La Ligue fédéraliste de Bretagne (LFB) (en breton : Kevread Vreizh Kevreadel) est une organisation politique fondée à Rennes en et disparue à la fin des années 1930.
Issue d'une scission du Parti autonomiste breton, elle prônait un fédéralisme démocratique, pacifiste et de gauche, visant à promouvoir l’autonomie culturelle, économique et politique de la Bretagne au sein d’une France fédérale et d’une Europe des peuples.
La Ligue s’opposait au centralisme français et au nationalisme autoritaire, notamment celui du Parti national breton (PNB). Son organe officiel, La Bretagne fédérale – Breiz Kevredel, publié de à 1934, était le principal vecteur de ses idées.
Historique
Contexte et fondation La Ligue fédéraliste de Bretagne naît dans le contexte de l’éclatement du Parti autonomiste breton (PAB) lors du congrès du PAB à Rennes, le , où des tensions idéologiques entre les autonomistes de gauche, favorables à un fédéralisme républicain, et les nationalistes de droite, menés par Olier Mordrel et François Debauvais, conduisent à une scission. Les fédéralistes, emmenés par des figures comme Morvan Marchal, Goulven Mazéas, Maurice Duhamel et René-Yves Creston, fondent la Ligue en à Rennes, lors d’un congrès officialisant leur rupture avec le PNB, accusé de dériver vers des idées extrémistes et fascisantes.
Structuration
300px|alt=Situation des clubs en dehors de la Catalogne.
La Ligue se structure autour de sections locales (Rennes, Saint-Servan, Dol, Nantes, Paris) et d’un comité directeur composé de trois membres élus annuellement : Goulven Mazéas (président), Morvan Marchal et Ronan Klec’h. Son siège est fixé à Rennes, aux bureaux de son journal, La Bretagne fédérale – Breiz Kevredel. Les statuts, publiés dans le premier numéro du journal (), précisent que les membres actifs, d’origine bretonne, paient une cotisation de 10 francs par an, tandis que des membres associés, sans distinction d’origine, soutiennent la doctrine sans droit de vote.
Programme et orientation
La doctrine de la Ligue repose sur trois axes principaux, résumés dans sa devise : Bretagne, Fédération, Paix.
Bretagne : La Ligue considère la Bretagne comme une nation dotée d’une identité ethnique, culturelle et économique distincte, incluant la Haute-Bretagne (gallo) et la Basse-Bretagne (bretonnante). Elle revendique le droit à préserver la langue bretonne, la culture bretonne et les intérêts économiques bretons, dénonçant l’assimilation imposée par l’État français centralisé. Fédération : Opposée au centralisme, la Ligue milite pour une France fédérale où la Bretagne serait une entité autonome. Elle s’inspire des idées girondines et des modèles fédéraux suisses et américains, prônant une fédération internationale des peuples libres pour remplacer les États-nations impérialistes. Paix : Résolument pacifiste, la Ligue condamne toute guerre comme « criminelle et injuste », rejetant la propagande belliciste et soutenant le désarmement. Elle lie la paix à la reconnaissance des minorités nationales, estimant que les États centralisés, issus de conquêtes, alimentent les conflits.
La Ligue se distingue par sa neutralité confessionnelle et sociale, permettant à ses membres d’adhérer à des courants politiques variés (socialisme, communisme, radicalisme, libertaires), tout en unissant leurs efforts pour une Bretagne autonome dans un cadre fédéral. Elle s’oppose fermement au programme autoritaire du PNB, notamment son virage fasciste à partir de 1933 avec le programme S.A.G.A., qu’elle critique pour son intolérance religieuse et son nationalisme exclusif.
Activités et actions
Revue de la Ligue fédéraliste de Bretagne thumb|Couverture du 1er numéro de la revue La Bretagne fédérale. La Bretagne fédérale – Breiz Kevredel, revue mensuelle de 30 pages lancée le , est l’organe central de la Ligue. Elle publie des articles en français et en breton, abordant la culture bretonne, le fédéralisme, le pacifisme et les questions économiques, comme la crise agricole (ex. : le doryphore). Le journal, dirigé par Goulven Mazéas et administré par Fañch Gefflot, atteint un tirage en hausse de 32 % en 1932, avec des abonnements doublés en six mois. Elle cesse d'être publiée en 1935.
Congrès La Ligue organise des congrès réguliers pour définir sa stratégie : Saint-Malo (26-27 décembre 1931) : Adoption de la doctrine officielle (Bretagne, Fédération, Paix), neutralité confessionnelle et sociale, et proposition d’un comité intergroupes breton. Dol (24-25 septembre 1932) : Réaffirmation du fédéralisme face à la répression policière et critique des célébrations du 4e centenaire de l’union de la Bretagne à la France (1532), perçue comme une annexion. Nantes (28-29 janvier 1933) : Renforcement des liens avec d’autres minorités nationales (Corse, Occitanie, Alsace, Flandre) et adoption d’un programme pacifiste absolu. Saint-Aubin-du-Cormier (4-5 juin 1933) : Appel à une République fédérale face à la menace fasciste en France.
Engagement politique et social
La Ligue milite pour une gestion autonome des intérêts bretons, dénonçant l’inaction de l’État face à la crise économique (ex. : chômage à Nantes et Saint-Nazaire en 1933). Elle critique les infrastructures défaillantes (routes, chemins de fer) et l’exploitation des paysans bretons et appelant à la résistance contre les saisies fascistes. En 1934, elle s’engage dans le combat antifasciste à la suite des émeutes du 6 février 1934, exhortant les travailleurs bretons à former des comités de défense et réclamant la dissolution des ligues fascistes comme l’Action française.
La Ligue soutient également les minorités nationales en France (Corse, Occitanie, Alsace, Flandre) et à l’international, collaborant avec le Partitu Corsu Autonomista et proposant la reconstitution du Comité central des minorités nationales de France. Elle salue des figures comme Aristide Briand, vu comme un défenseur de la paix, et Joseph Loth, promoteur de la langue bretonne.
Répression et défis
La Ligue fait face à une répression policière croissante, notamment lors des manifestations contre les célébrations du 4e centenaire de l’union de la Bretagne à la France en 1932. À Vannes et Nantes, ses militants subissent des arrestations préventives et des filatures. En 1932, Joseph Cattelliot est condamné à une amende pour un feu d’artifice à Rennes, et d’autres militants, comme ceux de Breiz da Zont, sont emprisonnés. La Ligue lance des souscriptions pour soutenir ses membres persécutés.
Malgré son dynamisme, la Ligue peine à s’implanter en Basse-Bretagne, où les mouvements nationalistes conservent une influence. Le congrès de Nantes de 1933, marqué par des tensions avec des éléments de gauche marginalisant la question bretonne, révèle les difficultés à unifier les forces progressistes. La montée du fascisme en France et la radicalisation du PNB affaiblissent progressivement la Ligue, qui disparaît à la fin des années 1930, incapable de s’imposer face aux idées extrémistes de Olier Mordrel.
Figures clés
Morvan Marchal : fondateur de Breiz Atao (1919) et créateur du drapeau breton Gwenn ha Du, il est une figure centrale de la doctrine fédéraliste et du pacifisme. Goulven Mazéas : président de la Ligue, ancien candidat du PAB, il dirige les congrès et les articles économiques, comme sur le doryphore. Maurice Duhamel : socialiste, auteur de La Question bretonne dans son cadre européen, il milite pour un fédéralisme républicain. René-Yves Creston : membre d’Ar Seiz Breur, il promeut la culture bretonne dans un cadre fédéraliste. Fañch Gefflot : secrétaire-trésorier, administrateur de La Bretagne fédérale – Breiz Kevredel, il organise les congrès et les finances. Ronan Klec’h : membre du comité directeur, il rédige des articles dénonçant l’assimilation française.
Héritage
La Ligue fédéraliste de Bretagne, bien que marginale face au PNB, pose les bases d’un bretonnisme de gauche, opposé au nationalisme autoritaire. Son engagement pacifiste et antifasciste, ainsi que son plaidoyer pour une France fédérale respectant les minorités, influencent les mouvements régionalistes ultérieurs. Son journal, La Bretagne fédérale – Breiz Kevredel, reste une source précieuse pour comprendre les aspirations bretonnes des années 1930. En 1938, la Ligue publie un manifeste réaffirmant son opposition au racisme et au centralisme, considéré comme son testament politique.
Références
Publications de la L.F.B.
Périodiques Articles du magazine La Bretagne fédérale – Breiz Kevredel
Autre presse périodique régionale
Autres
Voir aussi Bibliographie
Ouvrages généralistes
Ouvrages universitaires
Ouvrages historiques
Ouvrages thématiques
Liens externes
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