La bataille du golfe de Leyte est une opération militaire majeure de la guerre du Pacifique. Elle se déroula au début de la reconquête des Philippines lors du débarquement des troupes américaines du général Douglas MacArthur sur l'île de Leyte, au centre de l'archipel philippin. Considérée comme ., elle opposa dans le golfe de Leyte deux flottes américaines à quatre forces japonaises, soit un tonnage combiné de près de 20% supérieur que lors de la bataille du Jutland en 1916.
La bataille aéronavale proprement dite se déroula les 24 et et sur une surface vaste comme le tiers de l'Europe. À l'issue, la marine impériale japonaise lourdement battue cessa toute offensive capable d'influer sur le cours de la guerre. Les combats s'échelonnèrent au cours de quatre engagements principaux situés en mer de Sibuyan, dans le détroit de Surigao, au cap Engaño et au large de Samar. Le Corps spécial d'attaque japonais, plus connu sous le nom de « kamikaze », y sera engagé pour la première fois à grande échelleD'autres historiens font remonter la première attaque de ce style à mai 1944 ; voir : http://www.j-aircraft.com/research/rdunn/hms_aust/first_kam.htm.
Forces en présence – contexte général et préparatifs vignette|gauche|Le général Douglas MacArthur en discussion avec l'amiral Chester Nimitz.
Au cours de la guerre du Pacifique, la stratégie américaine se caractérisa par une rivalité, en termes de priorité stratégique et d'attribution de moyens, entre le général MacArthur, commandant en chef des Forces armées des États-Unis en Extrême-Orient, soutenu par le général George Marshall, et l'amiral Nimitz, commandant en chef de la Flotte du Pacifique lui-même sous l'autorité de l'amiral Ernest King. Les zones d'opérations étaient différentes, mais connexes : la zone du Pacifique Sud-Ouest pour MacArthur, les Zones de l'Océan Pacifique pour Nimitz. En 1943, les offensives américaines dans les deux zones se développèrent parallèlement de part et d'autre de la mer des Salomon (campagne des îles Salomon et opération Cartwheel). Mais l'amiral King obtint l'accord de la réunion des chefs d'état-major pour engager une offensive en direction du Japon dans le Pacifique central. Entre les mois de et d', cela aboutit à la conquête des îles Mariannes qui allait fournir les bases d'où les B-29 Superfortresses pourraient bombarder l'archipel japonais. Pendant ce temps, les forces de MacArthur continuaient de progresser vers l'ouest sur la côte nord de la Nouvelle-Guinée.
Le choix des Philippines Les discussions d'état-major se révélèrent ardues pour déterminer le prochain objectif stratégique. LU.S. Navy proposait d'aller attaquer Formose pour permettre un blocus du Japon ; le général MacArthur quant à lui tenait essentiellement à débarquer aux Philippines pour tenir sa promesse de 1942 (en ).
MacArthur impose ses vues vignette|250px|L'amiral Nimitz, en conférence à Hawaii, le , devant (de gauche à droite) le général MacArthur, le président Roosevelt et l'amiral Leahy.
L'attaque de Formose demandait un nombre de divisions qui excédait les capacités alliées du moment, mais prendre les Philippines mettait également hors de portée l'aviation américaine basée à terre. MacArthur obtint que l'affaire soit portée devant le président Roosevelt et obtint finalement gain de causeLe plan de l'amiral Nimitz pour prendre Formose s'assortissait de la neutralisation au préalable des aérodromes japonais basées aux Philippines, un élément qui fera pencher le président Roosevelt en faveur de McArthur .. La couverture aérienne de l'opération serait confiée à la flotte du Pacifique, et en particulier aux forces navales du Pacifique central, c'est-à-dire la Flotte, commandée depuis fin août par l'amiral Halsey, qui restait sous l'autorité de NimitzErnest J. King, The Pacific War Online Encyclopedia.
Ce dernier accepta le plan du MacArthur mais à la condition de couper les lignes arrières japonaises. Les forces amphibies débarquèrent dans les PalaosJusqu'ici, la marine américaine avait délaissé cette ancienne dépendance de l'Empire espagnol. Mais dès lors que les Philippines furent validées comme le prochain objectif, les Paolos retrouvèrent intérêt car leur position géographique à mi-chemin entre les îles Mariannes et les Philippines permettait de sécuriser les futurs voies de communication . pour attaquer Peleliu et Angaur le . Mais en raison de la forte résistance japonaise, les combats durèrent plus de deux mois au lieu des quatre jours prévus, avec des pertes très importantes qui conduiront à mettre en doute l'intérêt stratégique de cette opération. Le , Ulithi dans les Carolines occidentales fut occupée sans opposition, et l'amiral Nimitz y fit rapidement transférer la base avancée de soutien de la flotte qui se trouvait à Eniwetok, située à environ plus à l'est. Parallèlement, les forces de MacArthur débarquèrent à Morotai dans les Moluques. La suite des opérations consistait à débarquer à Yap à la fin du mois de septembre, puis à Mindanao en novembre, et enfin dans la zone de Leyte-Surigao, en décembre.
Coup d'accélérateur de l'amiral Halsey vignette|gauche|L'amiral Halsey commanda les forces navales du Pacifique central (ou Flotte) de la fin à la fin . Les décorations qu'il porte permettent de dater cette photo de cette période.
À la suite des bombardements sur l'île de Mindanao et dans les Visayas, ainsi qu'à partir de renseignements d'aviateurs abattus au-dessus des zones occupées et récupérés par des partisans philippins, l'amiral Halsey était convaincu de la faiblesse des réactions japonaises. Fidèle à son comportement de baroudeur versatile, l'amiral proposa alors le d'avancer le débarquement sur Leyte. Soumise au Comité des chefs d'État-Major au cours de la seconde conférence inter-alliée de Québec, cette proposition est adoptée et les plans américains modifiés en conséquence. La date du débarquement sur Leyte est fixée au et les troupes devant débarquer à Yap rallient celles de MacArthur.
vignette|200px|Le vice-amiral Kinkaid, commandant en chef de la flotte, sur son navire de commandement, l'USS Wasatsh (AGC-9), ici en janvier 1945.
Il apparut alors nécessaire de renforcer la flotte (« la Marine de MacArthur ») que commandait le vice-amiral Kinkaid, du moins en ce qui concerne les forces amphibies et la couverture rapprochée. Le Corps Amphibie du vice-amiral Wilkinson, les cuirassés anciens et les croiseurs du groupe d'appui-feu et de bombardement du contre-amiral Oldendorf, ainsi que les porte-avions d'escorte du groupe d'appui aérien du contre-amiral Thomas L. Sprague furent tous transférés à la flotte., ne laissant à la flotte que la Task Force de Porte-avions rapides (TF 38). Cette dernière était constituée de huit porte-avions d'escadre (sept de la et l'), huit porte-avions légers, six cuirassés modernes, quinze croiseurs, leurs destroyers d'escorte et leur train d'escadre.
Cette organisation avait cependant un inconvénient : compte tenu de la structure du commandement, elle plaçait les forces navales de l'opération King Two (nom de code du débarquement aux Philippines) dans deux lignes hiérarchiques distinctes, et dont le commandement supérieur commun se situait à Washington, plus précisément à la réunion des chefs d'état-major. Circonstance aggravante, les ordres écrits étaient assez vagues : . À la question de savoir si sa mission prioritaire était d'assurer la sécurité du débarquement ou bien la destruction de la flotte de bataille ennemie, l'amiral Halsey ne trouva auprès de Nimitz qu'une réponse ambigüe.L'amiral Nimitz avait répondu que la mission était Toutefois, il concluait https://apps.dtic.mil/sti/pdfs/ADA463797.pdf..
Plan Sho-Go (« victoire ») Dans le même temps, le haut commandement naval japonais (remanié après la perte des îles MariannesLe ministre de la Marine l'amiral Shigetarō Shimada, qui exerçait conjointement les fonctions de Chef d'État-Major Général de la Marine depuis février 1944, avait été écarté du gouvernement et remplacé par l'amiral Oikawa. Le vice-amiral Itō demeurait Vice-Chef d'État-Major Général, l'amiral Soemu Toyoda commandant en chef de la Flotte combinée, et le vice-amiral Ryūnosuke Kusaka son chef d'état-major. devait achever la mise au point du plan Sho-Go, c'est-à-dire la riposte contre la prochaine attaque américaine selon qu'elle viserait les Philippines, Formose et le Nansei Shotō, Honshū-Kyūshū et les Bonins, ou même encore l'île d'Hokkaidō.. En opposant une résistance acharnée au prix de l'annihilation totale de la flotte impériale, le Haut commandement naval espérait faire en sorte que les États-Unis acceptent de modifier les conditions de négociations sur l'arrêt des hostilités.
Engagement massif de la flotte impériale Le plan japonais prévoyait d'engager la totalité des bâtiments encore opérationnels Fuchida IJN USSBS /113 . Il ne s'agissait plus de livrer une « bataille décisive » comme dans le cas de la bataille de la mer des Philippines et antérieurementFukudome IJN USSBS , mais de détruire les unités amphibies ennemies sur les plages de débarquementKurita IJN USSBS /47 .
L'expérience de deux ans de guerre navale dans le Pacifique avait montré que les cuirassés, fussent-ils modernes, n'étaient plus les « capital ships » dans le camp américain. De même, les cuirassés japonais les plus puissantsYamato Class The Pacific War Online Encyclopedia avaient été le plus souvent maintenus au mouillage de Truk entre et début 1944, en attente de ce combat improbable. Pour autant, ce changement dans la doctrine d'emploi des cuirassés et des grands croiseurs ne faisait pas l'unanimité chez les officiers de marine japonais. Ils considéraient en effet qu'attaquer n'était pas digne d'une flotte de guerre, tout comme le fait d'engager des sous-marins contre les navires de commerce n'était pas conforme à la tradition militaire japonaise. 200px|vignette|gauche|L'amiral Soemu Toyoda, commandant en chef de la Flotte Combinée depuis , ici vice-amiral en .
Au printemps 1944, l'organisation de la Flotte combinée avec ses trois flottes, la première (composée de cuirassés), la deuxième (combinant croiseurs de bataille modernisés en cuirassés rapides et croiseurs lourds) ainsi que la troisième (rassemblant les derniers porte-avions) cédèrent la place à une Flotte mobile réunissant porte-avions, cuirassés et croiseurs lourds, à l'instar des Task Forces américaines. Dans ce schéma, seuls quatre porte-avions pouvaient être engagés après des pertes subies en juin dernier (, Shōkaku et Hiyō). En revanche, le nombre des navires de ligne augmenta par l'engagement des vieux cuirassés et ainsi que les deux navires hybrides et , constituant pour la forme une division de porte-avions.
Les attaques américaines sur les Palaos et Morotai laissaient peu de doutes sur le fait que les Philippines seraient la prochaine cible. Or, l'amiral Soemu Toyoda, commandant en chef de la Flotte combinée, était convaincu que la perte des Philippines signifierait la fin de la guerre navale. Les navires basés au Japon seraient coupés de l'approvisionnement en pétrole, et ceux basés dans les territoires occupés du Sud-Est asiatique (Malaisie ou Insulinde) ne disposeraient plus d'approvisionnement en munitions, ni d'accès à des capacités de réparations. Pour lui, . Quel que soit leur scepticisme quant au succès de l'opération, les commandants des principales forces mesuraient le poids de l'enjeu, envisageant comme le vice-amiral Jisaburō Ozawa que celles-ci y seraient détruites en totalitéOzawa IJN USSBS /227 , ou comme le vice-amiral Takeo Kurita. qui pensait qu'elles y perdraient au moins la moitié de leurs forcesKurita IJN USSBS /47 .
Faiblesse de l'aéronavale nippone La destruction de trois porte-avions au cours de la bataille de la mer des Philippines pesa moins que sur celle de sa force aérienne embarquée qui, partie au combat avec , était rentrée au Japon avec à peine 35 d'entre-eux, une situation dont le Haut commandement naval japonais tira plusieurs conséquences.