Elf Aquitaine était une société française d'extraction pétrolière.

L'entreprise est créée en 1966 à partir de la Société nationale des pétroles d'Aquitaine, et surnommée Elf-ERAP après la création de la marque Elf en . D'abord publique, elle est privatisée en 1994 pour de francs. À la suite de l'affaire ELF et ses démêlés politico-judiciaires, Elf est absorbée le par le groupe Total pour former TotalFinaElf (TFE).

La marque Elf est cependant toujours utilisée par TotalEnergies pour la commercialisation de lubrifiants, d'huiles moteur ou encore de carburants de compétition.

Entités préexistantes À la veille de la Seconde Guerre mondiale, vers 1937, la consommation française se monte aux environs de 5 millions de tonnes par an dont 40 % en provenance d'Irak. Le reste vient des États-Unis, du Venezuela et de Roumanie. Plusieurs sociétés ont donné naissance à Elf Aquitaine :

La RAP thumb|200px|Ancien panneau des essences RAP situé à Sainte-Valière dans l'Aude. À l'époque des grandes manœuvres géopolitiques autour du pétrole (années 1920-1930), des prospections sont menées en France métropolitaine. Entre 1920 et 1935, des permis de recherche sont distribués à grande échelle pour tous les départements, et surtout dans les Landes et les Pyrénées-Atlantiques. Les efforts d'investissements et de recherche révèlent que le sous-sol français contient peu de pétrole. Il est découvert néanmoins en 1939 un gisement de gaz naturel exploitable à Saint-Marcel-Paulel. Le , grâce à cette découverte, est créée la Régie autonome des pétroles (RAP) pour exploiter le champ de gaz de Saint-Marcet dans la Haute-Garonne.

La SNPA En 1940, en pleine guerre, la direction des carburants (DICA) est créée pour exercer la tutelle sur le secteur pétrolier. Avec cette création, la prospection est relancée, surtout dans le Sud-Ouest. Le , afin de superviser toutes ces prospections, la Société nationale des pétroles d'Aquitaine (SNPA) est créée.

En 1951, la SNPA découvre un gisement, d'abord de pétrole, puis de gaz, à Lacq (Pyrénées-Atlantiques). Ce gaz contient un grand pourcentage de soufre (15 %) et du gaz carbonique (10 %), le tout avec une pression d'éruption de 670 bars. Le pétrole est acheminé vers la raffinerie de La Mède pour être traité, tandis que le gaz est traité sur place. C'est ainsi que la région de Lacq devient une région gazière avec ses usines de séparation de soufre. Le soufre, considéré dans un premier temps comme un produit indésirable, devient par la suite une matière première valorisée, et une source de revenus.

Le BRP

Le Bureau de recherche de pétrole (BRP) est créé en 1945.

L'UGP Jusque dans les années 1950, l'État français a réussi l'exploration-production par les découvertes au Sahara, mais le raffinage-distribution est toujours dans les mains des groupes étrangers tels que Shell, BP, Esso et Mobil. Tous ces groupes possèdent, en France, tous les outils indispensables aux fonctions raffinage-distribution depuis les oléoducs, les raffineries jusqu'aux réseaux de distribution. La loi Poincaré du permet au gouvernement français d'obliger les compagnies étrangères à raffiner et à distribuer en priorité du pétrole produit en FranceLa loi de 1928 en question : Ses règles... et ses carences, Le Monde, loi qui permet au BRP de créer une entreprise publique de raffinage et de distribution. Cette nouvelle société, l'Union générale des pétroles (UGP), est conçue en , puis juridiquement constituée le de la réunion de la , de la RAP et du tout nouveau Groupement des exploitants pétroliers (GEP), chacun des partenaires détenant un tiers du capitalLa création de l’Union générale des pétroles, Éric Kocher-Marbœuf, p. 347-356.

Le Groupement des exploitants pétroliers (GEP), créé en , est lui-même constitué de filiales du BRP, à savoir : la SNPA, Société nationale des pétroles d'Aquitaine, 40 % ; la SPAEF, Société des Pétroles d'Afrique-Équatoriale Française, 40 % ; la CEP, Compagnie d'Exploration Pétrolière, 15 % ; la PREPA, Société de Prospection et d'Exploitation Pétrolière en Alsace, 5 %.

La SN REPAL apporte les actifs qu'elle possède dans Caltex, California & Texas Oil Company, par le biais de l'Union industrielle des pétroles (UIP), dont le siège est alors situé place Vendôme à Paris et dont le capital est réparti à 60 % pour l'UGP et 40 % pour Caltex.

Avec Caltex, l'UGP hérite d'une vieille raffinerie à Ambès (Gironde) dont la capacité de traitement est de tonnes par an, de vente routiers, 183 stations-service officielles, 4 navires pétroliers de (dead weight tons) au total et une petite participation dans le futur oléoduc SPLSE (Société du PipeLine du Sud Européen).

La SNPA apporte également son petit réseau départemental de distribution.

Cependant, la vieille raffinerie d'Ambès n'est pas suffisante pour que l'UGP se développe ; la quantité du pétrole « orphelin » est de de tonnes par an et la capacité de traitement de la raffinerie d'Ambès est seulement de tonnes par an. Aussi en 1961, l'UGP projette de construire une raffinerie, aussi moderne que possible, dans la région lyonnaise.

En 1964, la raffinerie de Feyzin démarre avec une capacité de distillation de par jour. Cette unité est conçue, au départ, pour le traitement du mélange Saharien. C'est, à l'époque, l'une des raffineries les plus modernes d'Europe. Par la suite, le complexe de Feyzin s'agrandit avec deux unités de distillation directes, et se dote d'une unité de craquage à la vapeur avec une production de par an d'éthylène afin de fournir l'éthylène, le propylène et le butadiène, bases dans la fabrication des matières plastiques et d'autres dérivés.

vignette|Le pétrole brut et les raffineries en France

Progressivement, l'UGP s'enrichit de nouvelles installations dans d'autres régions de France, d'Europe et du reste du monde, soit par participation, soit par location, soit par construction : Raffinerie de Reichstett (participation 10 %) ; Raffinerie d'Albatros à Anvers (Belgique) louée à façonnage pour le traitement de ; Raffinerie de Klarenthal (participation) ; Raffinerie de Spire (construite en 1963, Allemagne) ; Raffinerie de Dakar (Sénégal, participation) ; Raffinerie de Cagliari (Sardaigne, en location) ; Raffinerie de Madagascar ; Raffinerie de Sihanoukville (Cambodge, construction 1967-1969) ; Raffinerie de Grandpuits (construction, mise en huile en ) ; Raffinerie de Gargenville (Vexin, construction, mise en service en ) ;

Après l'absorption d'Antar en 1970 (41 % pour Elf, 24 % pour la CFP et ses associés), d'autres raffineries viennent étoffer les moyens de raffinage du groupe : Raffinerie de Herrlisheim ; Raffinerie de Hauconcourt ; Raffinerie de Valenciennes ; Raffinerie de Vern sur Seiche ; Raffinerie de Donges.

En tout, à la fin des années 1970, l'UGP a dans son modèle de programme linéaire générant contraintes et variables.

L'UGD Depuis sa création en 1960, l'Union générale de distribution (UGD) a acquis la plupart des petites sociétés de distribution telles que : La Mure Union, avec la marque la Mure ; Solydit Union, qui utilise la marque Avia ; Essences et carburants de France, qui vend aussi sous la marqua Avia ; La Compagnie française de produits pétrolifères (CFPP), avec la marque Caltex (CALifornia oil - TEXaco), à l'origine filiale de Texaco (dont elle a conservé le logo, une étoile rouge à cinq branches) et de California Oil.

Histoire vignette|Schéma des acquisitions et fusions liées jusqu'à la fusion au sein de TotalEnergies.

Naissance du groupe La gestion de plusieurs marques sans lien évident (Avia, Caltex, Solydit, ButaFrance, ButaLacq) est complexe et leurs publicités séparées multiplient les dépenses inutiles. Il est décidé donc de les regrouper sous une bannière unique, et de lancer celle-ci par une campagne forte. Ce projet débute en 1962.

En 1965, la BRP et la RAP fusionnent pour donner naissance à l’Entreprise de recherches et d'activités pétrolières (ERAP). Cet Établissement public à caractère industriel et commercial filialise en 1966, l'UGD et l'UGP, et ainsi par cette dernière la SNPA. Celle-ci (surnommée Elf-ERAP de 1967 à 1976) devient la Société nationale Elf Aquitaine (SNEA) le .

La direction est donnée à Pierre Guillaumat, précédemment directeur des Carburants au ministère de l’Industrie de 1944 à 1951 cumulant cette fonction avec celle de directeur du BRP de 1945 à 1959, puis de 1962 à 1966 de l'UGP puis de l'ERAP.

La concurrence a déjà alors renouvelé ses slogans publicitaires au début des années 1960 : « C'est Shell que j'aime », « Mettez un tigre dans votre moteur » (Esso). Total, quant à elle, innove en ouvrant ses stations la nuit. Seule Antar n'a rien fait et ne joue que sur la qualité technique de ses lubrifiants. Caltex a pour sa part joué la carte des jeunes en organisant des concours de plage et en distribuant les portraits de chanteurs de l'époque dans ses stations.

La marque Elf est créée le 27 avril 1967 : Elf Aquitaine, naissance d'un géant, Sud Ouest, 24 avril 2011... L'ERAP, organisme de tutelle de l'UGP et l'UGD, cherche tout d'abord un nom de marque simple, facile à prononcer et en même temps évocateur. Il est testé un temps le nom provisoire « Elan », puis, dans l'été 1964, l'ordinateur du groupe recense combinaisons possibles de 3, 4 et 5 lettres. En , cinq noms restent en lice : « Ritm », « Alzan », « Elf », « Elfe » et « Elan ».

Le choix se porte sur « Elf », nom simple, bref, facile à prononcer et à retenir. .

Un nom ne suffit pas pour représenter une marque ; celle-ci gagne à posséder un logo. Les études graphiques successives aboutirent au trépan stylisé avec un côté bleu et l'autre rouge avec au milieu la couleur blanche, formant un rappel du drapeau français mais un graphiste de l'équipe, Jean-Roger Riou, probablement inspiré par le travail de Raymond Loewy pour les cigarettes Lucky Strike, imagine un autre élément visuel : un disque rouge, qui servira de "signal optique" à chaque station service. Placé sur la façade, parfois du sol jusqu'au toit, il permettra aux stations Elf d'être reconnues immédiatement, et de loin.

Lancement Le travail de préparation pour l'unification est terminé en . À partir de cette date, une équipe se met en place pour le remplacement des marques anciennes par la nouvelle. La tâche est énorme car il faut : transformer points de vente (dont tout le réseau Caltex) en une nuit ; informer le personnel en gardant cependant un secret total jusqu'au « jour J ».

Dès , les tâches sérieuses se précisent : des essais d'éclairage et de signalisation nocturnes ont lieu discrètement autour d'une ferme isolée ; quatre jours après, il est laissé entendre qu'une station-service au bord d'une route nationale est en fait un décor de cinéma pour un film avec Mireille Darc.

La tâche la plus importante se trouve à l'intérieur du groupe : informer le personnel, le mobiliser et le souder autour de la nouvelle marque. Il faut pour cela mobiliser  personnes, les informer, et dans certains cas les former.

Une campagne d'affichage va marquer les esprits et exciter la curiosité de chacun : « Les ronds rouges arrivent... ». Cette campagne ne laisse alors rien filtrer du type de produit en préparation. La naissance d'Elf a lieu le à 18 heures. À cette heure, toute la presse est invitée pour le lancement officiel. 

Toute la nuit, tous les cadres, techniciens et employés du groupe sont mobilisés, chacun affecté à une station-service déterminée, pour enlever les anciennes marques et les remplacer par la nouvelle.. Ce travail doit être terminé dès l'aube afin d'être coordonné avec la sortie des journaux du matin, informés la veille. La tenue des pompistes Elf, avec nœud papillon rouge et casquette assortie, est pour sa part très remarquée et contribue à donner à la marque un premier capital de sympathie.

L'UGP devient alors Elf Union et l'UGD Elf Distribution : Elf France est né.