Édouard Herriot, né le à Troyes (Aube) et mort le à Saint-Genis-Laval (Rhône), est un académicien et homme d'État français. Membre du Parti radical, il est un personnage éminent de la .

Figure centrale du Cartel des gauches, il est président du Conseil des ministres à trois reprises. Ardent défenseur du parlementarisme, il est notamment président de la Chambre des députés sous la , puis président de l'Assemblée nationale sous la .

Il est aussi maire de Lyon pendant plus de , de à , puis de à sa mort.

En 1946, il est élu à l'Académie française.

Biographie Jeunesse et études vignette|redresse|gauche|Maison natale d'Édouard Herriot au 28 de la place Jean-Jaurès à Troyes. Édouard Herriot naît le à Troyes, dans le département de l'AubeActe de naissance. Il est le fils de François-Nicolas Herriot, lieutenant d'infanterie, et de Jeanne-Eugénie Collon. Sa famille paternelle est d'origine vosgienne.

Il effectue ses études au collège Sainte-Barbe à Troyes, puis au lycée de La Roche-sur-Yon. À , il obtient une bourse qui lui permet de poursuivre ses études au lycée Louis-le-Grand, à Paris, où il obtient en 1889 le baccalauréat avec la mention « très bien ». En 1891, après une khâgne dans ce même lycée, il est reçu dixième à l'École normale supérieureConcours de l'École normale supérieure (section des lettres). En 1894, il est reçu major à l'agrégation de lettres.. L'historien Jean-Noël Jeanneney évoquera à son égard la .

En 1904, il soutient à Paris-Sorbonne une thèse principale de lettres Madame Récamier et ses amis, puis, en 1905, une thèse complémentaire, Un ouvrage inédit de Madame de Staël : les fragments d'écrits politiques (1799)Françoise Huguet, « Les thèses de doctorat ès lettres soutenues en France de la fin du à 1940 », lire en ligne (consulté le 14 octobre 2020)..

Parcours professionnel Jeune professeur agrégé, il est nommé au lycée de Nantes, puis au lycée de Lyon, où il enseigne dans une classe de rhétorique. Son premier ouvrage, Philon le Juif : essai sur l'école juive d'Alexandrie publié chez Hachette en 1898, est couronné par le prix Victor-Cousin de l'Académie des sciences morales et politiques.

Il s'engage dans l'affaire Dreyfus aux côtés d'Émile Zola et Anatole France, et fonde la section lyonnaise de la Ligue des droits de l'homme. Il s'affirme comme un orateur exceptionnel.

Le , il épouse à Lyon Blanche Rebatel (1877-1962), fille du docteur Fleury Rebatel, président du Conseil général du RhôneActe de mariage. Cette union lui facilite son entrée en politique.

Maire de Lyon Entré au conseil municipal de Lyon en 1904, il devient adjoint, puis maire le , succédant à Jean-Victor Augagneur, devenu gouverneur de Madagascar. Il reste maire jusqu'en 1957, avec une interruption sous l’Occupation.

Jusqu'en 1914, la gestion de Lyon sera la grande affaire d'Édouard Herriot : il fait construire des ponts sur la Saône et le Rhône, de nouveaux abattoirs ; il fait électrifier les services de la ville, instaure des bourses pour permettre aux meilleurs élèves du primaire d'entrer au lycée ; il fait construire un nouvel hôpital, transforme la propriété du Vernay en école de plein air pour lutter contre la tuberculose des enfantsSerge Berstein, op. cit., p; 40-41..

vignette|redresse|gauche|Édouard Herriot, sénateur et maire de Lyon, en 1914.

Le , naît dans le de Lyon sa fille adultérine, la future Suzanne Bérard, déclarée née de parents inconnus sous le patronyme Collon (nom de la mère d'Herriot). Elle n'est reconnue que plus tard, le , par sa mère Jeanne Marie JaninActe de naissance de Marie Suzanne Nicole Jeanne Collon-Janin.

Le , il obtient son premier poste ministériel comme ministre des Travaux publics, des Transports et du Ravitaillement, Marcel Sembat ayant dû quitter le gouvernement par suite de la pénurie de charbon. Herriot limoge immédiatement le directeur des mines du ministère, Paul Louis Weiss, accusé par l'opinion publique d'être responsable de la pénurie.

À l’automne 1922, il se rend en Russie soviétique, avec Édouard Daladier ; il éprouve de vives sympathies pour cet État. À la suite de sa visite, à la commune d'enfants , il déclare : « Ces communistes sont des encyclopédistes comme les renaissants »Boulgakov, tome 1, notes page 1745, Bibliothèque de la Pléiade. En 1924, il intervient personnellement. auprès du préfet du RhôneCourrier d’Édouard Herriot, maire de Lyon, au préfet du Rhône, 4 février 1924, Archives départementales du Rhône, Lyon, série M, dossier Sante Ferrini, cote 3494W/12, numéro 8439 pour éviter l'expulsion de l'anarchiste italien Sante Ferrini.

Chef du cartel des gauches et effacement (1924-1926) Après que les élections législatives du 25 mai ont donné la majorité au Cartel des gauches dont il était le principal animateur, il provoque la démission du président Alexandre Millerand qui avait pris parti pour le Bloc national pendant la campagne électorale et avait affirmé son pouvoir en intervenant dans les fonctions du président du Conseil. Il est alors appelé à la présidence du Conseil par le nouveau président de la République, Gaston Doumergue.

Président du conseil, il annonce le l’expulsion des congréganistes dont près de 10 000 étaient rentrés en France en 1914 pour se battre. Herriot veut introduire les lois laïques en Alsace-Lorraine et rompre les relations diplomatiques avec le Vatican, mais il se heurte à l'opposition du Sénat et au risque de velléités indépendantistes locales sur le premier point, et sur le second, il est désavoué par le Conseil d'État et la résistance populaire. La création de la ligue DRAC (Droits des religieux anciens combattants) l'empêche de prononcer une nouvelle expulsion des religieux français.

Il est critiqué pour ses choix en matière de finances, hésitant dans le remède à donner à la crise (il balance entre un emprunt, souhaité par la droite, et le « prélèvement » sur le capital réclamé par les socialistes). La Bourse connait beaucoup de fluctuations, principalement à la baisse, pendant son gouvernement. Herriot démissionne le , après que le Sénat lui a refusé la confiance. Il accuse alors le « mur d’argent », c’est-à-dire les grandes puissances financières du pays, qui auraient fait échouer le Cartel. Cette accusation a sa part de vérité, considérant le fait que la Banque de France (à l’époque privée) s’est montrée bien moins indulgente avec son gouvernement qu’avec d’autres de droite..

Herriot préside alors la Chambre des députés pendant un an, mais lorsque Caillaux, ministre des Finances, demande, pour résoudre la crise financière, l'autorisation de recourir à des décrets-lois, il descend de la présidence pour dénoncer comme député une procédure qui bafoue la prééminence du parlement. Le cabinet Briand (le cinquième cabinet depuis le précédent gouvernement de Herriot) est renversé le et Doumergue contraint Herriot à former un nouveau gouvernement.

Il se heurte alors à ce qu’il avait appelé le « mur d’argent », la Banque de France lui demandant de légiférer afin d'augmenter les plafonds des avances qu’elle peut verser à l'État, menaçant le cas échéant d’interrompre ses paiements au Trésor. Devant le risque de faillite des comptes publics et la chute toujours plus importante du cours du franc, Herriot est mis en minorité par la Chambre dès le , la chute de son gouvernement marquant la fin du Cartel des Gauches et le retour au pouvoir de Poincaré.

Après le cartel (1926-1932) Édouard Herriot est élu en 1930, président de l'Association française pour le développement de l'enseignement technique (AFDET), et le demeurera jusqu'en 1952. À l'occasion de la fête des 25 ans de l’AFDET qu'il préside comme ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts, il intervient sur la culture : « Il n’y a aucune espèce de contradiction entre l’enseignement technique et la culture générale. Il y a plusieurs moyens de parvenir à la culture. […] Je salue par avance le moment où le développement de l’enseignement technique, à tous les degrés, nous aura créé une culture nouvelle qui, sans faire aucun tort à la culture ancienne de la France, lui donnera des hommes d’un type nouveau et d’une valeur d’esprit … comme un Pasteur ou un Berthelot, c’est-à-dire à n’avoir rien à envier à la culture de qui que ce soit ».

Georges Clemenceau aura sur lui ce trait ironique : Lettre à Marguerite Baldensperger du 18/06/1926, publiée dans Correspondance 1858-1929 Robert Laffont/BNF, 2008 .. Son adversaire royaliste Léon Daudet le décrit ainsi : « Très 1792 aussi Herriot, citoyen laborieux, rond et subtil, orateur né, même tribun, se frappant la poitrine à tour de bras, chaleureux et sans mémoire, et dantonisant à tout propos. Mais un vivant parmi les spectres d'un radicalisme désuet. Il m'a toujours été sympathique, en raison de son feu, de son réel talent, oratoire et littéraire […]. Homme de parti, il aura voulu jouer les hommes d'État. Il lui manque pour cela le caractère, et on le sent flottant, sous ses formules friables, comme un costaud de saindoux dans un caleçon de tulle illusion »Léon Daudet, Député de Paris, Grasset, 1933..

Marqué peut-être par ces échecs, Herriot commence à se rapprocher peu à peu de la droite. En tout cas il a droit aux compliments flatteurs de l’abbé Bethléem., grand pourfendeur de la pornographie, pour avoir interdit l’affichage de journaux « osés » dans les kiosques de Lyon. et Le Canard enchaîné y fait allusion dans ses contrepèteriesLa plus connue étant : Le maire de Riom a de belles élections., il n'en commence pas moins à gagner la faveur des catholiques.

De 1932 à 1939 vignette|redresse|gauche|Albert Einstein et Édouard Herriot, reçus docteurs honoris causa de l'université de Glasgow. En juin 1932, il revient au pouvoir (troisième gouvernement Édouard Herriot) après des élections ayant marqué une poussée vers la gauche. En référence à ce qui se passe en Allemagne, où Adolf Hitler va prendre le pouvoir en , le dessinateur Sennep affuble Herriot, fumeur de pipe invétéré, du surnom de « Fühmeur »Gassier, Sennep et les années 30.. Durant son gouvernement, qui se maintient six mois, le ministère de l’Instruction publique devient ministère de l’Éducation nationale. Herriot est devenu beaucoup plus modéré et l'on a dit que son gouvernement a été le dernier à laisser une impression de calmeHistoire de France 1918-1938 avec illustrations HP Gassier et Sennep, texte d'Aurélien Philipp, Paris, Éditions Mana, 1938. Les pages ne sont pas indiquées, l'année de référence est 1932. On lit : → Crise du 6 février 1934.. Le renforcement de la lutte contre la fraude fiscale conduit tout de même à l'affaire de la Banque commerciale de Bâle. Son gouvernement tombe le sur la question du remboursement de la dette française à l'égard des États-Unis.

À l'invitation de Staline, Édouard Herriot se rend en 1933 à Moscou. À cette occasion, un canular fait croire à l'opinion qu'il a été nommé colonel dans l'armée soviétique ; si bien que l'ambassade d'URSS se sent tenue de démentir en précisant . Il en restera une caricature de Sennep (Le colonel des kodaks)Reproduite dans l'article de Jacques Franju, « Édouard Herriot Colonel de l'armée rouge », Historia hors-série n° 38 (Les grands canulars), 1974, p. 54-58.. Ce voyage s'inscrit dans le rapprochement qui débouchera sur le pacte franco-soviétique de 1935. À cette occasion, Herriot visite l'Ukraine, où sévit alors une famine dramatique, l'Holodomor. Aveuglé par la propagande soviétique et les figurants se dressant sur son passage, Édouard Herriot ne se rend pas compte de la famine qui sévit dans le pays. et déclare n'avoir vu que Cité par Georges Sokoloff, La Puissance pauvre : une histoire de la Russie de 1815 à nos jours, Arthème Fayard, 1993. Mentionné par Fred Kupferman, Au pays des Soviets. Le voyage français en Union soviétique, 1913-1939, Paris, Tallandier, 2007 ., dans son récit de voyage publié l'année suivante, Orient, où il fait également l'éloge de la nouvelle Turquie, républicaine et laïqueFrançois Furet, Le Passé d'une illusion..