Jean Frydman est un résistant, déporté, survivant de la Shoah, homme d'affaires et homme de communication franco-israélien, né le à Varsovie (Pologne) et mort le à Savyon (Israël). Frydman participe à la création et dirige plusieurs médias français comme notamment Europe 1 et Télé Monte-Carlo, s'imposant comme le « jardinier secret du paysage audiovisuel français »https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2021/03/15/elie-barnavi-l-obsession-de-jean-frydman-etait-la-paix_6073180_3382.html Elie Barnavi : « L’obsession de Jean Frydman était la paix ». Le Monde. Publié le 15 mars 2021, consulté le 21 mai 2024..

En tant que producteur de cinéma, Jean Frydman signe notamment deux célèbres films documentaires concernant la Seconde Guerre mondiale : Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls (1969) et De Nuremberg à Nuremberg de Frédéric Rossif (1989).

Biographie Enfance Jean Frydman, naît le .Selon , il serait né le . à Varsovie en Pologne.. de parents d'origine juive polonaise. Son père prénommé Noah est originaire de Kamianka, en Russie et sa mère Judith est née en Ukraine, à Dniepropetrovsk (Dnipro); Jean a une sœur prénommée Renée et un petit frère, David. Ses parents vivent en Pologne, à Varsovie puis viennent en France au début des années 1920.

Il grandit à Paris dans le quartier de Belleville, rue Levert dans le arrondissement où sa famille tient une modeste boutique de confection de lingerie.

Résistance et déportation En 1940, âgé de , Jean Frydman rallie la résistance intérieure française, au moment où les Allemands prennent possession de Paris. Dans la nuit du , il part clandestinement pour l'Espagne traversant la ligne de démarcation, en vue de rejoindre ensuite Londres et le général de Gaulle mais il se fait prendre à la frontière espagnole par des douaniers et après un court séjour en rétention à Pau, il part pour Nice. Pour rester dans la clandestinité et dans la Résistance, il se fait appeler Jean Noël et peut encore circuler sans papier, étant adolescent. Il parvient à obtenir des papiers d'identité à ce nom et apprenant en qu'une grande rafle se prépare, il regagne la capitale pour demander à ses parents de se mettre à l'abri en Corrèze puis dans la Creuse où il entre dans le maquis avant de rejoindre celui de l'Indre en .

En 1944, il est impliqué dans l'organisation de l'assassinat de Philippe Henriot, le chef de la propagande du gouvernement de Vichy. Cet assassinat, exécuté le dans le ministère où il vivait, est organisé par un groupe du COMAC, tous membres du maquis, organisation désignée « organisation terroriste » par le gouvernement de VichyAlain Guérin, Chronique de la Résistance (nouvelle édition), , éditions Omnibus, Paris, 2010..

Arrêté à l'été 1944, emprisonné à Fresnes il est condamné à mort. Il attend chaque jour la mort mais échappe au peloton d'exécution grâce à l'intervention inattendue d'Aloïs Brunner. Transféré au camp de Drancy, il est évacué vers Buchenwald dans le dernier convoi à destination des camps de la mort : le convoi en date du , dans lequel il fait la connaissance de Marcel Dassault. Mais il réussit à s'évader du train.

L'homme de communication Jean Frydman fréquente le Saint-Germain-des-Prés des existentialistes de l'après-guerre et se lie d'amitiés avec des artistes comme les musiciens et comédiens Moustache et Henri Salvador, le poète Boris Vian, les chanteuses Juliette Greco et Régine ou encore Eddie Barclay. Au printemps 1949, il épouse Marinanne Lang issue d'une famille bourgeoise d'Alsace.

Il commence son aventure dans le monde naissant de l'audiovisuel par un stage dans une petite chaîne de télévision à Chicoutimi, au Québec, pour se former à l'univers de ce tout nouveau média. Ses amis Pierre Dumayet et Pierre Grimblat employés par l'agence Publicis, lui permettent de rencontrer leur patron, Marcel Bleustein-Blanchet lequel souhaite lancer une télévision privée au Maroc. En 1953, Frydman participe ainsi à la création de la première télévision privée francophone africaine, unique chaîne existante au Maroc à cette époque, intitulée Telma pour Télévision Marocaine et organise une société d'importation de téléviseurs.

En 1956, il revient en France et il est cofondateur de la station de radio et de sa régie publicitare puis devient l'un de ses premiers actionnaires et dirigeants, entre 1957 et 1962.. En 1959, on lui doit la création de l'émission radio Salut les copains.

Il n'abandonne pas pour autant ses projets télévisuel et il se lie dans ses différentes entreprises, avec l'ingénieur et pionnier de la télévision Henri de France et l'homme d'affaires Sylvain Floirat. En 1956, il pilote notamment le projet Europe 1 TV finalement intitulé Télé-Sarre grâce à un émetteur de télévision situé en Allemagne ainsi que le lancement de la chaîne monégasque Télé Monte-Carlo à la même période, dont il devient l'un des principaux dirigeants. Durant les années 1960, Jean Frydman prend la direction opérationnelle de Télé Monte-Carlo et, dans le but d'alimenter la grille de la chaîne, il constitue un important catalogue de films, principalement provenant du magnat américain Howard Hugues.

À partir de 1969, il s'engage dans son plus grand projet, la création d'une nouvelle chaîne de télévision commerciale nationale française, dont le nom de code est « Canal 10 », déclinaison de la chaîne Télé Monte-Carlo.

Canal 10 Entre 1965 et 1970, plusieurs initiatives permettent d'anticiper le développement d'une offre télévisuelle alternative à celle de l'ORTF. Depuis 1952, la Société Spéciale d'Entreprise (SSE) exploite la station de Télé Monte-Carlo en vertu d'une convention conclue avec Radio Monte-Carlo, concessionnaire exclusif des droits d'émission en principauté de Monaco à cette époqueRapport du Sénat 1972-1973. Annexe au procès-verbal de la séance du 21 novembre 1972.. En 1958, la Société Spéciale d'Entreprise (SSE) contrôle donc Télé Monte-Carlo, devenant une filiale à 32 % d'Europe 1 appartenant à la Sofirad.

Soutenu par ses amis Marcel Bleustein-Blanchet de Publicis et Sylvain Floirat dirigeant d'Europe 1, Jean Frydman profite du modèle économique consistant à exloiter l'important marché publicitaire télévisé très peu exploité par le service public ORTF; s'inspirant du modèle télévisuel britannique BBC-ITV. Dès l'été 1969, le rapprochement entre Europe 1 et Télé Monte-Carlo se traduit notamment par des émissions spéciales produites en commun et diffusées simultanément sur les deux antennes, radio et télévisionhttps://www.lemonde.fr/archives/article/1969/08/20/europe-1-et-tele-monte-carlo-ont-jumele-leurs-emissions_2410636_1819218.html M. E. : « Europe 1 et Télé-Monte-Carlo ont jumelé leurs émissions », publié le 20 août 1969 et on évoque déjà le projet de la future chaîne commerciale financée par la publicité. Le Monde, publié le 20 août 1969, consulté le 14 mai 2024.. À terme, le projet Canal 10 consiste surtout à étendre la diffusion de TMC en 625 lignes UHF, sur une grande moitié sud de la France et jusqu'à Paris, avec le concours de la radio Europe 1Luc Bernard: Europe 1 La grande histoire dans une grande radio, Éditions Centurion, janvier 1990, 755 pages, pages : 306-307. . En , les détails du projet Canal 10 sont rendus publics. Télé-Monte-Carlo prévoit de financer un réseau de 25 émetteurs pouvant toucher près de foyers, sur les 10,5 millions déjà desservis par l'ORTF. La gestion des émetteurs serait confiée au service public, lequel percevrait également une rétribution basée sur les recettes publicitaires de Télé Monte-Carlo. Diffusant 16 heures par jour, de 7 h. 30 le matin à 22 h 30, sans interruption. La répartition du capital de la société Canal 10 pourrait être de 80 %, constitué par des actions réservées au public et 20 % détenus par des groupes comme ceux de Bleustein - Blanchet, Dassault, Floirat, Industries électroniques, etc. Jusqu'alors, l'entreprise Canal 10 est une société anonyme monégasque, dont le capital est détenu par Europe 1 (32 %), Publicis (27 %), la principauté de Monaco (18,5 %) et Marcel Dassault (22,5 %). Jean d'Arcy, premier directeur des programmes de la télévision française de 1952 à 1959 est prévu comme directeur des programmes de la chaîne privéehttps://www.lemonde.fr/archives/article/1970/06/09/la-creation-d-une-chaine-independante-de-television-pourrait-menacer-le-monopole-de-l-o-r-t-f_2637572_1819218.html Claude Durrieux : « La création d'une chaine indépendante de télévision pourrait menacer le monopole de l'O.R.T.F. » Le Monde. Publié le 09 juin 1970, consulté le 14 mai 2024.. Au cours de l'année 1971, après quelques hésitations, le président Georges Pompidou, influencé par son ministre Michel Debré farouche partisan du monopole de l'ORTF, s'oppose finalement au principe d'une chaîne nationale de statut privé, ce qui repousse l'arrivée d'une chaine nationale commerciale en France. Par ailleurs, en 1972, la troisième chaîne de l'ORTF est déjà en chantier, ce qui suspend au moins provisoirement les projets de Jean FrydmanLuc Bernard : « Europe 1 La grande histoire dans une grande radio », Éditions Centurion, janvier 1990, 755 pages, page : 307. .

Une chaîne privée nationale