Gérard de Nerval, de son vrai nom Gérard Labrunie, est un écrivain et un poète français, né le à Paris, où il est mort le . Figure majeure du romantisme français, le « plus pur des écrivains romantiques de la France » selon Georges Gusdorf., il est essentiellement connu pour ses poèmes et ses nouvelles, notamment son ouvrage Les Filles du feu (1854), recueil de nouvelles qui comprend Sylvie et les sonnets Les Chimères, et pour sa nouvelle Aurélia publiée en 1855. En 1851, il publie un récit de voyage, le Voyage en Orient .

Son œuvre, où le rêve, la mystique et l'ésotérisme sont omniprésents, se caractérise souvent par un aspect changeant qui se joue des contingences de l'espace et du temps, afin de reconstituer un univers poétique où la réalité, le songe et le souvenir se confondent, mais aussi l'histoire humaine qui finit par se mêler à sa mémoire personnelle. Cet univers intime du poète est en permanence placé sous le signe d'une quête de l'idéal féminin, dont il a poursuivi dans son œuvre et dans sa vie ce qui lui semblait être ses diverses incarnations, au travers de ses amours, des déesses antiques ou même de la Vierge.

Sombrant tôt dans une folie qui lui accorde néanmoins de longues périodes de lucidité, il finit par se suicider lors d'une glaciale nuit d'hiver. Héritier direct des romantiques allemands qu'il contribue à faire découvrir en France, il aura une grande influence chez les symbolistes et même chez les surréalistes, par son intérêt pour l'intériorité psychique et notamment pour les rêves.

Biographie Jeunesse Gérard est le fils d'Étienne LabrunieÉtienne Labrunie est né le à Agen, fils de Joseph Labrunie, tapissier à Agen, et de Marie-Thérèse Dublanc., médecin militaire, et de Marie-Antoinette Laurent, fille d'un marchand linger de la rue Coquillière. Les parents de Marie-Antoinette étaient propriétaires du clos de Nerval, à moins d'un kilomètre de Loisy, hameau de Ver-sur-Launette. Le bois de Nerval se développe sur les communes de Mortefontaine, Ver-sur-Launette et Othis.

Il naît le , vers 20 heuresPierre Petitfils, Nerval, biographie, ., à Paris, au 96, rue Saint-Martin (actuellement le 168). Baptisé le 23 à Saint-Merri, il est confié quelques mois plus tard à une nourrice de LoisyPierre Petitfils, Nerval, biographie, .. Son père est nommé le suivant médecin militaire adjoint à la Grande Armée, il est rapidement promu médecin et attaché, le , au service de l'armée du Rhin. Le , sa mère meurt à Glogau, en Silésie, alors qu’elle accompagnait son mari. De 1808 à 1814, Gérard est élevé par son grand-oncle maternel, Antoine Boucher, à Loisy, à Saint-Germain-en-Laye et à Paris. Au printemps 1814, son père retrouve la vie civile et s'installe avec son fils à Paris, au 72 rue Saint-MartinVoir les repères biographiques dans Corinne Hubner-Bayle, Gérard de Nerval. La marche à l'étoile, Éditions Champ Vallon, 2001, 252 p., .. Gérard reviendra dans ces lieux évoqués dans nombre de ses nouvelles.

En 1822, il entre au collège Charlemagne, où il a pour condisciple Théophile Gautier. C'est en classe de première (année scolaire 1823-1824) qu'il compose son premier recueil resté manuscrit de cent quarante pages : Poésies et Poèmes par Gérard L. 1824 qu'il donnera plus tard à Arsène Houssaye en 1852.

Il a déjà écrit, sous le nom de Gérard L. un panégyrique de Napoléon : Napoléon ou la France guerrière, élégies nationales, publié chez Ladvocat et réédité en 1827 par TouquetPierre Petitfils, Nerval, biographie, .. L'année suivante, il écrit deux Épîtres à Monsieur Duponchel caché sous le pseudonyme de « Beuglant ». Dès , il se lance dans la satire à la suite du scandale de l'Académie française qui a préféré Charles Brifaut à Alphonse de Lamartine. Il compose alors une Complainte sur l'immortalité de Monsieur Briffaut (orthographe de l'auteur), puis une pièce dans le même esprit : L'Académie ou les membres introuvables, ce qui lui valut d'être recalé au concours de l'Académie en 1828Pierre Petitfils, Nerval, biographie, ..

Le , le Journal de la Librairie annonce la parution de sa traduction de Faust en volume in-32 qui porte le titre : Faust, tragédie de Goethe, traduite par Gérard (1828)Jean Richer, Nerval par les témoins de sa vie, éditions Minard, 1970, texte 3, .. Théophile Gautier rappellera dans La Presse du les mots de Goethe écrits au jeune traducteur : « Je ne me suis jamais si bien compris qu'en vous lisant. »

Poésie et politique Entre 1829 et 1832, Nerval aurait été successivement clerc de notaire, apprenti imprimeur et étudiant en médecine. Mais la littérature le requiert. Dans les rangs des jeunes romantiques, il fait partie de la « claque » de soutien à Victor Hugo lors de la bataille d'Hernani, dont la fameuse soirée du .

Il mène alors deux importants projets : une anthologie de la poésie allemande et une anthologie de la poésie française de la Renaissance, deux ouvrages qui requièrent une abondante documentation en bibliothèqueHuguette Brunet et Jean Ziegler, Sur Gérard de Nerval et la Bibliothèque Nationale, Presses universitaires de Namur, 1982, , .. La première anthologie parait en , la seconde en octobre de la même année, toutes deux sous le pseudonyme de M. Gérard. Ces deux ouvrages ne rencontrent pas un succès éclatant.

1830 est aussi l'année de deux révolutions, auxquelles il prend part : la révolution romantique et la révolution politique des Trois Glorieuses. Les barricades lui inspirent un poème-fleuve : Le peuple, son nom, sa gloire, sa force, sa voix, sa vertu, son repos, publié en .

Il publie encore de nombreux vers durant le premier semestre 1831 : si l'on excepte l’odelette Avril, une bonne part de son inspiration est alors politique, comme la chanson En avant, marche !, à la gloire des soulèvements belges et polonais, et le pamphlet Nos adieux à la Chambre des Députés de l'an 1830 ou Allez-vous-en vieux mandataires. Il écrit également des pièces de théâtre d’inspiration médiévale et romantique. Deux de ses œuvres (aujourd'hui perdues) sont reçues au théâtre de l'Odéon : Le Prince des sots et Lara ou L'expiation.

Le Petit-Cénacle vignette|gauche|Gérard Labrunie - 1831, médaillon sculpté par Jehan Du Seigneur, Paris, musée Carnavalet. Gérard fréquente alors le Petit-Cénacle, un cercle amical formé à l'imitation du Cénacle rassemblé rue Notre-Dame-des-Champs autour de Victor Hugo. C'est le sculpteur Jehan Du Seigneur qui reçoit ses amis dans son atelier, installé dans une boutique de marchand de légumesPierre Petitfils, Nerval, biographie, . : il y a notamment là Pétrus Borel, Célestin Nanteuil, Camille Rogier, Philothée O'Neddy, Auguste Maquet, alors surnommé Mac-Keat

Le Petit-Cénacle semble avoir une grande propension au chahut, à la boisson, aux farces et au « bousin », ce qui justifie leur nom de « bousingots ». C'est à la suite d'un de leurs tapages que les agents du guet arrêtent Nerval et plusieurs de ses amis. Enfermé à la prison Sainte-Pélagie à l’automne 1831, Nerval y écrit le poème Cour de prison, publié en .

En , à la mort de son grand-père maternel, il hérite d'environ . Parti à l'automne dans le Midi de la France, il passe la frontière, à l'insu de son père, et visite Florence, Rome puis Naples. À son retour à Paris, Gérard s’installe, avec Arsène Houssaye, Camille Rogier et Théophile Gautier, dans un bâtiment promis à la démolition situé impasse du Doyenné, à l'intérieur même de la cour du Louvre.. Le groupe projette de publier un recueil collectif, Les Contes du Bouzingo, mais seul le conte de Nerval, La Main de gloire, paraît en .

Il est membre de la goguette des Joyeux et de la goguette des Bergers de SyracuseGérard de Nerval décrit sa visite dans une goguette de Saint-Germain-en-Laye et parle de son passé de goguettier dans le chapitre III : Une société chantante de son récit autobiographique Promenades et souvenirs..

Avec Anatole Bouchardy (frère du « bousingot » Joseph Bouchardy), il fonde Le Monde dramatique., ambitieuse revue hebdomadaire dont le premier numéro paraît le , mais que, lourdement endetté, il doit finalement vendre dès 1836.

Nestor Roqueplan lui ouvre alors les colonnes de son journal conservateur, La Charte de 1830, où il écrit quelques feuilletons dramatiques.

En , une publicité du Figaro emploie pour la première fois le pseudonyme de « Gérard de Nerval », utilisé en hommage au domaine familial, et annonce la parution prochaine du Canard de Vaucanson — livre qui ne sera semble-t-il jamais écrit.

Jenny Colon

« La première fois que Gérard me vit, ce fut le 25 avril 1833, au Théâtre des Variétés, lors de la représentation de Madame d’Egmont ou Sont-elles deux ? C’était un vaudeville de François Ancelot et d’Alexis Decomberousse. J’y jouais un double rôle épuisant, celui d’une grande comtesse et d’une modeste servante, dont on découvrait à la fin qu’il s’agissait d’une seule et même personne. »Cité par Catherine Choupin, Le Point de vue de Jenny, la muse obsédante de Gérard de Nerval, 2022..Gérard de Nerval est ébloui par l’actrice Jenny Colon et vient la voir jouer tous les soirs, sans se manifester davantage. « Il fallait qu’elle apparût reine ou déesse, et surtout n’en pas approcher »Sylvie.. Il l'encense dans les articles de son Monde dramatique.

Il fréquente alors le salon de Madame Boscary de Villeplaine, où une rivalité amoureuse secrète l'oppose au financier William Hope pour la conquête de l'actrice..

Pour elle, il écrit le livret d’une opérette qu’Alexandre Dumas va signer seul, Piquillo. Dumas le présente enfin à Jenny fin 1837. Piquillo est créé à l’Opéra-Comique le sur une musique d'Hippolyte Monpou. Jenny y tient le premier rôle (que Nerval a écrit en pensant à elle). Entre Jenny et Nerval, pendant quelques mois, se noue une idylle, bientôt brisée par le mariage de Jenny avec le flûtiste Louis-Marie-Gabriel Leplus, le .

Durant l'été 1838, il voyage en Allemagne avec Dumas pour préparer Léo Burckart, pièce retardée par la censure. Après la première de L'Alchimiste, écrite en collaboration avec Dumas, le , Léo Burckart est finalement créé au théâtre de la Porte-Saint-Martin le . Dans le même temps, il publie Le Fort de Bitche (25-) dans Le Messager et Les Deux rendez-vous (15-) – qui deviendra plus tard Corilla – dans La Presse. Puis, en novembre, il part pour Vienne, où il rencontre la pianiste Marie Pleyel à l'Ambassade de France et s'éprend d'elle.

De retour en France en , il remplace Gautier, alors en Espagne, pour le feuilleton dramatique de La Presse. Après une troisième édition de Faust, augmentée d'une préface, et de fragments du Second Faust en juillet, il part en octobre en Belgique. Le a lieu la première de Piquillo à Bruxelles, où il revoit Jenny Colon et Marie Pleyel.

À la suite d'une première crise de folie le , il est soigné chez Marie de Sainte-Colombe, qui tient la « maison de correction Sainte-Colombe », créée en 1785 au 4-6 rue de Picpus. Le , Jules Janin publie un article nécrologique dans le Journal des Débats, ce qui n’arrange pas la santé mentale de Nerval. Après une seconde crise, le , il est interné dans la clinique du docteur Esprit Blanche, à Montmartre, au château des Brouillards, de mars à novembre. Au bas d'un portrait photographique de lui, Gérard de Nerval écrit : « Je suis l'autre ».

En même temps que Nerval est interné, Jenny Colon lutte contre une « phtisie » qui se déclare dès le début de l’année 1841 et meurt à Paris, le . La nouvelle de sa mort parvient à Nerval et ébranle encore sa santé mentale. Il décide de partir en Orient en .