vignette|upright=1|Utilisation de feuille d'or dans un atelier à Kanagawa, au Japon

La dorure à la feuille est une technique de dorure qui utilise de fines feuilles de métal - principalement de l'or pur (feuille d'or) mais du cuivre ou de l'aluminium peuvent être utilisé en remplacement (l'oripeau) - martelées et appliquées sur un support quelconque.

Utilisée de l’Antiquité à nos jours, cette pratique artistique et artisanale a été et est toujours utilisée pour des objets de cultes, des œuvres et objets d’art, dans le domaine de la joaillerie ou encore de l’architecture. Deux techniques de dorure nécessitent la feuille d’or : la plus ancienne est la dorure à l’eau ou à la tempera, tandis que la dorure à l’huile ou à la mixtion apparaît plus tardivement.

Historique

La technique de la dorure à la feuille est la plus ancienne technique de dorure. Des traces de cette pratique ont été retrouvées sur des objets archéologiques datant de l’Egypte antique.. En effet, ce métal ayant la particularité de ne pas s’oxyder et se corroder, il symbolisait l’immortalité et le caractère immuable du divin. On retrouve alors de la dorure à la feuille dans le décor des chambres funéraires des pyramides mais également sur les sarcophages des défunts. Dès l’Egypte antique la feuille d’or est utilisée dans des domaines variés, aussi bien pour rehausser une peinture que pour orner une sculpture..

À la même époque, dans le monde Minoen (2700 à 1200 avant J-C, Crètes), des bijoux et des armes d’apparat sont couverts de feuilles d’or. Ces objets sont retrouvés dans des tombes, témoignant de la richesse des défunts et de son statut élevé dans la hiérarchie de la société. C’est le cas notamment du poignard minoen de la collection Mitsotakis, provenant d’une tombe de la MessaráXENAKI-SAKELLARIOU Agnès, "Poignard Minoen de la collection Mitsotakis avec poignée en or ouvragé", In : Revue Archéologique, Nouvelle Série, Fasc. 2, Presses Universitaires de France, 1986, pp. 235-244, [en ligne], Disponible sur : https://www-jstor-org/stable/41736374 (consulté le 06/04/19).. Ce poignard datant d’environ 2000 av. J-C (entre le Minoen ancien II et le Minoen moyen II), possède une poignée recouverte d’une unique feuille d’or au décor de repoussé. Cet art témoigne d’un grand savoir-faire de la part des Minoens dès l’âge du Bronze.

Dans la Grèce antique, la feuille d’or était notamment utilisée pour recouvrir les statues telles que les chryséléphantines composées d’or (chrysos) et d’ivoire (elephantinos). Les feuilles d’or ornaient alors les vêtements, les armures, et les accessoires. Une œuvre emblématique de cette technique est la statue de Zeus que Phidias sculpta vers 432-431 avant J-C pour le temple d’Olympie. Cette œuvre faisant partie des Sept Merveilles du monde antique est malheureusement disparue mais les récits de Pausanias nous permettent encore aujourd’hui d’imaginer le décor fastueux de la statueFOURMONT Martine Hélène, "MERVEILLES DU MONDE LES SEPT", In : Encyclopædia Universalis, [en ligne], Disponible sur : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/les-sept-merveilles-du-monde/ (consulté le 04/04/19).. Pline l’Ancien, dans son Histoire Naturelle (livre XXXIII) écrit au , décrit la technique de la dorure à la détrempe, en appliquant un blanc d’œuf sur le support avant d’appliquer la feuille d’or.. Par ailleurs, si durant la Renaissance on pense que les statues gréco-romaines sont dénuées de polychromies et apparaissent d’un blanc éclatant et pur grâce au marbre qui les compose, J. J. Winckelmann (Histoire de l’art chez les anciens, 1764) contribue à rétablir la vérité dès le . En effet, en se rendant lui-même sur les fouilles d’Herculanum et de Pompéi, il témoigne que les statues découvertes sont non seulement polychromes, mais présentent de plus des traces de dorure à la feuilleBOURGEOIS Brigitte, JOCKEY Philippe, "La dorure des marbres grecs. Nouvelle enquête sur la sculpture hellénistique de Délos", In: Journal des savants, 2005, n°2. pp. 253-316. [en ligne], Disponible sur : www.persee.fr/doc/jds 0021-8103 2005 num 2 1 1695 (consulté le 04/04/19)..

A l’époque romaine, la technique de la mosaïque se développe et on voit apparaître de nouveaux matériaux telles que les tesselles à la feuille d’or. C’est cependant dans l’Empire Byzantin que cet art est monumentalisé dans des grands panneaux recouvrant les églises orthodoxes. Les tesselles comportant une fine feuille d’or sous une couche de verre sont abondamment utilisées dans le revêtement des murs intérieurs de la Basilique Saint-Vital de Ravenne (Italie). Ces tesselles sont posées en quinconce de manière à refléter différemment la lumière et donner ainsi l’aspect d’une lumière « divine ».

Durant l’antiquité tardive (Ve siècle), l’art de l’enluminure apparaît à Constantinople, en Irlande et en Italie et se développe tout au long du Moyen Âge. Les manuscrits sont ornés d’images et de lettres rehaussées à la feuille d’or.

Des traités technologiques du Moyen Âge attestent de la pratique de la dorure à la feuille à cette époque. Les sources fondamentales qui nous sont parvenues sont les traités d’Héraclius (XIe s.), de Théophile (XIIe s.) et de Cennino Cennini (fin du XIVe ou début du XVe s.)RUDEL Jean, « OR FOND D' », In : Encyclopædia Universalis [en ligne], Disponible sur : http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/fond-d-or/ (consulté le 06/04/19).. Ce dernier, dans son ouvrage Libro dell’arte, écrit entre 1390 et 1437, énumère avec précision les différentes étapes nécessaires dans la technique de la dorure à la tempera. La description est faite dans la sixième partie du traité, du chapitre CXXXI au chapitre CXLIII, et comprend la préparation du panneau, la pose du bol d’Arménie puis de la feuille d’or, le brunissage et le sertissage de pierresCENNINI Cennino, Traité de la peinture, entre 1390 et 1437, Traduction par Victor Mottez, Jules Renouard et L. Lefort, 1858. [en ligne], Disponible sur : https://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_de_la_peinture_(Cennini) (consulté le 04/04/19).. Ces fonds d’or, constituant littéralement le fond des peintures de chevalet par exemple, devient le symbole de la lumière divine et donc de l’art religieux. Cette tradition héritée des icônes byzantines se répand dans l’Europe occidentale et notamment en Italie, en relation étroite avec l’Orient grâce au commerce maritime.

À partir du , la dorure à l’eau est abondamment utilisée en Europe pour l’ornementation des objets de luxe, du mobilier et de l'architecture. Ainsi, en 1677, le Dôme des Invalides est construit à la demande du roi Louis XIV, Roi Soleil, et fait recouvrir le toit de dorures. Sa restauration en 2018 nécessita près de d'or, pour un poids total d'or de (soit environ un lingot d'or anglais). Au , la dorure à l’huile ou dorure à la mixtion, déjà connue en Angleterre, commence à être utilisée en France.

À partir du , on observe un regain d’intérêt pour la dorure, avec des utilisations originales dans le monde de l’art contemporain. Gustav Klimt (1862-1918), notamment, utilise la feuille d’or dans la réalisation de sa série de peintures le « Cycle d’or ». Le premier tableau de cette série est Judith I mais le plus connu d’entre eux est Le Baiser. Yves Klein reprend l’idée du fond d’or, tradition médiévale remise au goût du jour par Klimt, en l’adaptant cependant au concept du monochrome. Il réalise ainsi une série de Monochromes à base de feuilles d’or appelés Monogold.

Aujourd’hui, la feuille d’or est encore utilisée en sculpture, en peinture, mais également dans la restauration, les grands chefs cuisiniers ornant leurs pâtisseries d’or. Dans l’art cosmétique et le monde de la mode, la feuille d’or est utilisée pour des shooting photos.

La feuille d'or

Les composants de la feuille La feuille d'or est, comme son nom l'indique, principalement composée d'or. Ce métal précieux très ductile et malléable en fait le matériau idéal pour la fabrication de fines feuilles. De plus, l'or, de symbole Au et numéro atomique 79, présente une configuration électronique très stable (saturation de sa couche 5d et électron célibataire en 6s) , ce qui en fait le métal le moins oxydable et le moins sujet à la corrosionhttp://www.universalis-edu.com/encyclopedie/or/.. L'or est ainsi le premier métal à être utilisé par l'homme, puisque son utilisation remonte au Néolithique.

Une feuille d'or composée d'or pur est appelée une feuille d'or "à 24 carats". Cependant, l'or se présente souvent sous forme d'alliage, notamment mélangé à du cuivre ou à de l'argent. Les batteurs d'or fabriquant les feuilles d'or jouent ainsi sur les proportions de cuivre et d'argent pour donner à la feuille une couleur plus chaude ou plus froide, selon la demande du client. Le cuivre permet également de rendre l'or plus dur. Des alliages contenant du palladium ou de la platine permettent l'obtention d'or blanc. Le batteur d'or italien Manetti, par exemple, propose différentes..

Enfin, pour la restauration de dorure à la feuille, une nouvelle composition de feuilles d'or a été mise au point par le C2RMF en collaboration avec la maison de batteur d'or Dauvet, à l'occasion du projet Aliénor initié en 2012. Cette "Gamme du Patrimoine" comporte différents alliages comme vu précédemment mais intègre également de l'indium, détectable en spectrométrie de fluorescence XALIENOR - Recherche appliquée à la restauration des dorures à la feuille.. Ce système permet ainsi de différencier les restaurations des dorures originales, comme exigé par la déontologie de conservation-restauration.

La fabrication des feuilles Le métier de batteur d'or est très ancien, en témoignent les explications de Pline l'Ancien dans son ouvrage Naturalis Historia, écrit au premier siècle de notre èrePline l'Ancien - Naturalis Historia sur remacle.org.. Ce métier consiste en fabriquer des feuilles d'or à partir d'un lingot. L'or étant un métal très ductile, il est possible par martelage d'obtenir des feuilles très minces (quelques micromètres) et plastiques sans casser le fil du métal. Les feuilles d'or, obtenues autrefois manuellement par les batteurs d'or et de nos jours par des procédés plus ou moins mécanisés, se présentent sous forme de carrés de d'épaisseur, et 80, de côté. On les vend en carnets de . La fabrication de ces feuilles nécessite différentes étapes, réalisées en environ .

Fusion

Tout d'abord, l'alliage d'or et de cuivre et/ou d'argent est fondu à . Il est coulé dans une lingotière (moule à lingot) afin d'obtenir un lingot de (dix centimètres de long sur quatre de large et une épaisseur de cinq millimètres).

Laminage

Le lingot est ensuite passé plusieurs fois dans un laminoir composé de deux cylindres. On obtient alors un fin ruban d'environ de long appelé le "caucher".

Battage

Ce ruban est découpé en mille carrés de , qui sont par la suite positionnés entre des feuilles de papier vélin empilées de , le "chaudret". L'or est soumis à différents battages avec des marteaux de formes et de poids différents. Autrefois, les batteurs utilisaient trois sortes de marteaux, le "marteau à chasser", "marteau à commencer" et "marteau à achever". Aujourd'hui, cette étape est réalisée par des marteaux mécaniques jusqu'à obtenir des feuilles de d'un dixième de micromètre d'épaisseur.

Coupe et conditionnement