Le service d'action civique (SAC) est une association se plaçant au service du général de Gaulle puis de ses successeurs gaullistes, fondée en 1960 et dissoute en après une série de meurtres dont la tuerie d'Auriol.
Ses statuts mentionnent qu'il s'agit d'une .
Le SAC est issu du service d'ordre du Rassemblement du peuple français (RPF), qui combattait avec violence celui des communistes de 1947 à 1955.
Fondé pendant la guerre d'Algérie et les troubles qui l'accompagnent en métropole (attentats du FLN puis de l'OAS), le SAC est marqué par cette ambiance originelle de violences.
Pierre Debizet, un ancien de la France libre (réseau Libération-Nord et BCRA), en a été le premier et le dernier secrétaire général. Il en est d'abord élu pour une brève période — de janvier à puis quitte le SAC en raison de problèmes de santé et d'un désaccord avec la politique algérienne du général de Gaulle, désormais orientée vers l'autodétermination de ce pays.
Après son départ, Paul Comiti est coopté à la présidence du SAC, qu'il conserve jusqu'en 1969 où, trop absorbé par ses nouvelles fonctions d'adjoint à la sécurité présidentielle, il met fin à son mandat.
Pierre Debizet réintègre alors le secrétariat général du Service, pour une douzaine d'années qui voient le SAC s'investir dans la lutte contre les militants syndicaux et politiques de l'après Mai 68.
Le SAC est souvent présenté comme une « police parallèle » ou police privée du régime gaulliste, mais il n’a aucune fonction officielle et se montre particulièrement actif sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. Plusieurs de ses membres sont mis en cause dans des affaires de violences électorales et de droit commun.
Le SAC est parfois confondu avec les « barbouzes », groupe de 200 à 300 individus recrutés par Lucien Bitterlin et Pierre Lemarchand pour lutter contre l'OAS en Algérie à partir de 1961. Le SAC n'a jamais été engagé dans la lutte contre l'OAS.
Le SAC, qui dans les années Giscard n'opère plus qu'en roue libre, est finalement dissout par François Mitterrand après la tuerie d'Auriol, survenue le , au cours de laquelle le responsable de la section locale des Bouches-du-Rhône et cinq personnes de sa famille sont assassinés par des membres de sa section qui le soupçonnent de trahison.
Historique Années 1960 : au service du général de Gaulle Créé en , le SAC est enregistré le à la préfecture de Paris avec pour objectif officiel un soutien à la politique du général de Gaulle, installé au 5, rue de Solférino dans un immeuble qui avait abrité le siège du RPF et le bureau de de Gaulle.
Le premier président est Pierre Debizet, militant actif du mouvement ultracolonialiste Les volontaires français et du groupe d’extrême droite Parti patriote révolutionnaire dans les années 1950, avec comme adjoint Serge Planté et André Laviron comme trésorier. Selon certaines sources, le véritable chef en est Jacques Foccart, qualifié de « parrain politique » du SAC par l'historien spécialiste François AudigierHistoire du S.A.C. La part d'ombre du gaullisme par François Audigier aux Editions Stock en 2002. Foccart expliquera lui-même avoir été chargé d'assurer le contact avec le SAC. C'est à ce titre qu'il en a . Devant la Commission d'enquête parlementaire, il indique en être membre honoraire.
Le général de Gaulle changeant dès 1960 de stratégie à l'égard de l'Algérie, des membres du SAC favorables ou militants de l'Algérie française démissionnent. Pierre Debizet, qui se trouve par ailleurs gravement malade, laisse la place au printemps 1960. Dès , Paul Comiti, ancien résistant des Forces françaises libres, commissaire de police et garde du corps du général de Gaulle, devient président, avec pour adjoints Henri Djouder, lui aussi ancien des FFL, commissaire et garde du corps du général, et Serge Planté. Robert Levillain est le secrétaire général et Charles Mattei, le trésorier. Le bureau est modifié le , Paul Comiti reste président, Henri Djouder vice-président et Charles Mattei trésorier, mais Robert Levillain est remplacé par René Tiné et Serge Planté remplacé par Jacques Lenain qui devient deuxième vice-président, Pierre Pellissier, Charles Pasqua, JC Lattès, 1987, p.84, François Audigier, Histoire du SAC, la part d'ombre du gaullisme, Stock, 2003, p.63.
Il ne compte alors que quelques centaines d'adhérents, souvent anciens du service d'ordre du RPF. Ce sont des militants pour qui seul compte le général de Gaulle. Pour expliquer le fait qu'ils aient choisi le SAC plutôt que l'adhésion à l'UNR, Paul Comiti les compare à « des chrétiens qui vont directement au Seigneur sans passer par le curé ».
Charles Pasqua devient vice-président en , en remplacement de Henri Djouder qui a démissionné, jusqu'en 1969 où il quitte le mouvement. Jacques Godfrain, futur ministre de la coopération d'Alain Juppé de 1995 à 1997, occupe le poste de trésorier du SAC de à .
Les campagnes électorales de 1965-67 voient l'augmentation des effectifs, qui atteignent les à . Le contexte politique de l'époque est tendu. Les campagnes électorales des années 1960 sont marquées par des affrontements souvent violents avec parfois morts d'homme et usage d'armes à feu (référendum de 1958, législatives de juin 1968).
Le rôle principal du SAC est le service d'ordre du parti gaulliste (UNR, UD-Ve République puis RPR). Cependant les deux organisations sont indépendantes. En 1978, Alain Devaquet, secrétaire général du RPR tente de faire intégrer les responsables départementaux du SAC aux comités départementaux du RPR en tant que membres de droit. Selon la Commission d'enquête parlementaire, cette initiative n'est pas couronnée de succès.
Des membres du SAC initient en mai- la création des Comités de défense de la République qui préparent la contre-manifestation en faveur de De Gaulle le Voir sur lexpress.fr.. et participent au service d'ordre des réunions de l'Union pour la défense de la République autour de l'UD- (ex-UNR). Des membres du SAC créent également l'UNI pour contrer la « subversion gauchiste » dans le milieu universitaire. L'organisation de Debizet a aidé jusqu'en 1976 le syndicat étudiant dans toutes ses démarches d'autant plus que beaucoup de militants avaient leur carte dans les deux organisations. Après 1976, la double appartenance existe, mais les organisations ont une direction distincte.
Les événements de mai 68 provoquent de nombreuses adhésions au SAC. Charles Pasqua évoque le nombre de 15 à à cette époque. Selon certaines sources, des personnes peu scrupuleuses seraient ainsi entrées au service.
Violences En , les membres du SAC déguisés en ambulanciers ramassent des manifestants pour aller les tabasser au sous-sol de leur QG, rue de SolférinoVoir sur temoignagechretien.fr..Voir sur liberation.fr.. Des membres du SAC sont impliqués dans plusieurs bagarres de colleurs d'affiche à l'occasion de campagnes électorales, avec des conséquences parfois tragiques : Le , une bagarre oppose un groupe de colleurs d'affiches gaulliste et des cheminots CGT dans les locaux de la SNCF à Clichy-Levallois ; un chauffeur de taxi est blessé par une balle perdue et deux membres du SAC sont inculpés pour port d'arme prohibé. Le 29, un colleur d'affiches de , militant des jeunesses communistes, est tué par balles à Arras : le meurtrier Jean-Claude Vallein n'est apparemment pas encarté au SAC, c'est un membre présumé de cette organisation qui lui avait fourni l'arme. Le , un militant communiste reçoit un coup de couteau à Drancy, dans une bagarre de colleurs d'affiche; l'auteur du coup, militant UDR et membre présumé du SAC, est renvoyé aux assises pour tentative de meurtre. Le , pendant la campagne électorale, un militant du SAC ouvre le feu à Grenoble sur des partisans du non au referendum. La Commission d'enquête parlementaire écrit à ce sujet : « Dans les campagnes électorales, les membres du SAC font évidemment comme tous les militants, de l'affichage, de la distribution de tracts, etc. En ce domaine, les seules remarques qui puissent être faites sur le comportement des militants du SAC est que leur rôle se limite le plus souvent à assurer la protection des colleurs d'affiches et à intervenir pour cela à tort et à travers, et trop souvent dangereusement ». En 1970, deux membres du SAC sont condamnés pour coups et blessures ayant entraîné la mort sans intention de la donner et complicité, dans l'affaire de droit commun dite « de Puyricard » au cours de laquelle une femme a été tuée près d’Aix-en-Provence« Les truands au service du pouvoir », Le Nouvel Observateur, 13 novembre 1972..
Le retour de Pierre Debizet En 1968, Georges Pompidou accepte la présidence d'honneur du SAC, qu'il occupera jusqu'à son élection l'année suivante à la présidence de la République. Paul Comiti quitte ses fonctions au SAC en 1969 et Pierre Debizet reprend son poste de secrétaire général.
Pierre Debizet, en désaccord avec la politique algérienne, avait quitté le service d’ordre du SAC dès ses débuts en 1960. Ancien du service d’ordre du RPF passé par les Volontaires de l’Union française de Jean-Baptiste Biaggi, il plaça à ses côtés des individus marqués idéologiquement à l’extrême droite tel que Philippe Maintrieu. De gaulliste, le SAC devint tenant d'un anticommunisme extrémiste"Le gaullisme d'ordre des années 68" par François Audigier dans la revue Vingtième Siècle en 2012 . Il a pour beau-frère Henri Langlois, policier dirigeant la cellule parallèle antiterroriste mise en place à la Préfecture de police par Paul PaoliCorsica Infurmazione, 2006, où il surveille l'extreme-gauche"Un malfaiteur polyvalent" Le Monde le 16 juin 1982, après avoir été chargé de la protection pendant de nombreuses années de Jean-Baptiste Biaggi, affecté à la section « étrangers des RG, lié à l'Organisation de l'armée secrète (OAS)Dard, Olivier, Voyage au cœur de l'OAS, Paris, Perrin, 2011, 533 p. , après avoir été organisateur le , de « La semaine des barricades » et victime d'une tentative de meurtre dans la nuit du 9 au , près de BastiaLe Monde daté 11-12 septembre 1977
La même année, le préfet de police Maurice Grimaud transmet au ministre de l'Intérieur Raymond Marcellin plusieurs curriculums vitae de personnages ayant encouru une condamnation et qui ont adhéré récemment au SAC. Marcellin transmet l'information à Georges Pompidou. Le ministre envisage une autodissolution du SAC, mais se voit objecter qu' « il était fâcheux de porter préjudice à l'ensemble d'une organisation à cause de la présence de quelques personnages douteux qu'il valait donc mieux exclure ». Pierre Debizet est chargé de cette « épuration ».
Il entreprend un examen des récentes adhésions et en rejette un certain nombre. René Tiné, Charles Pasqua et de nombreux autres membres sont écartés ou quittent d'eux-mêmes le Service, considérant qu'il n'a plus lieu d'être dans la mesure où le général de Gaulle a abandonné le pouvoir. Debizet décide également de remplacer la carte de membre qui ressemble trop à une carte de police et exige que chaque candidat soit parrainé par deux membres du Service et produise un extrait de casier judiciaire vierge. Dans les années 1970, Patrice Chairoff publie dans Libération un plan du SAC prévoyant l’internement de gauchistes dans des stades. Ce document est attribué au Marseillais Gérard Kappé, un ancien lieutenant de Charles Pasqua qui démentCité par Le Nouvel Observateur, 15 octobre 2005.. Devant la Commission d'enquête parlementaire sur les activités du Service d'action civique, Paul Comiti qualifie le document de « faux manifeste » et « d'une des plus vilaines insultes qu'on nous ait adressées. Patrice Chairoff, de son vrai nom Dominique Calzi, a été condamné à plusieurs reprises pour escroquerie.