L'abbaye Saint-Jean-de-Réome (du nom du ruisseau coulant à cet endroit) est une ancienne abbaye bénédictine, de la congrégation de Saint-Maur, à partir de 1635, et située à Moutiers-Saint-Jean (Côte-d'Or), et dite couramment abbaye de Moutiers-Saint-Jean.
Fondée, selon la tradition, vers 450 par Jean (ermite vers l’âge de vingt ans), un fils de nobles patriciens dijonnais, l'abbaye, que l'on dit être la plus ancienne de Bourgogne, fut d'abord installée près de la source de la Réome sur le territoire de la commune actuelle de Corsaint. Il s'agissait alors d'un simple ermitage dans le « désert ». Elle fut transférée dans son emplacement actuel au cours du ou du pour commencer une période de grande prospérité qui culminera au , l'abbatiale est consacrée par l'évêque de Langres Joceran de Brancion en 1177Vita Iohannis (Krush (283), 1896). Il existe deux autres versions de la vie du saint, l’une de la fin du viiie siècle écrite par un moine de Moutiers et l’autre en deux livres du début du ixe siècle (B.M. Semur-en-Auxois, ms. 1)..
Pendant l'abbaye de Hunna (Hunnanus), un moine de Remiremont, la règle monastique originelle, qui avait été celle de l'ancien saint Macaire d'Alexandrie, fut remplacée par la règle de saint Colomban de Luxeuil, fondée par le missionnaire irlandais saint Colomban. Quand Jonas de Bobbio est resté dans le monastère en 659, pendant l'abbaye de Hunna, il a été forcé par les moines à écrire une biographie de leur fondateur. Le résultat était Vita IohannisFox, Yaniv (2014). Power and Religion in Merovingian Gaul: Columbanian Monasticism and the Frankish Elites. Cambridge University Press, .. En 816-17, Saint-Jean fut réformé selon les conciles d'Aix-la-Chapelle (Institutio canonicorum Aquisgranensis).
Il ne reste plus grand-chose de cette époque, mis à part l'iconographie ancienne et quelques morceaux de sculptures éparses, dont les plus beaux éléments ornent les musées du Louvre, du musée archéologique de Dijon ou des collections américaines, au Harvart Art Museum par exemple. Les bâtiments actuels datent en majeure partie de la période de reconstruction à la fin du , date à laquelle la réforme mauriste fut introduite à Moutiers-Saint-Jean. La grande abbatiale romane, malgré son bon état, fut démolie à la suite de la Révolution et ses pierres réemployées dans de nombreuses constructions alentour.
Dans sa période la plus faste, l'abbaye assurait son autorité sur plus de vingt-deux paroisses, essentiellement dans le département actuel de l'Yonne. Son abbé était très reconnu et écouté, il participait aux différents conciles de l'époque.
Au titre des monuments historiques, les façades des deux bâtiments du et le grand escalier à rampe en fer forgé font l'objet d'une inscription par arrêté du ; la porte d'entrée principale fait l'objet d'une inscription par arrêté du ; le sol de l'abbaye et de l'église abbatiale, le corps de bâtiment sud et l'hôtellerie font l'objet d'une inscription par arrêté du .
L'abbaye est rachetée par des particulier en 2012, après une campagne de restauration le site est ouvert au public en 2013. Une collecte organisé par la Fondation du patrimoine est organisé en 2020 pour financer des travaux de restaurations de la toiture notamment.
Historique Période pré-romane Les vestiges les plus anciens qui nous soient parvenus sont des fragments du sarcophage de saint Jean. Cette cuve rectangulaire en marbre est représentée en entier au et citée de nombreuses fois dans les descriptions anciennes conservées dans les archives. La face principale de ce tombeau est sculptée en ronde-bosse d'une arcature à l'antique dite « à portes de ville » abritant le Christ et les douze apôtres dans un style inspiré des sarcophages de l'antiquité romaine mais dont le caractère chrétien ne fait aucun doute. Ces sarcophages généralement datés du de notre ère semblent avoir été sculptés en Italie du Nord ou dans le midi de la France, on trouve d'autres cuves du même type, en particulier à Lyon au Musée gallo-romain de Fourvière ou dans certaines collections italiennes.
L'iconographie ancienne montre déjà des dégradations sur les têtes des personnages qui ont été cassées par les Huguenots durant les guerres de religion. Les trois morceaux conservés sont très significatifs de l'ouvrage, il s'agit tout d'abord de la partie centrale haute de la cuve avec le Christ sans tête, plus grand que les personnages voisins et tenant un attribut élancé dans la main droite, ce qui le distingue des autres. Le second morceau est une tête d'apôtre, regardant vers la droite, et reconnaissable sur la gravure ancienne parmi les quelques visages ayant survécu, il s'agit du personnage le plus à droite sur la vue. En l'absence d'attribut particulier des apôtres, il est impossible de l'identifier. Le troisième morceau est une partie du bas d'une robe d'un intérêt plus secondaire.
En l'absence de fouilles archéologiques sur le terrain de l'abbaye, il est difficile de connaître les dispositions préromanes de l'église ou du monastère. Les rares sources d'archives disponibles précisent bien la présence d'une église au monastère dès l'époque mérovingienne, mais sans en préciser la forme. Le premier élément probant, et le seul à ce jour, que nous pouvons présenter consiste en un petit chapiteau en calcaire de style carolingien, orné de palmettes assez frustes. Ornement d'un petit portail ou d'une fenêtre géminée, ce seul élément ne nous renseigne que très peu sur l'architecture de l'abbatiale. Pourtant, les textes de cette époque témoignent d'une abbaye florissante avec à sa tête des abbés puissants qui devaient avoir à cœur de célébrer dans un édifice de grande ampleur à la décoration soignée.
Période romane thumb|Le portail de l'abbaye, remonté au Cloisters Museum de New York. thumb|Le portail de l'abbaye, remonté au Cloisters Museum de New York. thumb|Le bénitier de l'église abbatiale, dessin de Viollet-le-Duc.
L'époque romane est incontestablement la période la plus florissante et la plus riche de l'abbaye Saint-Jean-de-Réome. Cette période a été bien analysée par plusieurs publications récentes. Sous l'impulsion d'abbés puissants et avisés, le monastère s'enrichit et s'embellit rapidement, l'abbatiale est reconstruite par Odilon entre 1120 et 1180, son architecture et sa décoration n'ont alors rien à envier à celles de Vézelay, Autun ou même celle de l'abbaye majeure, Cluny. La qualité des chapiteaux retrouvés, des détails architectoniques ou le portail représenté au , témoignent d'une construction très soignée ayant fait appel aux meilleurs maçons, tailleurs de pierre et sculpteurs du moment. Nous ne disposons d'aucun plan de l'église, mais quelques descriptions anciennes et une vue perspective de l'abbaye avant les travaux du nous permet d'en définir quelques caractéristiques. L'abbatiale présentait alors une nef de six travées avec une élévation à trois niveaux, un transept non saillant surmonté d'une tour de croisée, un long chœur de trois travées prolongé d'une abside hémicirculaire abritant la chapelle de saint Jean. Deux collatéraux bordaient la nef, le transept et le sanctuaire, ils se terminaient (au moins au sud) par une chapelle formant un chevet échelonné. L'intérieur était scandé de travées et d'arcs formerets saillants peut-être décorés de billettes (avant la réfection des voûtes au ), de chapiteaux sur pilastres cannelés (au moins dans la croisée du transept), et sans doute de colonnes et chapiteaux à base circulaires dans les bas-côtés et sous les arcades entre nef et bas-côtés. En effet, les vestiges montrent des chapiteaux à base rectangulaires à la corbeille très pentue et des chapiteaux plus verticaux à base ronde. Les décors connus sont historiés ou végétaux avec certaines différences de style qui les rattachent à plusieurs écoles de sculpteurs connues sur les grands sites bourguignons. À ce jour nous connaissons sept chapiteaux historiés et douze chapiteaux à feuillages, dispersés dans plusieurs musées en France et aux États-Unis. Un autre chapiteau historié se rapproche, par son style, du portail occidental.
Un large porche s'ouvrait à l'ouest, il est connu par la gravure publiée au . Le tympan sculpté et le dessin qu'on peut saisir des chapiteaux semblent cependant plus tardifs que le style des grands chapiteaux de l'intérieur.
Du reste des bâtiments de l'abbaye médiévale, il ne reste, aujourd'hui, quasiment plus rien, à l'exception de la façade déjà gothique du « farinier », présent sur la gravure à gauche devant l'abbatiale et sur la maquette du dont il sera question plus loin. L'ensemble des autres bâtiments a été totalement remplacé lors des travaux réalisés par les moines mauristes à la fin du . L'abbatiale a été détruite avant 1830.
À cette période majeure de l'histoire de l'abbaye, nous associerons les ajouts gothiques qui sont attestés par les documents et les vestiges conservés. En premier lieu le portail méridional du , permettant l'accès à l'église depuis le cloître à l'abbatiale, est parfaitement conservé, mais aux États-Unis... Il a été vendu en 1920, des photographies anciennes le montrent dans un des murs de la grange qui a remplacé l'abbatiale après la Révolution. Ce portail remonté au Cloisters Museum à New York est un bel exemple précoce du portail à statues colonnes du début de l'époque gothique en Bourgogne. Au tympan le couronnement de la Vierge et, contre les ébrasements, les statues de Clovis et Clotaire, illustres parrains présumés de l'abbaye. Le remontage réalisé outre-atlantique pose cependant quelques problèmes d'interprétation. En effet, les proportions générales de l'ensemble semblent ramassées par rapport aux élancements propres au style gothique ; les pères de l'église au-devant des ébrasements ne sont que huit et l'absence de linteau sous le tympan paraît curieuse. Pourtant le remontage a été réalisé comme il était dans l'abbaye au début du . Il faut donc en déduire qu'il avait été remonté durant le et que les maçonneries avoisinantes ne peuvent être tenues comme celle du mur sud de l'abbatiale.
Le cloître Le cloître visible sur la vue du semble avoir déjà connu un début de remplacement au sud. Cependant, la travée nord présente des baies géminées trilobées ou à oculus d'où pourraient provenir certains écoinçons sculptés retrouvés, en particulier en remplissage du portail méridional. Ce cloître pourrait avoir été couvert de voûtes d'ogives sur base carrée ou barlongue, avec des clefs sculptées qui ont été retrouvées en grand nombre.
Période classique vignette|L’abbaye au , planche gravée du Monasticon Gallicanum. vignette|Château Abbaye en 2022.