Adivasis (ou Ādivāsīs) et Aborigènes de l'Inde sont des termes collectifs qui désignent les tribus du sous-continent indien considérées comme autochtones dans des régions forestières de l'Inde où elles vivent, en tant que cueilleurs ou en tant que communautés tribales sédentaires. Ces tribus forment une minorité substantielle de la population du pays.
Elles représentent 8,6 % de la population du pays en 2018, soit plus de 100 millions de personnes. Ces populations sont très fortement atteintes par la pauvreté, la discrimination et l'exclusion sociale. En 2018, 81,4 % des adivasis sont considérés comme pauvres.
Elles sont particulièrement nombreuses dans l'Odisha, le Bihar, le Jharkhand, le Chhattisgarh, le Tripura, mais également en Assam et dans les États du Nord-Est tels que le Mizoram, Nagaland et l'Arunachal Pradesh.
Adivasis et castes
Les Adivasis sont officiellement reconnus suivant la constitution indienne comme (« tribus répertoriées »). Ils sont souvent regroupés avec les (« castes répertoriées », c'est-à-dire les « intouchables ») dans la catégorie , qui bénéficient d'avantages suivant le principe de la discrimination positive.
Vivant généralement dans des régions reculées et restant hors du grand courant de la civilisation indo-européenne qui façonne le sous-continent indien depuis le , ils ont été largement ignorés des autres Indiens jusqu'à la période du Raj britannique où l'exploration méthodique du territoire par les colonisateurs les a mis en lumière. Ils ne constituent en aucun cas un groupe homogène. Le Sri Lanka possède sa propre population aborigène, les Vedda.
Vue géographique
On dénombre en Inde 705 tribus répertoriées pour une population de 104 millions de personnes (recensement de 2011) soit 8,6 % de la population indienne. Ces populations comptent pour 95 % de la population du Mizoram (chrétiens à 87 %), 89 % du Nagaland (chrétiens à 90 %), 80 % du Meghalaya, 65 % de l'Arunachal Pradesh, 34 % du Manipur, 32 % du Tripura et Chhattisgarh, 26 % du Jharkhand, 22 % du Sikkim, 22 % de l'Orissa, 21 % du Madhya Pradesh, 15 % du Gujarat, 12 % du Rajasthan et 12 % de l'Assam) Tribes with more than 5 Lakh (500.000) of Population as per census 2001 .
83,2 % des Adivasis vivent dans les états de Madhya Pradesh, Maharastra, Orissa, Gujarat, Rajasthan, Jharkhand, Chhatishgarh, Andhra Pradesh, Telangana, Bengale occidental et Karnataka.
Nombre d'Adivasis vivent en bordure de l'Himalaya et dans le Jammu-et-Cachemire, l'Himachal Pradesh et l'Uttarakhand à l'ouest jusqu'à l'Assam, le Meghalaya, le Tripura, l'Arunachal Pradesh, le Mizoram, le Manipur et le Nagaland au nord-est. Dans ces États du Nord-Est, jusqu'à 95 % de la population est aborigène.
Une autre forte concentration d'Adivasis se retrouve sur le plateau d'Inde centrale (Chhattisgarh, Madhya Pradesh, Orissa et, à un moindre degré, Andhra Pradesh) ; dans cette zone bordée par la Narmadâ au nord et la Godâvarî au sud-est, les peuples tribaux occupent les pentes montagneuses de la région. Les Santals (la troisième tribu en Inde) habitent le Jharkhand, au Bengale-Occidental, et forment même une minorité substantielle au Bangladesh.
On rencontre de plus petits nombres d'Adivasis au Karnataka, en Andhra Pradesh (6 % de la population), au Tamil Nadu et au Kerala (1 % de la population dans ces deux États), concentrées notamment le long des Ghats occidentaux ou orientaux.
Seulement 2,4 % des tribus vivent en ville.
Critères de tribalité
Mis à part les critères strictement légaux, le problème de la détermination de l'appartenance des groupes ethniques aux plutôt qu'au ou aux est une chose subtile et complexe car elle a des implications en matière économique, du fait des avantages de la discrimination positive, et législative et cette appartenance est souvent controversée.
Un certain nombre de critères ont été définis comme établissant une nature tribale plutôt qu'une nature de caste. Parmi ceux-ci, on compte la langue, l'organisation sociale, l'affiliation religieuse, les modèles économiques, la situation géographique et l'auto-identification comme telle. Les tribus ainsi identifiées vivent généralement dans des régions accidentées à l'écart des populations qui suivent le système des castes ; elles parlent aussi généralement une langue identifiée comme tribale.
À la différence du système des castes, qui organise un système complexe local d'inter‑relations et d'échanges économiques, les tribus tendent à former des unités économiques autosuffisantes. Elles pratiquent souvent la culture sur brûlis plutôt que l'agriculture intensive typique de la majeure partie de l'Inde rurale. Pour la plupart des aborigènes, les droits d'utilisation du sol dérivent simplement et traditionnellement de leur appartenance tribale. La société tribale tend à être égalitaire, la position de chef est légitimée plutôt par des considérations de valeurs personnelles que par l'hérédité. Les religions tribales n'identifient aucune autorité en dehors de la tribu.
Cependant, n'importe lequel de ces critères peut être remis en question en considérant des exemples spécifiques. La langue n'est pas toujours un indicateur précis du statut tribal ou de caste. En particulier, dans les régions qui ont connu un grand brassage de population, nombre de groupes tribaux ont perdu leurs langues originelles et parlent maintenant une langue locale ou régionale. Dans certaines parties de l'Assam, autrefois divisées en tribus et villages continuellement en guerre, un contact accru entre villageois a commencé durant la période coloniale, et s'est accéléré depuis l'indépendance. Un pidgin assamais s'est alors développé, tandis que les membres des tribus les plus instruits apprenaient l'hindi puis l'anglais vers la fin du .
L'auto-identification comme individu tribal et la fidélité au groupe ne sont pas non plus des marqueurs infaillibles d'identité tribale. Dans le cas des tribus aux organisations sociales stratifiées, les fidélités au clan ou à la famille peuvent prédominer très largement sur celles dirigées vers la tribu. En outre, des tribus ne peuvent pas toujours être considérées comme des groupes vivant hors de la société indienne et leur degré d'isolement a changé grandement avec le temps. Les Gonds, les Santals et les Bhîls ont traditionnellement dominé les régions dans lesquelles ils vivent. De plus, la société tribale n'est pas toujours plus égalitaire que le reste de l'Inde rurale ; certaines grandes sociétés tribales, comme celles des Gonds par exemple, sont fortement stratifiées.
Les grandes fluctuations dans les évaluations des populations tribales du sous-continent montrent toute la difficulté à définir clairement la distinction entre ce qui relève du tribal et du non tribal et donc des critères retenus lors des recensements. Ainsi, celui de 1931 comptait 22 millions d'aborigènes, celui de 1941 n'en identifiait plus que 10 millions. En 1961, ce nombre passait à quelque 30 millions pour finir en 1991 à presque 68 millions.
Ces fluctuations des données des recensements montrent aussi le rapport complexe entre la caste et la tribu. Bien que, en théorie, ces limites soient censées représenter différents modes de vie et identifier des types idéaux, leurs variations reflètent en réalité les différences d'appréciation concernant un continuum de groupes sociaux. Dans les zones où un contact substantiel a eu lien entre les tribus et la société plus générale indienne structurée par le système des castes, les pressions sociales et culturelles ont eu souvent tendance à transformer la tribu, avec les années, en une nouvelle caste intégrée dans le système. Les peuples tribaux qui ont manifesté des ambitions d'intégration sociale dans la société indienne générale ont ainsi joué la carte de la classification comme caste pour leurs tribus. Occasionnellement, une tribu ou une partie significative d'une tribu a rejoint une secte de l'hindouisme pour s'intégrer en masse dans le système de caste. Les pratiques traditionnelles suivies par de telles tribus lorsqu'elles sont considérées comme impures, ont des répercussions sur leur position d'intégration dans la hiérarchie des castes.
Depuis l'indépendance, cependant, les avantages spéciaux accordés aux aborigènes ont freiné la tendance vers cette intégration et aident à l'affirmation et au maintien des identités tribales. Un statut a ainsi été accordé en 2004 aux Parsis, qui ont une implantation urbaine et qui connaissent de manière générale une certaine prospérité bien que leur communauté soit en déclin, de façon à aider au maintien de leur identité distinctive.
Éducation Le travail d'évangélisation comprenait toujours une dimension éducative. Tout naturellement les premières écoles ouvertes dans les régions tribales furent des écoles missionnaires chrétiennes. Au fur et à mesure que l'éducation progressait, des collèges, lycées et instituts universitaires furent créés. Négligés et complètement ignorés par les autorités anglaises (qui divisèrent d'ailleurs le pays sans aucun respect des entités géographiques tribales), les groupes tribaux se firent mieux entendre du gouvernement indien après l'indépendance de 1947. Un système éducatif officiel fut introduit dans les secteurs tribaux et des places progressivement réservées pour les enfants aborigènes dans les collèges, les lycées et les établissements d'enseignement supérieur dirigés par l'État. Malgré l'importance et l'attention donnée officiellement à l'éducation des jeunes, les efforts pour améliorer le niveau éducatif des tribus ont eu des résultats mitigés. Le recrutement de professeurs qualifiés et la détermination de la langue appropriée pour les apprentissages demeurent également problématiques. Les commissions organisées les unes après les autres sur la « question de langue » ont décidé que l'instruction, au moins au niveau primaire, devait être faite dans la langue maternelle des élèves. Cependant, dans quelques régions, les enfants aborigènes entrant à l'école doivent commencer par l'apprentissage de la langue régionale officielle, une langue souvent sans aucun lien avec leur langue tribale.
Nombre d'écoles tribales sont frappées par un taux élevé d'abandon en cours de scolarité. Les enfants suivent généralement les trois ou quatre premières années de l'école primaire où ils acquièrent une certaine éducation qui sera souvent négligée et oubliée par la suite. Peu d'entre eux continuent jusqu'en troisième ( grade) et entrent au lycée. Les membres de tribus agraires comme les Gonds sont souvent peu disposés à envoyer leurs enfants à l'école, ayant besoin d'eux pour travailler dans les champs.
À l'inverse, dans le nord-est du pays où des tribus sont restées longtemps sans contact avec la société générale de l'Inde, l'éducation a permis aux membres des tribus de bénéficier, dans la période récente, des avantages politiques et économiques qui leur étaient destinés. Le système éducatif a permis dans ce cas de former un corps composé de membres des populations tribales occupant des professions hautement qualifiées et des postes administratifs de haut rang.
Anthropologie, économie et géopolitique
La plupart des tribus aborigènes sont concentrées dans des secteurs très forestiers qui combinent inaccessibilité et intérêt politique ou économique limité. De tous temps, l'économie de la plupart des tribus était caractérisée par une agriculture de subsistance, la chasse et la cueillette. Traditionnellement, les aborigènes cantonnaient leur contact avec l'extérieur à quelques produits de première nécessité qui leur manquaient, comme le sel et le fer, et dépendaient d'artisans locaux pour la fourniture d'articles comme les ustensiles de cuisine.