La Confédération française démocratique du travail (CFDT) est une confédération interprofessionnelle réformiste de syndicats de salariés en France.

Elle est le premier syndicat français. par le nombre de syndiqués (634 278 adhérents en 2023, 612 205 adhérents annoncés en 2022., 610 144 revendiqués en 2021.) devant la Confédération générale du travail (CGT). En 2018, elle devient la première organisation syndicale en matière d'audience électorale en agrégeant les résultats aux élections professionnelles dans la fonction publique et dans le secteur privé..

Histoire

Racines chrétiennes (CFTC) La CFDT plonge ses racines dans le syndicalisme chrétien. Elle est créée en 1919 sous le nom de Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC).

Le mouvement Reconstruction, initialement minoritaire dans la CFTC, militait pour un syndicalisme de gauche, socialiste et démocratique sans être marxiste et contre les traités européens jugés comme restaurant une Europe capitaliste, sous couvert de démocratie chrétienne. Cette tendance s'implante après la guerre dans les bassins miniers et sidérurgiques, dans le sillage de la Résistance et de la Bataille de la productionJean-Paul Bénétière, L’union départementale de la CFTC-CFDT de la Loire. Déconfessionnalisation, autogestion, crise et résistance au « recentrage », 1944-1988, Rennes, aux Presses universitaires de Rennes, 2017 et s'oppose dans un premier temps aux milieux politiques catholiques de centre droit dont est proche la direction de la confédération. Peu à peu, elle impose sa marque dans la CFTC et va devenir majoritaire en 1964.

1964, la déconfessionnalisation Après la Libération (1944-1945), une minorité de gauche, regroupée dans la tendance Reconstruction, anime un débat interne en faveur de la « déconfessionalisation » de la centrale, qui signifie aussi une plus grande autonomie envers les milieux politiques et religieux. Sous la conduite d'Eugène Descamps, qui devient secrétaire général de la CFTC, cette tendance devient majoritaire en 1961.

La rupture se produit en 1964 : le congrès extraordinaire qui se tient au Palais des Sports de Paris les et transforme la CFTC en CFDT. Une minorité (environ 10 % des effectifs) qui suit notamment Joseph Sauty, refonde aussitôt une « CFTC maintenue »La création de la CFDT, INA..

En quête de sa propre identité (notamment vis-à-vis de la CGT), la CFDT se tourne vers le mot d'ordre de l'autogestionFrank Georgi, CFDT, l’identité en question, laboratoire d'Histoire sociale, page web et film en ligne. qui s'ajoute à celui de « planification démocratique » qu'elle a adopté depuis la fin des années 1950 (au sein de la CFTC). L'idée d'autogestion est inspirée d'expériences menées dès les années 1950 en Yougoslavie ainsi qu'en l'Algérie nouvellement indépendante. Les militants de l’organisation partent en voyage d’observation en Yougoslavie. Dans la majeure partie des cas, les délégués constatent seulement que les ouvriers en Yougoslavie gèrent leurs usines eux mêmes en faisant abstraction dans leurs rapports du reste de la situation dans ce pays. L’autogestion devient « un modèle, à imiter sans qu’il soit à copier, car ces syndicalistes savent malgré tout que le pays se caractérise par son absence de liberté fondamentale. »Sylvain Boulouque, Le modèle social qui venait des Balkans, nonfiction.fr, 14 décembre 2018 À partir de 1968, l'autogestion devient le fondement de la vision du monde de la CFDT, de son projet de société. Jusqu'au milieu des années 1970, le discours de la CFDT est radical. Il emprunte au marxisme et aux courants les plus durs à l'égard du capitalisme. Le socialisme autogestionnaire est vu comme une alternative au capitalisme, mais aussi au socialisme d’État.

Une partie des militants de CFDT se rapprochent aussi du Parti socialiste unifié (PSU), qui sera mené de 1967 à 1974 par Michel Rocard. De , elle passe également des accords d'action avec la CGT.. La centrale syndicale adopte une posture progressiste sur les questions de son temps : soutien à la décolonisation, à la légalisation de l’avortement, prise en compte des droits spécifiques aux femmes, qui accèdent de plus en plus massivement au marché du travail, et du sort des immigrés tout en admettant que l'immigration peut constituer un outil de maximalisation des profits du patronat.

En mai 1968, la CFDT appelle à l'action dans les entreprises. Tandis que la CGT concentre ses efforts sur les revendications salariales (obtenant ainsi une augmentation de 35 % du salaire minimum), la CFDT défend aussi l'extension des droits syndicaux afin d'abolir le système « monarchique » qui prévaut en entreprise et le remplacer à terme par une « démocratie d'entreprise ». Avec la CGT et FO elle est à l'origine de la création des sections syndicales d'entreprises lors des accords de Grenelle.

Au congrès de 1970, la CFDT adopte de nouveaux statuts. Elle prône l'autogestion dans les entreprises, les salariés étant appelés à participer aux décisions sur la stratégie de court et moyen terme. En 1971, Edmond Maire est élu secrétaire général. De nombreux militants cédétistes participent aux « Assises du socialisme » (1974) et rejoignent à cette occasion le Parti socialiste (PS) de François Mitterrand. Ils y animent une minorité de sensibilité « chrétienne de gauche » derrière Michel Rocard dans le cadre de ce qui a été baptisé la deuxième gauche. La CFDT collabore alors avec plusieurs associations de la société civile, dont le Groupe d'information et de soutien des immigrés. Dès 1977, elle recommande le passage aux 35 heures pour partager le travail.

« Recentrage » de la CFDT à partir de 1977 Cependant, la rupture de l'union de la gauche (1977) et l'échec de celle-ci aux élections législatives de 1978 conduit la centrale d'Edmond Maire à un changement de stratégie. Elle s'éloigne de la CGT et entreprend un mouvement de « re-syndicalisation », appelé aussi « recentrage sur l'action syndicale », qui consiste notamment à prendre de la distance face aux partis politiques.

Dès 1973, l'adhérent et ses droits avaient commencé à être valorisés. Lors du congrès de 1982, après trois années de baisse des effectifs, est mis plus spécifiquement en avant la , pour qu'il n'y ait en soulignant l'information et les services exigibles en échange.

La CFDT appelle pour la dernière fois à voter socialiste à la présidentielle de 1981. La CFDT prend également ses distances à l'égard de l'autogestion : des théoriciens comme Pierre Rosanvallon (conseiller économique de la CFDT puis conseiller politique d'Edmond Maire) théorisent même une nouvelle vision de l'autogestion comme un concept-relais vers une forme de libéralisme.

La CFDT soutient le « tournant de la rigueur » mené par le gouvernement de Pierre Mauroy en 1983, et appelle même plus tôt à l'opérer, compte tenu de la situation industrielle difficile en Angleterre et aux Etats-Unis, les économistes et sociologues estimant que la chronologie du « tournant » pourrait être avancée à 1982"Le « tournant de la rigueur » comme processus régulatoire. Etude d’une décision de politique économique, article de Fabien Eloire, dans la Revue française de sociologie en 2020 .

La CFDT se définira ensuite par son autonomie, n'hésitant pas à soutenir des réformes menées par des gouvernements de droite lorsqu'elles lui paraissent justifiées. Une importante minorité conteste ce « recentrage ». Au congrès de Strasbourg, qui se tient du au , Jean Kaspar est élu secrétaire général. La fédération Sud-PTT naît le au terme d'un conflit politique au sein de la fédération des PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones) concernant l'avenir de cette administration, appelée à être scindée entre postes et télécoms.

À la suite de ce conflit, plusieurs responsables (principalement de la région parisienne) ont été « démandatés » lors des Conseils nationaux de cette fédération, de et . Ces militants n'ont pas suivi l'évolution moins polarisée de la CFDT : venus pour certains souvent de l'extrême-gauche, ils se déclarent autogestionnaires et mettent l'accent sur une nouvelle forme de démocratie interne. Le conflit débouche sur une scission syndicale, avec la création de Sud-PTT le , qui passera temporairement devant la CFDT aux élections professionnelles et sera à l'origine de la transformation du Groupe des 10 en Union syndicale Solidaires.

Mandat de Nicole Notat (1992-2002) En 1992, Nicole Notat, issue du SGEN-CFDT, est élue secrétaire générale. Elle est la première femme à occuper un tel poste dans une confédération syndicale de salariés en France. Elle engage la CFDT sur la voie d'un syndicalisme « partenaire » à l’allemande. Contestée à l’intérieur de la CFDT en raison de son attitude jugée excessivement complaisante à l'égard du patronat, ses détracteurs la surnomment « la tsarine ». Lors d’un congrès houleux en 1995, une majorité de congressistes (52 %) estiment que le bureau national qu’elle dirige « n’a pas rempli le mandat qu’attendaient les syndicats ». C'est la première fois dans l'histoire de la CFDT que la direction est ouvertement désavouée par les adhérents..

Lors des grèves de décembre 1995, elle soutient le projet de réforme de la Sécurité sociale du Premier ministre RPR Alain Juppé. Devenu l'interlocuteur privilégié des employeurs et des gouvernements, la CFDT prend la présidence de la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAM) et de l'Unédic. Ces choix de la direction nationale, en rupture avec les positions de la CFDT dans les années 1970, sont contestés par une minorité qui sera mise en échec au congrès de Lille en 1998. La CFDT s'isole des autres syndicats et d'autres opposants internes rejoignent la CGT ou Sud.

La CFDT devient le partenaire privilégié du Medef dans le cadre de la « Refondation sociale » lancée en 2000 par l’organisation patronale. Elle signe tous les accords, ce que déplorent la CGT et FO.

Mandat de François Chérèque (2002-2012) vignette|F. Chérèque en 2011 et l'ancien logo de la CFDT, abandonné en 2012.

En 2002, François Chérèque, ex-numéro un de la fédération CFDT Santé-sociaux, est élu secrétaire général. Il est reconduit dans ses fonctions lors du congrès de GrenobleCongrès de Grenoble: Voir l'article dans Wikipédia, ou les pages sur le site CFDT du au et du congrès de Tours le .

Pendant la campagne de l'élection présidentielle de 2002 (puis lors des élections régionales de 2015), la CFDT appelle à faire battre le Front nationalLaurent Berger, interviewé par Anne-Sophie Lechevallier, « Laurent Berger : "J'appelle la classe politique à se ressaisir" », Paris Match, semaine du 3 au 9 novembre 2016, page 40..

Fin 2002, la CFDT revendique , soit autant que lors de son record historique de 1976, après avoir connu , principalement dans le secteur privé, , effaçant la . Entre 1987 et 1997, elle enregistre de ses effectifs"Réseaux de sociabilité et adhésion syndicale. Le cas de la CFDT", par Bruno Duriez et Frédéric Sawicki, dans la revue des sciences sociales du politique , Politix, en 2003 .