ou ʾAbū ʿAbd Al-Malik Marwān ibn Al-Ḥakam (en ), né en 623 à la Mecque et mort en 685 à Damas, est le quatrième calife omeyyade. Il succède à en 684. descend d'une autre branche omeyyade, à laquelle il donne son nom.Sous le règne de son cousin, le troisième calife rachidoune Othmân, Marwān participe à une campagne militaire contre l'exarchat byzantin d'Afrique, en Afrique du Nord centrale, au cours de laquelle il acquiert un important butin de guerre. Il exerce également la fonction de gouverneur du Fars (sud-ouest de l'Iran) pour le compte d'Othmân, avant de devenir son kātib (secrétaire ou scribe). Il est blessé en combattant les rebelles qui assiègent la demeure d'Othmân, siège au cours duquel le calife est tué. Dans la guerre civile qui oppose ensuite le quatrième calife rachidoune Ali aux partisans, principalement quraychites, d'Aïcha, Marwān se range aux côtés de ces derniers lors de la bataille du Chameau.

Marwān devient ensuite gouverneur de Médine sous l'autorité de son lointain parent Muawiya Ier, fondateur du califat omeyyade. Sous le règne du fils et successeur de Mu'awiya, Yazid Ier, il organise la défense du pouvoir omeyyade dans le Hedjaz contre l'opposition locale, qui comprend plusieurs compagnons éminents de Mahomet ainsi que le propre clan de celui-ci, les Banu Hashim, soulevés sous la bannière du petit-fils de Mahomet, Hussein ibn Ali. Après la mort de Yazid en novembre 683, Abd Allah ibn az-Zubayr, rebelle établi à La Mecque et compagnon de Mahomet, se proclame calife et expulse Marwān, qui trouve refuge en Syrie, centre du pouvoir omeyyade. Après la mort du dernier calife sufyanide, Muawiya II, en 684, Marwān, encouragé par l'ancien gouverneur d'Irak Ubayd Allah ibn Ziyad, présente sa candidature au califat lors d'une réunion des tribus favorables aux Omeyyades à Jabiyah. L'aristocratie tribale, menée par Ibn Bahdal des Banu Kalb, élit Marwān, puis défait avec lui les tribus Qays favorables à Ibn al-Zubayr lors de la bataille de Marj Rahit en août 684.

Au cours des mois suivants, Marwān rétablit l'autorité omeyyade sur l'Égypte, la Palestine et le nord de la Syrie, dont les gouverneurs avaient rallié Ibn al-Zubayr, tout en contenant les Qays dans la Jazira. Il envoie une expédition commandée par Ibn Ziyad pour reconquérir l'Irak contrôlé par les Zubayrides, mais meurt alors que l'opération est en cours, au printemps 685. Avant sa mort, Marwān établit solidement ses fils dans des positions de pouvoir : Abd al-Malik est désigné comme son successeur, Abd al-Aziz devient gouverneur d'Égypte et Muhammad reçoit un commandement militaire en Haute Mésopotamie. Bien que la tradition postérieure hostile aux Omeyyades présente Marwān comme un hors-la-loi et le père de tyrans, l'historien Clifford E. Bosworth le considère comme un chef militaire et un homme d'État avisé, capable et décidé, qui pose les fondations de la domination omeyyade pour soixante-cinq années supplémentaires.

Jeunesse et famille

Marwān naît en l'an 2 ou 4 de l'Hégire, soit en 623 ou 626. Son père est Al-Hakam ibn Abi al-As, membre des Banu Umayya, le clan le plus puissant des Quraych, tribu alors polythéiste qui domine la ville de La Mecque, dans le Hedjaz. Les Quraych se convertissent massivement à l'Islam vers , après la conquête de La Mecque par le prophète de l'islam Mahomet, lui-même membre de cette tribu. Marwān a connu Mahomet et est donc compté parmi ses compagnons. Sa mère est Amina bint Alqama, issue des Kinana, tribu ancestrale des Quraych qui domine la région s'étendant au sud-ouest de La Mecque jusqu'au littoral de la Tihama.

Marwān a au moins seize enfants, parmi lesquels au moins douze fils issus de cinq épouses et d'une umm walad (concubine). De son épouse Aïcha, fille de son cousin paternel Mu'awiya ibn al-Mughira, naissent son fils aîné Abd al-Malik, Mu'awiya et une fille, Umm Amr. Umm Amr épouse plus tard Sa'id ibn Khalid ibn Amr, arrière-petit-fils du cousin paternel de Marwān, Othmân ibn Affân, devenu troisième calife en 644.

Layla bint Zabban ibn al-Asbagh, issue des Banu Kalb, donne naissance à Abd al-Aziz et à Umm Uthman. Cette dernière épouse al-Walid, fils du calife Othmân ; al-Walid épouse également, à un moment donné, Umm Amr, une autre fille de Marwān. Une autre épouse de Marwān, Qutayya bint Bishr, issue des Banu Kilab, lui donne Bishr et Abd al-Rahman, mort jeune. Umm Aban al-Kubra, une autre de ses épouses, est une fille du calife Othmân. Elle est la mère de six de ses fils : Aban, Uthman, Ubayd Allah, Ayyub, Dawud et Abd Allah, ce dernier étant mort enfant.

Marwān épouse également Zaynab bint Umar, petite-fille d'Abu Salama, membre des Banu Makhzum, qui lui donne son fils Umar. Son umm walad, également appelée Zaynab, donne naissance à Muhammad. Marwān a dix frères et est l'oncle paternel de dix neveux.

Secrétaire d'Othmân

Sous le règne du calife Othmân, Marwān participe à une campagne militaire contre les Byzantins de l'Exarchat de Carthage, en Afrique du Nord centrale, au cours de laquelle il obtient un important butin de guerre. Celui-ci constitue probablement la base de la fortune considérable de Marwān, dont il investit une partie dans des propriétés à Médine, capitale du califat.

À une date indéterminée, il exerce les fonctions de gouverneur du Fars pour Othmân avant de devenir le kātib du calife, c'est-à-dire son secrétaire ou scribe, et peut-être également le responsable du trésor de Médine. Selon Clifford E. Bosworth, Marwān contribue « sans aucun doute » dans cette fonction à la révision de ce qui devient le texte canonique du Coran sous le règne d'Othmân.

L'historien Hugh Kennedy qualifie Marwān de « bras droit » du calife. D'après certains récits musulmans, de nombreux anciens soutiens quraychites d'Othmân lui retirent progressivement leur appui en raison de l'influence omniprésente de Marwān, auquel ils attribuent la responsabilité des décisions controversées du calife.

L'historien Fred Donner met cependant en doute la véracité de ces récits, jugeant peu vraisemblable qu'Othmân ait été à ce point influencé par un parent plus jeune comme Marwān et soulignant la rareté des accusations précises formulées contre ce dernier. Il y voit une possible « tentative de la tradition islamique postérieure de sauver la réputation d'Othmân comme l'un des califes dits "bien guidés" (rāshidūn) en faisant de Marwān le bouc émissaire des événements malheureux survenus à la fin des douze années de règne d'Othmân ».

Le mécontentement suscité par la politique jugée népotique d'Othmân et par la confiscation des anciennes terres de la couronne sassanide en Irak pousse les Quraych ainsi que les élites dépossédées de Koufa et d'Égypte à s'opposer au calife.

Au début de l'année 656, des rebelles venus d'Égypte et de Koufa entrent à Médine afin de contraindre Othmân à revenir sur sa politique. Marwān préconise une réponse violente. Othmân préfère conclure un accord avec les Égyptiens, qui constituent le groupe le plus nombreux et le plus virulent parmi les insurgés. Alors qu'ils retournent en Égypte, les rebelles interceptent une lettre rédigée au nom d'Othmân et adressée au gouverneur d'Égypte, Abd Allah ibn Sa'd, lui ordonnant de prendre des mesures contre eux. En réaction, les Égyptiens reviennent à Médine et assiègent Othmân dans sa demeure en juin 656.

Othmân affirme n'avoir aucune connaissance de cette lettre, qui pourrait avoir été rédigée par Marwān à son insu. Malgré les ordres contraires du calife, Marwān participe activement à la défense de la maison d'Othmân et est grièvement blessé au cou alors qu'il affronte les rebelles rassemblés devant son entrée. Selon la tradition, il est sauvé grâce à l'intervention de sa nourrice, Fatima bint Aws, puis transporté chez elle par son mawlā — affranchi ou client — Abu Hafs al-Yamani.

Peu après, Othmân est assassiné par les rebelles, événement qui devient l'une des principales causes de la Première Fitna. Après l'assassinat, Marwān et d'autres Omeyyades se réfugient à La Mecque. Les appels à venger la mort d'Othmân sont portés par les Omeyyades, par l'une des épouses de Mahomet, Aïcha, ainsi que par deux de ses compagnons les plus éminents, Al-Zubayr ibn al-Awwam et Talha ibn Ubayd Allah. Le châtiment des meurtriers d'Othmân devient le mot d'ordre de l'opposition à son successeur, le quatrième calife Ali ibn Abi Talib, cousin et gendre de Mahomet.

Rôle dans la Première Fitna

Dans les hostilités qui opposent ensuite le calife Ali aux partisans principalement quraychites d'Aïcha, Marwān se range aux côtés de ces derniers. Il combat avec les forces d'Aïcha lors de la bataille du Chameau, près de Bassorah, en décembre 656. L'historien Leone Caetani suppose que Marwān organise la stratégie d'Aïcha au cours de cette bataille. L'historienne moderne Laura Veccia Vaglieri estime toutefois que, si la « théorie est séduisante », aucune information des sources traditionnelles ne permet de la confirmer et que, si Marwān a réellement été le conseiller militaire d'Aïcha, « il agit avec tant de discrétion que les sources parlent à peine de ses actions ».

Selon une version de la tradition islamique, Marwān profite de la bataille pour tuer Talha, pourtant partisan d'Aïcha, qu'il tient pour particulièrement responsable d'avoir suscité la révolte contre Othmân. Marwān décoche une flèche sur Talha, qui atteint une veine sous son genou, alors que leurs troupes reculent dans un combat au corps à corps contre les soldats d'Ali. L'historien Wilferd Madelung estime que Marwān attend « manifestement » qu'Aïcha soit proche de la défaite et donc en position de faiblesse avant de tuer Talha, afin qu'elle ne puisse pas lui demander des comptes.

Une autre version de la tradition attribue la mort de Talha aux partisans d'Ali alors qu'il se retire du champ de bataille, tandis que Caetani considère la responsabilité de Marwān comme une invention de sources généralement hostiles aux Omeyyades. Madelung considère pour sa part que le meurtre de Talha par Marwān est confirmé par la propagande omeyyade des années 680, qui présente Marwān comme le premier homme à avoir vengé la mort d'Othmân en tuant Talha.

Après la victoire d'Ali, Marwān lui prête allégeance. Ali lui accorde son pardon et Marwān gagne la Syrie, où son lointain cousin Mu'awiya ibn Abi Sufyan, qui refuse de reconnaître la légitimité d'Ali, exerce les fonctions de gouverneur. Marwān est aux côtés de Mu'awiya lors de la bataille de Siffin, près de Raqqa, en 657. La bataille s'achève sans vainqueur et conduit à des négociations d'arbitrage infructueuses destinées à mettre un terme à la guerre civile.

Gouverneur de Médine

Ali est assassiné par un membre des kharidjites, courant opposé à la fois à Ali et à Mu'awiya, en janvier 661. Son fils et successeur Hassan ibn Ali abdique à la suite d'un accord de paix avec Mu'awiya, qui entre dans Koufa, capitale de Hassan et auparavant d'Ali, et y est reconnu comme calife en juillet ou septembre, ce qui marque la fondation du califat omeyyade.

Marwān sert d'abord comme gouverneur de Bahreïn pour Mu'awiya, puis exerce à deux reprises les fonctions de gouverneur de Médine, de 661 à 668 puis de 674 à 677. Entre ces deux mandats, ses parents omeyyades Sa'id ibn al-As et Al-Walid ibn Utba ibn Abi Sufyan occupent la fonction.