L'histoire du département des Ardennes commence le , date de la création de ce département français par l'Assemblée nationale constituante, au début de la Révolution française.
Le département des Ardennes, établi à sa création à la frontière des Pays-Bas autrichiens (actuelle Belgique), rassemble de façon un peu artificielle des territoires qui appartenaient sous l’Ancien Régime à différentes structures féodales et administratives, notamment la généralité de Châlons et l'ancienne principauté de Sedan.
C’est aussi un territoire caractérisé par une grande diversité géographique, économique et .
Les pays ardennais de la Préhistoire à 1789 vignette|Plan de la principauté de Sedan.
Préhistoire et Antiquité Le territoire de l'actuel des Ardennes a été habité dès la Préhistoire et l'Antiquité.
Contrairement aux , cette région s'est montrée ouverte aux échanges et aux flux migratoires.
Moyen Âge : le traité de Verdun (843) fait de la Meuse une frontière C'est à Attigny (Ardennes), que le Saxon Widukind aurait été converti au christianisme ainsi que plusieurs de ses hommes en 785, par Charlemagne, roi des Francs (empereur en 800).
En 843, le traité de Verdun partage l'empire carolingien entre les trois petits-fils de Charlemagne, Lothaire, Louis et Charles, fils de Louis le Pieux. Une des frontières choisies entre la Francie occidentale (Charles) et la Francie médiane (Lothaire) est le cours de la Meuse. Les pays ardennais se trouve donc à la frontière des deux royaumes, dont l'un va devenir le royaume de France des Capétiens, tandis que la Francie médiane et la Francie orientale forment à partir de 962 le Saint-Empire romain germanique.
L’appartenance de ces territoires au royaume de France n’a été remise en cause que pendant la guerre de Cent Ans, sous l’action des rois d’Angleterre Henri V et Henri VI et du duc de Bourgogne Philippe le Bon, de 1420 (traité de Troyes, qui fait de Henri V d'Angleterre un roi de France, allié aux Bourguignons) à 1435 (traité d'Arras, par lequel Philippe le Bon fait la paix avec Charles VII).
vignette|Fort de Charlemont dans la pointe de Givet.
Le est marqué par la constitution dans le nord du royaume de France et le nord-ouest du Saint-Empire des Pays-Bas bourguignons, vaste ensemble de possessions des ducs de Bourgogne, qui s'étend depuis les comtés d'Artois et de Flandre (fiefs français) aux comtés de Hollande et de Zélande et au duché de Luxembourg (fiefs du Saint-Empire). À la suite de la mort du duc Charles le Téméraire (1477), les Pays-Bas échoient en 1516 à son arrière-petit-fils Charles de Habsbourg (1500-1558), aussi roi de Castille et d'Aragon à partir de 1516, empereur Charles Quint à partir de 1519. Commence alors un long conflit (1521-17481521 : début de la sixième guerre d'Italie ; 1748 : fin de la guerre de Succession d'Autriche. La France est en revanche alliée avec l'Autriche (Marie-Thérèse) durant la guerre de Sept Ans.) entre les Habsbourg et le royaume de France, conflit dans lequel les pays ardennais, face aux Pays-Bas espagnols (autrichiens à partir de 1714) sont en première ligne.
Époque moderne (1492-1789) Période des principautés souveraines Du au milieu du , les rois de France, dont l’autorité est fragilisée par les guerres de Religion (1562-1598) et la Fronde (1648-1652)La Fronde eut un impact désastreux en Ardennes avec un pays dévasté entre Reims, Rethel, et Vouziers, et la disparition de plusieurs villages, notamment Ardenay (voisin de Prosnes) , Burigny (voisin de Witry-les-Reims), Marqueuse (voisin de Fresne-les-Reims), Mouchery (voisin de Beine), Sainte-Anne (voisin de Saint-Thierry), Saint-Aubeuf (voisin de Bouvancourt), Tourizet (voisin de Bétheny), Germigny-Pend-la-Pie, Gerson, Nepellier (voisin de Nanteuil-sur-Aisne), Somme-Arne (voisin de Saint-Étienne-à-Arnes), Théline (voisin de Vouziers), Warny ou Warigny (voisin de Machault)., acceptent la création de principautés à la lisière du territoire ardennais.
Ces principautés sont des fiefs souverains et constituent autant de marches protégeant le royaume : ce sont les principautés de Sedan, de Château-Regnault et d'Arches notamment.
Richelieu puis Mazarin s'efforcent au de rétablir l’autorité royale sur ces principautés (comme Richelieu l'a fait en 1629 en supprimant les places de sûreté des protestants).
Période de la monarchie absolue Louis XIV (1638-1715) voit son avènement en 1643 (mort de Louis XIII) marqué par la victoire de Rocroi remportée par le prince de Condé sur une armée commandée par Francisco de Melo, gouverneur des Pays-Bas espagnols au nom du roi Philippe IV. Cette victoire permet de redéfinir la frontière entre la France et les Pays-Bas espagnols, plusieurs places fortes comme celui de Charlemont, dans la pointe de Givet, passant sous le contrôle de l'armée française.
Dans la première moitié du , les secrétaires d'État de la Guerre renforcent les lignes de défense sur la Meuse et la Semoy, .
Dans les années 1780, les frontières sont stabilisées. Mais dans certaines paroisses de la région, le rattachement à la France . Ainsi peut-on lire dans le cahier de doléances de la ville de Fumay (rédigés à l'occasion des élections aux états généraux de 1789) cette remarque : « Depuis qu’ils [les habitants de Fumay] ont l’honneur d’appartenir à la France, ils ont été conduits comme des esclaves mercenaires qui ne connoissent leur maître que pour les rigueurs qu’exercent sur eux ses agents intermédiaires »..
Réunis le à Versailles, les états généraux deviennent l'Assemblée nationale constituante le , ce qui marque, formellement, le début de la Révolution française (cinq jours avant la prise de la Bastille).
Création du département des Ardennes (1790) Délimitation du territoire départemental vignette|1789 : les anciennes provinces. vignette|Mirabeau.
vignette|Carte du département des Ardennes (1790).
Entre le décret créant les départements, voté par l'Assemblée le et le décret du , définissant le nombre et les limites des départements français, quelques semaines sont laissées aux députés pour définir les limites des nouvelles circonscriptions. Dans le cas du département des Ardennes, les discussions ont d'ailleurs commencé auparavant, dans le cadre d'une commission des députés élus dans les bailliages de Champagne, avatar du vieux comté de Champagne absorbé en 1284 par le domaine royal.
La grande diversité des pays ardennais Les discussions sont particulièrement difficiles en ce qui concerne cette région du Nord de la Champagne et de l’ouest de la Lorraine, caractérisée par un émiettement dans le cadre du système féodal et seigneurial, qui existe toujours au début de 1789, quoique affaibli par rapport au Moyen Âge (il est officiellement aboli le 4 août 1789) : jusqu'à cette date, on trouve encore deux duchés-pairies, quatre marquisats, sept comtés, sept baronnies, quarante-six possessions directes du domaine royal et un certain nombre de seigneuries isolées.
En ce qui concerne l’administration royale, il existe quatre généralités (notamment celle de Châlons) et quatorze bailliages (notamment celui de Reims). Du point de vue de l'administration de l'Église, le territoire est partagé entre quatre diocèses : la plus grande partie des paroisses relèvent du diocèse de Reims, mais quelques doyennés restent rattaché au diocèse de Trèves, au diocèse de Laon ou à celui de Liège.
Ce territoire est également marqué par la diversité linguistique, les populations utilisant dans l'usage courant les langues wallonne, champenoise (dialecte ardennais) et lorraine, même s'il s'agit de parlers de langue d'oïl.
On trouve aussi une diversité des sous-sols, des paysages et des terroirs, avec leurs conséquences sur les activités humaines : par exemple le contraste est grand entre la Champagne crayeuse (dite « Champagne pouilleuse », ce « bon » et « beau » pays cher à Roger Dion) et la vallée de la Meuse. Des études ont également montré des différences traditionnelles dans l’organisation des structures familiales, des pratiques endogamiques sur les hauts plateaux septentrionaux aux pratiques exogamiques du Rethélois.
Discussions entre les députés de la province de Champagne Malgré ces différences qui contreviennent aux principes de cohésion énoncés par Mirabeau, le département des Ardennes va sortir des discussions entre députés champenois.
Le , est proposée la division de la Champagne en trois départements, Reims devenant le chef-lieu de la partie nord, rassemblant autour du territoire de l'ancienne principauté archiépiscopale de Reims (duché-pairie), le Rethélois, le Vouzinois et les territoires de la Meuse notamment la pointe de Givet. Cette proposition n'est pas retenue en raison de la position décentrée de Reims dans cette configuration.
Le , apparait l’idée de créer un quatrième département du Nord de la Champagne, avec pour chef-lieu Rethel, Charleville ou Sedan, l’hypothèse de Sedan suscitant le ralliement des habitants de l’ancien duché de Carignan, aussi envisagé comme partie du département lorrain de la Meuse.
Cette hypothèse des quatre départements de Champagne est retenue par l'Assemblée en . On ignore qui a proposé, en , de donner au quatrième département le nom d'« Ardennes », terme qui désigne un massif et une forêt n’occupant qu’une partie réduite de son territoire, souvent sous la forme « Ardenne », nom dérivé du mot latin Arduenna, probablement d'origine celtique.
Le découpage du royaume de France en 83 départements prend effet le Lettres patentes du roi sur un décret de l'Assemblée nationale des , et , qui ordonnent la division de la France en quatre-vingt-trois départements.. En ce qui concerne la Champagne, les quatre départements sont : l'Aube, la Marne, la Haute-Marne et les Ardennes.
Choix du chef-lieu de département et du siège de l’évêché vignette|École du génie militaire de Mézières. Si le découpage du département était désormais établi, le choix du chef-lieu du département restait à faire. Trois villes prétendaient à ce titre, Sedan, la plus industrielle (textile) et la plus peuplée avec , Charleville, une cité récente en plein essor commercial avec habitants, et Rethel, industrieuse avec . Les députés de l’ancienne province de Champagne avaient décidé le de laisser le choix de ce chef-lieu aux électeurs du département (situation qui se produisit de la même façon dans 38 autres départements). Le , c’est une quatrième ville, Mézières, qui fut retenue en définitive. Mézières était une cité commerciale en perte de vitesse mais aussi une ville de garnison, et une place forte. Une école prestigieuse y était implantée, l’École du génie militaire. Gaspard Monge, qui y fut professeur, s'inspira des méthodes en usage à cette École du génie pour mettre au point l'enseignement de ce qui allait devenir l'École Polytechnique. Par contre, Mézières ne comptait que .