Les inondations au Pakistan ont commencé le et se sont poursuivies jusqu'à la fin de l'année. Elles ont fait au moins morts, affecté 21 millions d'habitants et privé 10 millions de personnes de leur logement. Elles ont touché le pays du nord au sud sur une distance de près de , le long de l'Indus et d'un certain nombre de ses affluents. Jusqu'à un quart du pays a été affecté par les inondations, soit approximativement l'équivalent de la superficie de l'Angleterre.
Il s'agit de la pire catastrophe naturelle en termes de victimes depuis le séisme de 2005 pour le Pakistan, et la pire par l'importance des dégâts de toute son histoire. L'ONU estime cette catastrophe pire que le tsunami qui a frappé l'Asie du Sud-Est en 2004 et tué plus de personnesPakistan : des inondations pires que le tsunami de 2004, affirmant que c'est , et la qualifie de la pire catastrophe naturelle qu'ait jamais connu le monde depuis la création de l'ONU en 1945Inondations au Pakistan: seuls les pêcheurs du delta de l'Indus se réjouissent. Les dégâts sont estimés à environ 43 milliards de dollars, soit l'équivalent de deux années des revenus du Pakistan. Les inondations ont paralysé l'économie du pays.
La catastrophe s'inscrit dans un contexte de guerre entre le gouvernement pakistanais et les talibans, ainsi que de difficultés pour l'économie nationale. Le Pakistan reçoit alors une aide significative de la part de la communauté internationale étant donné l'enjeu important pour la stabilité dans la région. Cette aide reste pourtant trop faible face à l'ampleur de la catastrophe, malgré d'importants dons de la part des États-Unis, de la Chine, du Royaume-Uni et de l'Arabie saoudite notamment.
Situation météorologique vignette|200px|Images satellites de la partie haute de l'Indus, le et le 31 juillet 2010, montrant l'étendue des inondations.|gauche Le sous-continent indien est sujet à une saison des pluies causées par la mousson. En 2010, celle-ci s’est prolongée jusqu’au début d'août et a été décrite comme l’une des plus abondantes des 80 dernières années . En particulier, le service météorologique pakistanais a déclaré qu’il était tombé plus de de pluie en 36 heures à la fin du mois de juillet sur le nord-ouest du pays. Celui-ci avait annoncé, le , que des crues pourraient se produire de juillet à septembre dans le nord du pays Outlook for Monsoon Season, Pakistan Meteorological Department.
Un article paru dans le magazine New Scientist mentionne que la circulation atmosphérique en altitude s’est figée dans une situation de blocage et que la position du courant-jet a été très stable, ayant pour cause de plus grandes précipitations qu’habituellement sur la région . Cette situation atmosphérique est également responsable du temps caniculaire qu’a subi la Russie plus au nord.
Bilan humain et déroulement des inondations thumb|Un pont détruit par les inondations. 180px|thumb|Carte des subdivisions du Pakistan. Les inondations ont tué au moins personnes., certaines estimations allant jusqu'à morts. Ce sont les plus graves inondations de l'histoire du pays (fondé en 1947), et les plus graves depuis 80 ans dans la région. Elles ont affecté environ 21 millions de personnes et laissé 10 millions de personnes sans abris, dont 5 millions d'enfants, selon l'ONU.
Au , les inondations avaient fortement touché le nord du pays, dont surtout la province de Khyber Pakhtunkhwa (20 millions d'habitants), qui comprend le district de Swat. Un million d'habitants ont alors été touchés. Au début d’août, les crues les plus fortes ont descendu la vallée de l’Indus depuis les régions du nord vers le centre du pays et ont touché la province du Pendjab (92 millions d'habitants) puis vers le sud et la province du Sind (35 millions d'habitants) . Dans le Pendjab, la production agricole de a été détruite . Certains commentateurs pakistanais ont aussi accusé l’Inde d’avoir accru les inondations en relâchant de l’eau des réservoirs des barrages construits sur les rivières Sutlej et Beâs .
À la fin août, alors que les eaux commencent à se retirer dans le nord puis le centre du pays, la situation dans le Sind continue de s'aggraver. Le , les autorités pakistanaises ordonnent l'évacuation de Sujawal, Daro et Mirpour Batoro, villes du Sind peuplées d'environ personnes. Le , des habitants de la ville de Thatta ont fui devant l'avancée des inondations. À la mi-septembre, le débordement du lac Manchar (le plus grand lac d'eau douce du pays) entraine un nouveau déplacement de population d'environ personnes dans le district de Dadu et de Jamshoro (est du Sind)Le Pakistan toujours à la merci des inondationsPakistan: 100.000 évacués dans le sud. Finalement, cette province est la plus touchée. Une minorité de personnes ont toutefois refusé de quitter leur ville pour tenter de la protéger des eaux. Ils ont critiqué l'action du gouvernement, alors que selon eux, de simples mesures pourraient dans certains cas protéger les villes.
Au Baloutchistan, les conséquences humanitaires des inondations ont particulièrement touché les habitants de la région. Les problèmes de sécurité, les distances et les restrictions de mouvement ont contribué à accroître les besoins déjà énormes de ces personnes en nourriture, en eau, en abris et en médicaments.
À la fin octobre, de vastes zones du Sind et du sud du Balouchistan restent inondées, empêchant de nombreux sinistrés de rentrer chez eux. Environ déplacés pourraient ainsi passer l'hiver dans des camps de tentes Les victimes des inondations passeront l'hiver dans des camps.
Gestion de la crise par les autorités thumb|Des soldats pakistanais et américains déchargent de l'aide alimentaire. Le gouvernement pakistanais a été critiqué pour sa mauvaise gestion de la crise. Il a d'abord sous-estimé la gravité de la situation au tout début de la crise, puis s'est retrouvé rapidement submergé par la situation, ne possédant pas les moyens pour y faire face. Le gouvernement a alors appelé à l'aide internationale. La crainte a alors été développée que diverses organisations islamistes viennent au secours de la population en lieu et place des autorités civiles. Cela a été notamment le cas dans le nord-ouest du pays, où des organisations comme le Jamaat-e-Islami ont fourni de l'aide. C'est un élément qui pourrait favoriser l'extension de l'insurrection islamiste qui frappe le pays, comme ce fut le cas après le séisme de 2005 au Cachemire. Le gouvernement a promis d'indemniser financièrement les sinistrés, mais très peu de ces aides auraient effectivement été versées.
soldats de l'armée pakistanaise environ ont été mobilisés peu après le début de la crise et soldats à la fin du mois d'août. Le Premier ministre Youssouf Raza Gilani s'est adressé à la nation et a appelé à l'aide internationale. Le président Asif Ali Zardari effectuait pendant ce temps une tournée des pays européens, qu'il refusa d'annuler, provoquant la colère de nombreux Pakistanais, qui l'ont également accusé d'insensibilité. Il rentre au pays le , à la fin de sa tournée. Face aux critiques, il justifia son comportement par le fait qu'il avait jugé cela utile pour attirer l'attention de la communauté internationale. Il a rendu visite aux sinistrés peu après être rentré. Le principal chef de l'opposition, Nawaz Sharif, a annoncé sa volonté de coopérer avec les autorités tout en critiquant l'action du gouvernement. Le Premier ministre Youssouf Raza Gilani a annulé ses visites officielles prévues à Paris et Bruxelles pour la fin septembreLe Premier ministre pakistanais annule sa visite à Paris.
Des officiels de l'armée ont annoncé que les soldats de l'armée pakistanaise donneront un jour de leur salaire pour les sinistrés. Les membres du gouvernement devraient également symboliquement céder un mois de leur salaire. En novembre 2010, le gouvernement annonce la création d'un impôt temporaire appelé « surtaxe pour l'aide aux inondations » et qui augmente pendant six mois de 10 % les impôts des pakistanais les plus riches. Il devrait rapporter 470 millions de dollarsPakistan : hausse des impôts des nantis.
Bilan matériel, économique et financier thumb|Des sinistrés ramassent de la nourriture venant d'être larguée par un hélicoptère américain. Les inondations ont détruit 15 % de la surface mise en culture, soit environ 3,6 millions d'hectaresInondations au Pakistan: 10 millions de sans abri, l'une des pires crises humanitaires, AFP. Consulté le 8 septembre 2010. Pour beaucoup d'organisations, le risque de famines est fort pour la période hivernale qui arrive. Les dommages sur l'agriculture sont estimés à environ 3 milliards de dollars, et les exportations pour l'année 2011 en souffriront.
Selon l'ONU, écoles publiques ainsi que des écoles privées ont été détruites ou endommagées, soit approximativement 6 % des écoles du pays. Jusqu'à 2,5 millions d'enfants ont ainsi été affectésPakistan: des millions d'enfants privés d'école.
Les inondations devraient fortement aggraver l'état des finances publiques du pays. Le gouvernement pakistanais a demandé au FMI l'assouplissement du remboursement du prêt de 11 milliards de dollars qui lui avait été accordé en 2008 pour pallier la crise financière qui avait frappé le pays. La croissance économique pour 2010, que le gouvernement pakistanais avait prévu à 4,2 %, a été revue à la baisse et devrait être située entre 0 % et 3 %Des millions de Pakistanais frappés par la faim, selon l'Onu, L'Express. Publié le 23 août 2010.
Conséquences sur l'insurrection islamiste thumb|Des sinistrés pakistanais de la vallée de Swat à bord d'un hélicoptère américain, le 4 août.
Selon un responsable du gouvernement américain, qui s'est exprimé sous couvert de l'anonymat, les talibans pakistanais préparent des attaques contre des humanitaires étrangers présents dans le pays. Les ONG présentes sur place ont cependant indiqué qu'elles n'avaient encore subi aucune attaque et ont précisé qu'elles étaient satisfaites de la protection offerte par l'armée pakistanaise. Les forces américaines ont également précisé ne pas avoir rencontré de problèmes de sécurité jusqu'ici ().
Le président et le Premier ministre pakistanais ont prévenu que les insurgés islamistes profiteraient de cette occasion pour tenter de déstabiliser davantage le pays. Ceux-ci pourraient également profiter du désarroi et de la colère de la population pour recruter des combattants. Cela pourrait être notamment le cas dans la vallée de Swat, région très durement touchée et dans laquelle l'aide tarde à arriver. La vallée avait fait l'objet d'opérations militaires de l'armée pakistanaise en 2009, qui avaient délogé les talibans qui occupaient la zone. Les quelques efforts de développements que les autorités avaient commencé dans la région ont été en partie détruits par les inondations.
Durant les inondations, les attaques terroristes continuent dans le pays. Le , trois attentats font près de 40 morts dans le nord-ouest du pays. Le , un triple-attentat contre la minorité chiite tue 35 personnes à Lahore, et le lendemain un nouvel attentat contre un rassemblement chiite tue 73 personnes à Quetta. Les deux attaques sont revendiquées par le TTP.
Face à l'ampleur de la catastrophe, beaucoup d'analystes s'attendaient à ce que l'armée diminue sa pression contre les insurgés islamistes. Le président Zardari promet pourtant que la campagne militaire dans le nord-ouest du pays ne baissera pas d'intensité. Les combats continuent en effet, avec environ 50 talibans pakistanais tués en Orakzai à la fin du mois d'août, dans le cadre d'une offensive lancée en mars 2010. Le , 60 insurgés présumés sont tués dans des bombardements dans l'agence de Khyber. Le , Michael LeFever, chargé de l'assistance militaire américaine au Pakistan, indique que l'armée pakistanaise a en effet maintenu sa pression sur les insurgés.