Antoine Lavoisier, ci-devant de Lavoisier jusqu'en 1790, est un chimiste, philosophe et économiste français, né le à Paris et guillotiné le dans la même ville. Il est souvent présenté comme le père de la chimie moderne, qui se développera à partir des bases et des notions qu'il a établies et d'une nouvelle exigence de précision offerte par les instruments qu'il a mis au point. Il a inauguré la méthode scientifique, à la fois expérimentale et mathématique, dans ce domaine qui, au contraire de la mécanique, semblait devoir y échapper.
Au-delà des découvertes de l'oxydation, des composants de l'air et de l'eau, de l'état de la matière, ses contributions à la révolution chimique sont à la fois techniques, expérimentales et épistémologiques. Elles résultent d'un effort conscient d'adapter toutes les expériences dans le cadre d'une théorie simple dans laquelle, pour la première fois, la notion moderne d'élément est présentée de façon systématique. Lavoisier a établi l'utilisation cohérente de l'équilibre chimique, utilisé ses recherches sur l'oxygène, dont il a inventé le nom, l'azote et l'hydrogène pour renverser la théorie phlogistique, contribué au développement d'une nouvelle nomenclature chimique qui soutient, ce qui se révélera inexact, que l'oxygène est un constituant essentiel de tous les acides. Précurseur de la stœchiométrie, il a surtout traduit des réactions dans les équations chimiques qui respectent la loi de conservation de la matière, donnant à celle-ci une solide assise expérimentale.
Financier de son métier, soucieux d'établir des statistiques précises utiles à ce qu'il nomme à la suite de Condorcet l'arithmétique politique, il a été sollicité par l'administration royale puis révolutionnaire sur de très nombreux sujets depuis l'instruction publique jusqu'à l'hygiène en passant par le système monétaire. Il a aussi produit dans la lancée de Joseph Black la première théorie expérimentale de la chaleur, à travers l'étude non seulement de la combustion, mais aussi de la respiration et de la fermentation des sols. Ses œuvres majeures restent le Traité élémentaire de chimie (1789) et la Méthode de nomenclature chimique (1787).
Antoine Laurent de Lavoisier portait pour armes d'azur, au chevron d'argent, chargé de trois mouchetures d'hermine de sable, accompagné en chef de deux étoiles d'argent et en pointe d'un lion rampant du même.
Biographie Enfance et formation (1743-1769) vignette|Le collège des Quatre-Nations où Lavoisier a été élève, et où siégera l'Académie des sciences à partir de 1805.
Né le . dans une famille aisée, Antoine Laurent de Lavoisier est baptisé le jour de sa naissance en l’église Saint-Merri. Orphelin de mère à l'âge de cinq ans, il hérite d'une grande fortune.
En 1754, à l'âge de onze ans, il intègre le collège des Quatre-Nations à Paris. Les cours incluent chimie, botanique, astronomie et mathématiques. En classe de philosophie, lors de sa dernière année, il a pour professeur l'astronome Nicolas-Louis de Lacaille, auprès duquel il s'enthousiasme pour la météorologie, passion qui ne le quittera jamais.
À l'automne 1761, il s'inscrit à la Faculté de droit civil et canonique. Il y suit le cursus habituel, qui lui délivre en deux ans le baccalauréat en droit et l'année suivante, en 1764, la licence qui lui permet de s'inscrire au barreau de Paris. Il ne plaidera cependant jamais.
Durant ces études de droit, il assiste à des conférences sur les sciences naturelles. Paris frissonne alors de l'esprit encyclopédique. L'université est agitée par l'abolition du monopole qu'exercent les jésuites sur l'enseignement, la sécularisation de leurs écoles et la création d'écoles d'application, telle, en 1747, l'École des ponts et chaussées, dans lesquelles l'enseignement moral et religieux s'efface devant celui des sciences et des techniques. L'étudiant Lavoisier adhère à la démarche expérimentale que, dans la ligne cartésienne, professe Étienne de Condillac depuis une dizaine d'années dans les salons parisiens. Il est un lecteur avide du Dictionnaire de la chymie que vient de publier Pierre Macquer, le théoricien des affinités électives entre corps chimiques, qui préfigurent les équations chimiques. Son premier essai portera sur l'hydratation du gypse et fait l'objet d'une conférence qu'il donne en 1764 à l’Académie des sciences.
Deux ans plus tard, il est lauréat du concours de l’Académie des sciences pour un essai sur l'éclairage public des salles de spectacle et reçoit au nom du roi une médaille d'or. Cette même année 1766, il assiste Jean-Étienne Guettard, botaniste de l'Académie des sciences, dans l'élaboration de l'atlas minéralogique de la France.. Il fait des relevés minéralogiques depuis déjà trois ans.. Entre juin et , ils travaillent ensemble à une étude géologique de l’Alsace et de la Lorraine.. Leur collaboration se prolongera jusqu'en 1780. Parrainé par Henri Louis Duhamel du Monceau, grand ami de son père, Antoine de Lavoisier est élu membre de l’Académie des sciences le et siège au Louvre à l’âge de vingt-quatre ans., soit deux ans avant un autre jeune collaborateur de Jean-Étienne Guettard avec lequel il a appris à travailler, Balthazar Georges Sage, lequel fondera en 1778 l'École des mines.
Fermier général (1770-1774) vignette|Deux balances ayant appartenu à Lavoisier, exposées au musée des arts et métiers. Du modèle de celle de la Ferme, elles sont reliées par des tuyaux à des récipients à gaz sous pression. vignette|Portrait d'Antoine-Laurent Lavoisier et de sa femme, commandé en 1788 à David par celle-ci, son élève, aujourd'hui au MMA de New York.
Ses études de droit sont d'une importance capitale dans la vie de Lavoisier. Elles l'amènent en effet à s'intéresser à la politique française, et lui permettent d'acquérir en 1770 une charge de fermier général. Âgé de vingt-six ans, il entre ainsi au conseil d'administration de la compagnie privée à laquelle le roi délègue le monopole de la collecte des impôts. C'est ce poste de fermier général qui est à l'origine de ses principales découvertes scientifiques en chimie. Affecté au secrétariat chargé de la perception des impôts à l'octroi de Paris, il y dispose en effet d'une balance qui sert à détecter les fraudes, la plus précise d'Europe, et c'est cette balance qu'il utilise pour procéder à des pesées moléculaires de divers gaz avec une marge d'erreur inégalée jusqu'alors.
Toutefois ce poste le tiendra éloigné pendant trois années de ses recherches. Il n'abandonnera cependant jamais son rôle d'expert en finance. Il proposera en 1790, à la faveur de la Révolution, une réforme du système monétaire français et en 1791 un changement d'assiette du système d'impositionL'assiette fiscale proposée est celle d'un impôt local, Lavoisier voyant l'origine de l'ensemble du produit national dans la richesse agricole. Il a en effet observé qu'en France l'investissement industriel et le bénéfice commercial sont le fruit d'une épargne agricole. Lavoisier proposait donc un impôt unique sur les revenus du capital et non sur les échanges de biens, les impôts indirects, et de travail, les cotisations sociales. Il voulait par là, dans le contexte de son époque, éviter une redondance des impôts, comme c'est le cas dans les états modernes dont les besoins ne sont plus liés à la guerre et aux dépenses somptuaires mais à leur fonctionnement et au service public. Lavoisier avait donc un programme politique. Celui-ci était basé sur l'idée d'éducation nationale et de santé publique.. Dans son travail pour le gouvernement de 1791, il participe au développement du système métrique qui uniformise les poids et mesures..
Épouse et partenaire vignette|Statue de Lavoisier dans la cour du Louvre Le dans la chapelle parisienne privée de l'abbé et contrôleur général des Finances Terray...L'abbé Terray est le grand-oncle de la mariée. Sa chapelle est située rue des Petits-Champs, dans la paroisse de Saint-Roch., il épouse Marie-Anne Pierrette Paulze, la fille d'un fermier général, alors âgée de treize ans.. Au fil du temps, celle-ci se révèle une aide et une collaboratrice scientifique précieuse pour son époux. Elle traduit pour lui des ouvrages anglais, parmi lesquels lEssai sur le Phlogistique de Richard Kirwan et les recherches de Joseph Priestley. Elle réalise de nombreux croquis et gravures des instruments de laboratoire utilisés par Lavoisier et ses collègues. Elle écrit et publie également les mémoires de Lavoisier, et accueille des soirées où d'éminents scientifiques débattent des questions liées à la chimie.
Oxygène À l'automne 1772, Lavoisier se lance dans une recherche de plusieurs années sur ce qui cause la combustion. Reproduisant les expériences de Joseph Black, il rencontre à Paris, en , Joseph Priestley, qui a observé, le précédent le dégagement d'un mystérieux « air déphlogistiqué ». Par la suite, Lavoisier expose, en , dans un fameux mémoire appelé Mémoire de Pâques, que la combustion a une cause nécessaire, étant la présence de cet air déphlogistiqué, qu'il baptisera en 1779 oxygène. À partir de ces informations, il démontre la nature composée de l'air, et nommera, également en 1779, la partie qui n'est pas de l'oxygène, azote. C'est en 1778 qu'il publiera une description de l'effet de cet oxygène, l'oxydation, effet qu'il appelle acidification, et en 1783, qu'il montrera que l'eau est composée d'un gaz observé par Henry Cavendish, gaz qu'il baptise hydrogène.
Régisseur des Poudres (1775-1788) vignette|Lavoisier expliquant le résultat de ses expériences sur l’air à sa femme. Huile sur toile d’Ernest Board.
La Ferme générale est chargée depuis 1633 d’administrer pour le roi la Surintendance des poudres et salpêtres. Le ministre Turgot, désire réformer ce système très critiqué et peu efficace. Le roi accepte la proposition d'un des cadres de la ferme des salpêtres, le Faucheux, dont le projet est soutenu par Lavoisier et Turgot, et Lavoisier participe à la création en 1775 de la Régie royale des poudres et salpêtres, ancêtre de la SNPE et de l’actuel SIMu. Lavoisier en est un des quatre fermiers délégués aux postes de régisseursL. Scheler, « Lavoisier et la régie des poudres », Revue d’histoire des sciences, , , , 1972.. Il est logé dans un hôtel du Grand Arsenal situé le long de l’actuelle rue Bassompierre, où il dispose d’un laboratoire. Ses travaux portent sur l’amélioration de la production de la poudre et s’étendent au domaine de l’agrochimie. Il crée un nouveau procédé de production du salpêtre. et utilise, en plus de celles de Lorraine et Barrois, la nitrière de Georges Müller à Rosheim, en Alsace, qui fournissait en le régénérant rapidementhttps://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00002883/document Lavoisier à la régie des poudres : Le savant, le financier, l’administrateur et le pédagogue, par Patrice Bret., mais il n'a pas pu utiliser la potasse d’Alsace qui n'a été exploitée qu'au . Son action se traduit par un redressement financier spectaculaire. Les bénéfices reversés par la Régie à l’État lui valent d’être reconnu.
Régisseur des poudres par délégation de la Grande ferme, Lavoisier n'en continue pas moins d'exercer sa charge au sein de celle-ci. Il y joue, comme le fait Goethe auprès du duc de SaxeB. Ducret, Hygiène et santé en Europe de la fin du au lendemain de la Première Guerre mondiale, , ENS, Lyon, 2011., un rôle de conseiller ministériel. À la suite de la « guerre des farines », il s'oppose ainsi au nouveau ministre des Finances, le physiocrate Turgot, et à l'inspecteur aux Monnaies que celui-ci vient de nommer, Nicolas de Condorcet, dans leur projet d'une taxation des navires de commerce à la jaugeP. Crépel, « Comment la mesure en arithmétique politique est venue à Condorcet », dans dir. J. C. Baune, La mesure. Instruments et philosophies, , Champ Vallon, Seyssel, 1994.. Pour lui, le seul impôt qui vaille est territorial et porte sur les revenus du capital.