Josef Albert Meisinger (, Munich – , Varsovie) est un officier de la Gestapo. Surnommé , il a été en poste au Japon de 1941 à 1945. À la fin de la guerre, il a été jugé et exécuté pour crimes de guerre en Pologne.

Premières années Meisinger est né à Munich, de Josef et Berta Meisinger. Il s'est engagé dans l'armée le et a combattu dans la de Minenwerfer du de pionniers de la de réserve bavaroise. Il a été blessé au combat, ce qui lui a valu la croix de fer et la croix du Mérite militaire de Bavière. Le , il a atteint le grade de Vizefeldwebel (sergent-chef) et le il est entré dans le Corps francs de Franz Ritter von Epp, sous lequel il a combattu la République des conseils de Bavière. Le , il a commencé à travailler au quartier-général de la police de Munich. Commandant du de la du , il a pris part au putsch de la Brasserie des et .

Le , il a été accepté dans la SS, puis dans la le , ce qui l'a mis officiellement en contact avec Heinrich Müller, Franz Josef Huber et Reinhard Heydrich (avec lequel il avait servi dans les Corps francs). À cette date, Heinrich Himmler était chef de la police de Munich et Heydrich commandait le Département IV, sa police politique Longerich, Peter, Heinrich Himmler: A Life, Oxford University Press, 2011, p. 149. . Meisinger est devenu membre du parti nazi le . Il a été décoré de l'ordre du sang le .

Carrière dans la Gestapo Le , Meisinger est promu SS-. Heydrich est nommé chef de la Gestapo le . Immédiatement après, celui-ci a transféré à ses bureaux de Berlin ses hommes de confiance : Heinrich Müller, Franz Josef Huber et Meisinger, surnommés la (Brigade bavaroise) Gerwarth, Robert, Hitler's Hangman: The Life of Heydrich, Yale University Press, 2011, p. 76, . Le , Meisinger a été promu SS-Untersturmführer (sous-lieutenant) dans les Dezernat (sections) II 1 H et II H 1, qui avaient les attributions suivantes : découvrir les opposants à Hitler au sein du parti nazi, poursuivre les homosexuels Meisinger and the Gay Holocaust, poursuivre les cas d'avortement, poursuivre les cas de relations intimes entre Juifs et non-Juifs.

Le , Meisinger s'est rendu au Congrès catholique de Berlin, pour écouter Erich Klausener ; il a informé Heydrich que Klausener avait fait des déclarations anarchistes. Le 30 juin, Klausener est abattu par l'officier SS Kurt Gildisch dans son bureau du ministère des Transports du Reich Hoffmann, Peter, Hitler's Personal Security: Protecting the Führer 1921-1945, Da Capo Press, 2000 , p. 49, . Après la guerre, Walter Schellenberg, ancien chef de la section des affaires étrangères de la SD au Reichssicherheitshauptamt a décrit Meisinger de la manière suivante :

Affaire Blomberg-Fritsch

De 1936 à 1938, Meisinger a dirigé l'Office central du Reich pour la lutte contre l'homosexualité et l'avortement au quartier-général de la Gestapo au sein de la Sicherheitspolizei (SiPo) Jörg Hutter, Die Rolle der Polizei bei der Schwulen- und Lesbenverfolgung im Nationalsozialismus, in: "Schwule, Lesben, Polizei", Dobler, Jens (HG.), Verlag rosa Winkel, Berlin 1996.. Durant cette période, il a été promu SS-Obersturmbannführer (lieutenant-colonel).

vignette|Officiers supérieurs allemands le : De gauche à droite von Rundstedt, von Fritsch et von Blomberg.

Au début de 1938, Adolf Hitler, Hermann Göring et Himmler ont voulu se débarrasser du maréchal Werner von Blomberg, membre conservateur de l'état-major et ministre de la Défense du Reich. L'enquête de Meisinger a révélé que sa femme, Erna Gruhn, était une ancienne prostituée avec un casier judiciaire et qu'elle avait posé pour des photos pornographiques. Blomberg a été contraint à la démission Gerwarth, Hitler's Hangman: The Life of Heydrich, p. 116.

En 1936, Meisinger avait découvert des allégations d'homosexualité contre le commandant en chef de l'armée de terre, le Generaloberst Werner von Fritsch. Un dossier avait été préparé et Heydrich l'avait transmis à Hitler. Celui-ci avait repoussé ces allégations et ordonné à Heydrich de détruire le dossier, ce qu'il n'avait pas fait.

Fin , Göring a voulu écarter von Fritsch, qu'il ne souhaitait pas voir succéder à Blomberg et devenir son supérieur. Heydrich a alors ressorti son vieux dossier sur Fritsch. Meisinger y a vu une occasion d'avancement, car il savait qu'Himmler et la SS considéraient les homosexuels comme un danger pour le régime Josef Meisinger on "Combating Homosexuality as a Political Task" (April 5–6, 1937). Cependant le travail de police de Meisinger a été jugé faible et Heydrich et Müller en ont été mécontents. Meisinger et ont interrogé Otto Schmidt, un criminel dont le gang berlinois avait pour spécialité de faire chanter les homosexuels Gerwarth, Hitler's Hangman: The Life of Heydrich, p. 117. Celui-ci a identifié von Fritsch comme l'un des hommes qu'il avait surpris en train de se livrer à des actes homosexuels en 1933 Plant, Richard, The Pink Triangle: The Nazi War Against Homosexuals. Macmillan, 1988, p. 141. . Quand Meisinger a produit une photographie de Fritsch sur laquelle étaient clairement indiqués son nom, son titre et son grade militaire, Schmidt a sauté sur l'occasion de se faire valoir en calomniant le général Deutsch, Harold Charles, Hitler and His Generals: The Hidden Crisis, January–June 1938, U of Minnesota Press, 1974, p. 141. Karl-Heinz Janssen and Fritz Tobias, Der Sturz der Generale: Hitler und die Blomberg-Fritsch-Krise 1938, Munich 1994 .. Heydrich a soumis le dossier mis à jour à Hitler Gerwarth, Hitler's Hangman: The Life of Heydrich, pp. 116–117. Dans son récit de cet incident, Werner Best qualifie Meisinger d'. Il a finalement été déterminé que von Fritsch avait été confondu avec un officier subalterne, le Rittmeister Achim von Frisch. Les accusations contre Fritsch se sont effondrées au cours du procès et les officiers de l'armée ont été ulcérés du traitement qui lui avait été réservé. Cette affaire a quasiment brisé la carrière de Meisinger à la GestapoJanssen, p. 95..

Rôle en Pologne L'échec de Meisinger et de son agence a coûté à la plupart de ses membres leur poste, ou au moins leur carrièreJanssen, p. 160.. En 1938, Meisinger a été transféré aux archives du centre de la SD, mais en il est nommé vice-commandant de lEinsatzgruppe IV en Pologne. Le , après avoir été promu SS-Standartenführer (colonel), Meisinger est nommé commandant de la police du district de Varsovie, en remplacement de Lothar Beutel, dénoncé pour corruption.

vignette|Des soldats allemand bandent les yeux de prisonniers polonais avant leur exécution à Palmiry en 1940.

Meisinger a exercé une force brutale contre les Polonais, surtout contre ceux d'ascendance juive. Dans le cadre de l'opération extraordinaire de pacification, il a autorisé les massacres de Palmiry, lors desquels ont été fusillées dans la forêt près de Palmiry Wildt, Michael, Generation des Unbedingten, Studienausgabe. Hamburg, 2003, p. 478. . En représailles du meurtre d'un policier polonais, il a ordonné l'exécution de 55 Juifs le , et le l'exécution de en représailles au meurtre de deux Allemands Eta Harich-Schneider, Charaktere und Katastrophen, Ullstein, 1978, p. 203. . Il est devenu si célèbre qu'il a été surnommé (sobriquet aussi donné au SS-Gruppenführer Heinz Reinefarth). Selon Schellenberg, ses atrocités en Pologne dégoûtaient même ses supérieurs : La démarche de Heydrich auprès de Himmler a sauvé Meisinger de la cour martiale et peut-être même de l'exécution. Il a été envoyé à Tokyo dans un sous-marin pour l'éloigner en attendant que les choses se calmentSchellenberg, 1956: p. 161..

En 1947, au cours de son procès, Meisinger a déclaré qu'il n'était plus à Varsovie après , mais il est probable qu'il a participé à la création du ghetto de Varsovie Freyeisen, Astrid, Shanghai und die Rolle dês Deutschen Reichs, Königshausen und Neumann, 2000, p. 466..

À Shangaï et au Japon Du à , Meisinger a servi d'agent de liaison de la Gestapo entre les responsables et les agents de la SD à l'ambassade d'Allemagne à Tokyo Whymant, Robert, Stalin's Spy: Richard Sorge and the Tokyo Espionage Ring, I. B. Tauris, 1996, p. 144. . Il était notamment chargé de débusquer les ennemis du Troisième Reich dans la communauté allemande, grâce à divers informateurs. Il était aussi l'agent de liaison de la SD avec la police secrète japonaise. Une de ses missions au Japon était la surveillance de l'agent soviétique Richard Sorge (déjà soupçonné à Berlin), mais Meisinger est rapidement devenu l'un de ses compagnons de beuverie et, involontairement, l'une de ses meilleures sources d'information Piekalkiewicz, Janusz, World History of Espionage: Agents, Systems, Operations, # National Intelligence Book Center (1998), p. 369. Whymant, p. 144..

En 1941, Meisinger essaya de convaincre les Japonais d'exterminer environ d'Autriche et d'Allemagne qui s'étaient réfugiés à Shanghaï Marvin Tokayer and Mary Swartz, The Fugu Plan: The Untold Story Of The Japanese And The Jews During World War II, Gefen Publishing House Ltd, 2004. . Sa proposition comprenait la création d'un camp d'extermination sur l'île Chongming, dans le delta du Yang-Tsé O'Neill, Mark, "A Saved Haven: Plans to rejuvenate Shanghai's rundown former Jewish ghetto will celebrate the district's role as a sanctuary during the Second World War", South China Morning Post, August 1, 2006; Features: Behind the News; p. 11., ou de les laisser mourir de faim sur des cargos au large des côtes chinoises Jane Shlensky, "Considering Other Choices: Chiune Sugihara's Rescue of Polish Jews," North Carolina School of Science and Mathematics Durham, NC, 2003, p. 6.. L'amiral japonais responsable de Shanghaï a refusé ces suggestions, mais les Japonais ont cependant créé un ghetto dans le quartier de Hongkou Patrick E. Tyler, "Jews Revisit Shanghai, Grateful Still that it Sheltered Them." New York Times, June 29, 1994., déjà étudié en 1939 : un taudis d'une densité à peu près double de celle de Manhattan. Le ghetto était surveillé par les soldats japonais commandés par Kano Ghoya Heppner, Ernest G., "Strange Haven: A Jewish Childhood in Wartime Shanghai (review)", in , Volume 19, Number 3, Spring 2001, pp. 160–161. et les Juifs ne pouvaient pas le quitter sans autorisation. Deux mille d'entre eux y sont morts durant la guerre Heppner, Ernest G. Shanghai Refuge – A Memoir of the World War II Jewish Ghetto, 1995..

Arrestation, procès et exécution vignette|Meisinger devant le Tribunal national suprême à Varsovie (deuxième rang, porteur de lunettes).

Le , Meisinger s'est rendu à deux correspondants de guerre, Clark Lee d'INS et Robert Brumby de MBS, à l'hôtel Fujiya à Hakone. Ces reporters l'ont conduit à Yokohama, au siège du Counter Intelligence Corps (CIC), où il s'est livré Lee, Clark, One Last Look Around, Duell, Sloan and Pearce, 1947, pp. 125–30.. Il a été enfermé dans la prison de Yokohama "International: First Haul," Time Magazine, Sept 24, 1945. "War Criminal 'Cry-Baby': German Held in Yokohama," The Sydney Morning Herald (NSW: 1842–1954), 5 October 1945, p. 1., où il a subi deux semaines d'interrogatoires intensifs avant d'être transféré au quartier-général du général Eisenhower à Francfort Frank Kelley and Cornelius Ryan, STAR-SPANGLED MIKADO, Robert M. McBride & Co., New York, 1947.. En , escorté par le Lt. Col. Jennis R. Galloway et le Major James W. McColl du détachement du CIC, il a été transféré à Washington, D.C. pour y être interrogé sur son rôle dans la destruction du ghetto de Varsovie "The 'Butcher of Warsaw' Arrives in California," New York Times, Nov 16, 1945; p. 9.