P2 ; 17 agents P1 ; Il y eut aussi x agents O (occasionnels).

Secteur géographique Indre, Vienne, Charente, Dordogne, Corrèze, Haute-Vienne, Creuse, Allier, Puy-de-Dôme, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées, Gers.

Réalisations Sabotages Le réseau STATIONER réalisa les sabotages suivants : une usine d'aluminium à Lannemezan le ; l'usine Hispano-Suiza à Tarbes (destruction de 3 transformateurs le ; de nouveau le ; ) ; les ateliers Reyrode, en ; la SNCA à Châteauroux en (destruction de 5 avions) ; l'usine Gnome et Rhône à Limoges, fin ; les ateliers Chartoir à Clermont-Ferrand, le ; la sous-station de Bersac, fin ; deux pylônes, à Dun-le-Poëlier ; plusieurs pylônes entre Vierzon et Pau, en ; un barrage à Éguzon ; l'arsenal de Tulle, en ; l'arsenal de Tarbes, le ; un château d'eau, à Ussel, le ; une aciérie aux Ancizes, le ; 27 camions, à Bersac, en ; une grue à Brive-la-Gaillarde, en ; une grue à Tulle, en ; une usine d'oxygène liquide, à Massiac, le ; les usines Michelin, à Clermont-Ferrand, en ; 100 locomotives.

Parachutages de matériel Le réseau STATIONER organisa 44 parachutages, dont le tableau suivant donne le détailSource : Boxshall. : {|class="wikitable" |- ! Année ! Mois ! parachutages ! containers ! paquets

| 1943 | align=right| avril | align=right| 2 | align=right| 4 | align=right| 2

| align=right| mai | align=right| 2 | align=right| 10 | align=right| 2

| align=right| juillet | align=right| 2 | align=right| 15 | align=right| 3

| align=right| août | align=right| 5 | align=right| 30 | align=right| 9

| align=right| septembre | align=right| 2 | align=right| 30 | align=right| 5

| align=right| octobre | align=right| 2 | align=right| 21 | align=right| 5

| align=right| novembre | align=right| 1 | align=right| 3 | align=right| 1

| 1944 | align=right| janvier | align=right| 1 | align=right| 15 | align=right| 6

| align=right| février | align=right| 2 | align=right| 1 | align=right| 9

| align=right| mars | align=right| 7 | align=right| 85 | align=right| 12

| align=right| avril | align=right| 18 | align=right| 252 | align=right| 103

| colspan="2" |Total | align=right| 44 | align=right| 466 | align=right| 257

Réceptions d'agents En , le réseau STATIONER réceptionna seize chefs de réseau et opérateurs radio, envoyés pour jouer un rôle après le D-day derrière la ligne de front de Normandie, notamment : Philippe de Vomécourt « Antoine », envoyé comme chef du réseau VENTRILOQUIST dans le Loir-et-Cher ; Sydney Hudson « Albin », envoyé comme chef du réseau HEADMASTER dans la Sarthe ; George Wilkinson « Étienne », envoyé chef du réseau HISTORIAN dans le Loiret Paul Sarrette « Louis », envoyé pour former un groupe à Tours [problème de date à vérifier]; Charles Corbin « Allyre », envoyé comme chef du réseau CARVER à Angoulême Lise de Baissac, envoyée comme membre du réseau PIMENTO à Lyon.

Liaisons radio avec Londres Amédée Maingard est le premier opérateur radio du réseau. Dès son arrivée sur le terrain en , il s'installe à Châteauroux, d'où il émettra plus de 200 messages vers la section F à Londres. En , le réseau dispose de cinq opérateurs, dont deux français, recrutés localement et entraînés par Amédée Maingard, dont le principal est Pierre Hirsch, alias « Popaul ». En 1944, lorsqu'Amédée Maingard devient le second du réseau, Londres envoie René Mathieu comme opérateur radio. Ce dernier est arrêté le en même temps que Maurice Southgate

Hébergement Chez Madeleine L'Hospitalier, 16, rue de Rimard, Montluçon (Allier). Chez Pierre et Marguerite Néraud, 37, rue de Blatin, Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme). Chez Auguste Chantraine, Le Cerisier, Tendu (Indre). Chez Pilar Alvarez, 28, place Marcadieu, Tarbes (Hautes-Pyrénées).

Soutien aux maquis [texte repris de NoguèresNoguères, p. 264-269] Le , le chef régional des FFI d'Auvergne, le colonel Émile Coulaudon « Gaspard » établit le contact avec Maurice Southgate, à Montluçon. Au cours de l'entretien, « Gaspard » essaye de « vendre » à Southgate le plan « Caïman » dont il connaît, à défaut du nom, les grandes lignes, que l'on appelle déjà le plan Kœnig et qui consiste à créer trois réduits, l'un au mont Mouchet dans les monts de la Margeride où se trouvera l'état-major régional, le second dans la région de Chaudes-Aigues et le troisième au Lioran. Ce plan, il semble que « Gaspard » n'en connaisse que les grandes lignes. Il ignore qu'il est mis en sommeil... et surtout il ne peut deviner le refus qui lui sera finalement opposé par les Alliés - en fait par Roosevelt. Aussi ne cache-t-il pas son adhésion enthousiaste. Refus que Southgate n'imagine pas davantage.

[Dans ce récit : Philippe est un pseudo de Maurice Southgate et Gaspard un pseudo d'Émile Coulaudon]

Le , Jean Villechenon « Vincent » conduit Émile Coulaudon et Antoine Llorca chez Lhospitalier dont la maison est sûre. Ils rencontrent le major Southgate, chef du réseau STATIONER. L'entrevue est plus importante qu'il ne le semble au premier abord, car pour la première fois un haut responsable de la Résistance en Auvergne rencontre un membre de premier plan des réseaux britanniques. Le contact s'effectue donc entre ceux qui luttent de l'intérieur et ceux qui harcèlent l'occupant de l'extérieur. Certes Philippe cherchait à entrer en relations avec Gaspard depuis plusieurs mois, mais la violente offensive des forces de police l'en avait jusqu'ici empêché. Le dialogue s'engage :

Philippe — « Combien d'hommes la Résistance d'Auvergne peut-elle mettre actuellement à la disposition des Alliés dans un réduit pour fixer le maximum de troupes allemandes au moment du débarquement ? »

Gaspard — « Au moins . »

Gaspard expose alors à Philippe un plan qui vise à concentrer dans une partie de l'Auvergne des hommes susceptibles de recevoir des troupes alliées, de l'armement et même de protéger un élément de gouvernement.

Philippe — « Où ? »

Gaspard — « Dans la Margeride, tête de pont déserte. »

Il songe alors à cette masse de volontaires que la répression oblige à partir au maquis et se demande s'ils pourront tenir jusqu'au bout. S'il sera possible d'armer la dizaine de milliers de résistants des villes et des campagnes et de les protéger contre les rafles, les déportations et en fin de compte de l'extermination.

Gaspard — « Si je vous apporte des hommes, aurai-je l'appui des Anglais ? »

Philippe — « De combien d'hommes disposez-vous ? »

Gaspard — « Dix mille hommes pour l'ensemble des quatre départements »

Philippe — « Pensez-vous pouvoir « tenir » quelques jours cette zone et en contrôler les routes d'accès ? »

Gaspard — « Oui, sous réserve de recevoir l'armement nécessaire. »

Philippe — « Dans ce cas, nous vous parachuterons là des armes semi-lourdes et aussi des commandos susceptibles d'encadrer vos Corps francs... »

Philippe est convaincu de la solidité du réduit que peuvent constituer au cœur du Massif central les maquis d'Auvergne et promet à Gaspard de faire venir une mission qui lui fournira tout ce dont il aura besoin.

Gaspard, qui depuis fin 1943 avait entendu parler de ce plan, cherche à connaître la date du débarquement mais n'obtient pas de précisions. Il reprend, mentalement, l'idée d'une tête de pont dans le Centre de la France, projet déjà envisagé par l'armée d'armistice et plus récemment formulée par le général Revers. L'accord est alors conclu et Philippe rédige pour Londres un long message expliquant l'importance du mouvement en insistant sur l'urgence d'envoi d'armes, de munitions et même de cadres entraînés au combat, au maniement d'armes nouvelles. Mais le gouvernement anglais adoptera-t-il ce point de vue ?

Gaspard sort de l'entretien convaincu que ce plan emportera l'adhésion des Alliés. De même qu'il a prévenu Philippe de la nécessité de passer par le général Kœnig pour faire parvenir les ordres. Gaspard insiste encore, en partant, pour que rien ne soit entrepris avant qu'il ait avisé ses camarades du Comité régional de Libération dont la réunion est prochaine.

Du Cantal les nouvelles sont bonnes ; le rendement des parachutages est jugé satisfaisant par Pyramide« Pyramide » est le pseudo d'Alexandre de Courson de la Villeneuve, délégué militaire régional (R6). le , au point qu'il demande l'envoi de « conserves, cigarettes, chocolat, savon » pour récompenser les comités de réception.