Hébron (חברון en hébreu), ou Al-Khalil (), est une ville palestinienne de Cisjordanie. Depuis le protocole d'Hébron de 1997, elle est divisée en deux secteurs : H1, sous administration de l'Autorité palestinienne, et H2, sous contrôle militaire israélien direct, où plusieurs colonies israéliennes sont implantées dans le centre historique. C'est une des plus anciennes cités du Proche-Orient encore habitée.
C'était une ancienne ville cananéenne avant d'être, selon le récit biblique, conquise sur le roi amorrite Hoham et les Anakim, puis attribuée à la tribu de Juda et de devenir le lieu de couronnement et la capitale du roi David, avant la conquête de Jérusalem sur la tribu des Jébuséens.
Elle est considérée comme une ville sainte par les juifs, les chrétiens et les musulmans, en raison de la présence du Tombeau des Patriarches, ou mosquée d'Abraham. Ce bâtiment fut construit il y a 2000 ans par le roi Hérode Ier le Grand au-dessus de la grotte de Machpela, traditionnellement identifiée comme le lieu de sépulture d'Abraham et de sa famille.
Depuis la conquête arabe sur les populations chrétiennes (araméennes) en 638, la ville a connu la cohabitation d'une minorité juive aux côtés d'une majorité musulmane.
Hébron compte en 2016 plus de PalestiniensLocalities in Hebron Governorate by Type of Locality and Population Estimates, 2007–2016, Palestinian Central Bureau of Statistics, 2016. et 850 colons israéliens. La plupart de ces derniers sont des étudiants de la yechiva et des habitants concentrés dans et autour du vieux quartier, 'Hope in Hebron', New York Review of Books 22 mars 2013., dans des colonies israéliennes. L'implantation de colonies de peuplement par Israël a été condamnée par l'Assemblée générale des Nations unies dans le cadre de résolutions du Conseil de sécurité. Elles sont ainsi jugées illégales au regard du droit international, ce que le gouvernement israélien conteste, ainsi que les États-Unis, depuis le 18 novembre 2019...
Le protocole d'Hébron a été signé en 1997 entre Israël et l'Autorité palestinienne et divise la ville en zones de souverainetés israélienne et palestinienne. Dans le contexte du conflit israélo-palestinien, la ville d'Hébron est le théâtre de tensions religieuses et politiques qui ont causé de nombreux morts. L'armée israélienne y a déployé une brigade d'élite (la brigade Kfir) dont un bataillon stationne à HébronBaruch Kimmerling, Politicide:Ariel Sharon's War Against the Palestinians, Verso Books, p.157 n.13.... La communauté internationale y a déployé des observateurs dont la mission est de surveiller et de rapporter les incidents, et dans ce contexte, de « maintenir une vie normale dans la ville d'Hébron et en conséquence créer un sentiment de sécurité parmi les Palestiniens d'Hébron ».. Néanmoins, les Palestiniens sont sujets à de nombreuses violences de la part des soldats ou des colons, qui agissent dans l'impunité. La ville est décrite comme une « sorte de laboratoire de l’occupation où sont mises au point les techniques de contrôle de la population palestinienne ».
Son centre est inscrit depuis le 7 juillet 2017 sur la Liste du patrimoine mondial du Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO.
Toponymie Le nom hébreu , aussi bien que le nom arabe , signifient tous deux l'ami, en référence à Abraham, l'Ami de Dieu ("HeVRon" a pour racine Hvr, et vient de "'HaVeR" qui signifie en hébreu "ami").
En hébreu, le nom de Hevron, déjà présent dans le texte biblique il y a plus de 2500 ans, a pour racine חֶבְר, dont dérivent beaucoup de mots qui ont une signification de lier, associer ou encore allier. Le mot hébreu Haver qui signifie ami est de cette même racine. Le suffixe du nom, composé d'un Vav et d'un Noun, indique un lieu. Hébron désignerait donc le lieu de l'alliance. Le nom d'Hébron n'a pas de rapport avec le mot « hébreu » : le premier commence par un Het alors que le second, 'Ivry, commence par un Ayin.
Le nom d'Hébron peut aussi être dérivé du mot arabe Hibr, signifiant « être lié, associé ».
En arabe, le terme Al khalil signifie « ami privilégié » et a une connotation supérieure au simple ami. Il fait référence à un verset du Coran, Sourate 4:125 : « … Et Allah avait pris Ibrahim pour ami privilégié (Khalil) ». Ce verset décrit la situation où Ibrahim s'est détourné de l'adoration des idoles vénérées par son peuple et détruit toutes celles du panthéon .
Histoire Préhistoire La ville a fait l'objet de fouilles de 1963 à 1967 par Philip Hammond, dont seule une partie des résultats ont été publiés. Ses découvertes portent sur les périodes du bronze ancien, du bronze moyen II, du bronze récent, du fer I et II, ainsi que des périodes grecque et hérodiennes. Entre 1984 et 1986, Avi Ofer a repris les fouilles, puis en 1998 une nouvelle mission a été conduite par Yuval Peleg. Des fouilles de sauvetage ont été effectuées en 1999 par Emanuel Eisenberg.
Le site est une colline aménagée avec des terrassements artificiels et couvre .
À l'époque du bronze Ancien, une importante cité entourée de murailles existe à cette époque. La ville est détruite vers 2300 La cité est protégée par un mur de d’épaisseur.
À l'époque du bronze moyen, près de 500 ans après sa destruction, vers -1800, les Cananéens s'installent à Hébron. Ils bâtissent une ville plus grande et plus imposante que la précédente. Ses murs et ses tours de défense sont faits d'énormes blocs de pierres, certains mesurant plus de de long et pesant plus de . Une tour qui gardait la porte de la ville, bien que partiellement détruite, mesure encore de hauteur. Ce mur sera conservé et réutilisé jusqu'à la fin du Fer II, au . Au pied de la colline, la tombe 4 est une grotte naturelle qui contient 8 tombeaux. Plus de 100 poteries ainsi que des bijoux et des scarabées de type hyksos y ont été trouvés.
À l'époque du bronze récent (vers -1550 -1200), il semble n'y avoir qu'une faible occupation, qui contraste avec l'imposante cité du bronze moyen. L'idée qu'il n'y ait pas du tout de ville au Bronze Récent est due à Avi Ofer, qui y trouve pourtant quelques poteries typiques de cette époque, mais pas de strate correspondante ; il pense alors à l'utilisation du site par une population nomade. Cependant Hammond décrit une ville active à l'époque, particulièrement au Bronze Récent II. Yuval Peleg, lui, trouve plus de 50 tombes datant du Bronze Récent, contenant des poteries, des objets de bronze et des scarabées au nom de Thoutmôsis III (1479–1425 B.C.E.) et d'Amenophis III (1391–1353 B.C.E.). Certaines habitations du bronze moyen sont réutilisées au bronze récent. Un scarabée au nom de Ramsès II (1290–1224 B.C.E.) est trouvé dans l'une d'elles.
Au début de l'Âge de fer, la culture matérielle d'Hébron est similaire à celle des sites du Fer I existant aux alentours, y compris des jarres à colliers souvent associées avec les premiers israélites, et peut-être une maison à quatre pièces. C'est la période la plus florissante de la cité, aux . Selon Avi Ofer, l'occupation dépasse même les murailles du Bronze Récent. La période d'installation des premiers israélites, vers 1200 , ne révèle rien de particulier.
À la fin de l'Âge de fer, de nombreuses découvertes sont faites au Fer II, notamment au . En 700 , des jarres portant des inscriptions, dits sceaux LMLK ont été trouvées à Hébron et mentionnent le nom de la ville en hébreu.
Antiquité Après la destruction du Premier Temple de Jérusalem, vers -587, la plupart des Israélites d'Hébron sont exilés à Babylone, et des Iduméens s'installent à leur place. Sous la domination perse achéménide, une partie des Juifs y retournent. Le royaume juif des Hasmonéens soumet la ville sous Judas Maccabée en 167 avant J.-C. et sous le règne de Jean Hyrcan la plupart des Iduméens sont convertis au judaïsme. Hérode le Grand, roi de Judée, lui-même d'origine iduméenne, fait construire le mur d'enceinte qui entoure encore aujourd'hui le Tombeau des Patriarches.
Pendant la Première guerre judéo-romaine, la ville est conquise par Simon bar Giora, chef des Sicaires.
Hébron est ensuite sous domination romane et byzantine. L'empereur Justinien érige une église sur le lieu du caveau des Patriarches au . Cette église sera détruite par les Sassanides.
Moyen Âge Le Califat établit sa domination sur Hébron sans résistance en 638. L'église byzantine est alors transformée en la mosquée al-Ibrahim. Les échanges se multiplient avec les Bédouins du Néguev et la population à l'est de la mer Morte. Des sources musulmanes et chrétiennes notent que Omar autorise les Juifs à construire une synagogue et un carré de cimetière près de la Grotte de Macpela.
La domination arabe dure jusqu'en 1099, quand Godefroy de Bouillon prend la ville et la renomme "Castellion Saint Abraham". Les Croisés convertissent la mosquée et la synagogue en églises et les Juifs vivant à Hébron en sont expulsés.
En 1166, Maïmonide se rend à Hébron et écrit : « Et au premier jour de la semaine, le jour du mois de Heshvan, je quittais Jérusalem pour Hébron pour embrasser les tombes de mes ancêtres dans la Grotte de Makhpela. Et le même jour, je me tenais dans la grotte et je priais, louant l'Éternel pour tout ».
Le kurde musulman Saladin prend Hébron en 1187, et redonne à la ville son nom de "Hébron". Richard Cœur de Lion lui reprend rapidement la ville.
En 1260, Baybars établit la domination des Mamelouks ; deux minarets sont construits sur la mosquée al-Ibrahim.
Pendant cette période, une petite communauté juive continue de vivre à Hébron ; toutefois, le climat est moins tolérant envers les Juifs et les Chrétiens que pendant l'époque musulmane. Une taxe est imposée aux Juifs qui veulent se rendre sur le Tombeau puis en 1266, un décret interdit l'accès aux Juifs et aux Chrétiens. Ils ne sont autorisés qu'à se tenir sur une marche à l'extérieur du mur oriental de la structure.
Jean de Mandeville écrit que les juifs et les chrétiens étaient vus « comme des chiens » The Travels of Sir John Mandeville.. De nombreux visiteurs juifs et chrétiens écrivent sur la communauté juive de Hébron. Parmi eux, un étudiant de Moshe ben Nahman (en 1270), le voyageur Ishtori haFarhi (en 1322), Stephen von Gumfenberg (en 1449), Rabbi Meshulam de Voltara (en 1481) et Rabbi Ovadia de Bertinoro, un illustre commentateur de la Bible (en 1489). Dès 1333, il est fait mention, par Hakham Yishak Hilo de Larissa (en Grèce) de visite à Hébron, de Juifs y travaillant le verre et commerçant du coton. Il note qu'à Hébron, "il y a une ancienne synagogue où ils prient jour et nuit".
Au , Zedakah ben Shomron, un érudit karaïte, écrit sur la présence juive permanente et décrit un homme juif comme le « gardien du tombeau ». El Makdesi, un historien arabe, décrit « une synagogue et une cuisine que les Juifs ont mises en place pour tous les pèlerins riches et pauvres » à la fin du siècle.
Domination ottomane vignette|Hébron en 1839, par David Roberts. De 1517 à 1917, la ville d'Hébron appartient à l'Empire ottoman. Hébron devient une cité commerçante et artisanale importante de la région. Située au carrefour des routes caravanières reliant le sud de la Palestine, le Sinaï, l'est de la Jordanie et le nord de la péninsule arabique, la ville prospère grâce à ses industries traditionnelles, notamment le soufflage de verre, la poterie et la viticulture. Des groupes de Juifs venus d'autres parties de Terre sainte, ainsi que des Juifs expulsés d'Espagne et d'autres régions de la diaspora juive, se réinstallent dans la ville.