Le Rossignol philomèle (Luscinia megarhynchos) est une espèce d’oiseaux de la famille des Muscicapidae.

Ce passereau à bec fin est connu pour son chant, qui est un des plus mélodieux mais aussi des plus complexes, on dit qu'il chante, gringotte, quiritte ou trille, de jour comme de nuit. Il a fasciné les chercheurs qui ont dénombré entre 120 et 260 séquences différentes, elles durent en général de 2 à 4 secondes. Le jeune mâle apprend à chanter en écoutant les plus expérimentés et marque ainsi son territoire, ou tente de séduire les femelles. Dès qu'ils sont appariés, les mâles s'arrêtent généralement de chanter la nuit. Ceci laisse supposer que le célèbre chant nocturne sert avant tout à attirer les femelles. Les trilles du rossignol étaient jadis réputés calmer la douleur, accélérer les guérisons et adoucir la mort comme l'évoque le conte de Hans Christian Andersen Le Rossignol et l'Empereur de Chine.

Description Le rossignol est un passereau de taille moyenne avec un plumage principalement marron et blanc. Ses parties supérieures sont marron avec des teintes rougeâtres, complétées par une queue rousse distinctive. Ses parties inférieures sont grises-blanches, avec une gorge blanc cassé et marron sur les côtés. Sa poitrine est brun-grise, sans tâches. Son œil est noir, cerclé de beige clair. Il possède des pattes assez longues, de couleur rose-brun plutôt terne. Son bec est marron avec une base légèrement plus pâle, et mesure entre .

Le mâle et la femelle arborent le même plumage. Les juvéniles possèdent des taches pâles sur le dessus et des pointes noires sur les plumes de ses parties inférieures.

Son envergure est de pour une hauteur entre ⁣ ; il pèse de .

Chant et vocalisations Le rossignol philomèle est particulièrement connu pour son chant mélodieux, puissant et très varié. Il est constitué d'une succession de phrases durant entre 2 et 4 secondes entrecoupées de pauses de même durée.

Il chante principalement la nuit, pour attirer un partenaire, mais également le jour (mais généralement de manière moins variée). Il chante également durant son hivernage pour défendre son territoire, mais son chant est là aussi moins varié.

Comportement

Alimentation Le rossignol se nourrit majoritairement d'invertébrés, en particulier de scarabées et de fourmis, durant toute l'année ; il complémente son alimentation de fruits, faux-fruits et de baies (notamment les fraises, des fruits du cerisier à grappes ou encore de cassis) et de graines à la fin de l'été et en automne.

Il trouve sa nourriture au sol parmi les feuilles, mais aussi sur les basses branches et les feuilles, volant occasionnellement pour attraper une proie.

Reproduction

La période de reproduction a lieu de fin avril à la mi-juillet en Europe ; légèrement plus tard en Afghanistan et plus tôt au Maroc et en Algérie. Son nid est peu ordonné et bas (rarement au-dessus de ), voire à même le sol. Il est en forme de bol, et constitué de feuilles mortes et d'herbes, doublées d'herbes fines, de plumes et de poils.

La femelle pond de 4 à 7 œufs qui sont bleutés ou verdâtres, légèrement parsemés de taches marron ou rouges. L'incubation dure entre 13 et 14 jours. Les jeunes sont nidicoles, ils quittent le nid entre le et le ; le vol suit quelques jours plus tard. Les petits deviennent totalement indépendants 15 à 30 jours après leur envol. La première nidification se passe au printemps suivant et les rossignols philomèles vivent jusqu'à 6 ans.

Le rossignol niche généralement au même endroit chaque année, en particulier pour les mâles. Il réalise souvent deux nichées par an, la femelle commençant parfois l'incubation de la seconde alors que le mâle termine de s'occuper de la première.

Répartition et habitat

Répartition Cet oiseau est répandu à travers l'écozone paléarctique occidentale et de manière plus disparate vers l'est (notamment les régions élevées de l'Asie centrale). On le retrouve dans les régions de basse altitude de l'Europe, son aire étant limitée au nord par le sud de l'Angleterre et le nord de l'Allemagne, et au nord-est par le centre de la Pologne et le sud de l'Ukraine. On le retrouve aussi sur une partie de la côte nord-africaine, au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Il est également présent plus à l'est, en Turquie, au Moyen-Orient et dans plusieurs pays d'Asie centrale, jusqu'à l'ouest de la Mongolie. La sous-espèce principale s'étend globalement jusqu'à la Turquie, les territoires plus à l'est étant occupés par les sous-espèces africana et golzii. vignette|Répartition géographique des sous-espèces du rossignol philomèle La population de rossignols a chuté de 90 % au Royaume-Uni depuis les années 1960https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/la-nature-berlinoise-devenue-le-refuge-des-rossignols_133925.

Migration Le rossignol philomèle est un grand migrateur nocturne. Début septembre, il migre vers l'Afrique subsaharienne en passant par le détroit de Gibraltar ou par des endroits où l'étendue maritime est limitée. Il arrive dans ses quartiers d'hiver entre octobre et début décembre. Il ne repart vers le nord qu'à partir de la mi-mars, jusqu'au début avril.

Les sous-espèces africana et golzii passent par l'Arabie pour migrer en Afrique de l'Est, également aux alentours de septembre pour une arrivée au Kenya en novembre ou début décembre, et un retour entre fin mars et début avril.

Habitat En Europe, il vit principalement dans deux types d'habitats : les boisements ouverts comportant des fourrés, proches de l'eau et la lisère ou les clairières des forêts de feuillus ou de pins. Il peut aussi fréquenter les jardins et les terres cultivées. On le trouve plutôt à basse altitude, typiquement jusqu'à dans le nord et l'ouest et dans le sud de l'Europe.

Dans sa zone d'hivernage en Afrique, on le trouve en lisère des forêts denses, les fourrés, la savane, les prairies près des cours d'eau, les clairières et d'autres environnements aux herbes suffisamment denses. On peut le retrouver jusqu'à 1600 m d'altitude.

Le Rossignol philomèle et l'humain

Symboles Dans les traditions populaires, le rossignol annonce le printemps, c'est l'oiseau du mois de mai, mais il est aussi et surtout le symbole de l'amour. Le comté de Nice a conservé son Rossignol qui vole. dans les chants traditionnels et les rondes de mai, dont le thème a inspiré Tchaïkovski pour son Humoresque opus 10-2. Ode à un rossignol est un poème où John Keats se fond dans le chant du rossignol et l'émotion qu'il procure, meurt en lui puis comprend l'éternité de ce chant sans jamais pouvoir l'atteindre.

Mythologie, littérature Admirable chanteur« [I]l est supérieur à tous [les autres oiseaux] par la qualité et la puissance de sa voix, par la beauté de son timbre, par sa virtuosité, et surtout par l'art merveilleux avec lequel il passe d'un tempo à l'autre, d'une nuance à l'autre, d'une attaque à l'autre, opposant ou entremêlant avec une aisance souveraine : le lent au vif, le pianissimo au fortissimo, le staccato au legato » (Olivier Messiaen, Traité de rythme, de couleur, et d'ornithologie, Leduc, Paris, 1994-2002, Tome 5, . : « Chants d'oiseaux d'Europe », pp. 422-3, que l'on entend mais que l'on ne voit que rarement, le rossignol est à l'origine d'un grand nombre de récits mythologiques, de légendes et de récits populaires qui tentent de donner une explication à ce que l'on observe dans la nature, ou ce que l'on sait ou l'on croit savoir sur la vie de cet oiseau. On a retrouvé un caractère triste, peut-être majoré par le fait qu’il est entendu principalement pendant la nuit, au chant du rossignol, et on a identifié une espèce de ce dernier à un personnage mythologique, Philomèle, qui, violée par son beau-frère Térée, se venge d'une manière terrible et sera transformée en rossignol, condamnée à chanter ses lamentations pour toujoursLa tradition bouddhiste nous offre un exemple de métamorphose, non pas d'un humain en oiseau ou autre animal, mais l'inverse : Bouddha aurait récompensé un rossignol pour son beau chant en le transformant en un poète, Mātr̥ceṭa, qui aurait vécu pendant le de notre ère en Inde. Voir Ven. S. Dhammika, Mātṛceṭa’s Hymn to the Buddha. An English Rendering of the Śatapancāśatka, Buddhist Publication Society, Kandy (Sri Lanka), 1989. C'est un mythe très ancienUne métope du temple d’Apollon à Thermon ou Thermos (Étolie), datée du avant notre ère, représente pour la première fois deux personnages qui ont pu être identifiées comme Philomèle et sa sœur Procné, issues de ce mythe. Voir Claudia Antonetti, Les Étoliens. Image et religion, Paris, 1990, p. 174 sq., repris entre autres dans les Métamorphoses d’OvideOvide, « Progné et Philomèle », Métamorphoses, Livre VI, Tome II, Paris, 1955, pp. 16-24. Le rossignol a inspiré d’innombrables écrivains et artistes : Pétrarque aussi était attiré par la tristesse qu’il percevait dans le chant du « rossignol [qui] si suavement pleure [...] Qu'il emplit de douceur le ciel et les campagnes Par tant d'accords si pitoyables et savantsPétrarque (tr. Gérard Genot), Chansonnier. Rerum vulgarium fragmenta, Les Belles Lettres, Paris, 2009, Tome I, poème 311, p. 422. L'original va comme suit : « rosigniuolo, che sì soave piagne [...] Di dolcezza empie il cielo et le campagne Con tante note sì pietose et scorte. » (ibid., CCCXI, p. 423). »