Augustin-René-Louis Le Mintier est le dernier évêque de Tréguier du à , date de la suppression définitive de l'ancien diocèse de Tréguier, l'un des sept diocèses historiques bretons qui ont pour origine les sept saints fondateurs de la Bretagne, ici Saint Tugdual.

Il a fait construire en 1785 la flèche de la cathédrale de Tréguier.

Biographie

Augustin-René Le Mintier, (-), fils d'Augustin-André Le Mintier (-), seigneur de Saint-André, et d'Yvonne-Jacquemine Le Mintier, est descendant d'une famille de la noblesse bretonne (preuves 1440) originaire de La Motte Basse, en Le Gouray. Il est né le , au château de Limolëan, à Sévignac. Il est le deuxième d'une famille de dix enfants.

Il fait ses études secondaires au collège de Saint-Brieuc. Il reçoit la tonsure à Paris en de Christophe de Beaumont. Il est ordonné prêtre à Saint-Malo en . Il est docteur en théologie de La Sorbonne, en . Il est nommé vicaire général de Dol en , grand-vicaire de l'évêché de Saint-Brieuc en , puis à l'évêché de Rennes en . Il est désigné comme abbé commendataire de l'abbaye Notre-Dame de Melleray en . Nommé évêque de Tréguier, il est sacré dans l'église du couvent des Feuillants, à Paris, Rue Saint-Honoré, le , par François Bareau de Girac, évêque de Rennes, assisté de Lubersac, son prédécesseur et de Jean-François de La Marche, évêque de Léon.

Il est le dernier évêque de Tréguier. Successeur de Jean-Baptiste-Joseph de Lubersac, il prend possession de son siège épiscopal en et le perd dix ans plus tard, lors de la suppression de l'évêché par la Révolution Française, le (décret du ).

Adepte de la Réforme catholique, pieux et instruit, Le Mintier exerce son ministère avec dynamisme. Il consacre solennellement en l'église de Langoat, puis en celle de Pleudaniel. Il promulgue l'enseignement du breton et publie un catéchisme en breton en . Il fait construire la flèche de la cathédrale de Tréguier qui sera inaugurée en .

Il se signale à l'attention des commissaires de la Révolution en prenant une position ferme contre la Constitution civile du clergé et en publiant un mandement contre-révolutionnaire destiné au clergé du Trégor et aux fidèlesLes chroniqueurs révèlent que le mandement de l'évêque serait de la plume du chanoine Laënnec, théologal de Tréguier, docteur en Sorbonne.. Convoqué devant le tribunal du Châtelet à Paris, à l'instigation de l'abbé de Pradt, membre de l'Assemblée Constituante, le , il est acquitté et rentre triomphalement à Tréguier. Mais, victime de la vindicte des révolutionnaires qui viennent l'injurier jusque dans sa cathédrale, il doit quitter son palais épiscopal. Après un temps de retraite dans le château familial de Boisriou, dans la famille Le Borgne de Coëtivy, en Trévou-Tréguignec,il s'exile le à Jersey, accompagné de son valet de chambre, Pierre Taupin. La femme de ce dernier, mère de cinq enfants, est guillotinée le , sur la place du Martray, pour avoir caché des prêtres réfractaires. Pierre Taupin, de retour en Bretagne, se venge de la mort de sa femme en exécutant le président du tribunal révolutionnaire qui l'avait condamnée. Envoyé en déportation à Cayenne, il s'en est évadé et a rejoint la Bretagne où il devient chef des chouans à Pommerit-Jaudy, entre Lannion et Tréguier.

À Jersey, Le Mintier réunit autour de lui un grand nombre de prêtres et de séminaristes proscrits, victimes de la Constitution civile du clergé. Il procède à des ordinations et devient le soutien des exilés. Devant la menace d'invasion des troupes révolutionnaires françaises, il doit quitter Jersey pour gagner l'Angleterre où il réside à Londres, chez madame de Catuelan-Le Merdy, veuve du président du Parlement de Bretagne, jusqu'à sa mort survenue le . Il est inhumé au cimetière de Saint-Pancrace à Londres. L'abbé de Chateaugiron, prêtre du diocèse de Rennes, qui faisait partie de son entourage, prononce son éloge funèbre. Ses cendres sont rapatriées plus d'un demi-siècle plus tard, le , et déposées dans la cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier..

Lettre du roi à Le Mintier, évêque de Tréguier (Extraits)

Mandement de l'évêque de Tréguier (Extraits)

Le Mintier ordonne des prières publiques pour le rétablissement de l'ordre et de la paix dans l'intérieur du royaume :

Réponse des communes du Trégor (Extraits)

Les municipalités de Morlaix, Lannion, La Roche-Derrien et Pontrieux se réunissent le à Tréguier et publient la réponse suivante à l'adresse des syndics de paroisse :

Opposition de Le Mintier à la Constitution civile du Clergé (Extraits)

Le Mintier s'oppose à la Constitution civile du clergé promulguée le et adresse aux prêtres du Trégor une adresse . Il obtient pour refuser le serment :

Publication à Londres

À Londres, Le Mintier compose des écrits et notamment un livret de intitulé Dissertation concernant la promesse de fidélité exigée des prêtres catholiques par le nouveau gouvernement de France. Il soutient que cette promesse n'est pas licite et il présente la défense des droits au trône de France du roi en exil.

Oraison funèbre de Le Mintier

L'abbé de Chateaugiron a prononcé à Londres l'oraison funèbre de Le Mintier le :

Mausolée de Le Mintier

Les restes de Le Mintier sont transférés en la cathédrale de Tréguier le . L'évènement a un retentissement considérable, et donne notamment l'occasion au poète J.-P.-M. Lescour de composer une longue élégie funèbre en breton (Gwerz an Ao. Augustin-René Ar Mintier, dans Telenn Gwengam / La Harpe de Guingamp, Brest, Piriou, 1869, p. 52-63).

Son mausolée est situé dans la chapelle située entre les , et du collatéral nord de la cathédrale de Tréguier, contre le pignon, face à l'autel. Il est au côté de celui du duc Jean V de Bretagne. Épithaphe:

Armoiries, blason et devise

100px Armoiries : De gueules à la croix engrêlée d'argent. Devise :

Le catéchisme breton Le Catéchisme de Le Mintier proprement dit est connu sous deux formes: [Livre du catéchumène:] (…) Augustin-René-Louis Le Mintier, escop ha cont à Dreguer (...). Eil edition. Morlaix: Pierre Guyon, 1783. In-8°, IV+XIV+66 p. [Livre du catéchiste:] (…) Augustin-René-Louis Le Mintier, escop a Dreguer. Edition nevez augmentet dre un nombr bras a Histoario hac Explicationo util evit ar bobl christen. Morlaix: Pierre Guyon, 1783. In-8°, 269 p.

La précision « Seconde — Nouvelle édition » se réfère à l'édition originale publiée en à l'initiative de Jean-Marc de Royère, évêque de Tréguier de à . Il ne survit apparemment aucun exemplaire de cette première édition, totalement ignorée des bibliographes. Elle est mentionnée dans le mandement épiscopal imprimé en tête de «seconde» ou «nouvelle» édition, publiée sur ordre de Jean-Augustin de Frétat de Sarra, évêque de à , avec (Morlaix: Pierre Guyon, 1775; in-16). La même précision est reprise dans la réédition à l'identique procurée par Le Mintier huit ans plus tard (références ci-dessus).

Auparavant, ce même catéchisme avait été (ré-)édité par pratiquement chacun des évêques qui se sont succédé sur le siège: O. Jégou (-): , Morlaix, Ploësquellec, ; Fr.-H. de la Fruglaye (-): Tréguier, Le Vieil, ; Ch. Le Borgne de Kermorvan (-): Saint-Brieuc, Mahé, .

Après le Premier Empire, où un catéchisme unique fut imposé à tous les diocèses français (version bretonne pour Saint-Brieuc et Tréguier: Saint-Brieuc, Prudhomme et ), le Catéchisme de Le Mintier fut réédité en , sur ordre de Jean-Baptiste de Caffarelli du Falga, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier. Il est désigné, dans l'Approbation épiscopale, comme le Catéchisme de Tréguier, composé en breton par les anciens évêques de ce Diocèse: (le nom de Le Mintier , auteur de ce catéchisme n'est même pas mentionné dans la réédition!).

Notes et références Notes

Références

Voir aussi Bibliographie [J.P.M. Le Scour], Ann Aotrou Augustin ar Mintier, diveza escop Treguer / Augustin Le Mintier, dernier évêque de Tréguier. Tréguier: Le Flem, 1868. [Anonyme.] Translation des restes de Le Mintier, dernier évêque de Tréguier, dans la cathédrale de Tréguier, le . Tréguier: A. Le Flem, 1868. [Anonyme.] Bue an otro Minter, diwea eskob a Landreger, ha diou ganaouen en he enor [= Vie de Le Mintier, dernier évêque de Tréguier, avec deux cantiques en son honneur.) S.l.n.d. [Tréguier, 1868 ?] Abbé de Lubersac, Journal historique et religieux de l'émigration et déportation du clergé de France en Angleterre. Londres, 1802. Abbé Tresvaux, L'Église de Bretagne ou Histoire des sièges épiscopaux, séminaires. Paris: Méquignon le Jeune, 1839. Amédée Guillotin de Corson,L'abbaye de Melleray avant la Révolution, Bulletin archéologique de l'Association bretonne, Vol. 13, 1897, 314 p. Henri Frotier de La Messelière, Les Filiations Bretonnes, tome IV: Famille Le Mintier de La Motte-Basse, de Saint-André, des Aulnais et de Léhellec, Saint-Brieuc, 1922 (p. 50). Hervé Pommeret, Le dernier évêque-comte de Tréguier, Société d’Émulation des Côtes du Nord. Bulletin et Mémoires, vol.47, 1926. Gilbert Guyon, Le vrai visage de Le Mintier, dernier évêque de Tréguier. Association bretonne, 1995. Jean-Jacques Lartigue, Dictionnaire et armorial de l'épiscopat français, Université de Michigan, L'intermédiaire des chercheurs et curieux- 2002. Yann Celton, Leorioù ar Baradoz: approche bibliographique du livre religieux en langue bretonne. Quimper: Associatopn bibliographique de Bretagne, 2002. ( 1598-1612.)

Articles connexes Tréguier Liste des évêques de Tréguier Liste des familles subsistantes de la noblesse française (L à Z)

Liens externes

Catégorie:Évêque de Tréguier Catégorie:Évêque catholique français du XVIIIe siècle Catégorie:Abbé commendataire du XVIIIe siècle Catégorie:Évêque réfractaire Catégorie:Émigré sous la Révolution française Catégorie:Naissance en décembre 1729 Catégorie:Décès en janvier 1801 Catégorie:Décès à Londres Catégorie:Décès à 71 ans