Poecilia reticulata, le Guppy, est une espèce de poissons d'eau douce et saumâtre de la famille des Poeciliidae. Originaire d'Amérique du Sud, ce poisson a été introduit dans de nombreux pays pour lutter contre les moustiques, avec une efficacité limitée et non sans risques écologiques selon une alerte scientifique lancée en 2016. Il s'agit d'un poisson ovovivipare apprécié en aquariophilie, notamment pour ses couleurs vibrantes (surtout chez les mâles), sa facilité à élever et son faible coût. Dans certains pays, dont la FrancePar exemple en France : du fixant la liste des espèces, races ou variétés d'animaux domestiques, des races ou variétés du guppy, créées au sein des élevages ont acquis un statut juridique d'animal domestique.
Dénominations Nom scientifique valide : Poecilia reticulata Peters, 1859 Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Guppy, Poisson million, Guppie, Poisson arc-en-ciel, Queue de voile, Poisson-million
Par ailleurs, ce poisson est proposé en commerce aquariophile sous différentes variétés, dont : Guppy cobra, Guppy de gaulle, Guppy doré, Guppy ananas, Guppy néon bleu,
On le connaît également sous le nom anglais de .
Pour les anglophones, le pluriel des mots se terminant par un « -y » est « -ies » : ils écrivent donc un guppy, des guppies. En revanche en français, on écrit un guppy, des guppys Wiktionnaire : Guppy, consulté le 3 mai 2025..
Description thumb|Couple de guppys sauvages provenant de la rivière Ciliwung à Bogor (Java occidental, Indonésie). La forme sauvage de ce poisson est nettement moins colorée que les spécimens d'élevage et ses nageoires ne forment pas de voiles.
Le mâle mesure entre 3 et (1,6 po) long tandis que la femelle, généralement plus grosse, mesure entre 5 et (2,8 po) long. Cet animal est ovovivipare, c'est-à-dire que la femelle pond directement des alevins capables de se déplacer et de se nourrir. Le mâle est beaucoup plus coloré et de forme plus variable que sa compagne, il possède également un gonopode, nageoire anale transformée en organe de copulation. Il existe de nombreuses formes de nageoires et des couleurs différentes obtenues par sélection.
Répartition L'aire de répartition naturelle de ce poisson concerne certaines régions du nord-est de l'Amérique du Sud et des Petites Antilles avec une zone d’occurrence estimée à UICN : Poecilia reticulata, consulté le 2 mai 2025.. Cette espèce a été largement introduite de manière intentionnelle ou non, dans d'autres régions du monde afin de lutter contre les maladies transmises par les moustiques mais aussi par des lâchers d'aquariums Anne E. Magurran, Evolutionary ecology: the Trinidadian guppy, Oxford University Press, New-York, août 2005, 224 pages .. Au moins 40 % de ces introductions viseraient à lutter contre les moustiques. Elle est désormais établie dans au moins hors de son aire de répartition d'origine, incluant la France métropolitaine pour laquelle une population a récemment été documentée dans une source thermale. Il a déjà été observé que cette espèce a un impact négatif sur la faune locale.
Dans certaines zones, comme aux Comores, ce poisson a été préféré à Gambusia affinis (le Guppy sauvage ou Gambusie) pourtant plus grand car ce dernier était pêché et mangé par les enfants alors que Poecilia reticulata s'avère moins intéressant de ce point de vueOPIE (2002) Elles aussi, elles aiment les insectes ... Les Gambusies, revue Insectes 14, , sur le site de l'INRA (PDF, 3 pages).
Dans sa forme sauvage, ce poisson rustique s'acclimate facilement à une grande variété de zones humides et à un nouvel environnement, même dans des eaux chaudes, polluées ou en présence de prédateurs.
Il se reproduit tôt et fréquemment, sa gestation est courte () et la femelle peut conserver du sperme longtemps après la copulation, ce qui permet à une femelle fécondée échappée d'une zone d'introduction de facilement fonder à elle seule une colonie.
Poecilia reticulata et l'Homme Lutte anti-moustiques Pour dévorer les larves de moustiques, des poissons exotiques et en particulier les guppys et les gambusies ont durant plusieurs décennies été introduits (notamment par les Britanniques dans leur Empire colonial et leurs zones d'influence au début du Amy E. Deacon, Indar W. Ramnarine et Anne E. Magurran, « How reproductive ecology contributes to the spread of a globally invasive fish », PLOS One, 19 septembre 2011, , , , (lire en ligne)., dans les eaux douces d'étangs, mares et fossés de nombreux pays et régions des tropiques afin de lutter contre les moustiques vecteurs d'épidémies comme le paludisme par exemple.
Même si depuis 2009, l'OMS et certains guides reconnaissent les risques d'invasion biologique, et recommandent d'utiliser de préférence des espèces insectivores locales World Health Organization, Dengue: Guidelines for diagnosis, treatment, prevention and control, OMS, Genève, Suisse, 2009., des introductions de Guppys continuent à se faire dans les années 2000-2010, sous l'égide de l'OMS ou d'États concernés par des risques d'épidémie Hawaii State Department of Health, Controlling mosquito breeding in rainwater catchment systems and ‘dry’ injection wells, Honolulu, Hawaï, 2015.).
Ainsi des Guppys ont été introduits au Pakistan en 2013 contre la dengue « Root cause: to overcome dengue spread, guppy fish to be thrown into water », The Express Tribune, 16 septembre 2013 (lire en ligne). puis en 2015-2016 au Brésil contre le virus Zika et la dengue, bien que le Brésil dispose de nombreuses espèces de poissons insectivores News report, Brazil brings guppies to the fight against Zika, Reuters, 18 février 2016 (lire en ligne)., et en Inde, de leur propre initiative, des citoyens ont fait de même K. Mendonsa, « Mysore man fights deadly dengue with guppy army », The Times of India, 30 mai 2013 (lire en ligne).. De nombreux sites Internet proposent de faire de même un peu partout.
Les guppys ne se nourrissent pas exclusivement de larves de moustique. En laboratoire, ils préfèrent les larves de chironomidés Barnali Manna, Gautam Aditya et Samir Banerjee, « Vulnerability of the mosquito larvae to the guppies (Poecilia reticulata) in the presence of alternative preys », Journal of Vector Borne Diseases, 2008, , , (lire en ligne). (moustiques non piqueurs) à celles des moustiques piqueurs (Culex, Anophèles…). Des analyses d’excréments de guppys menées au Sri Lanka montrent que ces poissons consomment bien moins de moustiques dans leur milieu naturel que lorsqu’ils sont élevés en aquarium et nourris exclusivement de larves ; pourtant, leur simple présence dans la nature suffit à faire nettement baisser la quantité et la densité de larves P. Kusumawathie, A. Wickremasinghe, N. Karunaweera et M. Wijeyaratne, « Larvivorous potential of the guppy, Poecilia reticulata, in anopheline mosquito control in riverbed pools below the Kotmale dam, Sri Lanka », Asia Pacific Journal of Public Health, janvier 2008, , , () (lire en ligne).. Une étude menée sur des guppys vivant dans des canaux de drainage au Nigeria a montré qu’ils se nourrissent principalement d’algues, les larves de moustiques n’y constituant qu’une part mineure de leur alimentation M. Lawal, C. Edokpayi et A. Osibona, « Food and feeding habits of the guppy, Poecilia reticulata, from drainage canal systems in Lagos, Southwestern Nigeria », West African Journal of Applied Ecology, 2013, , .. En Inde, une étude a montré qu’en eau polluée, les guppys ne consommaient presque pas de larves de moustiques, préférant se nourrir du plancton abondant présent dans ces milieux V.K. Dua, A. Pandey, S. Rai et A. Dash, « Larvivorous activity of Poecilia reticulata against Culex quinquefasciatus larvae in a polluted water drain in Hardwar, India », Journal of the American Mosquito Control Association, 2007, , ()..
Le développement de maladies vectorielles transportées par les moustiques se poursuit (comme l'infection à virus Zika et dengue S.A. Rasmussen, D.J. Jamieson, M.A. Honein et L.R. Petersen, Zika virus and birth defects—reviewing the evidence for causality, New England Journal of Medicine, 2016, , () (lire en ligne).) et inquiète, ce qui incite à accroître la lutte antivectorielle et notamment les lâchers de Guppys dans la nature. Or en 2016, la revue « Science » Jessica Boddy, « Top stories: Mosquito-killing guppies cause ecological trouble, fresh evidence for Planet Nine, and the first fossilized dinosaur brain », Science, 28 octobre 2016 (lire en ligne) estime dans la rubrique Biology Letters que l'efficacité antivectorielle de ces opérations est très limitée, alors que cette espèce présente une capacité remarquable à se reproduire et se propager, étant localement déjà devenue invasive Kelly Servick, « Ecologists raise alarm over releases of mosquito-killing guppies », 25 octobre 2016 (lire en ligne). R.W. El-Sabaawi, T.C. Frauendorf, P.S. Marques, R.A. Mackenzie, L.R. Manna, R. Mazzoni, D.A.T. Phillip, M.L. Warbanski et E. Zandonà, « Biodiversity and ecosystem risks arising from using guppies to control mosquitoes », Biology Letters (Royal Society), 25 octobre 2016, (lire en ligne).. Selon W. Han (2015) de nombreuses études montrent que les Guppys mangent un plus ou moins grand nombre de larves de moustiques du genre Aedes dans les containers où on les a testés, mais aucune étude n'a pu démontrer qu'ils réduisent dans la nature le nombre de moustiques adultes ni qu'ils réduisent le risques de transmission des maladies transmises par ces moustiques W.W. Han, A. Lazaro, P.J. McCall, L. George, S. Runge-Ranzinger, J. Toledo, R. Velayudhan et O. Horstick, « Efficacy and community effectiveness of larvivorous fish for dengue vector control », Tropical Medicine & International Health, mai 2015, , (lire en ligne)..
Impacts écosystémiques Les guppys peuvent bouleverser les écosystèmes qu'ils envahissent en raison de la rapidité de leur reproduction et de leur tolérance aux paramètres de l'eau (pollution, température…) ; on a montré à Trinidad que leur apparition se fait au détriment de la densité de poissons autochtones M.R. Walsh MR, D.F. Fraser, R.D. Bassar et D.N. Reznick, « The direct and indirect effects of guppies: implications for life-history evolution in Rivulus hartii », Functional Ecology, 2011, , (, )., et que les poissons résidents pour s'adapter doivent devenir matures plus vite, grandir plus vite et dépenser plus d'énergie à se reproduire M.R. Walsh et D.N. Reznick, « Experimentally induced life-history evolution in a killifish in response to the introduction of guppies », Evolution, 2011, , . () M.R. Walsh et D.N. Reznick, « Influence of the indirect effects of guppies on life-history evolution in Rivulus hartii », Evolution, 2010, , ()..