Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent est un naturaliste, officier et homme politique français né le à Agen et mort le à Paris. Biologiste et géographe, il a contribué à la constitution du racisme scientifique au BRUN Christophe, « Découper la Terre, inventorier l'Homme. Le planisphère de Bory de Saint-Vincent, 1827 », Monde(s), 2013/1 (N° 3), p. 67-89. DOI : 10.3917/mond.131.0067. URL : https://www.cairn.info/revue-mondes1-2013-1-page-67.htm . Il s'est intéressé par ailleurs à la volcanologie, à la botanique et à la systématique.

Biographie Jeunesse Né à Agen le , de Géraud Bory de Saint-Vincent et de Madeleine de Journu, notables d'AgenBory de Saint-Vincent, Correspondance, publiée et annotée par Philippe Lauzun, Maison d’édition et imprimerie moderne, 1908. (Lire en ligne), Jean-Baptiste Bory de Saint-VincentUn portrait fort réaliste et sans complaisance, parfois rude de Bory est rendu par son ami de toujours, Léon Dufour (entomologiste de Saint-Sever dans les Landes) : « Petit de taille, incliné d'un coté, avec la prétention d’être droit, teint pâle, décoloré, physionomie vive et mobile, humeur gaie, enjouée, passionné pour la musique et fredonnant très bien tous les airs, infiniment d'esprit naturel, remarquable facilité de parole sans être pourtant bavard, grâce exquise pour conter une histoire ou une anecdote, fort aimable et ambitionnant de le paraître, ami du monde et de l’ostentation, instruit, mais effleurant beaucoup de sciences et en approfondissant peu, donnant souvent dans le faste pour la dépense et habituellement sans le sou, ambitieux de titres qu'il usurpait parfois, écrivant bien d'un premier jet et au galop, mais blessant parfois l'orthographe, quoique marié, vivant en garçon, faisant des maîtresses et des dettes partout, ayant eu plusieurs enfants avec l'actrice Mlle Gros qui le suivit en exil ; vie individuelle, vie du jour et non du lendemain. » (in Bory de Saint-Vincent, Correspondance, publiée et annotée par Philippe Lauzun, Maison d’édition et imprimerie moderne, 1908.) appartenait à une famille royaliste qui l'éleva dans des sentiments hostiles à la RévolutionBiographie de Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent sur le site de l'Assemblée nationale. Il étudie tout d'abord au collège d'Agen, puis auprès de son oncle Journu-Auberà qui il offrira la dédicace de ses Essais sur les Îles Fortunées en 1803 : « Ce sont les prémices de ma plume. Je t'offre ce faible hommage de ma tendre amitié. Je ne puis la trouver autrement à celui qui m’éleva avec ses enfants et que je reverrai toujours comme un père. » (in Bory de Saint-Vincent, Correspondance, publiée et annotée par Philippe Lauzun, Maison d’édition et imprimerie moderne, 1908) à Bordeaux en 1787. Il aurait suivi des cours de médecine et de chirurgie de 1791 à 1793. Pendant la Terreur, sa famille est persécutée et se réfugie dans les Landes.

En 1794, en tant que naturaliste très précoce, n'ayant à peine que 15 ans, il joue un rôle crucial dans la libération de l'entomologiste Pierre-André Latreille, dont il avait lu l'œuvre, en le faisant rayer de la liste des déportés au bagne de CayenneCette intervention lui sauva la vie puisque le navire le Républicain qui devait l'emmener en Guyane sombre devant le phare de Cordouan avec tous les prisonniers se trouvant à son bord.. Latreille deviendra par la suite le plus grand entomologiste de son temps et Bory et lui resteront liés jusqu'à la fin de leurs jours. Bory envoie ses premières publications savantes à l’Académie de Bordeaux dès 1796Notamment deux mémoires qui furent remarqués : « Sur le genres Conferva et Byssus du chevalier Linée » et sur le « Défrichement des Landes » (in Bory de Saint-Vincent, Correspondance, publiée et annotée par Philippe Lauzun, Maison d’édition et imprimerie moderne, 1908). Il entre alors en contact avec de nombreux naturalistes. On sait qu'il fut l'élève du géologue et minéralogiste Déodat Gratet de Dolomieu à l'École des mines de ParisEnis Rockel, Z'histoires de la Réunion, Télé Réunion, ..

Après le décès de son père, il s'engage dans les armées de la Révolution française en 1799. Grâce à la recommandation de Jean-Girard Lacuée, lui aussi originaire d'Agen, il est bientôt nommé sous-lieutenant. Il sert d'abord à l'armée de l'Ouest, puis à l'armée du Rhin sous les ordres du général MoreauGermain Sarrut et B. Saint-Edme, Biographie des hommes du jour: industriels..., Volume 2, page 79, Henri Krabbe, Paris, 1836. (Lire en ligne). Il est alors affecté en Bretagne et s'installe à Rennes. C'est à cette époque qu'il acquiert ses sentiments bonapartistes« Plus que jamais, il fut beau d’être français. Les mots de liberté et d’égalité devinrent chers aux enfants de la Révolution, qui remplaçaient cette belle génération dont le sang avait coulé pour la conquête de nos droits. [...] Je fus, par amour pour la patrie, le sincère admirateur du premier Consul » in Bory de Saint-Vincent, Justification de la conduite et des opinions de M. Bory de Saint-Vincent, membre de la chambre des représentants et proscrit par l’ordonnance du 24 juillet 1815, Paris, Chez les marchands de nouveautés (ou Paris, chez Eymery, août 1815), .

Premières expéditions dans les océans d'Afrique gauche|vignette|290x290px|Carte de l’île de La Réunion dessinée en 1802 par Bory de Saint-Vincent. En 1799, il apprend le départ prochain d'une expédition scientifique en Australie organisée par le gouvernement et obtient, grâce à son oncle et à la recommandation du célèbre naturaliste et homme politique originaire d'Agen Bernard-Germain de Lacépède, la place de botaniste en chef à bord de l'une des trois corvettes participantes. C'est ainsi qu'après avoir quitté l'armée de l'Ouest fin août puis obtenu du ministère de la guerre un congé indéfini, Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent quitte Paris le et embarque au Havre le à bord de la goélette du capitaine Nicolas Baudin, Le NaturalisteVoyage dans les quatre principales îles des mers d'Afrique..

Après des arrêts à Madère, aux Canaries et au Cap-Vert, puis le franchissement du cap de Bonne-Espérance, Bory quitte subitement le navire du capitaine Baudin avec qui il était entré en conflit et explore ensuite seul (et avec des ressources limitées) plusieurs îles des mers d'Afrique. Il s'arrête notamment, lors d'une escale, à l'île Maurice en . De là, il rejoint l’île de La Réunion voisine, où il effectue en l'ascension et la première description scientifique générale du piton de la Fournaise, le volcan actif de l'île. Il donne le nom de son ancien professeur Dolomieu, dont il vient d'apprendre la mort, à l'un des cratères qu'il décrit comme un mamelon. Il donne son propre nom au cratère sommital, le cratère Bory. De plus, il entreprend de décrire la flore des lichens. Ce travail lui vaudra les faveurs de Bonaparte.. Sur le chemin du retour, il poursuit ses explorations géographiques, physiques et botaniques sur l’île de Sainte-Hélène.

Il est de retour en France métropolitaine le et apprend que sa mère est morte lors de son absence. Il publie ses Essais sur les Îles Fortunées (archipel des îles Canaries)., ouvrage qui lui vaut son élection comme correspondant du Muséum national d'histoire naturelle en , puis comme correspondant de la première classe de l'Institut de France (division des sciences physiques) au printemps 1808. En 1804, il publie son Voyage dans les quatre principales îles des mers d'Afrique. L'impression de cette relation dédiée à Mathieu Dumas est surveillée par le jeune Jean-Marie Léon Dufour, en qui Bory entrevoit un futur grand naturaliste.

Campagnes militaires Il reprend par ailleurs du service dans l'armée dès son retour et, promu capitaine, il passe au (régiment de cavalerie) du Corps d'Armée du maréchal Davout, dont il devient capitaine-adjoint d'État major le . Il est alors affecté au camp de Boulogne où est assemblée la Grande Armée de Napoléon .vignette|346x346px|Le maréchal Soult, protecteur de Bory de Saint-Vincent, sous les ordres duquel sert à partir de 1809, et qui le fait nommer colonel en 1814.De 1805 à 1814, Bory suivra la plus grande partie des campagnes de Napoléon dans la Grande Armée. En 1805, il prend part à la campagne d'Autriche comme capitaine de dragons et est présent à la bataille d'Ulm (15-) et à la bataille d'Austerlitz (). Le capitaine Bory passe ensuite deux ans en Prusse et en Pologne et combattit à la bataille d'Iéna () et à la bataille de Friedland (). Il continue à lever des cartes (de la Franconie et de la Souabe) et lors de ses passages en Bavière, à Vienne et à Berlin, où il trouve ses propres ouvrages traduits en allemand, il en profite pour rencontrer plusieurs savants, comme les botanistes Nikolaus Joseph von Jacquin et Carl Ludwig Willdenow, qui le reçoivent à bras ouverts et le comblent de précieux cadeaux. Il sert à partir d' dans l'état-major du maréchal Ney, qu'il quitte bientôt pour être attaché au maréchal Soult, duc de Dalmatie, à partir d' en qualité d'aide de camp. Devenu major, Bory s'occupe principalement des reconnaissances militaires grâce à son habileté dans les travaux graphiques. Il participe ainsi de 1809 à 1813 à la campagne d'Espagne et se distingue au siège de Badajoz au printemps 1811, à la bataille de la Quebara et à la bataille de l'Albuera (). Les événements l'ayant placé à la tête des troupes qui formaient la garnison d'Agen, il se trouve commander les soldats de sa ville natale pendant une quinzaine de jours.

En , il devient chef d'escadron, puis est fait chevalier de la Légion d'honneur et lieutenant-colonel à la fin de l'année.

Au côté de Soult, il quitte précipitamment l'Espagne pour prendre part à la campagne d'Allemagne et participer à la bataille de Lützen (), puis à la bataille de Bautzen (20-). Après ces victoires, il revient pour la campagne de France de 1814 et prend part à la bataille d'Orthez (). Il participe également à la bataille de Toulouse (), puis organise le lendemain des troupes de partisans et d’éclaireurs dans sa propre région d'Agen. Après la première abdication de et son départ pour l’île d'Elbe, que Bory apprend depuis Agen le , il rejoint Paris.

Le maréchal Soult, rallié au nouveau gouvernement et devenu ministre de la Guerre, rappelle Bory auprès de lui et le fait nommer colonel.

Il lui confie également, le , le service du dépôt de la Guerre (dépôt des cartes et archives) du ministère, place à laquelle ses travaux topographiques lui donnaient droit. Il y reste jusqu’à sa proscription, le . Il s'occupe en parallèle de travaux scientifiques et littéraires, et prend part à la rédaction du journal satirique libéral, anti-monarchiste et pro-bonapartiste, le Nain Jaune.

Exil politique gauche|vignette|360x360px|Le Dictionnaire classique d'histoire naturelle en 17 volumes (1822), dirigé par Bory de Saint-Vincent, qu'il publiera de retour à Paris après 5 années d'exil (1815-1820).