William Murray, né le et mort le , également appelé baron Mansfield, est un barrister, homme politique et juge britannique connu pour sa réforme de la loi anglaise. Né dans la noblesse écossaise, il reçoit son éducation à Perth avant de déménager à l'âge de pour étudier à la Westminster School. Il est accepté au collège Christ Church de l'université d'Oxford en , et acquiert rapidement une bonne réputation en tant que barrister.
Impliqué dans la politique à partir de 1742, il est tout d'abord élu membre du Parlement (« MP ») pour le borough de Boroughbridge, et est choisi pour le poste de solliciteur général. En l'absence d'un procureur général assez puissant, il devient le principal porte-parole pour le gouvernement à la Chambre des communes, où il se fait remarquer pour son et est décrit comme de la chambre. À la suite de la promotion de sir Dudley Ryder en tant que lord juge en chef, il devient procureur général, et lorsque Ryder meurt de manière inattendue quelques mois plus tard, c'est Mansfield qui prend sa place.
En tant que lord juge en chef, Mansfield modernise à la fois la loi anglaise et le système des tribunaux anglais ; il accélère les dépôts de requêtes et réforme la manière dont les jugements sont donnés afin de réduire leur durée et leurs coûts pour les parties. À la suite des procès Carter vs Boehm et Pillans vs Van Mierop, il est considéré comme le fondateur du droit commercial anglais. Il est probablement plus connu pour son jugement dans l'affaire Somersett, où il conclut que l'esclavage est illégal en Angleterre (bien que cela n'arrête pas le trafic).
Jeunesse et éducation William Murray naît le au palais de Scone dans le Perthshire en Écosse. Il est le quatrième fils de David Murray, Vicomte de Stormont, et Margaret Scott ., et fait partie d'une fratrie de onze enfants ... Ses parents sont de fervents jacobites.., et son grand frère James suit Jacques François Stuart en exil.. Les sympathies jacobites de la famille de Murray sont cachées par ses contemporains, qui déclarent même qu'il a étudié à la King Edward VI School de Lichfield avec d'autres personnages de la justice anglaise. Il est en fait scolarisé à la Perth Grammar School, où il apprend le latin, l'anglais et les techniques rédactionnelles. Il dira plus tard que cela lui donna un grand avantage à l'université par rapport aux étudiants anglais qui avaient appris le grec et le latin, mais pas la rédaction en anglais.. À la Perth Grammar School, il devient évident que Murray est particulièrement doué et, en 1718, son père et son grand frère James décident de l'envoyer à la Westminster School, dont James connaît le doyen, Francis Atterbury. Le voyage entre Perth et Londres, distantes de , dure .. Murray s'épanouit à Westminster et entre à la fondation King's Scholar, réservée à l'élite, le .
Après un examen en , Murray est accepté au collège Christ Church, avec le meilleur résultat des King's Scholar de sa promotion.. Il est admis parmi les membres de l'université le ; il est inscrit dans le registre comme venant de Bath au lieu de Perth, car la personne chargée d'enregistrer les noms des nouveaux étudiants était incapable de comprendre son accent écossais. James est barrister en Écosse, et sa famille décide que c'est aussi le meilleur choix pour William. Le barreau était surpeuplé à l'époque, ce qui rendit difficile pour un jeune avocat de construire sa réputation, en plus du fait que le droit d'entrée était extrêmement élevé.. Grâce au mécénat de Thomas Foley, premier baron Foley, qui donne par an à Murray, ce dernier parvient à étudier au barreau, et devient membre de la Lincoln's Inn le .
Après le décès de George le , Murray remporte une compétition dont le but est d'écrire un poème intitulé The Death of the King (« La Mort du Roi »).. Cet évènement est vu comme un rattachement à la maison de Hanovre et un politique, fait étrange quand on considère les sympathies jacobites de sa famille. L'explication la plus probable est qu'à court d'argent, il souhaitait s'assurer le mécénat et pouvoir ainsi progresser en politique. Une autre raison est la présence en compétition de son rival éternel, William Pitt.. Il y a très peu d'informations concernant Murray à l'époque où il était à Oxford. Il étudie l'histoire ancienne et moderne, apprend le français et acquiert de solides connaissances en droit romain.. Il apprend aussi le latin, et traduit les œuvres de Cicéron en anglais, puis à nouveau en latin. Il décroche son diplôme de Bachelor of Arts en 1727, et voyage à Londres en tant que barrister.
Barreau anglais Son premier contact en arrivant à Londres est William Hamilton, un barrister dont on dit qu'il est le premier Écossais à avoir exercé au barreau anglais, et un des seuls qualifiés pour exercer à la fois en Angleterre et en Écosse.. Hamilton était un des garants de Murray lors de son entrée à la Lincoln's Inn en 1724, et l'aide à s'installer dans ses chambres de juges, au de l’Old Square. À l'époque, il n'y a pas de formation légale formelle, et la seule nécessité pour qu'une personne puisse être officiellement barrister est d'avoir dîné cinq fois à la Lincoln's Inn, et d'avoir lu la première phrase d'un texte préparé pour elle par l'assistant.. Ainsi, la plupart de l'entraînement pratique de Murray est issu de la lecture de textes dans les chambres d'Hamilton, et de l'écoute du juge lord Raymond au tribunal, ainsi que l'apprentissage par Thomas Denison de l'écriture d'ébauches de plaidoiries. Murray étudie aussi divers textes, parmi lesquels l'« ordinance de la Marine », un texte français à l'origine du Code civil français, ou encore les travaux de Bracton et Littleton, ainsi que des sur la loi municipale..
Murray entre au barreau le , s'installant au 5, King's Bench Walk. Il fait la connaissance d'Alexander Pope à cette époque, et, par le biais de cette amitié, il rencontre des membres de l'aristocratie, dont certains deviendront ses clients, comme Sarah Churchill. Pope lui apprend aussi à discourir, ce qui l'aide énormément au tribunal. Ses deux premières affaires se font en 1733, où il est opposé à Philip Yorke devant le juge Charles Talbot. L'aide de Talbot et de Yorke lui permettent d'acquérir une bonne expérience..
En 1707, les actes d'union fusionnent les royaumes d'Angleterre et d'Écosse en une seule entité nationale, mais les systèmes judiciaires restent séparés. Néanmoins, la Chambre des lords devient la plus haute cour d'appel dans les lois anglaises et écossaises, et en conséquence, les cas d'appel écossais de 1707 y sont jugés. Pour traiter ces affaires, il fallait un barrister qui soit familiarisé avec les deux lois : c'est une aubaine pour Murray. Dès 1738, il plaide dans des affaires écossaises devant la Chambre des lords... Il s'illustre dans l'affaire Moncrieff vs Moncrieff en 1734, où les lords Cowper et Parker reconnaissent en lui un jeune et brillant barrister. À la suite de cette affaire, Murray est impliqué dans presque tous les cas judiciaires soumis à la Chambre des lords, qu'ils viennent d'Écosse ou non..
En 1737, Murray devient conseiller pour la ville d'Édimbourg après la mort du capitaine John Porteous. Selon la tradition locale, les condamnés à mort ont la permission de se rendre à l'église la plus proche le dimanche précédant leur exécution. Deux criminels, Wilson et Robertson, en profitent pour s'échapper, et bien que Wilson n'ait pas réussi à sortir de l'église, Robertson parvient à s'évader.. Wilson est un contrebandier qui fournissait les citadins en produits de contrebande, et, à cause aussi de l'impopularité du garde de la cité, le peuple était fermement de son côté. Porteous était le capitaine de la garde de la ville, et, furieux de la tentative de Wilson et conscient de la possibilité qu'on tente de libérer le prisonnier, il place une garde de autour de la potence. Alors qu'un homme tente de dépouiller le corps de Wilson après l'exécution, Porteous ordonne à ses troupes de faire feu sur la foule, tuant sept personnes. Il est d'abord condamné à mort pour meurtre, mais lorsque l'exécution est reportée, un groupe de citoyens pénètre dans la prison et le lynche à mort.
La Chambre des communes rédige alors un projet de loi pour punir la ville d'Édimbourg du comportement de ses citoyens en leur retirant le droit de vote.. Murray est choisi pour défendre la ville à la fois à la Chambre des communes et à la Chambre des lords, et finit par tellement faire réduire le projet de loi qu'au moment où il est voté, il ne s'agit plus que d'une amende associée d'un changement de prévôt. En échange, les citoyens d'Édimbourg lui offrent les clés de la ville et un diamant, qui est toujours, en 2010, en possession de sa famille. La réputation de Murray continue de grimper ; en 1738, il est impliqué dans 11 des entendus à la Chambre des lords, et les deux années suivantes, il est conseiller dans 30 affaires..
Le , il épouse Elizabeth Finch, la fille de Daniel Finch, comte de Nottingham, au château de Durham.. Sa sœur Mary épouse Thomas Watson-Wentworth, premier marquis de Rockingham, ce qui aura un impact significatif sur la carrière de Murray.
Membre du Parlement Murray avait refusé à plusieurs reprises de devenir un membre du Parlement (MP), disant qu'il n'avait pas d'intérêt à faire de la politique.. Cependant en 1742, le gouvernement de Robert Walpole chute, et le beau-frère de Murray, le comte de Nottingham, devient le nouveau premier lord de l’amirauté ( en anglais). Avec cette nouvelle connexion politique, Murray espère bientôt avoir un poste au gouvernement, et quand John Strange démissionne du poste de solliciteur général, Murray devient MP et succède immédiatement, le , à Strange. Bien que ce soit un poste de faible importance, un bon mandat pourrait mener Murray au poste de procureur général, puis, si la place se libère, à celui de lord juge en chef. Si la plupart des barristers ne font pas de bons politiciens, Murray se démarque par ses talents d'orateur et son raisonnement.
En 1745, il défend les actions du gouvernement qui a recruté de Hanovre pour la guerre de Succession d'Autriche.. En arguant que la stratégie militaire est la prérogative du roi, et qu'il n'a pas à recevoir d'avis de politiciens sans expérience militaire, il parvient à faire échouer la requête de retrait des troupes par 231 votes contre 181. Murray devient populaire auprès du gouvernement ainsi que du roi George II, et en l'absence d'un procureur général fort, il se fait le porte-parole du gouvernement pour la plupart des sujets. En 1747, il aide lord Yorke, comte d'Hardwicke, à écrire et faire voter une loi qui abolit les anciennes positions héréditaires en Écosse. En 1751, il transmet au gouvernement une ébauche de réponse à la tentative du roi de Prusse de déstabiliser le commerce neutre, ce que lord Stowell appelle , et que Montesquieu décrit comme une ..
La mort du prince de Galles, l'héritier au trône britannique, le , cause un chaos constitutionnel ; George II souhaite que son fils le prince Guillaume-Auguste devienne régent (puisque le nouvel héritier, le prince George, n'est qu'un enfant), tandis que le public est en faveur de la mère de l'héritier, Augusta de Saxe-Gotha-Altenbourg.. Le gouvernement tente de trouver le juste milieu en proposant un texte au Parlement : c'est un conseil composé entre autres d'Augusta qui assurerait le rôle de régent, en attendant que l'héritier atteigne la maturité. Murray fait un discours de support à la proposition du gouvernement mais, malgré cela, le Parlement n'est pas convaincu qu'un conseil est nécessaire.