Achille Dauphin-Meunier, alias Pierre Ganivet, est un intellectuel français du né le à Bourg-la-Reine et mort le à Cailly-sur-Eure. Il a été tour à tour employé de banque, syndicaliste CGT, journaliste et universitaire.

Ses convictions ont évolué, elles sont allées de l'anarcho-syndicalisme à ses débuts à la défense de la doctrine sociale de l'Église et du néolibéralisme et à l'extrême droite catholique après la Seconde Guerre mondiale, en passant par le planisme et la défense de l'économie dirigée durant les années 1930 et sous l'Occupation. Il fonde en 1968 à Paris un établissement universitaire privé, la Faculté libre de droit, d'économie et de gestion de Paris.

Biographie

Jeunesse et études Il est le fils de Joseph Dauphin Meunier (1868 – 1927, poète, historien des , conservateur de la Bibliothèque administrative de la Ville de Paris) et de Claire Bouchard (1885 – 1957, fille de l'encadreur renommé de la rue Monsieur-le-Prince).

D’une intelligence précoce, il fait ses études à l’École Saint-Aspais de Melun et au lycée Lakanal de Sceaux. Il passe son bac à seize ans, en 1922. Lecteur du Pèlerin dans son enfance, il « apprit à connaître la maçonnerie comme un abîme de perdition et une entreprise satanique », mais son éducation stricte à la maison et au petit séminaire l’amena, en réaction, à professer des opinions anticléricales et matérialistesJean-André Faucher, Achille Ricker, La franc-maçonnerie, vous connaissez ?, NEL, 1977, (témoignage de Dauphin-Meunier).

Il se lie, par des camarades de classe, à des maîtres de la pensée anarchiste comme Christian Cornélissen et Jean Grave et fréquente le milieu des anarchistes hongrois réfugiés en France. Il publie en 1926 son premier livre, consacré à La Commune hongroise et les Anarchistes ( – ). Il tisse des contacts avec les milieux anarchistes de nombreux pays, en particulier avec ceux de la Catalogne, dont il prit un nom fréquent pour pseudonyme : Pierre Ganivet.

Dès l’automne 1922, il travaille, comme employé au service de la correspondance, à la Banque de Paris et des Pays-Bas d'Horace Finaly, un ami de son père. Il y développe une expertise technique, participe à la rédaction d’une encyclopédie en douze volumes sur La Banque et ses Services, publiés en 1931 et 1932, et reprend ses études, à la faculté de droit et à l’École libre des sciences politiques, qu’il couronne par une thèse de doctorat sur Mirabeau et l’Économie prussienne de son temps soutenue le .

Parcours militant et syndical dans les années 1930 Il s'écarte peu à peu des milieux anarchistes, milite dans le syndicalisme et participe à la fondation, en 1935, du premier syndicat d’employés de banque. Il fonde en janvier 1934, sous le pseudonyme de Pierre Ganivet, L'Homme réel, revue mensuelle du syndicalisme et de l'humanisme. Et en rédige les éditoriaux jusqu’en avril 1937 quand René Belin, secrétaire de la CGT en 1935, lui succède à la direction de la revue. Il signe les éditoriaux jusqu'à la disparition de la revue en 1938Olivier Dard, « Jalons pour une biographie d'Achille Dauphin-Meunier », dans Danièle Fraboulet et Philippe Verheyde (dir.), Pour une histoire sociale et politique de l'économie, éditions de la Sorbonne, 2020. Il collabore, sous son pseudonyme de Pierre Ganivet, à la commission du plan de la CGT, de sa fondation en mai 1934 jusqu'en 1938, et participe aux trois conférences internationales planistes discutant des thèses de Henri De Man. Selon Georges Lefranc, il est membre du parti néo-socialiste Parti socialiste de France-Union Jean Jaurès (PSdF). Il siège, sous son vrai nom, en 1936, au comité des experts choisis par Vincent Auriol pour préparer la réforme des statuts et de la politique de la Banque de France consacrée par la loi du , qui le déçoit. Il signe alors un ouvrage de synthèse sur La Banque de France.

Il démissionne de ses fonctions à la Banque de Paris et des Pays-Bas, et se consacre définitivement à l'enseignement supérieur, à partir de la rentrée 1935, comme assistant à l’Université de Paris puis chargé de cours à celle de Toulouse. Il se présente vainement au concours d'agrégation des Facultés de droit (section d’économie politique). Les questions bancaires demeureront un de ses champs d’expertise jusque dans les années cinquante.

Parcours politique auprès du gouvernement de Vichy

Mobilisé en , il mettait la dernière main à une monographie sur La Cité de Londres. Simple soldat, il se retrouve secrétaire d’état-major. Il se lie d'amitié avec l'un de ses compagnons d'armes, ecclésiastique, qui l'accompagne dans la recherche théologique qui le préoccupe alors : il lui doit, ainsi qu'à l’un de ses professeurs du collège de Saint-Aspais, une grande part d'un retour à la foi catholique qui se concrétise après guerre. Il ne semble pas que sa pratique fut très régulière.

Démobilisé le , à la suite de l'instauration du régime de Vichy, il reprend contact avec René Belin, devenu secrétaire d’État à la Production industrielle et au Travail du cabinet Laval du , rejoint l’entourage de Jean Bichelonne, qui deviendra secrétaire d’État à la Production industrielle du cabinet Laval du , et se consacre par le journalisme et l’enseignement à dégager les voies de l’économie dirigée. Il écrit ainsi dans La Vie industrielle et dans l’éphémère hebdomadaire Le Fait, d’ à , et tient une rubrique hebdomadaire, intitulée L'activité économique, dans le quotidien Aujourd’hui, à partir d', grâce à son ami Henri Jeanson, rédacteur en chef, et dans laquelle il fustige le libéralisme et les politiciens. Il conserve sa collaboration après le retrait de Jeanson, et ce jusqu'en 1944. Il y vante l'économie dirigée, qu'il définit ainsi : , soit un mélange des thématiques alors en vogue, le corporatisme et le dirigisme . Il est alors partisan d'une économie européenne et unifiée et de « l'Europe nouvelle » et donc de la collaboration.

Il anime à partir d' la Revue de l'économie contemporaine, liée à deux organismes économiques du régime de Vichy, l'Office central de répartition des produits industriels (OCRPI) et le Centre d'information interprofessionnel (CII). Le CII, fondé par un décret du 30 avril 1941 pris par le secrétariat d'État à la production industrielle (Pierre Pucheu), est l'organe de liaison et de documentation des C-O. Les biens de la CGPF, dissoute, lui sont attribués. Antoine de Tavernost est son délégué général. Le CII est doté d'un conseil consultatif, présidé par Gérard Bardet, dont les membres sont nommés par décret en juillet 1941. Bichelonne préside son comité de patronage. Ce dernier préside en 1943 un déjeuner offert pour célébrer le premier anniversaire de la revue, : y participent des présidents ou directeurs de comités d'organisation, des répartiteurs de l'OCRPI, des dirigeants du Centre d'information interprofessionnel, des patrons (le directeur général des PUF - les PUF s'occupent de la vente de la revue - , Edmond Giscard d'Estaing, Georges Laederich, etc.), des hauts-fonctionnaires et des membres de cabinets ministériels, les dirigeants de la Société française de géographie économique, des universitaires comme Henri Truchy, des dirigeants d'établissements universitaires (le vice-recteur de l'Institut catholique, le gouverneur de Polytechnique, le sous-directeur de l'École normale supérieure), des directeurs de journaux ou d'agences de presse (Camille Fégy, rédacteur en chef de La Gerbe; le rédacteur en chef de La France socialiste, Dominique Sordet, de l'agence Inter-France, le rédacteur en chef de La Vie industrielle) les économistes Lucien Laurat et Francis Delaisi, l'ancien ministre Robert Gibrat, Alfred Sauvy, etc..

Il dirige, à partir de mai 1941, l’École supérieure d'organisation professionnelle, rattachée au CII. Cette école entend former notamment les cadres des Comités d'organisation mis en place par le régime de Vichy. Il devient aussi, à la rentrée 1941, maître de conférences à l’École libre des sciences politiques et à l'Institut catholique de Paris. Il donne également des conférences, . Il publie, à l’été 1941, Produire pour l'Homme. L’Économie dirigée en France, puis en 1942 L'Économie allemande contemporaine.

Parcours intellectuel et politique après la guerre

Arrive la Libération. Il échappe à l'épuration en passant un long séjour au monastère bénédictin de la Pierre-qui-Vire où il rédige une synthèse sur La Doctrine économique de l’Église qui sera publiée en 1950. Il reprend, à la rentrée 1946, ses enseignements à l'Institut catholique de Paris et devient dans les années 1960 le directeur de son département d'économie politique.

Il relance la publication de la Revue de l’économie contemporaine et participe activement à la fondation du Centre des hautes études américaines, qu'il anime jusqu'aux années 1960 avec Gaston MorancéFrançois Denord, « La postérité des relèves néolibérales en France au tournant des années 1950 », in Olivier Dard ( dir. ), Les relèves en Europe d’un après-guerre à l’autre, P-I-E – Peter Lang, 2005. Il est candidat en 1951 aux législatives sur une liste UNIR (Union des nationaux indépendants et républicains), qui regroupe les partisans de la mémoire de Pétain demandeurs de l’amnistie, en Seine-et-Oise . Il collabore au mensuel anticommuniste Exil et liberté, périodique de l’Union pour la défense des peuples opprimés, dont il est membre de son comité directeur dans les années 1950<ref>Mensuel lancé en 1954, qui se veut « le seul journal anticommuniste de langue française qui défende l’honneur et la dignité de l’immortelle Russie » et appelle sans cesse à l’union de toutes les forces anticommunistes. Il est dirigé par le journaliste franco-russe Arsène de Goulévitch (alias François de Romainville), secrétaire général de l'UDPO, appelée à partir de l’Internationale de la Liberté ), qu’il fonda en 1947. C’est l’ancien secrétaire général adjoint et trésorier de la Société des Amis de la Russie nationale: cf. Alain Guérin, Le général gris, Julliard, 1968, , collection dExil et liberté</ref>, et à Écrits de Paris, un autre périodique d'extrême droite. Il est proche de l'hebdomadaire royaliste La Nation française , .

Des années 1950 aux années 1980, il est l'un des vice-présidents de la Société française de géographie économique, un cercle parisien élitaire qui organise des conférences mensuelles sous la forme de déjeuners au Cercle interallié, présidé successivement par Edmond Giscard d'Estaing, Wilfrid Baumgartner puis l'avocat de Pétain, Jean LemaireBottin mondain, 1953, , Bottin mondain, 1980. Ce cercle a été fondé peut-être au début de l'année 1939, sous le nom de Société française de géographie économique et d'action coloniale, par le comte Clauzel, ancien ambassadeur, qui le préside jusqu'à sa mort en 1951. Edmond Giscard d'Estaing lui succède en 1952. Il a accueilli des conférenciers de premier plan : hommes politiques (Paul Reynaud, Pinay, Robert Buron, Maurice Schumann, Edouard Bonnefous, etc.), des hauts-fonctionnaires français (Louis Armand, Bloch-Lainé) et internationaux (l'ambassadeur des États-Unis en France, le président de la Banque mondiale, le président de la Haute-Autorité de la CECA), des P-DG, des évêques ( Feltin), le « comte de Paris », etc.: cf. collection du Monde. Son délégué général et fondateur, André Calandreau, va être membre du conseil supérieur de la FACO.. Il adhère en 1953 à la Société d’économie et de sciences sociales, qui regroupe les disciples du réformateur social du Frédéric Le Play ; il est membre de son conseil d’administration à partir de 1965 et le reste jusqu’à son décès. Il est correspondant national de l'Académie d'agriculture de France en 1953, il est élu membre titulaire, dans la section hors cadre, en 1968,.