Michel Miguel Elias Temer Lulia Prononciation en portugais brésilien retranscrite selon la norme API., né le à Tietê (État de São Paulo), est un homme d'État brésilien, vice-président de la République de 2011 à 2016 et président de la République de 2016 à 2019.

Fils d'immigrants libanais arrivés au Brésil dans les années 1920, il grandit dans l'État de São Paulo. Après des études de droit, il devient avocat, procureur de l'État de São Paulo, professeur de droit et écrivain.

Membre de la formation centriste Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) à partir de 1981, il siège à la Chambre des députés pour São Paulo entre 1987 et 2011. Avec le soutien des gouvernements Henrique Cardoso puis Lula da Silva, il préside à deux reprises la chambre basse du Congrès (1997-2001, 2009-2010). Il est élu président national du PMDB en 2001.

Candidat à la vice-présidence de la République lors de l'élection présidentielle de 2010 aux côtés de Dilma Rousseff, il devient le deuxième personnage de l'État après l’élection de cette dernière à la présidence. Le ticket est réélu à l'issue du scrutin présidentiel de 2014. Michel Temer, figure incontournable du « centrão », gagne dès lors en influence et les tensions entre les deux têtes de l'exécutif, qui se vouent une animosité réciproque, fragilisent la coalition gouvernementale.

Le , Michel Temer commence à assurer la fonction de président de la République par intérim dans le cadre de la procédure de destitution de Dilma Rousseff qu'il soutient. Il forme un nouveau gouvernement et devient le suivant, après la destitution de Rousseff, président de la République de plein exercice. Il est ainsi le troisième vice-président depuis la fin de la dictature militaire à accéder à cette fonction sans y avoir été directement élu.

Sa présidence est contrariée par la pression d'une opposition qui lui reproche son manque de légitimité, par des accusations de corruption et par la poursuite de la crise de 2014 alors qu'il conduit une politique économique libérale. Devenu le président le plus impopulaire de l'histoire du Brésil, il ne se présente pas à l’élection présidentielle de 2018, qui est remportée par le candidat d'extrême droite Jair Bolsonaro.

Après son départ du pouvoir, il est notamment mis en cause pour corruption dans l'opération Lava Jato, mais la justice ne donne pas suite à ces accusations.

Situation personnelle

Naissance et origines Né à Tietê, dans l'État de São Paulo, Michel Miguel Elias Temer Lulia est issu d'une fratrie de cinq enfants. Ses parents, producteurs de café et de riz de profession., sont des Libanais maronites vivant dans le village de Tabourah, dans le district du Koura, au Liban« Vilarejo libanês do 'filho Michel Temer' segue igreja ortodoxa grega ».. Michel Temer est ainsi le premier chef de l'État brésilien d'origine libanaise.. Il ne parle pas couramment l'arabe, mais il est capable de comprendre le sujet d'une conversation dans cette langue....

Formation et carrière Étudiant à la faculté de droit de l'université de São Paulo (comme quatre de ses sept frères), il obtient son diplôme universitaire en 1964. Impliqué dans la vie étudiante, il ne soutient pas le coup d'État instaurant la dictature militaire dans le pays. Il poursuit des études jusqu'en 1974, lorsqu'il quitte l'université pontificale catholique de São Paulo avec un doctorat en droit public...

Il commence une carrière juridique en travaillant dans un cabinet privé à partir de 1963, avant d'intégrer la fonction publique en devenant procureur de l'État de São Paulo, en 1970. Parallèlement, il rejoint le cabinet du secrétaire d'État à l'Éducation de São Paulo, . Il est également professeur de droit à l'université pontificale catholique de São Paulo et à la faculté de droit de l'Itu.

Vie privée et familiale vignette|gauche|Michel Temer, sa femme Marcela et leur fils (2017). D'une première union avec Maria Célia Toledo, Michel Temer est le père de trois filles, nées entre 1969 et 1974. Ensuite divorcé, il entretient une liaison avec la journaliste Érica Ferraz, avec qui il a un fils, né en 1999.

En 2003, quelques mois après avoir l'avoir rencontrée par l'intermédiaire d'un ami, Temer épouse Marcela Tedeschi Araújo, de quarante-deux ans sa cadette. Leur fils, Michelzinho, naît la même année. Anciennement mannequin, Marcela Temer a suscité la curiosité des médias et des réseaux sociaux lors de la première investiture de Dilma Rousseff en 2011 : sa tenue vestimentaire et son élégance avaient fait l'objet de nombreux commentaires..

Parcours politique 1987-2010 : député fédéral En 1983, Michel Temer est nommé procureur général de l'État de São Paulo avant d'en devenir, l'année suivante, le secrétaire de la Sécurité publique.

Quatre ans plus tard, le , il remplace Tidei de Lima comme député fédéral, sous la bannière du Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB). À ce titre, il fait partie de l'Assemblée constituante, qui doit alors rédiger une nouvelle constitution pour le Brésil. Michel Temer se place du côté des progressistes : opposé à la peine de mort, il contribue à l'inscription, dans la nouvelle loi fondamentale, de la limitation des droits de propriété privée, la stabilité de l'emploi, la semaine du travail à 30 heures et la nationalisation du système financier ; parallèlement, il soutient la rupture des relations diplomatiques avec les pays légalisant les discriminations raciales, la légalisation de l'avortement et l'instauration d'un régime présidentiel.

thumb|left|Michel Temer et le dalaï-lama, Tenzin Gyatso, en 1999. Par deux fois, Michel Temer préside la Chambre des députés, entre 1997 et 2001, puis entre 2009 et son élection à la vice-présidence de la République, l'année suivante. Dès son premier mandat à la tête de la chambre basse, il favorise une communication plus dense pour rendre compte des travaux des députés.

La carrière politique de Michel Temer prend un tournant le lorsqu'il est désigné président du PMDB ; il devient alors un personnage clé de l'échiquier politique, puisque son parti politique – longtemps incarnation du « centrão » – est régulièrement sollicité par les gouvernements de tout bord afin de faciliter l'adoption, par les deux chambres du Congrès, des projets de loi. Après l'élection de Luiz Inácio Lula da Silva à la tête du Brésil, il est souvent consulté par ce dernier, qui en fait le principal partenaire de sa majorité parlementaire bien que, pour la vice-présidence, il lui ait préféré José Alencar.

Alors président de la chambre basse, Temer est invité, le , à solliciter la vice-présidence de la République fédérative au côté de Dilma Rousseff, la candidate du Parti des travailleurs (PT) soutenue par le président Lula da Silva pour l'élection présidentielle du mois d'octobre suivant. Le , à l'issue du second tour de scrutin, Rousseff et Temer sont élus à la tête de l'État brésilien pour un mandat de quatre ans.

2011-2016 : vice-président de la République

thumb|Michel Temer et Dilma Rousseff (2015).

Dilma Rousseff et Michel Temer sont investis dans leurs fonctions le . Au cours de ce premier mandat, Michel Temer est souvent appelé par la présidente pour dénouer les crises liées à la majorité parlementaire et pour faciliter les compromis indispensables à l'adoption des projets de loi déposés par le gouvernement fédéral. Ce rôle vaut au vice-président d'être surnommé « aspirador de pó » (« l'aspirateur », en portugais) par les alliés de la chef de l'État.

Reconduit à la vice-présidence après la réélection de Dilma Rousseff en 2014, Michel Temer prend progressivement ses distances vis-à-vis de la chef de l'État. Ainsi, le , il explique publiquement qu'il est nécessaire que « quelqu'un ait la capacité d'unir le pays », sous-entendant par là que ce n'était pas le cas de la présidente Rousseff. Cette prise de position est considérée par la presse comme étant une marque de rupture entre les deux têtes de l'exécutif. À la fin de l'année 2015, quelques mois seulement après le début de son second mandat, le vice-président rédige et fait publier par la presse, à l'intention de Dilma Rousseff, une lettre dans laquelle il se plaint ouvertement du rôle de « vice-président décoratif » que lui aurait dévolu la chef de l'État« Brésil : Michel Temer, le vice-président lassé du second rôle « décoratif » », La Libre Belgique, .. vignette|Michel Temer avec Shinzō Abe (Tokyo, 2016). Fin 2015, le tribunal électoral de São Paulo condamne Michel Temer à une amende de reais pour avoir réalisé en 2014 des dons à des campagnes électorales de son parti, le PMDB, au-delà du plafond fixé par la loi.. Il risque ainsi d'être déclaré inéligible pour une période de huit ans.. Cette possibilité ne l'empêcherait pas de succéder à Dilma Rousseff, mais de se présenter à une élection.. Le tribunal électoral indique ainsi qu'il se prononcerait sur cette question uniquement en cas de candidature de Temer à un scrutin.

Alors que la présidente Rousseff est de plus en plus fragilisée par des affaires de corruption liée au scandale Petrobras, qui implique également son mentor Lula, le PMDB retire, le , son soutien au gouvernement de la chef de l'État, celle-ci devant alors gérer la crise politique la plus grave depuis son élection à la présidence. De son côté, alors qu'une procédure de destitution est ouverte pour maquillage des comptes publics à l'encontre de Rousseff par le président de la Chambre des députés, Eduardo Cunha, réputé proche du vice-président, Michel Temer se dit « prêt » à lui succéder, dans la mesure où la Constitution prévoit que c'est le vice-président qui doit devenir le chef de l'État jusqu'à la fin du mandat prévue du président de la République en fonction « Michel Temer, le centriste qui se voit président du Brésil », La Croix, .« Brésil : le vice-président, Michel Temer, voit son heure venue », Le Monde, .. Les proches de Rousseff, surtout au sein du PT, dénoncent le rôle joué par le vice-président dans le retrait de son parti de la coalition, certains supposant que, par opportunisme, celui-ci veuille prendre le pouvoir au moyen de la destitution de Dilma Rousseff, alors que Temer lui-même est impliqué dans plusieurs affaires de corruption « Michel Temer, le meilleur ennemi de Dilma Rousseff au Brésil », Libération, ..

2016-2018 : président de la République vignette|upright|left|Michel Temer avec les insignes du président de la République brésilienne (2016).

Succession de Dilma Rousseff

Le , la présidente Dilma Rousseff, accusée d'avoir maquillé des comptes publics, est écartée du pouvoir par une procédure de destitution. Michel Temer, accusé par la présidente suspendue d'agir pour l'écarter du pouvoir, assure dès lors les fonctions de chef de l'État pour un délai maximum de 180 jours. Il forme un nouveau gouvernement, soutenu par une coalition de partis de centre et de droite, contrairement au gouvernement de Dilma qui était plutôt de centre gauche.

Dilma Rousseff est destituée par le Sénat le . Michel Temer lui succède ainsi formellement à la tête du pays.. Il prête serment le jour-même... En , il affirmera que sa prise de pouvoir constituait un « putsch »... Après José Sarney et Itamar Franco, il est le troisième vice-président après la fin de la dictature militaire à prendre la tête du pays sans y avoir été élu. À moins d'un mois de ses 76 ans, il est par ailleurs le président le plus âgé lors de sa prise de fonction.

vignette|Michel Temer à l'Assemblée générale des Nations unies en 2016.

Politique économique et sociale