Léon Degrelle, né le à Bouillon (Belgique) et mort le à Malaga (Espagne), est un journaliste, écrivain, et directeur de presse engagé dans la mouvance catholique belge. Il entama ensuite une carrière politique, en fondant le mouvement Rex, au départ parti nationaliste proche des milieux catholiques, qui devint rapidement un parti fasciste, puis durant la Seconde Guerre mondiale, se rapprocha du national-socialisme, pour finir dans la collaboration avec l'occupant allemand.

Combattant sur le front de l'Est avec la division SS , il termina la guerre en tant que et . Exilé en Espagne en 1945 et naturalisé en 1954, il y vécut pendant près de cinquante ans, construisant sa propre légende et s'érigeant en ardent défenseur du nazisme et des thèses négationnistes. Il s'imposa comme une référence de l'extrême droite.

Enfance et jeunesse gauche|vignette|Bouillon, vers 1906.|alt=carte postale de 1906 en noir et blanc montant une vue de Bouillon

Léon Joseph Marie Ignace Degrelle est né à Bouillon, dans l'Ardenne belge, le . Son père, Édouard Degrelle, brasseur en France, s'était expatrié en Belgique en 1901 en réaction à l'expulsion des Jésuites de France et au « sectarisme anticlérical », selon Robert Brasillach. L'historien Alain Colignon envisage une hypothèse où Édouard Degrelle aurait quitté par intérêt la France pour la Belgique où il a repris une brasserie florissante. Son épouse, Marie-Louise Boever est la fille du chef de file de la droite luxembourgeoise. Après sa naturalisation, Édouard Degrelle se lance en politique au sein du Parti catholiqueIl se présentera sur la liste de Rex en 1936. ; élu au conseil provincial du Luxembourg, il en devient député permanent en 1925. Léon est le cinquième enfant du couple, après les naissances de Marie, Édouard (mort à vingt mois), Jeanne, Madeleine et avant celles de Louise-Marie, d'Édouard et de Suzanne. La famille est marquée par un catholicisme fervent : prière du soir, messe et communion quotidiennes, présence à quatre offices le dimanche. Léon va à l'école maternelle avec sa sœur Louise-Marie, sa cadette de treize mois, chez les Religieuses de la doctrine chrétienne.

Après avoir entamé ses études secondaires à l'institut Saint-Pierre de Bouillon, en section gréco-latine, Léon Degrelle entre, en 1921, au Collège Notre-Dame-de-la-Paix à Namur tenu par les Jésuites : . Passionné par la littérature et notamment par Charles Péguy, il se met à écrire des poèmes et collabore à des journaux et revues de la province à l'âge de quinze ans. À cet âge, il est décrit comme . À dix-sept ans, il entretient une correspondance suivie avec le cardinal Mercier, primat des Belges, et est également remarqué par le dirigeant socialiste Émile Vandervelde qui publie l'un de ses articles dans Le Peuple et lui manifeste sa sympathie.

Pendant sa scolarité au collège, il découvre la pensée de Charles Maurras, dont il devient un fervent partisan et . En raison de sa proximité avec l'Action française, Degrelle conçoit également une profonde admiration pour l'œuvre de Léon Daudet, et . En 1924, à dix-huit ans, Degrelle entame des études de droit à la faculté catholique de Namur : c'est durant cette première année universitaire qu'il organise une vigoureuse campagne de soutien à Maurras, en réponse à un sondage lancé par les cahiers de la jeunesse catholique sur la question : La campagne est particulièrement efficace et Maurras arrive largement en tête des votes. Degrelle rate ses examens et entame ensuite des études de lettres et de philosophie thomiste à l'Université catholique de Louvain ; après deux années brillantes, il s'inscrit en droit et sciences politiques, . L'un de ses professeurs, le vicomte Charles Terlinden, estime qu'il s'agit d'un étudiant médiocre dont .

Écrivain et journaliste En , avant la fin de ses études, et à l'initiative de Louis Picard, l'aumônier général de l'Action catholique de la jeunesse belge (ACJB), Degrelle prend la direction de L'Avant-Garde, le journal des étudiants de l'université de Louvain : son activité à la tête de ce périodique . En , il participe au saccage d'une exposition de l'Union des républiques socialistes soviétiques organisée à Bruxelles, en déclarant, à propos des communistes : De 1928 à 1930, Degrelle écrit à la fois des poèmes (Les Tristesses d'hier, recueil paru en 1930), des ouvrages parodiques comme Jeunes plumes et vieilles barbes de Belgique (1928) puis Les grandes farces de Louvain, des livres politiques et polémiques (Les Flamingants en 1928, où il prône « la nécessité d'une meilleure compréhension entre les deux communautés nationales ») et Furor teutonico où il soutient les autorités catholiques contre les milieux anticléricaux. En 1929, l'abbé Norbert Wallez l'engage comme rédacteur au Vingtième Siècle, où débute également Hergé. Sa série d'articles sur les taudis, particulièrement peu tendres pour les propriétaires, lui vaut une lettre de félicitations du premier ministre Henri Jaspar ; lorsqu'ils sont publiés dans un recueil, celui-ci est préfacé par le ministre du Travail.

vignette|Un groupe de Cristeros.|alt=photographie en noir et blanc d'un groupe d'une vingtaine de Cristeros.

Après l'assassinat du président du Mexique Álvaro Obregón, par José de León Toral, un jeune étudiant catholique opposé à la politique anticléricale du gouvernement, Degrelle publie un article dans le Vingtième Siècle approuvant le meurtre d'Obregón et se clôturant par , article qui déclenche un vaste scandale. Mis au défi par la presse de gauche de se rendre au Mexique pour aller voir de lui-même ce qui s'y passe, Degrelle s'y rend dans des circonstances rocambolesques, qu'il amplifie et romance dans son ouvrage Mes aventures au Mexique. Après un séjour au milieu des Cristeros, et grâce au produit de la vente de ses articles à un éditeur américain, il visite ensuite rapidement les États-Unis, d'où il envoie des bandes dessinées à Hergé, et le Canada, avant de rentrer en Belgique en . Il publie, cette même année, une brochure de 37 pages intitulée Histoire de la guerre scolaire. 1879-1884, plaquette .

Degrelle, Rex et le rexisme Une maison d'édition catholique En , Degrelle est nommé directeur de la modeste maison d'édition Christus-Rex, spécialisée dans la publication des brochures de l'Action catholique, appelé à ce poste par Louis Picard. . . Il se lance dans la publication de brochures d'actualité vendues un franc et dans celles de plaquettes pour chaque événement pouvant intéresser de nombreux catholiques ; il participe au lancement, le de l'hebdomadaire Soirées qui connaît un certain succès et dont les éditions Rex prennent le contrôle en . Lors des élections législatives de 1932, Degrelle est chargé d'une partie de la campagne électorale du parti catholique lors de laquelle il montre ses réels talents de propagandiste, en diffusant d'après ses dires, et , « vrais chefs-d'œuvre de psychologie simple, de goût et d'art ». Au cours de cette campagne, Degrelle utilise également une affiche réalisée par Hergé, sur laquelle figure une tête de mort protégée par un masque à gaz, avec le slogan « Contre l'invasion, votez pour les catholiques », et en lieu et place de la signature d'Hergé, la mention « le studio des éditions de Rex » ; l'utilisation de cette affiche suscite l'opposition d'Hergé, pour des raisons qui ne sont pas politiques mais purement artistiques. Le créateur de Tintin est .

Léon Degrelle a déclaré dans ses mémoires posthumes, publiées en 2000, six ans après sa mort et considérées comme « mégalomanes », qu’il était le meilleur ami d’Hergé, information catégoriquement démentie par les historiens, mais il ne faisait pas partie du groupe d’amis d’Hergé et n’a pas été invité à son mariage en 1932, même s’ils ont pu être tous deux invités à diner chez l’abbé Wallez, le directeur de leur journal en 1928.

De 1932 à 1933, Degrelle lance successivement quatre nouvelles publications, Rex, Vlan, Foyer et Crois. À ses débuts, Rex est conçu comme un supplément littéraire de 16 pages à SoiréesLe titre devient indépendant comme bimensuel en janvier 1933, puis, après avoir absorbé Vlan, comme hebdomadaire en mars 1934., l'aspect politique étant confié à Vlan. En annonçant dans Rex le premier numéro de Vlan, Degrelle ne cache pas ses objectifs : . Les résultats de l'enquête sur le Parti catholique publiés dans le Vlan du confirment que la critique prend le pas sur les encouragements : dans le numéro de Rex du , Degrelle avait déjà été très clair :

Le , Degrelle devient propriétaire des éditions Rex grâce à des interventions financières familiales, et à la souscription par les pères norbertins de l'abbaye d'Averbode de six cents parts de la nouvelle société. Cette prise de contrôle se traduit à nouveau par une débauche d'activités et de nouvelles publications : lancement d'une collection de romans à la portée de tous, édition de livres d'hommes politiques catholiques, de brochures tirées à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires sur les apparitions de la Vierge à Beauraing et à Banneux.

Rupture et ascension L'action de Degrelle prend une tournure de plus en plus politique à partir de 1934 : sa volonté d'organiser le un congrès de presse des jeunes catholiques, dont le véritable but est de lui fournir une publicité personnelle, suscite une réaction de l'évêque de Tournai, Gaston-Antoine Rasneur qui lui fait savoir qu'il trouve cette initiative inopportune. Degrelle tourne ce discret désaveu à son avantage en publiant dans Rex et Soirées, le , un article intitulé Au service de l'Église dans lequel il écrit notamment qu' Cet article vaut à Degrelle une lettre de remerciements de l'évêque de Liège, Louis-Joseph Kerkhofs.

vignette|Drapeau de Rex.|alt=Drapeau de Rex en couleur avec le sigle en noir sur fond rouge

Cet acte de soumission ne rassure les autorités catholiques qu'un temps. À la suite de l'activisme de Degrelle, Louis Picard, l'aumônier général de l'Association catholique de la jeunesse belge, fait part au cardinal Joseph-Ernest Van Roey de ses inquiétudes : . Bien qu'il ait été convoqué à l'archevêché de Malines pour dissiper la confusion entre Rex et l'Action catholique, Degrelle poursuit ses meetings politiques. Le , c'est le pas de trop. Lors du congrès annuel de la fédération des associations et cercles catholiques, à Courtrai, il fait bloquer les issues par trois cents jeunes rexistes et se livre à une violente diatribe contre le parti catholique allant jusqu'à traiter le sénateur Philips, ou le ministre d'État Paul Segers « d'excrément vivant ». Le « Coup de Courtrai » est suivi par un décret épiscopal du cardinal Van Roey, le , ce qui vaut au cardinal d'être traité par Degrelle de « Rhinocéros de Malines » et de « cardinal Van Grenouille ». Le « coup de Courtrai » et le blâme épiscopal qui en résulte, marquent la fin d'une période du rexisme.

Dans la perspective des élections législatives du , sous la plume de Degrelle, le ton de Rex, se fait de plus en plus virulent et divers hommes politiques catholiques, auparavant soutenus par Rex, se font traiter ; même un évêque, comme Joseph Schyrgens, est décrit comme . Après le blâme épiscopal, ces tirades amènent à une rupture définitive avec le parti catholique qui annonce, le , la fin des contacts avec Degrelle et interdit à ses membres de collaborer au mouvement rexiste. L'entrée en politique de Rex de manière indépendante entraîne une profonde transformation du mouvement : si la plupart de ses cadres sont encore de jeunes catholiques militants, Rex devient .