Le château de Largentière est un ancien château fort dont l'origine remonte au , qui se dresse sur le territoire de la commune française de Largentière dans le département de l'Ardèche, en région Auvergne-Rhône-Alpes. L'édifice est inscrit au titre des monuments historiques.

Localisation Le château, construit au ras du rocher, domine le bourg en gradins de Largentière, dans le département français de l'Ardèche.

Historique Le Vivarais, de l'Empire carolingien au Saint-Empire romain germanique

La croissance des échanges commerciaux va repartir au en Europe occidentale. Le manque d'or va amener la recherche de mines d'argent pour devenir la matière première de la monnaie avec le denier. Plusieurs mines de plomb argentifère sont exploitées le long de la vallée de la Ligne.

Dans le partage de l'empire carolingien au traité de Verdun, en 843, le Vivarais fait partie du domaine de , empereur d'Occident entre 840 et 855. Après la mort de , le Vivarais fait partie du domaine de Charles de Provence. À sa mort, en 863, son frère ne peut pas récupérer son domaine, mais seulement le duché de Lyon comprenant les comtés de Lyon, Vienne et le Vivarais, tandis que le reste est pris par , roi d'Italie. Après la mort de , Boson de Provence se fait couronner en 879 roi de Bourgogne qui comprend la ProvenceFrédéric Jean Charles de Gingins de Lasarraz, Essai historique sur la souveraineté de Lyon et du Lyonnais, et la prétendus cession de cette cité, comme dot de Mathilde, fille de Louis IV, dit d'Outre-Mer, roi des Français, , Revue du Lyonnais, tome 2, 1835 (lire en ligne). Après une période de conflit entre carolingiens et bosonides qui a entraîné le partage du royaume entre la Provence et la Bourgogne qui sont réunifiés par après la mort de , en 928. Après la mort de , le royaume de Bourgogne, ou royaume d'Arles, est rattaché au Saint-Empire romain germanique en 1034. Le diocèse de Viviers a d'abord été un évêché suffragant de l'archidiocèse d'Arles, puis suivant les vicissitudes de l'histoire à Arles ou à l'archidiocèse de Vienne puis définitivement à de dernier par Louis Duchesne, Fastes épiscopaux de l'ancienne Gaule, tome 1, Provinces du Sud-Est, , Albert Fontemoing éditeur, Paris, 1907 (lire en ligne)..

Le castrum de Ségalières et les mines d'argent enjeux de conflits entre l'évêque de Viviers et le comte de Toulouse La première mention de Largentière est un bref d'obédience des chanoines de Viviers du dans lequel il est écrit que le chanoine Audebert possède Largentière et Saint-Pierre-de-ColombierAlbin Mazon, Histoire de Largentière, , imprimerie Constant Laurent, Privas, 1904 (lire en ligne)..

En 1146, l'empereur accorde à l'évêque de Viviers Guillaume le droit de battre monnaieJacques-Paul Migne, Encyclopédie théologique, tome 32, Dictionnaire de numismatique et de sigillographie religieuses, , article Viviers (Monnaie des évêques de), J.-P. Migne éditeur, Paris, 1852 (lire en ligne).. Ce droit de battre monnaie par l'évêque de Viviers est confirmé en 1177 par l'empereur Frédéric Barberousse, en 1216 par l'empereur Frédéric II, en 1294 par le roi de France Philippe IV, puis de nouveau en 1314, et au cours du mais cette monnaie n'avait plus cours que dans les limites du diocèse. Cette émission a cessé à la fin du , peut-être par épuisement des mines.

En 1169, Hugues d'Ucel (1120-avant 1198) donne ses mines de Largentière à l'évêque Raymond d'Uzès, mais il s'est reconnu l'année suivante vassal du comte de Toulouse, pour ses châteaux d'Ucel, de Saint-Laurent-sous-Coiron et de Rochecolombe en présence de Raymond, évêque d'UzèsMichel Riou, Ardèche, terre d'histoire..

Le , l'empereur de Hohenstaufen fait de l'évêque de Viviers un prince du Saint-EmpireL'évêque de Viviers était comte de Viviers, prince de Donzère et de Châteauneuf-sur-Rhône (Louis Moreri, Le grand dictionnaire historique ou le mélange curieux de l'histoire sacrèe, tome 3, , Chez Jean-Baptiste Coignard, Paris 1732 .. Il semble que ce n'est qu'après la mort de l'empereur, en 1190, que , comte de Toulouse, a commencé à vouloir mettre la main sur les mines de Largentière comme semble de montrer une charte de l'archevêque de Vienne Robert (1186-1195), probablement de 1193, constatant un accord passé entre l'évêque de Viviers et le comte de Toulouse concernant les mines. accepte d'abandonner ses droits à l'évêque contre six deniers d'argent par livre extraite et les châteaux de Grospierres et d'Aiguèze. De plus l'évêque doit payer cent marcs d'argent pour l'abandon des droits du comte de Toulouse sur la ville de Viviers. Après la mort de , son fils remis en cause cet accord.

Une tour a alors été construite par l'évêque de Viviers sur un éperon surplombant la Ligne, en rive droite, à proximité de la principale mine de plomb argentifère. Sur un lieu que s'est appelé Segualeriæ (Ségualières) jusqu'au . Cette tour appelée « Argentaria » permettait de contrôler la route menant à Tauriers et Jaujac et de protéger la mine. Cette tour permettait aussi aux évêques de Viviers d'affirmer leur revendication sur la propriété des mines face à celle des comtes de Toulouse qui possédaient le château de Fanjeaux (ou Fanjau), situé en rive gauche de la rivière.

Le tour « Argentaria », ou argentière, est citée en 1210 dans un texte donnant un accord entre l'évêque de Viviers et le comte de Toulouse. Cette tour carrée va devenir le donjon du château. Son accès se faisait par le premier étage. Les murs ont une épaisseur de . La tour a une hauteur de .

En 1198, un accord entre le comte de Toulouse, , et Nicolas, évêque de Viviers prévoit un partage du castrum de Ségalières. Le comte de Toulouse reçoit la moitié du fief et la moitié des mines. L'autre moitié revient à l'évêque, mais sur sa part, l'évêque doit donner un tiers à Aymar ou de Poitiers (vers 1170-1250/1251), comte de Valentinois, seigneur de Crest et un autre tiers à Bermond d'Anduze.

Le comte de Toulouse a construit une tour au sud de celle de l'évêque dont il ne subsiste plus que le soubassement sous forme d'une terrasse semi-circulaire en avant de la cour supérieure. Cette tour était reliée à une enceinte enserrant le donjon de l'évêque. À la même époque, les deux autres coseigneurs alliés au comte de Toulouse et qui avaient obtenu une partie de la seigneurie de Ségalières, Adhémar de Poitiers et Bermond d'Anduze, construisent des tours à l'avant de l'enceinte pour protéger son accès.

La croisade des Albigeois, le Vivarais et Largentière Le le légat du pape, Pierre de Castelnau, est assassiné près de Saint-Gilles-du-Gard, sur les terres du comte de Toulouse. Le pape accuse le comte d'être à l'origine du crime et décide d'exposer en proie les terres du comte le . Le pape a nommé un nouveau légat, Arnaud Amalric. Le comte de Toulouse le rencontre à Aubenas en pour se justifier, mais il le renvoie auprès du pape. Dans cette période, pour obtenir l'appui des bourgeois de la ville de Largentière dans son conflit avec le comte de Toulouse sur la propriété des mines, l'évêque de Viviers leur accorde des franchises le . Le , le légat du pape Milon, après avoir réuni un concile à Valence, doit se soumettre à Valence aux conditions imposées par le légat du pape, lui remettre sept châteaux dont celui de Fanjeau et faire partie de la croisade des barons contre les Albigeois avec de Poitiers, comte de Valentinois, Ithier de Géorand, Dalmace de Vogüé. Le , le légat du pape Milon donne l'absolution au comte de Toulouse à Saint-Gilles. Le , fait hommage à Burnon, évêque de Viviers, pour ses mines de Largentière, mais en , est de nouveau excommunié l'amenant à se révolter et à appeler à son secours son beau-frère vainqueur de la bataille de Las Navas de Tolosa. Ensemble, ils se dirigent vers le Vivarais, s'emparent du château d'Ucel obligeant de Montlaur de se placer de leur côté et l'évêque Burnon à s'enfuir. Mais la mort de d'Aragon à la bataille de Muret, le entraîne la fuite de en Aragon.

En 1215, Simon de Montfort de passage à Loriol prête allégeance à l'évêque de Viviers Burnon et promet de le défendre, sauf contre le roi de France. Profitant de la défaite de , l'évêque de Viviers s'est attribué le tiers de Largentière. Le , le concile de Latran confie le comté de Toulouse à Simon de Montfort. L'évêque Burnon meurt en 1216, remplacé par Guillaume. Simon de Montfort vient ravager la vallée du Rhône pour punir de Poitiers, prend Valence et Montélimar. Une révolte de la ville de Toulouse a permis à de s'y rétablir. Simon de Montfort est tué le pendant le siège. meurt en 1222. Pour contrôler les mines de Largentière, le comte avait fait construire ou reconstruire plusieurs châteaux, à Montréal, à Tauriers et à Fanjeaux.

va tenter de reprendre Largentière en 1222. Après un échec, il a réussi en 1223, et l'évêque Bermond d'Anduze fait appel au pape . Ce dernier exige que rende à l'évêque de Viviers ses biens ce que refuse de faire le comte de Toulouse en 1225. Le pape fait appel à . Le concile de Bourges a excommunié le . Le roi décide de lever une énorme armée dans la vallée du Rhône, prend Avignon le et récupère Largentière en 1226. Tous les barons du Vivarais se soumettent au roi. À la fin de la croisade des albigeois, au traité de Paris de 1229, Raymond VII a abandonné tous ses domaines rhodaniens et Aymar de Poitiers a abandonné à l'évêque ses droits sur Largentière. L'évêque de Viviers reste le seul seigneur du château et des mines. Le produit des mines appartient à l'évêque pour les deux tiers, et au chapitre pour un tiers. Après le traité de Paris, le sénéchal de Beaucaire, Pèlerin Latinier, exige de l'évêque de Viviers, Bermond d'Anduze, qu'il se déclare vassal du roi de France pour ses biens, ce qu'il refuse. Le sénéchal ayant fait saisir son temporel, il se rend auprès de l'empereur en 1235 et a obtenu en , une bulle confirmant tous les biens et tous les privilèges de son église, avec l'appui d'Aymar de Poitiers et de redevenu marquis de Provence. Son successeur, Arnaud de Vogüé, évêque de Viviers entre 1244 et 1255, obtient la peine possession du château de Sampzon contre le sénéchal Pierre de Fèvres d'Athie. Arnaud de Vogüé décide d'appuyer le pape dans son conflit avec l'empereur qui décide alors de lui retirer son droit de péage sur le Rhône en . Les évêques suivant, Aimon de Genève (1255-1263), Hugues de La Tour du Pin (1263-1291), résistent aux ambitions capétiennes, mais la victoire de la papauté en Italie contre , l'alliance de la papauté avec les Capétiens pour la conquête de la Sicile, va changer la position des évêques de Viviers.

La mainmise sur le Vivarais par le roi de France

Les morts d'Alphonse de Poitiers et de Jeanne de Toulouse en 1271 entraînent le rattachement des terres du comte de Toulouse au domaine royal. En 1284, le roi Philippe III le Hardi a créé en paréage avec l'abbé de Mazan la ville de Villeneuve-de-Berg dans le domaine de l'évêque de Viviers. Le , l'évêque dut promettre de prêter serment au roi de France et de comparaître devant le parlement de Paris. L'évêque Guillaume de Falguières (1294-1297) a continué la politique de soumission au roi, mais son successeur, Aldebert de Peyre (1297-1306) a refusé de prêter serment d'allégeance au roi de France. Le sénéchal de Beaucaire a lancé une expédition militaire et a pris Saint-Just-d'Ardèche. Des négociations ont alors commencé en 1303 et se sont terminées par un accord le , ratifié par le roi à Lyon le et par l'évêque le . Le diocèse de Viviers bénéficie d'une exemption fiscale, l'évêque et le chapitre conservent le droit de justice, l'évêque peut continuer à battre monnaie et garde son diocèse en franc-alleu. L'empereur ne proteste pas contre cette mainmise du roi de France sur le Vivarais.