vignette|Amérique latine. La franc-maçonnerie en Amérique latine est présente dans la plus grande partie des pays qui forment l'Amérique latine, elle constitue en nombre de membres, la zone géographique la plus dense après les États-Unis. Elle prend des formes diverses dont l’histoire générale reste en 2017 à établir, mais elle est assez souvent mentionnée dans l'histoire de ces pays, notamment du fait qu'un nombre important des acteurs de l'indépendance vis-à-vis de l'Espagne et du Portugal furent francs-maçons. Historique L'Amérique latine et les Caraïbes représentent après les États-Unis et largement devant l'Europe le second foyer maçonnique le plus important du monde. Son implantation est à l'image de sa situation en Europe au et au début du . Au cours de son histoire elle est persécutée de la même façon par les tribunaux de l'Inquisition et les interdits.

La franc-maçonnerie latino-américaine joue un rôle important dans les anciennes colonies espagnoles et portugaises, où les loges s'impliquent fortement dans plusieurs étapes clés de l'histoire de ce sous-continent et notamment lors de l'accession à l'indépendance des pays qui le composent. La franc-maçonnerie latino-américaine se construit en absorbant de nombreuses influences venues de pays étrangers pour former une synthèse proprement locale. La franc-maçonnerie libérale et politique sous influence française notamment du Grand Orient de France est le modèle principal qui marque durablement les loges sud-américaines. Il ressort de la documentation historique connue en 2018 que selon des modalités et des formes différentes, les loges et leurs membres sont souvent très impliqués dans l'histoire politique des pays d'Amérique latine. Le modèle libéral de la franc-maçonnerie périclite au début du , en lien direct avec les conséquences de la Première Guerre mondiale et du poids croissant des États-Unis d'Amérique qui pousse les obédiences à se ranger dans le courant de la . Quelques pays comme le Brésil, l'Argentine ou le Chili étant historiquement sensibles au fonctionnement et influences de la maçonnerie anglo-saxonne.

Mexique

Le Mexique devint indépendant du Royaume d'Espagne au terme de la guerre d'indépendance du Mexique (1810-1821). La plus ancienne loge attestée dans ce pays fut fondée à Mexico en 1806. La première Grande Loge du Mexique date, elle, de 1813. Elle fut suivie en 1824 de la création d'une autre Grande loge, la Gran Logia mexicana, sous l'influence de la franc-maçonnerie américaine. Par la suite la franc-maçonnerie du Mexique compta de nombreux présidents de la République, notamment Benito Juarez, et s'engagea politiquement en faveur de l'enseignement laïque, des libertés publiques et de l'aide à la paysannerie pauvre.

Amérique centrale La franc-maçonnerie en Amérique centrale s'établit de manière durable dans la seconde moitié du , la première loge maçonnique est constituée à San José, capitale du Costa Rica le . En 2017, il n'existe pas d'étude historique complète sur la franc-maçonnerie centraméricaine, hormis des travaux de recherche consacrés à l'un des cinq pays de la région. Les plus nombreux portant sur le Costa Rica et le Salvador, le Nicaragua, le Guatémala et le Honduras étant faiblement étudiés. Elle apparaît au travers de ces rares études comme un des principaux éléments de modernisation et de laïcisation des sociétés centraméricaines où son influence fut importante entre 1865 et la fin . Elle transmet à cet espace du continent des idées progressistes venant d'Europe et permet de nombreuses réformes civiles et sociales parfois avant même que l'Europe ne les applique à ses pays constitutifs.

En perte de vitesse depuis le milieu du , elle n'a plus d'influence au et passe presque inaperçue avec quelques centaines de membres dans chaque pays d'Amérique centrale en ayant renoncé, il semble pour un temps, à l'idéal que portait son fondateur régional Francisco Calvo, d'une dont la franc-maçonnerie serait l'outil et l'initiateur.

Costa Rica vignette|redresse|José María Castro Madriz. Le Costa Rica est à la naissance de la franc-maçonnerie en Amérique centrale par la création de la loge Charité (Caridad) , sous l'impulsion du prêtre Francisco Calvo initié au Pérou dans la loge . Il en devient le premier vénérable maître en . Elle se constitue par une patente obtenue le auprès du Grand Orient et Suprême Conseil Neo-Cartadino de Cartagena en Colombie, obédience maçonnique fondée en 1833 et reconnue par le Grand Orient de France en 1851. Les fondateurs de la loge, médecins, commerçants ou religieux sont étrangers au pays, francs-maçons initiés dans des loges étrangères.

La loge tient ses travaux de manière sereine et initie de nombreuses personnalités politiques et économiques costaricaines. Tel le président de la République José María Castro Madriz, le ministre des affaires étrangères Julián Volio, le gouverneur de San José, José Antonio Pinto ou encore l'abbé Carlos María Ulloa chanoine de la cathédrale. Toutefois, cet activisme engendre une réaction de l’évêque Llorente qui publie en 1866, une mise en garde contre ce qu'il considère comme un danger et rappelle les interdictions de l'Eglise catholique. L'intervention du président José María Castro Madriz calme la réprobation, mais l’Église et la presse catholique continue de dénoncer la franc-maçonnerie, le libéralisme et le protestantisme comme des sectes dangereuses pour la société costaricaine.

La franc-maçonnerie costaricaine continue toutefois son développement et voit le la fondation d'un premier chapitre, Avenir du Costa Rica, ainsi que la création de nouvelles loges. En 1867 Union Fraternelle, en 1870 les loges Espoir, Foi et Fleur du Pacifique. Elle s'émancipe également avec la création le du Grand Orient et Suprême Conseil centraméricain dont Francsico Calvo devient le Souverain Commandeur. Les loges existantes reconnaissent dès lors son autorité et la nouvelle obédience qui s'installe au Guatemala délivre plusieurs patentes de création de loge.

La Grande Loge du Costa Rica voit le jour le et en 1919, José Basile Acuña Zeledón fonde la première loge mixte costaricaine du Droit Humain sous le nom de Saint-Germain . Entre 1865 et 1899, de nombreuses personnalités sont initiés, entre 1865 et 1870 près de la moitié des plus hauts responsables du pays appartiennent à une loge. L'influence de la franc-maçonnerie décroît entre 1873 et 1899, toutefois de nombreuses réformes laïques, libérales et républicaines qui façonnent le Costa Rica contemporain sont mises par les historiens au crédit des francs-maçons de cette époque.

Salvador vignette|redresse|Juan José Cañas. À la suite de la création du Grand Orient et Suprême Conseil centraméricain en , la nouvelle obédience commence à rayonner vers les pays environnants et tout d'abord vers le Salvador. Le voit la première loge du Salvador entrer en activité, la loge située à San Salvador. Elle recrute également ses membres dans l’élite politique et sociale du pays, tels le vice-président Manuel Méndez ou l'écrivain Juan José Cañas et José Larreynage gouverneur de San Salvador. Elle recrute également des personnalités étrangères comme le Français Auguste Bouineau représentant de la Compagnie générale transatlantique ou Juan Luis Buerón directeur des chemins de fer. La franc-maçonnerie salvadorienne soutenue par les plus hautes autorités de l'État se répand rapidement au travers des provinces du pays.

À l'image de son homologue costaricaine, l'Église catholique dénonce avec virulence au travers d'une lettre pastorale de l’évêque de San Salvador Tomas Pineda y Zaldana, l’implantation d'une loge et de la maçonnerie dans le pays. Il fulmine une excommunication à l'encontre des francs-maçons et leur donne douze jours pour abjurer. L'Église intensifie sa campagne antimaçonnique jusqu'au où les jésuites sont expulsés du pays, suivis par de nombreux religieux. Le journal catholique La verdad est interdit, la laïcisation et la modernisation du pays commencent sous la direction du président Santiago González Portillo soutenu et accompagné par de nombreux francs-maçons.

Dès lors la franc-maçonnerie renforce son influence dans la constitution d'un État libéral sous les présidences de Rafael Zaldívar, franc-maçon ou encore de Francisco Menéndez. De nombreuses loges voient le jour à partir de 1882, Excelsior, Charité et Constance, Force et Matière, Osiris, Rafael Osoria et plusieurs autres. Les loges du Salvador sont des espaces de rencontre et de sociabilité pour les nationaux ou pour les étrangers et servent souvent de laboratoire d'idée démocratique ou sociale.

En , la franc-maçonnerie salvadorienne s'affranchit du Grand Orient et Suprême Conseil centraméricain en créant la Grande Loge Cuscatlán du Salvador. En 2007 deux loges dissidentes s'unissent pour fonder le Grand Orient de El Salvador, c'est à l'initiative de ce dernier que se crée la première loge féminine du Salvador et d'Amérique centrale.

Nicaragua et Guatemala vignette|redresse|Justo Rufino Barrios. Il est fait mention en 1763 d'une loge maçonnique sur la côte atlantique du Nicaragua ou encore en 1851 à Greytown (Saint John Lodge liée à la Grande Loge d’Écosse). Toutefois, la première loge, dont la documentation permet la vérification, n'est installée que le dans la ville de Granada. Sous le nom de , elle est constituée à l'initiative de José Théophile Léonard, un professeur libre penseur franco-polonais initié à la franc-maçonnerie en Espagne en 1864 à la loge . Alarmées par l'arrivée de la franc-maçonnerie dans le pays, les élites conservatrices obtiennent l'expulsion de José Léonard qui s'exile au Salvador. Il assiste en 1908 à l'initiation au sein de du poète Rubén Darío. La franc-maçonnerie nicaraguayenne s'émancipe en 1907 du Grand Orient centraméricain, trois loges fondent la Grande Loge symbolique du Nicaragua, 110 ans plus tard en 2017, le Nicaragua compte seulement 500 membres environ.

Au Guatemala, le manque d'études historiques sur la présence de la franc-maçonnerie ne permet pas, en 2017, de détailler l'histoire de celle-ci. La première loge maçonnique documentée est la loge fondée en 1873 à Ciudad de Guatemala, sous les hospices du . En 1886, ce conseil s'installe dans la capitale du pays et octroie cinq patentes de fondation entre 1887 et 1902. En 1903, se crée la Grande Loge du Guatemala, elle regroupe en 1932 16 loges et 750 membres. Toujours active en 2020, elle rassemble environ 750 membres répartis dans une trentaine de loges. La franc-maçonnerie guatémaltèque compte dans ses personnalités passées cinq présidents de la République, Justo Rufino Barrios, José María Reina Barrios, Lázaro Chacón González, Carlos Manuel Arana Osorio et Ramiro de León Carpio.

Honduras et État du Panama vignette|redresse|Francisco Bertrand. La franc-maçonnerie au Honduras n'apparaît de manière documentée qu'à compter de la fin du en 1898 avec la création de la loge à Tegucigalpa. Le Grand Orient centraméricain étant d'obédience tutélaire. À partir de 1897, le renouveau des idées politiques et sociales initie cette création dont le second vénérable maître est le général Terencio Sierra. Elle connaît un développement rapide et continue ses travaux jusqu'en 1906. Plusieurs autres sont créées, mais les troubles de 1903 et la guerre de 1907 mettent fin à leur activité. Après une période d'interruption, la maçonnerie hondurienne se réactive avec la création de la loge héritière de , elle compte dans ses rangs le président de la République Francisco Bertrand Barahona. En 1922, une Grande Loge symbolique du Honduras est créée, les loges historiques du Honduras rejoignent cette obédience en affirmant leur indépendance vis-à-vis du Grand Orient centraméricain. En 2017, le Honduras compte du dizaine de loges actives qui ne comptent plus que quelques membres, la franc-maçonnerie hondurienne n'ayant plus une grande influence directe sur la société hondurienne.