vignette|Vue satellite de Moruroa, orientée sud, par la NASA en 2004. Moruroa, aussi transcrit en MururoaL’appellation « Mururoa » est plus courante en français et figure comme première entrée dans des dictionnaires d'usage courant, mais le nom polynésien de l’atoll est bel et bien Moruroa.Le Petit Larousse 2008, éd. Larousse, Paris . et historiquement appelé Aopuni J.L. Young, Names of the Paumotu Islands, with the Old Names So Far As They Are Known, The Journal of the Polynesian Society, , , décembre 1899, ., est un atoll de l’archipel des Tuamotu, situé en Polynésie française. À partir des années 1880 et la colonisation des Tuamotu par la France, l'atoll est exploité pour la production de coprah et de nacre par plusieurs sociétés commerciales basées à Tahiti.

En 1964, Moruroa passe en pleine propriété à l’État français. L'atoll est choisi, avec Fangataufa, pour servir de lieu d’expérimentation des essais nucléaires français. Plusieurs milliers de travailleurs polynésiens et de militaires défrichent l'atoll pour y construire les infrastructures nécessaires (pistes d'atterrissage, bunkers, casernes, etc).

Entre 1966 et 1996, 179 essais d'armes atomiques (bombes H, bombes à neutrons...) ont lieu, en majorité des explosions souterraines sous le récif corallien ou dans le lagon, ainsi que des essais nucléaires atmosphériques. Depuis l'arrêt des essais nucléaire, l'atoll est classé terrain militaire et géré par l'armée française.

Toponymie En mangarévien, Moru signifie « secret » ou « filet de pêche ». Moru-roa peut ainsi signifier « île lointaine » ou « île en forme de nasse de pêche ».

Géographie vignette|Vue sur Mururoa en 2005. Moruroa est un atoll de de longueur et de largeur maximales pour une superficie de terres émergées d’environ situé dans l'archipel des Tuamotu, à au sud-est de Tahiti. L’atoll est composé de plusieurs motus de tailles variées autour d'un lagon central. vignette|Le lagon de Moruroa en 1972. D’un point de vue géologique, l’atoll est l’excroissance corallienne du sommet d'un des plus anciens monts volcaniques sous-marins de la chaîne Pitcairn-Gambier. Ce socle volcanique provient du point chaud de Pitcairn, situé à environ 70 km au sud-est de l'île Pitcairn. C'est la cessation de l'activité volcanique il y a entre 11 et 10,5 millions d'années qui a favorisé la construction récifale. La pile sédimentaire sus-jacente au socle volcanique varie en épaisseur de 330 à 570 mètres sous le récif actuel, et de 130 à 230 mètres sous le lagon. Le volcan, d'un volume de , mesure depuis le plancher océanique Moruroa Seamount, sur le catalogue Seamount de earthref.org..

Histoire

Premiers voyageurs européens La première mention de l’atoll par un Européen est faite par Philip Carteret le quelques jours après sa découverte de l'île Pitcairn. Il baptise l'atoll du nom de Bishop of Osnaburgh Island (île de l’évêque d'Osnaburgh)John Byron, Philip Carteret, Samuel Wallis, An Account of the Voyages Undertaken by the Order of His Majesty, 1775, James Williams, .. Le , la baleinière britannique fait naufrage à proximité de Moruroa où les rescapés, commandés par le capitaine Weatherhead., trouvent refuge et à partir de laquelle ils rejoignent Tahiti en canots de fortune. En , c'est le navigateur français Louis Isidore Duperrey qui visite Moruroa, à bord du navire , puis c'est au tour du Britannique Frederick William Beechey de l'aborder le .

Colonisation et exploitation En 1842, le royaume de Tahiti passe sous protectorat français. Cela concerne également les Tuamotu, mais en pratique les îles restent rarement visitées par des navires européens. Dans les années 1860-1870, les missionnaires catholiques français implantent des cocoteraies dans les différents atolls de l'archipel.

En 1874, le lieutenant de vaisseau Mariot, résident de France aux Tuamotu, rapporte que l'île est inhabitée.

En 1880, le royaume de Tahiti devient une colonie française. Moruroa est rattachée administrativement aux îles Gambier et devient une terre domaniale. En 1917, Moruroa devient l'une des deux circonscriptions d'état-civil des Gambiers (avec Marutea Sud).

En 1874, la Société Océanienne signe un bail de 99 ans sur Moruroa pour l'exploitation du coprah. Un cyclone ravage l'île et sa cocoteraie en 1906. Le bail est repris en 1910 par la Société Française des Cocoteraies des Tuamotu. En 1928, la concession de l'atoll passe sous le contrôle de la Compagnie immobilière et agricole de l'Océanie. Les travailleurs sont des habitants des îles alentours, acheminés par les sociétés commerciales pour planter les cocotiers et effectuer les travaux agricoles importants, tandis qu’un petit nombre de travailleurs réside sur place de manière permanente pour la récolte. Le coprah est ensuite exporté à Tahiti à bord de navires.

L'île est rattachée à la commune de Tureia jusqu’en 1964.

Moruroa et Fangataufa appartiennent en pleine propriété à l’État français depuis 1964. Malgré le vote en 2012 par le Sénat d’une proposition de loi proposant leur rétrocession à la collectivité de Polynésie françaiseProposition de loi relative au suivi des conséquences environnementales des essais nucléaires français en Polynésie française, dossier législatif sur le site du Sénat., le gouvernement Ayrault n’inscrit pas ce texte à l’ordre du jour de l’Assemblée nationaleQuestion et réponse publiées au Journal officiel des 2 octobre 2012 (question) et 5 mars 2013 (réponse), sur le site de l'Assemblée nationale..

Essais nucléaires

Choix du site et construction d'infrastructures vignette|gauche|Vue de l’atoll de Moruroa et de ses installations militaires par un satellite espion américain KH-7 (26 mai 1967). En 1964, l’assemblée territoriale de Polynésie cède gratuitement à l’État français Moruroa et Fangataufa, déjà occupés par l’Armée de la Polynésie française, , délibération rendue exécutoire par arrêté 290/AA/DOM du ., par une délibération précisant :

Ce site présentait des critères alors jugés adaptés pour y tester des armes nucléaires : lieu éloigné et désertique, ne présentant qu'une faible densité de population (moins de dans un rayon de et moins de dans un rayon de ), venté avec un régime de vents dirigeant le nuage radioactif vers d’océans réputés désertsPaul Tony Adams, Jean-Marie Cheung, Daniel Palacz et Hanny Tehaamatai, Rapport sur la reconnaissance par l’État des droits des victimes des essais nucléaires français et leurs impacts sur l’environnement, l’économie, le social et la santé publique en Polynésie français , Conseil économique, social et culturel de Polynésie française, 2006.. Les deux atolls sont classés terrain militaire en 1964Arrêté du 4 août 1964. puis en zones protégées de défense nationaleArrêtés de la République française, du .. vignette|Réservoir d'eau et logements pour le personnel militaire français à Moruroa, 1971. De nombreuses infrastructures militaires sont construites sur l'atoll, notamment deux pistes d'atterrissage et des logements pour . Plusieurs milliers de travailleurs polynésiens sont recrutés pour défricher l'atoll et construire les bâtiments. En 1966, à Moruroa et Fangataufa, de terrain sont nivelés et de béton sont coulés. Des blockhaus de plusieurs dizaines de milliers de tonnes sont érigés pour servir de centre d'enregistrement et de relevés, capables de résister aux explosions.

Essais nucléaires à Moruroa Le premier des 179 essais effectués au total à Moruroa est réalisé le .

Moruroa a servi de lieu d’expérimentation à 179 essais nucléaires français, parmi lesquels , dont et de sécurité à puissance nulle, ainsi que , dont 7 bombes à neutron (à fusion nucléaire), assortis de de sécurité à puissance nulle. Parmi les essais nucléaires souterrains, 77 ont eu lieu sous la couronne corallienne et 50 sous le lagon.L’atoll de Fangataufa, distant de 45 kilomètres, a connu nucléaires, ce qui fait un total de nucléaires en Polynésie française. vignette|Un avion DC6 survole Moruroa, la piste du nord de l'atoll est visible. Juillet 1971.

Oppositions Les essais nucléaires français suscitent des inquiétudes et des oppositions locales et internationales. En , le voilier Frivoilier FRI, assemblée territoriale de Polynésie. (« liberté » en danois), parti de Nouvelle-Zélande, se dirige vers Moruroa pour protester contre les essais nucléaires. Il est arraisonné par la marine française le . Le , le Rainbow Warrior, un bateau de l’organisation écologiste Greenpeace en route vers l’atoll, est coulé à Auckland en Nouvelle-Zélande par des agents des services secrets français, causant la mort du photographe portugais Fernando Pereira et provoquant le scandale de l’affaire du Rainbow Warrior.

Alors que la France observe depuis plusieurs années un moratoire sur les essais nucléaires, le nouveau président français Jacques Chirac autorise en 1995, une dernière campagne d’essais, avant la ratification du traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Ces essais ont pour objectif de valider différents modèles permettant des simulations ultérieures en laboratoire. Ils provoquent une vive campagne internationale de protestations allant jusqu’au boycott, avec en pointe les pays d’Océanie et des organisations internationales, dont Greenpeace. Cette campagne d’essais nucléaires prend fin l’année suivante.

Conséquences

Retombées radioactives L’évolution de la géologie et de la radioactivité de l’atoll est depuis surveillée attentivement par l’armée française. Une étude de l'Inserm menée de 2002 à 2005 affirme dans sa conclusion que http://moruroa.assemblee.pf/medias/pdf/De%20vathaire%20fr.pdf.L'étude principale est intitulée « Les dossiers de Moruroa » (2021) ; il s'agit d'une enquête menée pendant deux ans par Disclose, Interprt et le programme « Science & Global Security » de l'université de Princeton, s'appuyant sur environ 2 000 documents militaires français déclassifiés. Ses principales conclusions sont les suivantes :

Entre 1966 et 1974, la France a mené 41 essais nucléaires atmosphériques en Polynésie française, exposant les populations locales à des retombées radioactives. L'étude conclut qu'environ 110 000 personnes, soit 90 % de la population de la Polynésie française à l'époque, auraient pu recevoir des doses supérieures à 1 mSv par an, et que les estimations gouvernementales des doses effectives reçues par la population ont été sous-estimées d'un facteur compris entre 2 et 10.

Les indemnisations ont été extrêmement limitées : seuls 63 civils polynésiens, hors militaires et sous-traitants, ont reçu une indemnisation en 2021.

En outre, selon le Conseil économique, social et culturel de la Polynésie française (en 2006), ils ont et . Vers 2009, les sous-sols de Mururoa et de Fangataufa recèleraient près de de plutoniumÉtat des lieux à Moruroa et Fangataufa, sur moruroa.assemblee.pf (vers 2009). Pour le chef du département de suivi des centres d’expérimentations nucléaires (DSCEN), même si ces atolls ne présentent pas de danger, du plutonium, qui est accessible.. Les deux atolls devraient être considérés comme des sites de stockage de déchets nucléaires Que sont devenus Moruroa et Fangataufa?, sur inis.iaea.org, site de l'Agence internationale de l'énergie atomique (IAEA), voir en particulier page 14..

Fragilisation géologique Les essais nucléaires souterrains ont été réalisés en creusant des puits à une profondeur variant de 500 à 1100 mètres. Les différentes explosions ont fragilisé la structure de l'atoll, provoquant des failles et des affaissements de terrain. Le , l'essai souterrain Tydée, d'une puissance de 112 kilotonnes, entraîne l'affaissement d'une partie du récif corallien (plusieurs dizaines de millions de m3 de calcaire) ; un tsunami de deux mètres de haut se forme et blesse trois travailleurs.