Le Trièves est une petite région naturelle située dans le sud du département de l'Isère, dans les Alpes françaises. Il s'agit d'une dépression localisée dans les Alpes externes dont le nom est également utilisé par la structure intercommunale, la communauté de communes du Trièves dont le siège est installé à Monestier-de-Clermont.
Le Trièves s'inscrit également, dans son intégralité, depuis 2015, dans une autre instance administrative, le canton de Matheysine-Trièves dont le bureau centralisateur est situé à La Mure.
Ce territoire, drainé par l'Ébron et ses affluents, est délimité géographiquement : au nord par le col de l'Arzelier et la vallée de la Gresse avec le secteur de la CluzeLe secteur nord est généralement dénommé « Porte du Trièves » jusqu'au col du Fau. ; à l'est par le cours du Drac et le massif du Dévoluy ; à l'ouest par la limite orientale de la chaîne subalpine du Vercors ; au sud par le col de la Croix-Haute.
Historiquement, une partie de ce territoire comprenant cinq paroisses (formé aujourd'hui par les cinq communes de Monestier-de-Clermont, Roissard, Saint-Paul-lès-Monestier, Sinard et Avignonet) porta le nom de « la vicomté de Trièves » jusqu'à la Révolution françaiseSite de la ville de Monestier-de-Clermont, page histoire..
Toponymie Que ce soit en raison d'un peuple antique ou d'un ancien réseau routier, il semble établi que le chiffre « trois » puisse avoir une réelle importance dans l'origine étymologique du nom du Trièves.
Le peuple celto-ligure de la Gaule narbonnaise dénommé les Tricorii, terme signifiant en gaulois les « trois armées » ou les trois tribus, peut être une explication quant à l'origine du nom de cette régionTricores / Tricoriens, L'arbre celtique..
Cependant, selon l'Académie royale des inscriptions et des belles lettres qui publia un article sur ce sujet dans son ouvrage dénommé les « antiquités de France », le nom de Trièves, « Triviæ » en latin, serait issu du culte de Diane-Trivia que l'on honorait aux carrefours des routes. Cet ouvrage précise également que ce nom concernerait les trois routes historiques de la vallée : la première route vers l'est pour se rendre à Gap, la deuxième, transversale du nord vers le sud, pour se rendre de Grenoble en Provence et la troisième vers l'ouest pour se rendre à Die et dans le DioisMémoire de l'Académie royale des inscriptions et des belles lettres, deuxième série, édition de 1843, page 437..
Géographie
Situation, topographie Le Trièves est un territoire de moyenne montagne (entre 500 et d'altitude) lové entre les massifs qui l'entourent de trois côtés : ouest (massif du Vercors), sud et est (chaînon de l'Obiou - massif du Dévoluy). Seul le côté nord est ouvert, mais il est séparé du territoire voisin de la Matheysine par les profondes gorges du Drac. C'est donc une sorte de forteresse naturelle, qui a donné son caractère particulier à cette région assez isolée, et telle qu'a pu la décrire un écrivain comme Jean GionoEspace Giono, site Trièves-Vercors. Le Trièves appartient encore aux Alpes du Nord mais se situe juste à la limite géographique des Alpes du Sud, sur l'autre versant du col de la Croix-Haute.
Ce territoire montagneux, situé à l'extrémité méridionale du sillon alpin dont il est le cul-de-sac, réunit une trentaine de communes, formant la communauté de communes du Trièves après la fusion, en 2011, des trois cantons : Clelles, Monestier-de-Clermont et Mens. Situé sur l'axe Grenoble-Marseille, il est traversé par la RD 1075 et la ligne SNCF Grenoble-Veynes.
vignette|center|upright=3.2|Panorama sur le Trièves et le Vercors depuis le mont Aiguille.
Géologie
vignette|gauche|La petite vallée de Chichilianne en bordure du Trièves vue depuis les hauts plateaux du Vercors avec le mont Aiguille à gauche et la tête Chevalière à droite.
La plus grande partie du territoire du Trièves, axé autour du territoire de Mens, se présente sous la forme d'une vaste dépression ouverte vers le nord et dont le fond semble plutôt aplani, à l'exception de quelques ravines qui l'entament assez profondément et qui sont drainées par l'Ébron, un torrent qui naît au pied du Grand Ferrand, dans le bassin de Tréminis, à une altitude de , et se jette dans le Drac dans le lac de Monteynard-Avignonet. La cuvette était occupée durant certaines périodes glaciaires par un lac formé par le barrage des vallées aval par les glaciers de l'Isère et de la Romanche..
Une grande corniche cerne cette dépression du côté occidental et méridional. Celle-ci se rattache donc, à ce niveau, au sillon subalpin. Elle se présente, comme un repliement de ce dernier s'enfonçant vers le sud-ouest en direction du col de la-Croix-Haute et se ferme du côté est au pied de la Grande Tête de l'Obiou, sommet septentrional du massif du Dévoluy.
vignette|Le mont Barral, la muraille orientale du Vercors et l'ouest du Trièves, vus depuis la crête de Larchat.
Vu depuis le sud, le soubassement rocheux du Trièves est en grande partie formé par les terres noires du Jurassique supérieur, qui sont majoritairement recouvertes en surface par des alluvions quaternaires surtout formées de terrasses emboitées, d'origine rissiennes et wurmiennesTrièves et basse vallée du Drac, geol-alp..
Climat
Secteur limitrophe des Alpes du Sud, le Trièves est une région de transition climatique entre le climat semi-continental de la région de Grenoble et le climat sub-méditerranéen des moyennes montagnes dans les Hautes-Alpes.
L'ensoleillement, déjà élevé à Grenoble (environ annuelles) est encore plus élevé dans le Trièves (environ ). Par ailleurs, la pluviométrie est relativement basse sur ce territoire, en comparaison de sa latitude. La situation dans un cadre montagneux favorise l'assèchement de l'air.
L'hiver, ce côté méridional est nuancé par l'altitude relative du plateau (700 mètres en moyenne). Il neige donc abondamment, mais le climat reste légèrement plus doux que dans le reste des Alpes du Nord à altitude équivalente.
Comme dans la région de Grenoble, l'effet de foehn arrive parfois par le sud, réchauffant ainsi la masse d'air instantanémentL'effet de foehn dans le sud grenoblois..
Faune et flore vignette|Pinèdes sur les rives de l'Ébron à hauteur du lac de Monteynard-Avignonet. vignette|Une des nombreuses forêts sèches du Trièves, en bord de route.
Ce climat de transition se traduit par la présence d'une végétation typiquement méridionale sur les collines. L'effet est accentué sur les versants orientés au sud et à l'ouest. Les grandes forêts sèches composées exclusivement de pins sylvestres et d'alisier blancs ne sont pas rares.
Le Trièves jouit d'une diversité naturelle remarquable du fait de sa situation géographique et de son altitude (de 850 à ). On y compte de très nombreuses espèces de plantes aux vertus médicinales (en attente de développement) ainsi qu'une faune variée.
La forêt du Trièves Caractéristiques La superficie totale de l'espace boisé de la communauté de communes du Trièves est de . Cet espace est partagé entre de forêts publiques et de forêts privéesTrièves - Régions du projet BioRegion.eu..
La forêt publique est gérée par l'Office national des forêts qui apporte une recette non négligeable aux collectivités et à l'État. La forêt privée, bien que plus étendue, reste économiquement moins productive car elle très morcelée et donc moins organisée au niveau commercial.
La forêt du Trièves se compose essentiellement de Pinales ou résineux avec une grande majorité de pins dont le pin sylvestre qui reste l’essence forestière la plus répandue, le pin à crochets en altitude, et le pin noir, en reboisement, notamment dans la forêt domaniale du Trièves occidental. Au-dessus de 800 mètres d’altitude du côté l’adret des vallées, les peuplements de pins sont absorbés par des formations naturelles de sapin pectiné.
La charte forestière Une charte forestière, document de planification élaboré avec le concours de les représentants des usagers de la forêt, (propriétaires forestiers, chasseurs, simples randonneurs. Cette charte définit principalement les actions prioritaires à mettre en œuvre pour dynamiser l'exploitation et l'usage du bois au niveau localCharte forestiere du Trièves 2014-2020 - Plan d'actions, Communauté de communes du Trièves..
Histoire Préhistoire et Antiquité Le fond de population est possiblement ligure. À la période gauloise, les habitants du Trièves s'appelaient les Tricorii (c'est-à-dire en gaulois « les trois tribus » ou plus probablement « les trois armées » voir aussi Petrocorii), et avaient des liens avec la puissante tribu des Voconces. Ils sont cités par Pline, Strabon (notamment dans son ouvrage Geographica IV, 6), et Tite-Live. Il existe un peuple homonyme émigré de Bretagne insulaire, qui donna son nom au Trégor en Bretagne continentale.
Un gros bloc de calcaire dont la partie supérieure est plate, horizontale et sans aspérités, située au-dessus de Mens, sur le chemin du Châtel, est considérée comme une « pierre des sacrifices ». Son origine ancienne est évidente et une légende locale attribue son usage sacrificiel par des peuples antiques sans que ce fait soit avéréJean-Louis Nègre, La pierre des sacrifices, 6 mai 2008.. Un autre bloc de calcaire taillé en forme de Parallélépipède rectangle, et dont la masse est estimée à environ dix tonnes, est situé au col du Fau sur le territoire de la commune de Monestier-de-Clermont. Sa face supérieure, la seule visible par les promeneurs, présente une légère inclinaison en direction du nord.
Moyen Âge et Renaissance La région dépend de l'évêché de Die. Un pèlerinage local se développe dans le vallon d'Esparron, sur le chemin du col de Menée, à la suite d'une apparition de la Vierge à des muletiersSite trieves-vercors.fr, page "Ermitage Notre Dame d'Esparron", consulté le 20 octobre 2019. Au , Mens devient véritablement la principale ville du Trièves, avec son marché hebdomadaire où les cours des denrées et des bestiaux étaient fixés.
Durant les guerres de religion qui durèrent de 1562 à 1589, la petite cité de Mens se transforme en un fief huguenot. Le dernier connétable de France, François de Bonne de Lesdiguières, ami personnel du futur roi Henri , y établit le centre de ses opérations militaires pour lancer diverses opérations dans le Dauphiné. Celui-ci en profitera pour renforcer les fortifications de la petite cité, lesquelles seront ensuite démolies durant le règne de Louis .
Temps modernes La révocation de l'édit de Nantes par le roi Louis en 1685, qui entraîne l'interdiction de la pratique du protestantisme dans le royaume, touche la communauté protestante du Trièves, bien que la communauté de Mens réussisse à rester fidèle à la réforme grâce à une indifférence bienveillante qui évolue progressivement en une tolérance assez exceptionnelle jusqu'à la Révolution françaiseLumières sur Rhône-Alpes - Les protestants du Trièves, site de l'INA..
Époque contemporaine La communauté de communes du Trièves est créée le , à la suite de la fusion des trois anciennes communautés de communes qui organisaient cette petite région, permettant ainsi une gestion locale unique pour l'ensemble du territoire.
Un projet d'autoroute correspondant à un raccordement des deux parties de l'autoroute A51, entre Monestier-de-Clermont (col du Fau) et Gap (La Saulce) est proposé dans les années 1990. Le tracé dit « par l'est de Gap » entraînerait une traversée du Trièves. En 2018, à la suite des difficultés d'assurer un financement pérenne, le projet n'est toujours pas abouti, et fait encore l'objet d'une forte opposition au niveau localÈv. M, Le groupe écologiste et le groupe PCF demandent l’avis de décès de l’A51, Le Dauphiné libéré, 20 octobre 2017..
Activités Vie économique et sociale Après avoir souffert de l'exode rural dans les années 1950 et 1960, le Trièves est devenu un lieu de résidence secondaire des Grenoblois.
Secteur agricole