vignette|Caricature antimilitariste et anticléricale signée Rata Langa (Gabriele Galantara), , 1899. vignette|It Shoots Further Than He Dreams, John F. Knott, .

L'antimilitarisme est une idéologie qui s'oppose au militarisme, dans ses dimensions hiérarchiques et autoritaires, mais aussi bellicistes et nationalistes.

Antiautoritaires et internationalistes, les antimilitaristes se distinguent des pacifistes par le fait qu'ils ne s'opposent pas tous, par principe, au conflit armé (notamment dans le cadre de l'auto-défense sociale) mais à l'utilisation de l'institution militaire par l'État face à d'éventuels ennemis étrangers, à la nature aliénante de cette institution pour les individus et surtout au fait qu'elle garantisse un ordre social inégalitaire à l'intérieur du territoire national (l')Entretien avec Nicolas Offenstadt, Alors que l'Europe se réarme, ou sont passés les pacifistes ?, France Culture, 3 septembre 2025, lire en ligne..

Un exemple historique illustre cette position : en Espagne, lors de la révolution sociale de 1936 les milices confédérales anarcho-syndicalistes qui combattent par les armes les franquistes refusent la militarisation des milices par la Seconde République espagnole.

Définitions Le terme apparait à la fin du . Pour le Dictionnaire Larousse, l'antimilitarisme définit une Dictionnaire Larousse : antimilitarisme.. Le Centre national de ressources textuelles et lexicales ajoute à cette hostilité une dimension Centre national de ressources textuelles et lexicales : antimilitarisme..

La Gran Enciclopèdia Catalana est plus précise : « Mouvement d'opposition à la domination de l'armée sur l'administration de l'État dans ses deux aspects : intérieur avec la militarisation de la société, et extérieur par une politique internationale agressive. ».

Selon le Dictionnaire historique de la Suisse : ..

Pour l'Encyclopédie anarchiste : Encyclopédie anarchiste : Antimilitarisme..

Jean-Philippe Lecomte propose cette définition : .

Pour Marc Ferro dans son Histoire de France : . Par ailleurs, l'historien distingue au moins deux courants : Marc Ferro, Histoire de France, Odile Jacob, 2001, lire en ligne..

Quand Victor Hugo expose, en 1852, les quatre principaux obstacles à la réalisation de l'idéal démocratique, il place l'institution militaire en première place : « L'armée permanente, l'administration centralisée, le clergé fonctionnaire, la magistrature inamovible »Victor Hugo, Napoléon le Petit, 1852, ..

Concept polysémique vignette|Affiche de Henri Gustave Jossot pour le journal L'Action (1903). Sous la Troisième République, la campagne de démystification menée par l'anarcho-syndicalisme est facilitée par la structure et l'esprit réactionnaire de la hiérarchie militaire et par l'utilisation de l'armée contre « l'ennemi intérieur », notamment contre les travailleurs en grèveClaude Bourdet, La France et son armée, Politique aujourd'hui, janvier-février 1976, extraits en ligne..

Un antimilitarisme populaire fait son apparition et se développe, mais à part un secteur limité de pacifistes intégraux, il s'agit d'abord d'une lutte contre le militarisme, c'est-à-dire contre l'utilisation de l'armée au service du jeu international et colonial de la classe dirigeante et contre la structure quasi-féodale de la hiérarchie. Ce point est important, car le mot « antimilitarisme » exprime à la fois deux attitudes : opposition au principe militaire et/ou opposition à l'armée de la classe dirigeante.

La guerre de 1914-1918, ressentie par la majorité de la population comme une guerre pour la défense de la nation, et non pas comme une lutte entre deux impérialismes, a fortement affaibli l'antimilitarisme et cela d'autant que l'Entente est victorieuse. Toutefois, les révélations sur les terribles répressions du temps de guerre, les entreprises impérialistes de l'après-guerre et l'apparition en France d'un parti ouvrier mettant en cause non l'armée en soi, mais la défense nationale « bourgeoise », ont développé un nouvel antimilitarisme qui s'est associé à l'ancien, parfois en l'englobant, parfois en s'y opposant.

Antimilitarisme ouvrier thumb|right|Ernest Girault, La Crosse en l'air, 1906.

Le rôle de l'armée dans la répression de la Commune de Paris et son utilisation répétée dans la répression des grèves ouvrières nourrit un antimilitarisme ouvrier. Le boulangisme et surtout l'affaire Dreyfus, où l'armée est au cœur de la crise, renforcent ce courantAlain Bergounioux, Gérard Grunberg, L'Ambition et le remords : les socialistes français et le pouvoir (1905-2005), Fayard, 2005, lire en ligne..

En , alors qu'un grand nombre de dirigeants cégétistes sont en prison, le Congrès de Marseille de la Confédération générale du travail adopte une motion vigoureusement antimilitariste.

Selon le syndicaliste révolutionnaire Édouard Berth : Édouard Berth, Les Nouveaux aspects du socialisme, Paris, Marcel Rivière, 1908, p. 56..

thumb|upright|left|Georges Sorel.

Comme le précise Georges Sorel la même année dans Réflexions sur la violence : Georges Sorel, Réflexions sur la violence, Marcel Rivière, Paris, 1908, ..

Avant la Première Guerre mondiale thumb|right|L'affiche du Groupe des conscrits de la Fédération communiste anarchiste, octobre 1912.

Avant la Première Guerre mondiale, l'antimilitarisme est représenté en France et en Belgique par des militants socialistes, anarchistes et syndicalistes révolutionnaires.

Il s'agit pour ces militants de miner la société capitaliste en cherchant à affaiblir et démoraliser sa principale institution défensive, l’armée. Sous prétexte de défendre la patrie, le régime capitaliste s’appuie sur celle-ci pour écraser les mouvements de révolte : de la fusillade de Fourmies (le ) à celle de Narbonne et de Raon-l’Étape (juillet et aout 1907), l’armée française a donné au prolétariat la confirmation répétée de cette thèseMarc Angenot, L’antimilitarisme contre la « religion patriotique », Mots, Les langages du politique, 76|2004, lire en ligne..

En 1886 en France, Joseph Tortelier, Émile Bidault, Octave Jahn, etc. fondent la Ligue des antipatriotes en opposition à la Ligue des patriotes.

La même année, le général Boulanger crée le Carnet B, instrument principal de surveillance des « suspects », français ou étrangers, sous la Troisième République. Géré par le ministère de l'Intérieur, ce fichier est progressivement étendu à tous les individus pouvant troubler l'ordre public ou antimilitaristes qui pourraient s'opposer à la mobilisation nationale. Le , le ministre de l'Intérieur Louis Malvy décide de ne pas le mettre en œuvre lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale. À la fin de la guerre, il est conservé et repris aux fins de surveillance générale, en particulier des étrangers. Il n'est abrogé qu'en 1947.

En , la Ligue antimilitariste animée notamment par Paraf-Javal et Albert Libertad, prône la suppression des armées et comme seule méthode de lutte la désertionJean Maitron (1975), Le mouvement anarchiste en France, tome I, Gallimard, coll. « Tel », 1992, 370..

En , se tient le Congrès antimilitariste d'Amsterdam, organisé par Domela Nieuwenhuis qui débouche sur la création de l'Association internationale antimilitariste. Ses statuts n'évoquent pas explicitement l'« anarchisme », mais seulement l'« antimilitarisme révolutionnaire » et préconisent, à plus ou moins court terme, l'« action insurrectionnelle » comme moyen d'action : « À l'ordre de mobilisation vous répondrez par la grève immédiate et l'insurrection ». Les cadres de l'association sont toutefois tous anarchistes ou syndicalistes révolutionnaires.

Dès , la direction de la section française de l'Association internationale antimilitariste est frappée par la répression : 28 dirigeants sont inculpés lors du procès qui se tient du 26 au , et 26 d'entre eux condamnés à 36 ans de prison pour avoir publié une affiche appelant les contingents à se mutiner ou à répondre à la mobilisation par la grève insurrectionnelle.

En , une quarantaine de jeunes militants libertaires refusent publiquement la conscription et se réfugient à l’étranger. La Fédération communiste anarchiste couvre de son sigle leur manifeste reproduit sur 2000 affiches et 80000 tracts, intitulé « Aujourd'hui insoumis, demain réfractaires, plus tard déserteurs ». Louis Lecoin assume les poursuites judiciaires et le , prononce de surcroît un discours appelant au sabotage de la mobilisation dans un meeting. Il est condamné le à cinq ans de prison pour « provocation au meurtre, à l'incendie et au pillage »Francis McCollum Feeley, Les mouvements pacifistes américains et français, hier et aujourd'hui, Actes du colloque des 5, 6 et 7 avril 2007, Université de Savoie, Laboratoire langages, littératures, sociétés, 2007, page 100.Dictionnaire des anarchistes : Albert Goldschild..

La Guerre sociale vignette|La Guerre Sociale, , au lendemain de l’assassinat de Jaurès.

En France, le courant antimilitariste s’exprime principalement dans un journal hebdomadaire, La Guerre sociale, fondé en , par Gustave Hervé, pour promouvoir une stratégie de « concentration révolutionnaire » centrée sur un antimilitarisme « insurrectionnel ». Le journal connait un succès grandissant jusque vers 1912 où il fléchit. Il accueille des militants venus de l’anarchisme, comme son secrétaire de rédaction, Miguel Almereyda, comme Victor Méric, un de ses rédacteurs talentueux, comme son dessinateur libertaire attitré, Jules Grandjouan, mais il est proche aussi de syndicalistes révolutionnaires, Alphonse Merrheim, Victor Griffuelhes, Benoît Broutchoux, Jean De Boë et contribue à entrainer la CGT dans une radicalisation antimilitariste..

Le journal n’est pas opposé à la guerre, pourvu qu'elle soit révolutionnaire : si l’effondrement du capitalisme et la révolution prolétarienne sont inévitables et imminents, il faut se montrer conséquent, renoncer à tout légalisme, faire tout pour s’y préparer, se préparer à la violence notamment par « l’action directe ». Si le socialisme doit être internationaliste, alors le vrai révolutionnaire doit répudier sa prétendue patrie et planter au fumier le drapeau tricolore, objet par excellence du culte patriotique.

Si on relève au cours des années d’avant-guerre un nombre croissant de cas d’insoumissions (3 % du contingent à partir de 1907.), de mutineries (dont la célèbre du d'infanterie en 1907 à Béziers) et de désertions, et que le monde ouvrier est pénétré d'une forte et presque unanime hostilité envers l’institution militaire, les thèses insurrectionnelles en cas de mobilisation ne sont suivies que par de minces « minorités agissantes ». On le constatera dès .

Première Guerre mondiale thumb|right|Affiche de la Fédération communiste anarchiste (1913). thumb|right| sur le monument aux morts pacifiste de Gentioux (Creuse).

Le courant antimilitariste, si intransigeant et véhément pendant les années d'avant guerre, ne résiste pas à la menace de la guerre imminente en , qui va le dissoudre en une débandade soudaine accompagnée de reniements.

Mi-juillet à Paris, la SFIO tient un congrès largement consacré à la question de la grève générale en cas de mobilisation. Le congrès bien que divisé s'accorde finalement sur une motion : .

Fin juillet éclate la Première Guerre mondiale. La CGT rappelle sa thèse officielle, la grève générale, mais les dirigeants sont tenaillés par la peur, les hésitations. Dans l’atmosphère d’exaltation patriotique de ces journées, leurs convictions sont ébranlées. Aucun mot d’ordre précis n’est donné. L’échec de l’opposition à la guerre est évident. La SFIO comme la CGT glissent vers l’Union sacrée. Le 31, Jaurès est assassiné. Le même jour, Gustave Hervé, en éditorial de La Guerre sociale, exige des socialistes le reniement des thèses qu’il avait cherché pendant toutes ces années à leur imposer : il faut, dit-il, . Le , la mort de Jaurès est mise au service de la ligne nouvelle du journal : .