Francis Marroux, né le à Montboucher-sur-Jabron (département de la Drôme), mort le Archives départementales de la Drôme, commune de Montboucher-sur-Jabron, année 1915, acte de naissance , avec mention marginale de décès, vue 16/45 à Montélimar (département de la Drôme), est un sous-officier de gendarmerie et résistant français. Il fut le chauffeur attitré du général de Gaulle, notamment lors des attentats de Pont-sur-Seine et du Petit-Clamart.

Activité dans la Résistance Francis Marroux est issu d'une famille de commerçants. Son père, Joseph Casimir Marroux, est boucher, et sa mère, Anne Marie Léa Bith, est épicière. Durant la Grande Guerre, son père est versé dans les services auxiliaires en raison de son état de santé.

Jeune brigadier cantonné au camp de Satory, Francis Marroux rejoint la Résistance au cours de l'année 1941 par l'intermédiaire d'un de ses officiers, le capitaine Robert-Pol Dupuy, tête du réseau de Satory qui noyaute la Gendarmerie de la région parisienne. Dans ce cadre, il participe aux opérations sur l'ouest et le sud de la capitaleGendarme Bertin, « Hommage au général Robert-Pol Dupuy », ministère de la Défense, septembre 1996..

En 1943, Francis Marroux prend le maquis en Dordogne avec quatre camaradesLieutenant Fournie, chef Bertoux, chef Lansemant et gendarme Poix.. Retrouvant le capitaine Dupuy, il prépare avec lui et les résistants de Limoges l'évasion d'un groupe d'officiers français internés à Évaux-les-Bains, dont deux générauxCentre national d'entraînement des forces de gendarmerie (CNEFG) de Saint-Astier, « Le général Robert-Pol Dupuy », Servir et défendre .

Sous l'impulsion de Dupuy, le secteur de la Résistance de Dordogne-sud dont le brigadier Marroux fait désormais partie reforme le Régiment d'infanterie de ligne, libère Périgueux, Angoulême, Cognac, Saintes et rejoint le général de Larminat dans les Forces françaises de l'Ouest.

Redevenu gendarme après la guerre, Francis Marroux est en poste au 1er escadron de chars de Satory. Il a le grade de maréchal-des-logis. En janvier 1959, il est appelé par son ancien chef de la Résistance, devenu colonelRobert-Pol Dupuy deviendra en 1960 général de brigade dans la deuxième section du cadre de l'État-Major général. : Robert-Pol Dupuy vient en effet d'être nommé commandant militaire du palais de l'Élysée et lui demande de devenir le chauffeur en titre du chef de l'État.

Carrière à l'Élysée thumb|right|Palais de l'Élysée, entrée. Sur le plan administratif, pour ce nouveau poste qu'il accepte, Francis Marroux est détaché de son escadron de chars jusqu'au . Après cette date, il reste détaché à la présidence de la République mais est affecté à l'escadron moto de la Garde républicaineJean d'Escrienne, « Hommage à Francis Marroux », Espoir, n° 63, archives de la fondation Charles-de--Gaulle, cote 923 ESP (page consultée le 2 octobre 2010)].

De au , date de la démission du général de Gaulle, Francis Marroux assure à l'Élysée tous les déplacements officiels du chef de l'État. Il assure aussi tous ses déplacements privés, notamment les transports à l'aérodrome de Villacoublay que le général et madame de Gaulle ont l'habitude d'utiliser pour se rendre en hélicoptère à Colombey-les-Deux-Églises. C'est lors d'un de ces trajets que la voiture conduite par Francis Marroux est prise sous le feu d'armes automatiques, au rond-point du Petit-Clamart.

Il effectue ce service durant les dix années que le général de Gaulle passe à la présidence. Désireux de suivre ce dernier après sa démission, il fait valoir ses droits à la retraite le . À cette occasion, après avoir fait toute sa carrière en tant que sous-officier d'activeFrancis Marroux termine sa carrière avec le grade d'adjudant-chef de la Gendarmerie nationale., Francis Marroux est nommé officier honoraire de la Gendarmerie nationale. S'installant dès lors au domaine de la BoisserieIl habite la maison face à la grille d'entrée de La Boisserie.Philippe de Gaulle, Charles de Gaulle, mon père : Entretiens avec Michel Tauriac, Plon, Paris, 2003, extrait dans Le Point, 18 janvier 2007 (page consultée le 2 octobre 2010)], résidence personnelle de l'ancien chef d'État, il devient son chauffeur privé et son homme de confiance.

Le , dans les minutes précédant le décès du général dans sa bibliothèque, Francis Marroux descend un matelas du premier étage et y installe le général. Aidé du médecin qui constate peu après le décès et du prêtre venu administrer les derniers sacrements, il transporte ensuite le corps dans le salon voisin où il est recouvert jusqu'à mi-poitrine du drapeau français. Après les obsèques, il reste auprès de madame de Gaulle jusqu'en , date à laquelle elle décide de s'installer dans une maison de retraite. Pour ce trajet, il la conduit une dernière fois.

Conduite durant les attentats thumb|Modèle de Citroën DS. La notoriété de Francis Marroux tient moins à son emploi à la présidence de la République qu'à la façon dont il l'a exercé et, surtout, à la période pendant laquelle il l'a exercéSans oublier sa fidélité remarquée au général de Gaulle, qu'il suit jusque dans sa retraite.. Ses quatre premières années à l'Élysée coïncident en effet avec le conflit algérien, moment où la sécurité du chef de l'État prend une importance majeure : le général de Gaulle est alors « le chef d'État le plus menacé du globe »Jacques Delarue, « Objectif n° 1 : tuer De Gaulle ! », Les Collections de L'Histoire, février 1998 . Entre mars et , par exemple, les services de police dénombrent plus d'une tentative d'assassinat par semaine contre la personne du président de la République.

De ce fait, la conduite du véhicule présidentiel fait partie des points les plus sensibles de la sécurité et Francis Marroux en a la responsabilité. « Conducteur d’une exceptionnelle qualité et d’un sang-froid à toute épreuve », il est confronté à plusieurs reprises à des situations critiques. Deux d'entre elles marquent cette période : l'attentat de Pont-sur-Seine et celui du Petit-Clamart.

Attentat de Pont-sur-Seine

Le , sur la route menant de Nogent-sur-Seine à Pont-sur-Seine, Francis Marroux conduit la DS présidentielle vers Colombey-les-Deux-Églises. Il est à la tête d'un convoi de cinq voitures et roule à . À , le véhicule qu'il conduit passe à hauteur d'un tas de sable d'où jaillit une violente explosion. Il s'agit d'un engin chargé de de plastic et d'un bidon de s de napalmL'examen des débris a été effectué par le professeur Henri Forestier, ingénieur en chef, chef du service des explosifs au laboratoire de la police, et Marc Wilmet, maître de conférence à l'École polytechnique.. Selon Armand Belvisi, un des auteurs de l'attentat condamné ensuite à six ans de prisonReportage ORTF, « A Troyes, le procès des auteurs de l'attentat de Pont sur Seine », 5 septembre 1962 document Institut national de l'audiovisuel (page consultée le 2 octobre 2010)], la puissance de la déflagration projette la DS de l'autre côté de la route. Le napalm répand immédiatement « un mur de flammes » sur la chaussée. Les flammes « montaient jusqu'en haut des arbres et couraient sur toute la route » relate ultérieurement l'aide de campValérie Alanièce, « 1961 : l'attentat raté de Pont-sur-Seine », L'Est-Éclair, 11 octobre 2009. Dans cette situation, Francis Marroux accélère pour se mettre à l'abri d'une éventuelle rafale de mitraillette tout en redressant la trajectoire du véhicule. Il ne s'arrête que quelques kilomètres plus loin afin que le président de la République et son épouse puissent changer de voiture et poursuivre leur trajet jusqu'à Colombey.

La DS objet de cet attentat était exposée auparavant dans un musée privé. au château de Montjalin, à Sauvigny-le-Bois dans l'Yonne où le propriétaire avait rassemblé une collection de voitures présidentielles. Celle-ci a été dispersée lors d'une vente aux enchères en ..

Attentat du Petit-Clamart

Plus connu car abondamment commenté, l'attentat du Petit-Clamart est un événement majeur de la carrière de Francis Marroux. Le vers , un convoi de deux voitures escortées par deux motards quitte l'Élysée sous la pluie en direction de l'aérodrome de Villacoublay. Dans le second véhicule conduit par Francis Marroux se tiennent le général et madame de Gaulle ainsi que leur gendre, le colonel Alain de Boissieu.

À , peu avant le rond-point du Petit-Clamart, dans les Hauts-de-Seine, le convoi est pris sous le feu nourri d'un commando. Cet attentat, le plus grave perpétré contre Charles de Gaulle, a été soigneusement préparé : le commando comprend douze hommes qui disposent de quatre véhicules, d'explosifs, de fusils-mitrailleurs et pistolets-mitrailleurs. La puissance de feu est considérable : on dénombrera tirées, sur la voiture présidentielle dont plusieurs à hauteur des têtes du général et de madame de Gaulle.

Dès les premiers tirs, les pneus avant de la DS présidentielle crèvent, la glace arrière vole en éclats. Dans cet état, malgré le sol mouillé et roulant sur deux jantes, Francis Marroux a la présence d'esprit de rétrograder puis accélère et maintient une vive allure jusqu'à l'aérodrome de Villacoublay. En descendant, le général de Gaulle remercie le « courageux conducteur ».

Pour son travail au service du président de la République en cette occasion et en d'autres, Francis Marroux est décoré de la Légion d'honneur à titre militaire.

Une reconstitution de la DS du Petit-Clamart est exposée au musée Charles-de-Gaulle à Lille. Racheté par le colonel Dupuy peu après l'attentat, le véhicule d'origine a été offert par sa famille à l'institut Charles-de-GaulleLes DS présidentielles, musée Charles de Gaulle, Lille (page consultée le 2 octobre 2010)]. Trop endommagé, il a été remplacé : les numéros de châssis et de moteur ainsi que la date de mise en circulation de l'automobile présentée ne correspondent pas à ceux de la DS présidentielle. Seules les plaques d'immatriculation sont d'originePascal Ceaux, « La fausse DS du Petit-Clamart », Le Monde, , 7 mars 1999. en ligne sur lissey.e-monsite.com (page consultée le 2 octobre 2010)]..

Notoriété Militaire soumis au devoir de réserve, Francis Marroux n'a jamais accordé aucune interview pendant son service actif. Il n'a pas, non plus, répondu aux demandes des journalistes et éditeurs après sa retraiteCes demandes furent particulièrement nombreuses après la démission puis le décès du général de Gaulle.. En dépit de cette discrétion, son rôle à la présidence de la République reste très documenté.

La plupart des ouvrages biographiques consacrés au général de Gaulle mentionnent son nom et son action déterminante en certaines circonstances. Tous les articles de presse et essais concernant l'attentat du Petit-Clamart soulignent bien évidemment son rôle. L'amiral Philippe de Gaulle l'évoque à plusieurs reprises dans un livre d'entretiens consacré à son père. Il faut également mentionner son apparition dans des ouvrages romanesques, notamment le best-seller de Frederick Forsyth, Chacal, adapté par la suite au cinéma, qui le cite nommément et de façon détailléeEn particulier, Frederick Forsyth explique à ses lecteurs : « Ses nerfs à toute épreuve, la rapidité de ses réflexes et sa technique au volant lui avaient valu d'être nommé chauffeur personnel de de Gaulle » (p. 11). Plus loin : « Deux pneus lacérés par les projectiles accusèrent une telle baisse de pression qu'à cette vitesse élevée, la voiture amorça une embardée et se mit à déraper de l'avant. Ce fut alors que Francis Marroux sauva la vie du Président » (p. 17)., lui donnant une certaine célébrité outre-AtlantiqueCf. les nécrologies citées en note ci-dessous..