Jean Denis Lanjuinais ( à Rennes - à Paris) est un juriste et homme politique français de la fin du et du début du .
Député pour la sénéchaussée de Rennes aux États généraux de 1789, puis député d'Ille-et-Vilaine à la Convention nationale, il poursuit sa carrière politique comme sénateur du Premier Empire et membre de la Chambre des pairs sous la Restauration.
Biographie L'avocat breton Jean-Denis Lanjuinais est le second des quatorze enfants de Joseph Anne Michel Lanjuinais, avocat au Parlement de Bretagne et de Hélène Marguerite de Capdeville (fille de Pierre-Denys de Capdeville, écuyer, écrivain principal des vaisseaux du roi à Port-Louis). Sa famille est originaire de la paroisse de Pleumeleuc et appartient à la petite bourgeoisie.
Lanjuinais effectue de brillantes études de droit à la faculté de droit de Rennes. Il devient grâce à une dispense d'âge avocat et docteur en droit en 1771. Une nouvelle dispense l'autorise à concourir pour une chaire de droit à la faculté de Rennes ; son âge met obstacle à sa nomination. En 1775, il emporta, à un nouveau concours, la chaire de .
Désigné par les trois États de Bretagne en 1779, comme leur avocat conseil, il est bientôt mis en vue par un procès relatif au droit de colombier, revendiqué par la noblesse sur simples titres et en l'absence de possession. Prenant violemment à partie les ordres privilégiés, Lanjuinais combat ces prétentions, et triomphe ; mais les débats très ardents de cette affaire et les ennuis qu'il en retire le décident à se consacrer au professorat.
Dès 1788, Lanjuinais se déclare le défenseur des droits du tiers état dans deux brochures : Réflexions patriotiques, une critique acerbe de la noblesse, et le Préservatif contre l'Avis à mes compatriotes.
Le constituant
En 1789, Lanjuinais est désigné comme rédacteur des cahiers de doléances du tiers état de la sénéchaussée de Rennes, dans lesquels il demande notamment l'abolition des droits féodaux et de la noblesse en tant qu'ordre.
Il est élu, le , député du tiers état aux États généraux et devient, avec Le Chapelier, un des principaux fondateurs du Club breton, ancêtre du Club des Jacobins.
thumb|right|350px|Le Serment du Jeu de paume par David, musée Carnavalet. Dès le , Lanjuinais demande la création d'un comité des subsistances ; participe, le 23, aux événements qui amenèrent la séance du Jeu de Paume, et figure à ce titre dans le célèbre tableau de David. Quelques jours après, il censure les formes impérieuses , dont Louis XVI s'est servi dans la séance royale, déclarant .
Orateur prolixe (ses discours brefs, incisifs, et toujours véhéments, faisaient une forte impression sur l'Assemblée), Lanjuinais se montre un ferme opposant aux privilèges. Il attaque les protestations réitérées de la noblesse de Bretagne contre les actes de l'Assemblée, combat les parlements, réclame l'abolition de plusieurs privilèges, refuse le titre de prince aux membres de la famille royale, et s'oppose même, après l'abolition des distinctions, à ce que le roi porte le . Il réclame d'autre part pour Louis XVI le titre de roi des Français et des Navarrais.
Pendant les derniers mois de l'année 1789, il s'occupe surtout de la loi électorale et demande en particulier que les citoyens actifs soient dispensés de la condition d'éligibilité relative à la contribution directe si, au premier tour de scrutin, ils avaient réuni les trois quarts des suffrages. Il apparait à la tribune pour y demander la suppression absolue de la noblesse, l'abolition des corvées dues à l'injustice et à la force, pour discuter avec Robespierre la légitimité des droits de triage acquis par prescription sur les biens communaux, ou pour disserter sur les halles et marchés, sur les droits de minage ou sur les droits féodaux maritimes, etc.
Le , il demande que les ministres ne soient pas députés en même temps. Depuis que le règlement a trouvé une majorité, il a pu empêcher une augmentation de pouvoir de Mirabeau qui cherchait à prendre un poste ministérielOtto Flake, La Révolution française , 1932.
En 1790, le journaliste contre-révolutionnaire Antoine de Rivarol écrit à propos de Jean-Denis Lanjuinaiscité dans Petit dictionnaire des grands hommes de la Révolution, Paris, Desjonquères, , 1999 , p. 73 : .
Au comité ecclésiastique 200px|thumb|left|J. D. Lanjuinais (d'après une estampe du Musée Carnavalet) dans l'Histoire socialiste de la France contemporaine de Jean Jaurès. Mais c'est au sein du comité ecclésiastique depuis le , dont il est membre, que Lanjuinais eut un rôle important : il s'oppose à la confiscation des biens du clergé et à la suppression de la dîme. Il est d'autre part l'un des principaux rédacteurs de la Constitution civile du clergé. Il manifeste, dans cet exercice, un certain gallicanisme dans ses travaux, souhaitant voir l'Église de France soumise au pouvoir civil, ainsi qu'une vive hostilité vis-à-vis du Haut clergé et des prêtres réfractaires. Il propose également de confier la tenue de l'état civil à la municipalité.
Pendant le mois de , il ne quitta presque pas la tribune de l'Assemblée : le , il demanda, au nom du comité, la suppression des sièges archiépiscopaux; puis il fit lecture de l'article du décret sur la Constitution ecclésiastique portant que chaque département français formerait un seul diocèse.
Sur l'article qui défendait à toute église et paroisse de France et à tout citoyen de reconnaître l'autorité d'un évêque ordinaire ou métropolitain dont le siège serait établi sous une domination étrangère, ou celle de ses délégués résidant en France ou ailleurs, Lanjuinais se borna à proposer cet amendement : Peut-être, comme Treilhard, Camus, Expilly, Martineau, souhaitait-il, non pas l'unité catholique, mais la simple unité gallicane, dépendante du pouvoir civil, et organisée à la manière des églises russe ou anglicane, autocéphales.
Très hostile aux prêtres réfractaires, il présenta, le , au nom du comité ecclésiastique, un rapport sur les pensions accordées aux curés déchus de leurs fonctions pour refus de serment. Le comité leur allouait une pension de 500 livres au maximum, mais il était spécifié qu'ils n'y auraient droit qu'après avoir donné . L'Assemblée refusa d'imposer cette condition.
Lanjuinais se prononça aussi contre la latitude laissée aux non-conformistes par le directoire de Paris de célébrer, à leurs frais, dans l'ancienne église des Théatins, le "culte orthodoxe", et il proposa, dit le Moniteur, de .
Chargé de la rédaction d'une loi pour la constatation de l'état civil des citoyens et sur le règlement des dispenses de mariages, il présenta un projet qui confiait aux officiers municipaux la rédaction et la conservation de l'état civil, restreignait les empêchements au mariage à un petit nombre, et proposait d'abolir entièrement les dispenses. Ce projet, ajourné par la Constituante, fut adopté sauf de légères modifications par l'Assemblée législative : le code civil s'en est inspiré.
Le conventionnel
Après la clôture de la session et durant la Législative, Lanjuinais revint à Rennes où il retrouve son poste de professeur de droit. Il est élu officier municipal et devient membre de la Haute Cour nationale.
À Rennes, il se lia étroitement avec l'évêque constitutionnel Le Coz (dont son frère, Joseph-Elisabeth, était vicaire). D'autre part, il publie en 1792 en collaboration avec le curé constitutionnel de la paroisse Toussaints, nommé Manigui, une Introduction conforme à la doctrine de l'Église catholique, apostolique et romaine.
Le , il fut élu député d'Ille-et-Vilaine à la Convention nationale, le sur 9, . Lanjuinais y siège dans le camp des Girondins tout en partageant certaines vues de la Plaine.
La lutte contre les Montagnards
Il s'attaque d'emblée aux Montagnards avec la même ardeur qu'il avait montrée naguère contre l'orthodoxie romaine. Dès son retour à Paris, il proteste ainsi aux Jacobins contre la prestation de serment de haine aux rois et à la royauté. Ce serment ayant été voté, Lanjuinais se retira en protestant.
À la Convention, il se retrouva fréquemment dans la droite de l'assemblée : bien que justifiant les massacres de Septembre 1792, il demande dès le avec Kersaint des poursuites contre leurs auteurs. Le 22, il fit ajourner une motion de Tallien appelant à renouveler les corps administratifs et judiciaires. Le 23, il proposa avec Kersaint l'organisation d'une force publique départementale de hommes qui feraient alternativement le service à Paris pendant trois mois, pour la Convention, puis il appuya de toutes ses forces Louvet dans ses récriminations contre Robespierre.
Ce fut surtout à l'occasion du procès de Louis XVI qu'il manifesta ses tendances modératrices. Duhem et Bazire ayant demandé, après la plaidoirie de de Sèze, que l'on décidât sur-le-champ si Louis avait mérité la mort, il s'écria en les apostrophant : Il demande le report du décret qui ordonne que le roi sera jugé par la Convention. , proclame-t-il. À cette occasion il harangue les députés de la Convention . Lanjuinais refusa de prendre part à la discussion du procès ; puis, quand vinrent les appels nominaux, il répondit ainsi : Au : Oui, sans être juge. Au : Je dis oui, si vous condamnez Louis à mort : dans le cas contraire, je dis non..... J'entends dire que mon suffrage ne sera pas compté ; comme je veux qu'il le soit, je dis oui. Au : Comme homme, je voterais la mort de Louis ; mais comme législateur, considérant uniquement le salut de l'État et l'intérêt de la liberté, je ne connais pas de meilleur moyen pour les conserver et les défendre contre la tyrannie, que l'existence du ci-devant roi. Au reste, j'ai entendu dire qu'il fallait que nous jugeassions cette affaire comme la jugerait le peuple lui-même, Or le peuple n'a pas le droit d'égorger un prisonnier vaincu ; c'est donc d'après le vœu et les droits du peuple, et non d'après l'opinion que voudraient nous faire partager quelques-uns d'entre nous, que je vote pour la réclusion jusqu'à la paix, et pour le bannissement ensuite, sous peine de mort en cas qu'il rentrât en France.
Entre le second et le troisième appels, Lanjuinais, s'opposant à nouveau à la Montagne, avait fait de vains efforts pour demander que la condamnation ne pût être prononcée que par les deux tiers des suffrages.
À partir de ce moment, il se trouva en lutte presque quotidienne avec la Montagne. Il réclama avec insistance la punition des massacres de septembre. Lanjuinais s'oppose ensuite à la création du Tribunal révolutionnaire, et, le , il vote pour la mise en accusation de Marat, tout en dénonçant l'existence d'un comité d'insurrection.
Compris, depuis le , au nombre des 22 dont la Commune demandait l'expulsion, il riposta, le , en dénonçant, à son tour, la Commune à l'Assemblée et demanda la création dans la capitale d'une municipalité pour chaque habitants.
Il demande aussi le rapport du décret qui a cassé la Commission des Douze dont il prend la défense contre les attaques des pétitionnaires et des membres de l'extrémité gauche de l'Assemblée, principalement dans sa lutte contre Hébert. Mais la commission fut dissoute le . Dénoncé par les sections de Paris, il défend l'ex-ministre Roland et refuse toute démission ou suspension.
300px|thumb|right|Lanjuinais à la tribune de la Convention, Charles Müller (1815-1892), 1868.Dans la nuit du 1 au 2 juin 1793, le tocsin, la générale et le canon d'alarme se firent entendre dans Paris. La Convention fut envahie par les hommes du comité insurrectionnel. Au milieu du tumulte, Lanjuinais s'élança à la tribune et eut de violentes altercations avec plusieurs Montagnards (à coups de poing et à coups de pistolet), qu'il accuse d'aspirer à la tyrannie : Attaqué par de nombreux députés, il ne peut conserver la parole.