Les Merinas () forment un peuple occupant la partie nord des hautes terres centrales de Madagascar, gravitant autour de la région d'Antananarivo. La langue de l'Imerina est la langue officielle malgache, une langue austronésienne faisant partie de la branche malayo-polynésienne.
Merina désigne également un royaume des hautes terres centrales à l'époque féodale malgache et dont les capitales sont successivement : Ambohidrabiby aux et (sous Ralambo), Antananarivo au (d'Andrianjaka jusqu'à Andriamasinavalona), Ambohimanga au sous Andrianampoinimerina, et enfin Antananarivo aux d'Andrianampoinimerina à Ranavalona III (capitale de Madagascar).
L'actuel pays d'Imerina (« Émirne » en français) est traditionnellement divisé en six grandes régions : l'Avaradrano au centre et au nord-est d'Antananarivo la capitale ; le Vakinisisaony à l'Est d'Antananarivo, jusqu'aux falaises de la Mandraka descendant vers les régions côtières ; le Marovatana au Nord-Ouest-Ouest d'Antananarivo ; le Vonizongo au Nord-Nord-Ouest d'Antananarivo, continuant au Bongolava jusqu'au Plateau de Tamponketsa ; l'Imamo à l'Ouest, depuis Arivonimamo, en passant par l'Itasy, jusqu'à la frontière de la tribu Sakalava ; et le Vakinankaratra ou Imerinatsimo, au Sud jusqu'au Nord du Fleuve Mania.
Ethnonymie vignette|Carte de l'expansion des Austronésiens.
Selon les sources, on observe plusieurs variantes : Antimerina, Hova, Imerina, Merinas, Ovah, Tsimahafotsy, TsimiamboholahySource RAMEAU, BnF .
Le nom du royaume merina fut formé à Ambohidrabiby par le roi Ralambo; ce mot pourrait venir de la racine pemerin qui signifie « gouvernement » ou « royaume » en vieux malais. On le retrouve dans le vieux malgache mpimerina = « gouverneur » et encore dans le malais et l'indonésien actuel : pemerin = gouvernancepemerin sur translate.google et pemerintan = dirigeantspemerintan sur translate.google.
Cependant, cette origine du mot Merina est encore contestée par certains historiens malgaches, qui pensent y trouver d'autres origines. Ainsi, il existe plusieurs avis différents sur la vraie origine de ce mot. Ainsi, d'après les recherches théologiques du Pasteur Tolotra Ratefy, les mots « Imerina » (nom du royaume dans les Hautes Terres Centrales de Madagascar) et Merina (nom des originaires de ce royaume) sont de mots hébreux dont les racines hébraïques sont « Immer+na » et qui désigne une partie des 1052 descendants d'un juif de Babylone, de la famille d'Aaron le Grand Sacrificateur, appelé Immer (Livre d'Ezra 2:37) qui ont voyagé sur des bateaux appelés Boutry et qui sont restés à Madagascar. D'autres thèses analogues renvoient le mot "Merina" à la Samarie, une ville antique du moyen orient (Samerina).
Histoire vignette|alt=Pirogue à balancier.|Pirogue à balancier austronésienne qui a donné au malgache le mot vahoaka -le « peuple », du proto-austronésien *va-waka - « ceux des canoës », « peuple de la mer » : les premiers Vahoaka Ntaolo (Vazimba et Vezo) austronésiens ont probablement utilisé de semblables embarcations pour parvenir jusqu'à Madagascar en partant des îles de la Sonde.
Proto-histoire et peuplement (2000 ans av. J.-C.–500)
Les populations avant l'ère chrétienne étaient d'une part attachées aux religions traditionnelles établies à travers toutes les ethnies et régions, d'autre part agnostiques. Le protestantisme et l'islam ayant été introduits dans l'île par les ethnies malayo-polynésiennes et sud-est asiatiques, ces cultes se sont propagés bien évidemment après Jésus-Christ. D'une part, d'après les recherches scientifiques de chercheurs du CNRS-France, Madagascar était déjà peuplé il y a plus de ans avant l'ère chrétienne. D'autre part, des vagues de migrations juives étaient établis dans l’Île d'Abraham (Île Sainte-Marie), à Nosy Mangabe, puis à Maroantsetra, au Nord-Est de Madagascar plusieurs siècles avant l'ère chrétienne. D'après les recherches du Pasteur Tolotra Ratefy et du Rev. Dr. Ndriana Rabarioelina, la majorité des Malgaches qui pratiquent la circoncision ont des origines juives. La circoncision de l'enfant devant se faire le 6ème jour de vie de l'enfant. Ces populations présentes sur l'île de Sainte Marie ont conservé leurs traditions après avoir été exilés à la suite d’une tentative de conversion au judaïsme sur l'île. Cependant les enfants chrétiens, protestants et musulmans sur l'île de Madagascar se font baptiser durant leur enfance après avoir commencé à marcher.
Vahoaka Ntaolo Vazimba (500 av. J.C.–1600) vignette|gauche|Homme Merina de la région de l'Ankaratra en Imerina.
Les nombreuses recherches pluridisciplinaires récentes - archéologiquesBurney et al (2004), génétiques<ref>Hurles et al. (2005), Ricaut et alii (2009)</ref>, linguistiquesDahl O. (1991) et historiquesVerin (2000), p.20 - confirment toutes que l'ensemble du peuple malgache est primordialement originaire de l'archipel indonésien. Arrivés probablement sur la côte Ouest de Madagascar en canoë à balancier (waka) au début de notre ère (autour de l'an un) - voire 350 ans avant selon les archéologuesBurney et al, op.cit. et peut-être encore plus tôt selon certaines hypothèses des généticiensRicaut et alii, op.cit. -, ces pionniers navigateurs austronésiens sont connus de la tradition orale malgache sous le nom des Ntaolo (de *tau - *ulu - « les hommes premiers », « les anciens », de *tau-« hommes » et *ulu- « tête », « premier », « origine », « début » dans les langues proto-malayo-polynésiennes (MP)Randriamasimanana, « The Malayo-Polynesian Origin of Malagasy » )). Il est également probable que ces anciens se nommaient eux-mêmes les Vahoaka (de *va-*waka -« peuple/ceux des canoës » ou « peuple de la mer », de |*waka-« canoë (à balancier) » dans les langues proto-malayo-polynésiennes), terme signifiant simplement aujourd'hui le « peuple » en malgache.
Ce « peuple d'origine » (litt. Vahoaka Ntaolo) austronésienne appelé les « protomalgaches » (du grec protos - « premier ») est à l'origine de la langue malgache commune à toute l'île : une langue issue du proto-austronésien, appartenant à la branche proto-malayo-polynésienne et à la sous-branche proto-Sud-Est Barito (proto-SEB) qui partage ces mêmes bases anciennes communes avec les langues dayak actuelles du groupe barito de Bornéo Sud telles que le ma'anyan, dusun deyah, dusun malang, dusun witu et paku actuelsDahl O., op. cit., Adelaar, op. cit., Simon, op. cit.. Elle est également à l'origine de tout le fonds culturel malgache commun à tous les autronésiens, des îles du Pacifique à l'Indonésie, en passant par la Nouvelle-Zélande, Hawaï et les Philippines : coutumes anciennes (comme celle d'ensevelir les défunts dans une pirogue au fond de la mer chez les anciens Vezo de la côte Ouest ou au fond d'un lac chez les anciens Vazimba), agriculture ancienne (la culture du taro-saonjo, de la banane-akondro, de la noix de coco-voanio et de la canne à sucre-fary qui est originaire de l'île de Nouvelle-Guinée), l'architecture traditionnelle (maison végétale-levu à base carrée sur pilotis), la musique (les instruments comme la conque marine antsiva, le tambour de cérémonie hazolahy, le xylophone atranatra(na) (xanat aux Philippines), la flûte sodina ou encore la valiha) et la danse (notamment la « danse des oiseaux » que l'on retrouve à la fois au centre et dans le Sud)Pour l'historien Edouard Ralaimihoatra, ces Austronésiens qu'il appelle de manière globale les Vazimba — sans faire le distinguo entre ceux des côtes, les Vezo, et ceux de la forêt de l'intérieur, les Vazimba — ont (Ralaimihoatra E., « Les Primitifs malgaches ou Vazimba », in Histoire de Madagascar).
vignette|Vaγimba - « ceux de la forêt » en proto-Barito du Sud-Est (ancienne langue austronésienne dont la branche moderne dite « barito orientale » regroupe le malgache et des langues parlées par des peuples Dayaks du bord du fleuve Barito à Bornéo (Kalimantan du Sud) : ma'anyan, dusun deyah, dusun malang, dusun witu et paku).
Lors du tout début du peuplement appelé « période paléomalgache », les Vahoaka Ntaolo se subdivisèrent, selon leurs choix de subsistance en deux grands groupes : les Vazimbas (de *ba/va-yimba-« ceux de la forêt », de *yimba-« forêt » en proto Sud-Est barito, désormais barimba ou orang rimba en malaisSimon P. (2006), p. 16) qui s'installèrent — comme leur nom l'indique — dans les forêts de l'intérieur et les Vezo (de *ba/va/be/ve-jau, « ceux de la côte » en proto-malayo-javanais, aujourd'hui veju en bugis et bejau en malais, bajo en javanaisSimon P. (2006), ibid., p. 474) qui restèrent sur la côte Ouest.
Le qualificatif Vazimba désignait donc à l'origine les Vahoaka Ntaolo chasseurs et/ou cueilleurs qui décidèrent de s'établir « dans la forêt », notamment dans les forêts des hauts plateaux centraux de la grande île et celles de la côte Est et Sud-EstRafandrana, un des ancêtres de la dynastie royale merina, par exemple, est connu pour avoir été un Vazimba (Callet, 1908). Les deux reines fondatrices de la royauté Merina, Rafohy et Rangita, étaient désignées comme Vazimbas. Comme la plupart des Austronésiens, les chefs Ntaolo (Vazimbas et Vezos) de Madagascar avaient pour coutume de placer les corps de leurs défunts dans des pirogues et de les enfouir dans des lacs artificiels (Vazimbas de l'intérieur) ou dans la mer (Vezos des côtes), tandis que les Vezo étaient les Ntaolo pêcheurs qui restèrent sur les côtes de l'Ouest et du Sud (probablement les côtes du premier débarquement)Simon P. (2006), ibid., p. 455.
Le dialecte merina garde la trace d'un riche fonds de vocabulaire maritime d'origine austronésienne encore usité dans la vie courante, en voici quelques exemples : toponymie : le nom de nombreux villages merina commence par Anosi (de *nusi/*'nusa « île » en proto-austronésien) : Anosiavaratra -« L'île-du-Nord », Anosiarivo -« L'île-des-milles », Anosivolakely - « La-petite-île-dorée », etc., hydrologie : « canal », par exemple, se dit lakan-drano-« canoë d'eau », art culinaire : la viande accompagnant le riz se dit hena ou laoka qui viennent respectivement de kena et lauku - « poisson » en proto-austronésien.
Malgré l'héritage vivant de la langue, les traditions orales historiques merina perdent le souvenir du voyage et du débarquement de leurs ancêtres austronésiens sur les régions côtières au premier millénaire. Les premiers souverains qu'ils se remémorent sont ceux des chefs de clan vazimba de l'intérieur des terres ayant au plus tôt régné vers le ou le au vu des généalogies citées.
Immigrations néo-austronésiennes et clans « néo-Vazimba » (ca 700–1500) vignette|gauche|Village austronesien avec levu sur piloti (*levu-« maisons » en proto-austronésien qui a donné en malgache an-devu -« à la maison »).
Dès le milieu du premier millénaire (ca. 700) jusqu'à 1600 environ, les Vazimba de l'intérieur (autant que les Vezo des côtes) accueillirent de nouveaux immigrants, commerçants et aventuriers : moyen-orientaux (Perses Shirazi, Arabes Omanites, Juifs arabisés) accompagnés d'esclaves africains (Bantus), orientaux (Indiens Gujarati, Malais, Javanais, Bugis et Orang Laut) voire européens (Portugais) qui s'intégrèrent et s'acculturèrent à la société Vazimba (souvent par alliance matrimoniale).
Bien que minoritaires en nombre, les apports culturels, politiques et technologiques de ces nouveaux arrivants à l'ancien monde des vahoaka vazimba , modifièrent lentement mais substantiellement leur mode de vie et la structure de leur société : ils seront à l'origine des grands bouleversements du qui conduiront à l'époque féodale malgache. Cependant, la grande majorité des anciens traits culturels de la civilisation austronésienne vahoaka vazimba demeurent intacts au sein de ces nouveaux royaumes : la langue commune, les coutumes, les traditions, le sacré, l'économie, l'art des anciens demeurèrent préservés dans leur grande majorité (et ce jusqu'à aujourd'hui) avec des nuances et des variétés de formes selon les régions.