L'histoire du territoire actuellement occupé par le département de l’Isère en France est ancienne.

Du paléolithique moyen jusqu'aux nanotechnologies de ce début du , ce territoire a été le théâtre de nombreux événements comprenant entre autres : le légendaire passage des Alpes par Hannibal ; la conquête romaine et la défaite des Allobroges ; la bataille de Vézeronce ; la naissance, l'extension et la vente du Dauphiné ; les prémices de la Révolution française avec la Journée des Tuiles ; la révolution industrielle iséroise avec notamment la houille blanche ; la résistance dans les massifs lors de la Seconde Guerre mondiale…

Origine étymologique

L’origine étymologique de cette rivière qui donna ensuite son nom au département suscite plusieurs hypothèses. Ainsi Nicolas Chorier qui était un historien isérois du avance cette explication : L’Isère est la Tisere de Ptolemée et le Scoras de Polybe. Elle est un très grand fleuve sur la frontière des Allobroges, pour parler d’elle comme fait Munatius Plancus. Elle se jette dans le Rhône environ une lieue au-dessus de la ville de Valence. Pline la met avec la Durance au nombre des torrents ; et certes elle est si violente et si rapide en la course, que les anciens Gaulois, qui aimaient trop passionnément la langue grecque, la consultèrent encore pour lui donner un nom bien expressif. ΙΣ y signifie force et violence, et ils l’empruntèrent pour la nommer Isar.

Une autre hypothèse sur l’origine de ce nom, « Isère », fait appel à des origines linguistiques plus anciennes. Le nom viendrait du mot Liseraz (étymologie: ar ou ara dérivé en Isara puis en Liseraz signifiant « eau »), qui est l'un des plus anciens hydronymes (nom de lieu en rapport avec l'eau) connu. Nom d'origine pré indo-européenne se retrouvant en plusieurs endroits sur le continent européen avec de nombreuses variantes : Esera en Espagne, Esaro, Isara, Isarci ou Isarco en Italie, Isac en Loire-Atlantique, Isar ou Isara en Allemagne, Isard ou Lisart en Ariège, Isorno dans le Tessin, Jizera en République tchèque, Leizaran au Pays basque, Lizerne en Valais, Isser en Kabylie (Algérie), La rivière Isère était déjà appelée Isara par César.

Préhistoire De 200000 à 35000 ans av. J.-C. + Dates importantes de -60000 à -40000 Présence attestée des premiers chasseurs-cueilleurs de -35000 à -15000 Glaciation de Würm Les glaciers du quaternaire et le climat froid que l’on trouvait à l’époque préhistorique en Isère ne constituaient pas un milieu attractif pour les hommesAuteur: Collectif sous la direction de Chantal Mazard, Atlas du patrimoine de l'Isère, à 35, 1998, Collection: Patrimoine en Isère, Édition: Glénat, . À cela il fallait aussi ajouter un relief et un accès difficile dans la partie alpine du département ce qui laissa penser pendant longtemps que les Alpes devaient être un désert humain. Cependant l’archéologie a prouvé qu’en dehors de ces périodes glaciaires, et pendant une longue période de la préhistoire (de à av. J.-C.) le département a accueilli des groupes d’homme préhistorique, surtout en Chartreuse et Vercors, qui profitaient de la diversité des ressources, qu’elles soient animales (chasse), végétales (cueillette) ou minérales (silex).

Le territoire isérois ne connaît pas de vestiges datant du paléolithique inférieur, et les quelques traces du paléolithique moyen sont mal conservées et rares. La grotte de Bury sur la commune de Izeron dans le massif des Coulmes (Vercors) fait partie des sites archéologiques attestant de la présence humaine parmi les plus anciens du département, d'après les différentes datations du matériel retrouvé dans la grotte, celle-ci aurait été occupée pendant une période allant de à av. J.-C.; de plus la grotte de Bury a aussi permis de prouver la présence d'ours des cavernes dans cette partie des Alpes« Grotte de Bury » sur le site officiel du conseil général de l'Isère patrimoine-en-isere.fr.

D'autres traces de chasseurs jusqu'à d’altitude furent trouvées, en effet ces chasseurs-cueilleurs fréquentaient en été les plateaux de moyenne altitude du Vercors (dans le nord-ouest du massif et dans la forêt des Coulmes) et l’hiver venant cette population trouvait refuge en redescendant dans les piémonts.

Ces hommes-là ont laissé plusieurs outils de silex, comme trace attestant de leurs présences. Ces outils furent fabriqués selon la méthode Levallois laissant penser à un travail de Néandertalien, espèce du genre Homo qui a maintenant disparu depuis près de . La grotte de Prélétang sur la commune de Presles« Grotte de Pralétang » sur le site officiel du conseil général de l'Isère patrimoine-en-isere.fr, a révélé ce genre d’outil en pierre ainsi que des restes brûlés de gibier (chevreuil, sanglier…), d’autres traces d’atelier de confection d’outil et d’arme en silex selon cette méthode furent découvertes dans les années 1970 aux alentours du val de Lans. Les grottes de Choranche et ses environs attestent aussi de la présence humaine dans le département, avec des vestiges vieux de plus de Site officiel des grottes de Choranche.

La Glaciation de Würm qui se manifesta par un refroidissement intense et l’extension des glaciers, repoussa les hommes hors des massifs alpins il y a , cette période glaciaire se finit il y a environ et son maximum glaciaire a été atteint il y a environ François Michel, Roches et paysages, reflets de l’histoire de la Terre, Paris, Belin, Orléans, brgm éditions, 2005, , .

14000 à 10000 ans av. J.-C. + Dates importantes de -14000 à -12000 Reconquête par l'homme des massifs Les hommes de l’époque du magdalénien n’attendirent pas la fin de la glaciation et dès les premiers redoux, il y a environ ils partirent reconquérir les massifs et leurs piémonts afin de chasser le cheval, le renne, le bison et lors des beaux jours ils s’aventuraient dans la montagne afin de chasser le bouquetin, les marmottes, le lièvre etc. Des traces de ces chasses furent trouvées, entre autres un harpon magdalénien datant de av. J.-C. fut découvert à La Chapelle-en-Vercors ; il fait maintenant partie de la collection de l’Institut Dolomieu à l’Université Joseph Fourier.

Ces hommes s’organisèrent et installèrent des campements en différents endroits selon les besoins et les ressources qu’ils pouvaient trouver sur une zone géographique. Ainsi les camps au bord des rivières, dans les plaines qui étaient recouvertes de toundra à l’époque, permettaient les activités artistiques, la chasse, la pêche, la fabrique d’outils en silex de plus en plus diversifiés et le travail des bois de rennes. À l’inverse des camps étaient érigés en moyenne montagne pour chasser des gibiers différents de la plaine afin de diversifier leur alimentation et de récolter des peaux pour confectionner des vêtements, ces camps permettaient aussi de récolter des silex servant à la fabrication des outils. La grotte Colomb à Méaudre« Grottes Colomb et de la Passagère » sur le site officiel du conseil général de l'Isère patrimoine-en-isere.fr est l’une des meilleures illustrations de la vie dans ces camps de montagne, des fouilles menées par Hippolyte Müller ont mis au jour plusieurs milliers d’ossements de marmotte, correspondant à plus d’un demi-millier d’individu abattu. À côté de ces ossements plusieurs outils furent retrouvés, notamment des couteaux, des grattoirs, des racloirs, des perçoirs en silex permettant le travail des peaux récoltéesJean-Pascal Jospin (dir.), Hippolyte Müller, Grenoble : Musée dauphinois, 2004. .

La période azilienne qui suivit le magdalénien est généralement associé au rétablissement climatique successif à cette dernière glaciation. Le renne cède la place au cerf, qui devient le gibier favoriArticle sur l’Azilien de wikipédia. Ce changement de climat qui se manifeste par une remontée de la température entraîne un changement dans la configuration du territoire isérois, la toundra cédant en partie sa place à des forêts de pins, de bouleaux et à bien d’autres espèces d’arbres. La disparition des rennes amena les hommes à changer leurs méthodes de chasse, face à un gibier moins grégaire et de nouveaux outils apparaissent, par exemple les bois de cerf sont utilisés pour réaliser des harpons plats, souvent grossiers et perforés d'une entaille allongée à la base, et certaines lances étaient prolongées d’une pointe en silex.

De 9000 à 5000 av. J.-C.

Cette période de la préhistoire appelée mésolithique est marquée par de nombreux changements économiques et sociaux liés notamment au développement de la forêt en Europe à la suite du bouleversement écologique se traduisant par un réchauffement climatique. L’emploi de l’arc et de la flèche, en particulier, se généralise afin de faire face à un gibier plus disséminé et moins visible dans ces forêts. Dans les Alpes, en plus de la chasse dans les forêts de plaine, les hommes partirent à la recherche du gibier dans les prairies qui persistaient en altitude entre 1500 et . Pour ce faire différents camps de base furent érigés en plaine afin de permettre les expéditions sur ces hauts plateaux, le site d'Albenc mis au jour lors de la construction de l'autoroute A49 est un des rares exemples d'une occupation néolithique en vallée« Le Bivan » sur le site officiel du conseil général de l'Isère patrimoine-en-isere.fr.

Ces hommes s’installèrent dans les différents massifs du département sous des abris rocheux et des grottes comme à l'abri-sous-roche de la Grande Rivoire à Sassenage, au pied du massif du Vercors et qui a abrité des hommes du mésolithique (à partir de av. J.-C.) jusqu'à l'époque gallo-romaine« La Grande Rivoire » sur le site officiel du conseil général de l'Isère patrimoine-en-isere.fr, le site des "Lots" sur la commune de Saint-Marcellin fut occupé également sur la même période et témoigne de l'activité agro-pastorales qu'il y avait de ce côté de l'Isère« Les Lots » sur le site officiel du conseil général de l'Isère patrimoine-en-isere.fr. De nombreuses traces d'habitats en plein air furent également retrouvées à l’Aulp du Seuil en Chartreuse et au Pas de l’Aiguille dans le Vercors.

De 5000 à 3000 ans av. J.-C. + Dates importantes -5000 Premières communautés sédentaires aux bords de la Chartreuse, du Vercors et autour du Rhône Pendant cette époque préhistorique appelée néolithique apparaissent de profondes mutations techniques et sociales, liées à l’adoption par les groupes humains d’une économie de production basée sur l’agriculture et l’élevage, et impliquant le plus souvent une sédentarisation. Les principales innovations techniques sont la généralisation de l'outillage en pierre polie et de la poterie en céramique. En Isère c'est à partir de av. J.-C. que le couloir rhodanien accueille ses premiers agriculteurs. Profitant d'un climat chaud et humide rappelant celui que l'on pouvait trouver sur les bords de la Méditerranée, des Chasséens méridionaux vinrent s'installer sur les bords de la Chartreuse, du Vercors, du Trièves dans la cluse de Vorepe et dans la plaine de Bièvre-Valloire.

Toujours grâce à l'influence d'un courant méditerranéen, les premiers bœufs domestiques apparaissent sur l'actuel territoire qu'occupe l'Isère vers l'an av. J.-C., et en av. J.-C. arrivèrent les premiers moutons portés par des pasteurs venant du Midi, avec eux arrivèrent également les premières meules pour broyer les végétaux et la céramique.