thumb|right|États membres (en bleu) et collaborateurs (vert) d'EUMETSAT

LOrganisation européenne pour l'exploitation des satellites météorologiques, en (EUMETSAT), est une organisation intergouvernementale créée en 1986 et basée à Darmstadt en Allemagne qui prend en charge les besoins météorologiques satellitaires de membres européens dont 25 des de l'UE. L'objectif principal d'EUMETSAT est la conception et la gestion de plusieurs familles de satellites météorologiques.

EUMETSAT définit les besoins que doivent prendre en compte les futurs satellites météorologiques, participe à leur conception, assure leur contrôle en vol et est chargé du traitement des données produites par ceux-ci ainsi que de leur distribution aux utilisateurs finaux. Les objectifs sont d'alimenter les systèmes de prévision météorologique et de contribuer à l'étude des changements climatiques. Les satellites sont développés et placés en orbite par l'Agence spatiale européenne.

Les principaux programmes gérés par EUMETSAT sont les satellites géostationnaires Météosat troisième génération, les satellites polaires MetOp-SG, MSG ainsi que le programme Copernicus. Au terme d'accords internationaux EUMETSAT maintient en permanence deux satellites géostationnaires opérationnels positionnés respectivement au-dessus de l'Europe et de l'océan Indien ainsi qu'un satellite héliosynchrone opérationnel effectuant ses survols en milieu de matinée. Elle gère également plusieurs satellites du programme Copernicus pour le compte de l'Union Européenne. En 2024 l'organisation, qui est financée principalement par les services météorologiques nationaux, dispose d'un budget de euros et emploie .

Rôle d'EUMETSAT

EUMETSAT est une organisation qui fédère l'activité de 30 services météorologiques européens Les seuls pays non membres sont la Russie, la Biélorussie, l'Ukraine, la Serbie et la Bosnie Herzégovine. pour la collecte par satellite des principales données utilisées pour les prévisions météorologiques. A ce titre EUMETSAT est un des principaux opérateurs mondiaux de satellites météorologiques. Son activité est coordonnée avec celle d'autres entités régionales similaires dans le monde et à l'échelle planétaire à travers plusieurs organisations. La flotte d'EUMETSAT comprend au milieu de la décennie 2020 entre trois et quatre satellites géostationnaires de type MSG et MTG, deux à trois satellites à défilement de type MetOp et MetOp-SG ainsi que plusieurs satellites du programme Copernicus (Sentinel-3 et 6). Tous ces satellites sont développés et lancés par l'ESA. EUMETSAT participe à leur conception et est chargé de leur exploitation : contrôle de leur fonctionnement, recueil des données collectées par les instruments et traitement, distribution et archivage de celles-ci. Ces satellites fournissent une part essentielle des données nécessaires aux systèmes de prévisions météorologiques et alimentent les systèmes modélisant l'évolution du climat de la Terre.

Historique

Débuts de la météorologie spatiale (décennie 1960)

Les météorologistes européens ont accès à compter des années 1960 aux images fournies par les premiers satellites météorologiques américains TIROS placés en sur une orbite polaire. Les systèmes météorologiques qui n'existaient que sous forme de courbes sur des graphes isobares sont illustrés pour la première fois : les images prises par ces premiers satellites météorologiques permettent de visualiser nettement les systèmes frontaux, les cyclones extra-tropicaux et les zones de convection. Il devient évident que le satellite constitue désormais une source d'informations majeure pour l'observation des phénomènes météorologiques en particulier au-dessus des océans très mal couverts du fait de la rareté des données collectées.

Besoin européen jugé non prioritaire (1968-1970)

Pour les météorologues des pays européens la mise en place d'un système de satellites météorologiques ne peut se faire qu'à travers une organisation européenne. Dans les années 1960 le programme spatial européen est pris en charge d'une part par le Conseil européen de recherches spatiales (ESRO) pour les besoins scientifiques et d'autre part par le Centre européen pour la construction de lanceurs d'engins spatiaux (CECLES) pour le développement de lanceurs spatiaux. En 1968 l'ESRO décide d'ouvrir le périmètre de son activité aux satellites d'application. Parmi les projets envisagés figure un satellite météorologique placé sur une orbite polaire et embarquant une charge utile de 300 à . En un groupe de travail, constitué de représentants des services météorologiques nationaux, est formé. Le projet français de satellite météorologique Météosat est présenté au groupe. En le groupe de travail et les représentants de l'ESRO identifient deux missions qui doivent être prises en charge : d'une part l'observation de la couverture nuageuse de nuit comme de jour permettant d'effectuer des prévisions météorologiques à court terme et d'autre part le relevé de profils de température. Le coût de développement est estimé initialement à ECU (ancêtre de l'Euro) mais abaissé à ECUs en réduisant les fonctionnalités. Mais lors de la sélection des applications par l'ESRO en , le projet de satellite météorologique est écarté au profit des satellites de télécommunications et de navigation.

Lancement du programme Météosat (1971)

Suite à cette décision le groupe de travail replace le besoin dans le contexte plus large défini par le Programme de veille météorologique mondiale de l'Organisation météorologique mondiale (coordination des observations spatiales et in situ de toute la planète pour créer des modèles numériques de prévision météorologique) et le programme Programme mondial de recherche atmosphérique ou GARP (optimisation de la qualité des prévisions numériques et établissement de prévisions allant jusqu’à 10 ou ). Les besoins identifiés par ces deux programmes nécessitaient une couverture du globe obtenue par le maintien de quatre à cinq satellites météorologiques en orbite géostationnaire et de deux à trois satellites en orbite polaire (avec des heures de survol distinctes). A l'époque les États-Unis disposaient déjà de deux satellites polaires produisant des données qui étaient mises en libre accès et envisageaient le lancement de deux satellites géostationnaires (les futurs GOES Ouest et Est) pour assurer la couverture météorologique de leur territoire. Par contre ils ne voulaient pas fournir les deux à trois satellites géostationnaires manquants. Pour répondre en partie à ce besoin les météorologistes européens proposèrent de développer un satellite géostationnaire au grand déplaisir des représentants français qui poussaient au développement d'un satellite géostationnaire national (Météosat). Le groupe de travail, réuni en , précisa les besoins européens : un satellite géostationnaire produisant des images de la couverture nuageuse dans les spectres visible et infrarouge et un satellite en orbite polaire fournissant les profils de température complétés par un équipement de communication permettant les échanges de données avec le sol. Quelques semaines plus tard la France envoyait à l'ESRO une proposition d'européaniser son projet Météosat qui fut acceptée. Au cours des mois suivants les caractéristiques du segment sol furent identifiés par les ingénieurs de l'ESRO, du CNES et deux météorologues. Ce sont d'une part un établissement central pour contrôler le satellite et la mission, étalonner les données, les géolocaliser et extraire les paramètres météorologiques et d'autre part des stations locales de réception primaires et secondaires. Le choix de l'organisation chargée du traitement des données brutes collectées par les satellites fait l'objet de débats vigoureux où se mélangent des arguments techniques et politiques. Les représentants de la France penchent pour un traitement par chaque service météorologique national mais le groupe de travail vote à l'unanimité en faveur d'un traitement centralisé. En le groupe entérine la création d'un centre de calcul dédié, le (MIEC), dont le financement est assuré par les différents services météorologiques nationaux (Arrangement Météosat).

Laborieuse création d'EUMETSAT (1972-1987)

La mise en place du MIEC tout comme son financement se heurte aux réticences des gouvernements concernant son financement et les protagonistes ne parviennent pas à se mettre d'accord sur la forme juridique de cette nouvelle organisation. La date de lancement du premier satellite pré-opérationnel Météosat prévue en 1977 se rapprochant sans que ces questions soient tranchées, l'ESRO fait approuver en sa proposition consistant à prendre en charge de manière provisoire, via la structure du programme Météosat, l'exploitation du satellite. Le satellite Météosat F1, le premier d'une série de trois satellites pré-opérationnels, est lancé le . Mais au cours des années suivantes la création d'une structure dédiée au traitement des données météorologiques tout comme son financement reste en suspens. Les services météorologiques nationaux ont approuvé le financement d'un successeur à Météosat F1 mais les relations se tendent avec l'Agence spatiale européenne (l'organisation qui a repris le rôle l'ESOC) notamment parce que le segment sol mis en place par cette dernière ne fournit pas une prestation jugée satisfaisante.

Au cours des années suivantes les débats concernant le financement, les fonctions prises en charge et la forme juridique du centre de traitement des données météorologiques, qui est désormais baptisé EUMETSAT ( en français Organisation européenne pour l'exploitation des satellites météorologiques), ne parviennent pas à déboucher. Le développement du programme Météosat de son côté se poursuit : en 1979 le financement de son prolongement sur est proposé pour un montant de écus. L'Allemagne qui finance 25 % du programme Météosat exige de revoir à la baisse ce cout et de faire participer plus de pays au financement du projet (jusque là seuls huit pays contribuent) car elle estime que le retour industriel pour son pays est trop faible (10 %). Pour tenter de régler, entre autres, le problème du financement l'Agence spatiale européenne convoque fin les ministres des Affaires étrangères de européens dont 16 font le déplacement. La France et la Suède acceptent de revoir à la hausse leur participation et de nouveaux pays envisagent de participer au programme. Deux groupes de travail sont formés pour définir les spécifications techniques du système et l'implémentation organisationnelle. Une conférence intergouvernementale qui se tient à Paris en approuve finalement la création d'EUMETSAT. Cette nouvelle structure prend en charge le financement de trois nouveaux satellites Météosat opérationnels. En , officialisent leurs engagements financiers qui permettent de couvrir en tout 85,03 % des dépenses prévues. Le Conseil d'EUMETSAT, composé des représentants des services météorologiques nationaux, doit parvenir à trouver le financement manquant, choisir le lieu du siège d'EUMETSAT et désigner le directeur. La convention entérinant la création d'EUMETSAT entre en vigueur le . La propriété des satellites Météosat opérationnels (le premier de la série Météosat-4 doit être lancé en ) lui est transféré le .

Les premières réunions du Conseil d'EUMETSAT on lieu en juin et et réunissent les représentants de Allemagne, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Grèce, Irlande, Italie,