François Jost, né le à Strasbourg, est un sémiologue français, professeur émérite en sciences de l'information et de la communication à l'université Sorbonne-Nouvelle. Il a dirigé le laboratoire Communication information médias de 2012 à 2016. Il a fondé le Centre d'études des images et des sons médiatiques en 1996.
Biographie
Il est le fils d'Alfred Jost, endocrinologue, professeur au Collège de France et Secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences (1986-1991).
Après un doctorat intitulé Du Nouveau Roman au Nouveau romancier : questions de narratologie en 1983., François Jost se consacre à l'écriture et la réalisation de films (six scénarios, trois films) de 1976 à 1978.
En 1985, il est élu maître de conférences à l'université Montpellier III puis à l'université Sorbonne-Nouvelle dès 1989.
En 1993, il obtient une habilitation à diriger des recherches sur la base de travaux dont la synthèse est intitulée La communication narrative et l'expérience de spectateur (université Sorbonne-Nouvelle).
En 1995, il est élu professeur des universités et fonde l'année suivante le Centre d'études sur les images et les sons médiatiques (CÉISME).
François Jost a été professeur invité dans de nombreuses universités à travers le monde (Montréal, Barcelone, Montevideo, UCLouvain, Rosario, Buenos Aires, La Réunion, Bucarest, Porte Alegre, Lima). Il a également enseigné à la FAMU de Prague.
François Jost a été vice-président de l’Association française des enseignants et des chercheurs en audiovisuel et en cinéma (AFECCAV), et vice-président de l’Association internationale de sémiotique visuelle.
Il dirige la revue Télévision (CNRS éditions) et la collection À suivre aux éditions Atlande.
Travaux De l’analyse de film à la sémiologie cinématographique Alors qu’il était étudiant en philosophie, il va voir L’homme qui ment (Robbe-Grillet) au moment de sa sortie, en 1968. Intrigué et enthousiasmé, il décide d’écrire un livre sur les films du cinéaste avec son condisciple, Dialogues avec François Jost [des Arts aux Médias], coordonné par Marie-France Chambat-Houillon et Yannick Lebtahi, Revue CIRCAV , L'Harmattan, . À l’époque où il était usuel de ne parler des films qu’à partir de ses souvenirs ou de ses notes, ils ont la chance de pouvoir se procurer les copies et d’établir un découpage de tous les films étudiés. Ce premier travail d’analyse, qui aboutit à un manuscrit de 450 pages, met au jour de nombreuses difficultés théoriques : comment noter les sons ? Comment décrire les plans ? Les auteurs se tournent alors vers la sémiologie du cinéma de Christian Metz : « Nous nous sommes déplacés vers ce terrain et nous nous sommes rendu compte que Metz procédait par de nombreuses simplifications qui tenaient d’une part à sa méthode et d’autre part à son corpus. D’une part, sa méthode, parce qu’il mettait de côté le son, ce qui était tout à fait impossible pour rendre compte d’un film de Robbe-Grillet. Et, d’autre part, il travaillait sur un corpus totalement classique, sans jamais d’ailleurs le dire, ou plutôt sur un imaginaire du cinéma qui était proche du westernEntretiens sémiotiques. Propos recueillis par Amir Biglari, Limoges, Lambert-Lucas, 2014 , ..
Cette articulation de l’analyse textuelle à la théorie aboutit à la publication de Nouveau cinéma, nouvelle sémiologie. Essai d’analyse des films de Robbe-Grillet (1979). Cette « nouvelle sémiologie » remet en cause la prévalence du plan comme unité minimale et se fonde sur une analyse paramétrique du film : plutôt que de raisonner sur le plan comme bloc de réalité, il s’agit de montrer comment les différentes composantes de l’image, du son et des textes peuvent jouer comme les différentes partitions d’un orchestre, tantôt à l’unisson, tantôt en contradiction les unes avec les autres. Par ailleurs, au lieu d’en rester au « segment autonome » (Metz), le film est conçu comme un ensemble, un texte, d’où l’attention particulière portée aux téléstructures, les structures à distance.
Analyse du récit Dans les années 1970, François Jost publie aussi bien sur le cinéma que sur la littérature dans Poétique, Critique, La Revue d’esthétique. L’inscription en thèse avec Gérard Genette, qui vient de systématiser les grands concepts du récit dans Figures III, l’amène à dissocier deux questions qui étaient mêlées par la sémiologie de Metz : celle de la narration et celle de l’énonciation.. La première renvoie au responsable de l’énonciation narrative, tandis que la seconde renvoie à l’instance qui « parle » cinéma.
L’Œil-Caméra, entre film et roman s’efforce de « rendre compte de la complexité entre savoir et voir dans un récit filmiqueAumont Jacques, Marie Michel, Dictionnaire théorique et critique du cinéma, Nathan, 2001 ». Le livre se fonde sur une critique du concept de « focalisation », qui renvoie aussi bien chez Genette à la question du savoir qu’à celle du point de vue visuel. François Jost propose de parler d’ocularisation pour désigner la relation entre ce que la caméra montre et ce que peut voir et ce qu’est censé voir ou ne pas voir un personnage et d’auricularisation pour caractériser le point de vue sonore. Ces concepts d’abord élaborés pour le cinéma sont étendus à l’analyse du roman. Dans Un monde à notre image. Énonciation. Cinéma. Télévision, Jost relie ces questions de points de vue à celle d’énonciation en opérant un tournant pragmatique prenant en compte le contexte et les usages. En particulier, il introduit le concept d’auteur construit pour montrer comment le réception d’un film diffère selon l’image que l’on se fait de celui qui en est à sa source. Ce faisant, Jost est amené à séparer deux objets que la sémiologie metzienne considérait comme un seul langage, le cinéma et la télévision : « Le paradigme n’est plus le même. Ce qui obligeait à prendre en compte la dimension pragmatique. Non plus à travailler simplement sur les documents ou les émissions comme textes, mais à travailler sur tout ce qui construit la croyance dans le texte, tout ce qui est autourEntretiens sémiotiques, .. »
Théorie de la télévision
L’analyse de cet « objet de pensée » s’appuie sur les propositions suivantes : L'étude des relations entre fiction et réalité est développée au travers de plusieurs livres. Plutôt que de les opposer, Jost préfère les envisager comme deux territoires qui s'interpénètrent (La Télévision du quotidien. Entre réalité et fiction, 1999, Realtà/Finzione, 2002). Un concept joue un rôle majeur, celui de feintise. Si le terme vient de Käte Hamburger , il est entendu d'une façon un peu différente, désignant « la construction d'un monde probable par le renvoi à un Je-origine semblant être un sujet d'énonciation déterminé, individuel, donc “historique“ au sens le plus large. » D'abord appuyés sur une enquête historique de la mise en scène des Français à la télévision (La Télévision du quotidien), ces travaux théoriques vont connaître un nouvel essor avec l'avènement de la télé-réalité. Celle-ci est envisagée comme un jeu de rôle tirant son succès du sadisme du téléspectateur qui prend plaisir à voir les candidats se disputer et médire les uns des autres (Grandeur et misère de la télé-réalité). C'est aussi la conclusion logique d'un mouvement artistique et médiatique traversant le vingtième siècle, qui, depuis les ready made de Duchamp n'a cessé de vouer un culte au banal (Le culte du banal).
Cette approche séméiologique considérant le succès d'un programme comme un symptôme est aussi mobilisée pour l'analyse des séries. Dans De quoi les séries américaines sont-elles le symptôme?, « il aborde la question d'une manière originale, préférant explorer les relations que les séries instaurent avec ceux qui les regardent plutôt que de s'attacher aux secrets de fabrication de ces productions. » Poursuivant dans cette direction, Les Nouveaux méchants. Quand les séries américaines vont bouger les lignes du Bien et du mal montre la relation des nouveaux héros, comme Dexter ou Walter White (Breaking Bad), avec la crise des institutions (police, justice, santé). À la différence de méchants comme JR (Dallas) dont toutes les actions sont guidées par la méchanceté, les nouveaux méchants sont des êtres contradictoires (tueur vs bon père de famille), ce qui explique l'attachement paradoxal des spectateurs à des figures du Mal.
Éthique des médias
« Faut-il ou non publier les photos des victimes d’un attentat ? », s'interroge Jost dans l'introduction à La télévision du quotidien. Cette question et une cinquantaine d'autres sont posées dans Les médias et nous (L’image de la mort est-elle une information comme une autre ? La caméra cachée est-elle une méthode déloyale ? La distance, une affaire de morale ?). Ce tournant éthique est au centre de ses ouvrages suivants. Pour une éthique des médias, qui reprend des textes publiés chaque semaine entre 2012 et 2016 sur le site Le Plus de l'Obs. De courts textes articulent déconstruction idéologique et questionnement éthique à propos d'émissions de télévision, d'articles de la presse écrite et d'images de l'actualité. La méchanceté en actes à l'ère numérique étend ce programme en développant une histoire de la méchanceté dans les médias du journal satirique Hara-Kiri aux réseaux sociaux.
Mèmes Comme l'écrit un critique, "François Jost frappe à nouveau. Spécialiste des sujets à la fois décalés et ancrés dans leur époque, il décortique ici le phénomène des mèmes. Image fixe ou animée qui a été détournée, peut être drôle (mais pas toujours, référence à la pop culture, le mème est un mode d'expression incontournable des réseaux sociaux. L'analyse qu'en fait l'auteur est passionnante, donnant une profondeur historique et scientifique insoupçonnée au phénomène".
Publication Essais (Dominique Chateau, coll.), Nouveau cinéma, nouvelle sémiologie, Paris, Minuit, 1979 ( éd., UGE, 10/18, 1983, 314 p.) L'Œil-caméra : entre film et roman, Presses universitaires de Lyon, 1987, 166 p. ( éd. revue et augmentée d'une préface, 1989, 176 p.) Un monde à notre image : énonciation, cinéma, télévision, Paris, Klincksieck, 1990 (Gérard Leblanc, coll.). La télévision française au jour le jour, INA & Anthropos, Paris, 1994 (Jérôme Bourdon, coll.). Penser la télévision, Paris, Nathan, 1998 Le temps d'un regard : du spectateur aux images, Québec & Paris, Nuit Blanche & Méridiens Klincksieck, 1998, 184 p. 1999 : Introduction à l’analyse de la télévision, Paris, Ellipses, 174 p. ( éd. 2004, éd. 2007). (André Gaudreault, coll.), Le récit cinématographique, Paris, Nathan, 1990, éd. Le récit cinématographique, Films et séries télévisées, Armand Colin, 2017. La télévision du quotidien : entre réalité et fiction, Bruxelles & Paris, de Boeck Université & INA, 2001 ( éd. 2003) (Dominique Chateau, Martin Lefebvre, coll.), Eisenstein : l'ancien et le nouveau, Paris, Publications de la Sorbonne, 2002 L’Empire du loft, Paris, La Dispute, 2002 (Charles Perraton, coll.). Un nouvel art de voir la ville et de faire du cinéma : du cinéma et des restes urbains, Paris, L'Harmattan, 2003 Seis lições sobre televisão, Porto Alegre, Editora Sulina, 2004, 175 p. (inédit en France) Comprendre la télévision, Paris, Armand Colin, coll. « 128 », 2005 ( mise à jour) L'Empire du loft (la suite), 2007 (nouvelle édition augmentée d’une préface et modifiée). Le culte du banal : de Duchamp à la téléréalité, CNRS éditions, 2007 (Denis Muzet, coll.), Le téléprésident : essai sur un pouvoir médiatique, La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, 2008 ( éd. : 2011) Télé-réalité. Grandeur et misères de la télé-réalité, Paris, Le Cavalier bleu, 2009 Les Médias et nous, Paris, Bréal, 2010 De quoi les séries américaines sont-elles le symptôme ?, CNRS Éditions, 2011 Le culte du banal : de Duchamp à la télé-réalité, CNRS Éditions, 2013 Pour une télévision de qualité (direction), INA éditions, 2014 Sous le cinéma, la communication, Vrin, 2014