Joseph Brau, né le à Trébons dans les Hautes-Pyrénées et mort le à Seignosse dans les Landes, est un médecin radiologue, colonel honoraire de l’Armée française et résistant français, déporté à Buchenwald.

Biographie Enfance et jeunesse

Joseph Brau est né à Trébons dans les Hautes-Pyrénées. Il est le cadet d'une famille de quatre enfants : Frédéric, Zéphire et Jean. Pierre et Zoé, ses parents sont toujours très occupés : ils tiennent le restaurant-boucherie Brau du petit village.

Son père s'occupe également de livrer des boissons aux alentours. C'est pourquoi c'est essentiellement sa sœur Zéphire qui prend soin de lui. Le dimanche, il est souvent confié à ses grand-tantes, Sœur Anastase, supérieure au couvent Saint-Joseph de Cantaous Tuzaguet et Sœur Anselme (Congrégation des Sœurs de Saint Joseph de Tarbes) ou encore à un voisin Monsieur Vital, menuisier.

À l'exception de Jean, boucher à Pouzac, tous les enfants font des études. Frédéric, les Beaux-arts (il deviendra menuisier), Zéphire obtient son certificat d'études secondaires . Joseph intègre l'école publique avec deux ans de retard : il ne parle que le patois. Il obtient son certificat d'études secondaires en à Toulouse, puis son baccalauréat en et son certificat d'études physiques, chimiques et naturelles en juillet de la même année, toujours à Toulouse. Reçu au concours d'entrée à l'École du service de santé des armées, Il intègre ce qui deviendra plus tard l'École Santé navale de Lyon. Il obtient son diplôme en et passe sa thèseThèse 03/1917. de doctorat en médecine en pendant la Première Guerre mondiale.

Il obtient son certificat d'électro-radiologie à « Santé Navale » Bordeaux (aujourd'hui l'École du service de santé des armées de Bordeaux) en 1925.

En couple depuis 1913 avec Anne Marie Pinet (1895-1977) qu'il épousera en 1923, ils auront trois enfants Joséphine (1914-2006), Marie Thérèse (1917-1922) et Jean Pierre (1921-2012).

Première Guerre mondiale

Mobilisé à Cherbourg le , il fait campagne dans le Régiment d'Infanterie Armée, Après les combats de Mogimont (Belgique) des 22-, et la retraite (La Marfée, Tourteron) fin août, commence en septembre, jusqu'en les batailles de la Marne et de la Champagne (guerre des tranchées Gourgançon, Suippes, Souain, la ferme des Wacques).

Il devient Médecin Aide Major de deuxième classe après son doctorat, et participe en tant que tel à la suite de la campagne de la Champagne. Le , un obus de vient s'encastrer, heureusement sans éclater, dans les rondins de son abri, où il fait fonction de Médecin Chef au P.C. du bois des canons.(source : )

En , le régiment rejoint les Monts de Champagne où il se distinguera en particulier du au en donnant des soins aux blessés sous un bombardement violent. Dans la nuit du 10 au , il est blessé à deux reprises au cours d'une attaque allemande sur le Mont Blond. Il demande à être traité en "Poilu", refuse toute anesthésie pour les interventions chirurgicales dont il fait l'objet (Billet d'Hôpital), et refuse d'être évacué pour pouvoir rejoindre au plus tôt sa place dans son Bataillon (promu Médecin aide Major de classe, Citations à l'ordre de la Armée ).

Début novembre, ce qui reste du régiment après Verdun est transporté dans la partie restée intacte de la forêt de l'Argonne pour une guerre de position où la lutte continue avec la vaste offensive franco-américaine (Meuse-Argonne) jusqu'à l'Armistice de 1918.

En , il est nommé, à sa demande, à l'Armée d'Orient en tant que Médecin de Bataillon au Régiment d'Infanterie. Il termine la guerre en Albanie avec le retrait de l'expédition française de la région de Korçë.

L'entre deux guerres

Après l'Armistice, il participe à la campagne de Russie (Odessa, Kherson) de à , puis à l'occupation en Bulgarie jusqu'en .

Après un stage au Val de Grâce, Médecin Major de Classe, il est affecté au Bataillon de Chasseurs Alpins de la Division d'Infanterie, et part début 1920 pour la Haute Silésie (Plébiscite). où il restera deux ans et demi. Le , il se porte au secours d'un caporal du bataillon blessé lors d'une violente manifestation. Il réussit à le mettre à l'abri de la foule en le plaçant dans une maison voisine. Le , au milieu d'une autre manifestation, il se porte avec détermination au secours du Commandant Montalegre qui vient d'être assassiné par un Allemand. Citations à l'ordre de la Division d'occupation de Haute Silésie, Croix de guerre TOE étoile d'Argent.

Rentré en France, il se porte volontaire, et rejoint en 1922 le Service de Santé du Protectorat français du Maroc accompagné de sa famille. Il y restera jusqu'en 1928. À son arrivée, le pays est toujours en voie de "pacification" après la signature du Traité de Fèz en 1912. L'effectif militaire français atteint jusqu'à qui nécessitent une infrastructure médicale adaptée. Il s'agit de soigner la population civile et militaire française, mais pas uniquement. Le pays, dans un état sanitaire déplorable, est confronté depuis la fin du à une succession d'épidémies sévères (choléra, variole, peste, typhus, grippe « espagnole ») qui s'ajoutent aux maladies endémiques (paludisme, tuberculose, syphilis, lèpre…), aux conséquences désastreuses sur une population de 4 millions de Marocains qui seront soignés et vaccinés (si possible) également par le Service de Santé des Armées françaises. Le Docteur Joseph Brau y participe activement en fonction de ses affectations : Oujda, Fèz, Meknès, Rabat, Casablanca, Bou Denib (où le couple perdra sa seconde fille, Marie Thérèse, emportée à 5 ans par la diphtérie). Dans le cadre de ses activités, il fait la connaissance, deviennent et resteront amis, du Docteur Abel Charnot [note 0]avec qui il collaborera. Son travail est récompensé à plusieurs reprises : 1924 Médaille coloniale agrafe Maroc, 1925 chevalier de la Légion d'honneur, officier du Ouissam Alaouite et médaille d'argent (vaccins) de l'Académie de médecine, 1926 médaille commémorative d'Orient,

À sa demande, en 1928, il est mis en disponibilité, rentre en France, et s'installe avec sa famille à Coulommiers en Seine-et-Marne où il retrouve son ami de la Grande Guerre, Pierre Berson,{note 0.1] chirurgien. Ils s'associent et fondent ensemble, en 1929, la Clinique du 4 rue des Moulins, juste en face de l'hôpital où Joseph Brau assure le Service de radiologie. Ils font la connaissance de René Arbeltier[note-0.2], médecin lui aussi, qui travaille sur place.

Il quitte l'appartement de Coulommiers et s'installe à La Ferté-sous-Jouarre où il restera jusqu'en 1971.

En 1933, il retourne au Maroc en famille pour rendre visite à son ami Abel Charnot, et en 1934, il prend sa retraite de médecin militaire en tant que commandant.

La mobilisation

Joseph Brau est toujours médecin commandant de réserve quand les troupes hitlériennes pénètrent en Pologne.

Le , mobilisé comme médecin-chef de l'hôpital auxiliaire de Mouchard dans le Jura, il fait son devoir, comme il l'a déjà fait d' à , sur le front de France, puis en Russie et en Orient, en Haute-Silésie et plus tard au Maroc.

Collaborateur du directeur du service de santé de la région, médecin-chef de l'arrondissement d'Étapes de Chaumont, il dirige les formations hospitalières de Montier-en-Der, de Chaumont et de Langres au moment des bombardements et des attaques de l'infanterie allemande du 13 au . Il se porte en personne aux points les plus dangereux et contribue à sauver de très nombreux blessés. Cette conduite lui vaut la promotion au grade de lieutenant-colonel, une citation à l'ordre du Corps d'Armée et l'élévation au grade d'officier de la Légion d'honneur[Distinctions].

Démobilisé en , il rentre à son domicile. Les Allemands réquisitionnent sa maison, la famille vit dans l'entresol.

Entrée dans la résistance source :

Joseph Brau, avec ses amis Pierre Berson[ICSD 1] et René Arbeltier, entre dans le réseau de résistance « Hector » en 1941 sous les ordres du capitaine Rouard, commandant les compagnies des vallées de la Marne[ICSD 2]. Il devient « Bertrand », combattant volontaire de la Résistance, membre des Forces françaises combattantes. Grâce à leurs cartes professionnelles, ils peuvent circuler dans des zones «interdites». Le travail des deux premiers consiste à faire du renseignement (mouvements de troupes, emplacements exacts des matériels de lutte anti-aérienne (flak), leur équipement…). Joseph Brau incorpore au réseau deux de ses amis (le directeur du centre de jeunesse et le directeur du cinéma) qui font la navette chaque semaine avec l'agent de liaison Gaillard (boucher à Viels-Maisons, qui transmet les renseignements et informations obtenus au pharmacien Lescarcelle de Château-Thierry qui les fait transmettre à Londres. René Arbeltier, pour sa part, organise le sabotage des avions stationnés sur l'aérodrome de Voisin-Coulommiers.

Mais l'occupant peut s'appuyer sur les collaborateurs. En , une trentaine de résistants sont arrêtés sur la dénonciation[3.2] d'un certain Boullet[3.1].

Joseph Brau, pour mieux coordonner les efforts de tous les résistants de la zone de La Ferté-sous-Jouarre, crée, avec quelques amis sûrs (le colonel François Glaize[Note 1], le capitaine Léon Lahitte[Note 2] et un jeune étudiant Roger Gatellier), un Comité local chargé de lutter contre l'occupant, les collaborateurs et les dénonciateurs.

Début , le Docteur Digne de Saâcy-sur-Marne prévient son collègue Brau : « certains de tes amis fréquentent trop les cafés et ils sont trop bavards… ». À Coulommiers, Pierre Berson et René Arbeltier se sentent menacés.

Fuite et arrestation

Fin , un employé de la mairie de La Ferté-sous-Jouarre vient prévenir « Bertrand » à son domicile de son arrestation imminente[ICSD 2]. Pierre Berson et René Arbeltier sont déjà en fuite et recherchés par la Gestapo, mais ils ne seront pas rattrapés. François Glaize et Léon Lahitte sont arrêtés et torturés avant d'être déportés à Buchenwald. « Bertrand » prend la décision de fuir immédiatement. Il veut rejoindre Londres mais auparavant gagne Paris, où il apprend que la filière d'évasion qu'il connaissait a été décimée par la Gestapo. Il décide alors de passer par l'Espagne. Le , à quelques kilomètres de la frontière espagnole, il est arrêté à Bedous dans les Basses-Pyrénées. Il redoute de ne pouvoir résister à la torture. Il est porteur de trop d'informations concernant la Résistance. Il tente donc de se suicider avec des médicaments et tombe dans un état comateux. Les Allemands le font soigner et le transfèrent quelques jours plus tard au siège de la Gestapo à Oloron-Sainte-Marie. Là, il subit un interrogatoire, mais malgré les menaces d'exécution, il refuse de signer toute déposition rédigée en allemand, langue qu'il ne connaît pas. Il est transféré à la prison du Fort du Hâ de Bordeaux en août. En septembre, il est convoyé à Compiègne, au Frontstalag 122, plaque tournante de la déportation, où il passera deux mois. Jamais plus, il ne fut interrogé mais il était toujours recherché très activement comme chef de groupe à La Ferté-sous-Jouarre où les arrestations de résistants se succédaient. Heureusement, la Gestapo n'avait pas de fichier central (témoignage 1972).

Déportation à Buchenwald

Le , avec 933 autres détenus, il est convoyé à destination de Buchenwald., où il arrive le 31 au soir. Le Joseph Brau dit « Bertrand » est devenu le matricule F. 31 299.